
Chine : le premier ministre rencontre des vrais-faux malades du sida

Dur dur d'être transparent en Chine, même quand on est animé de bonnes intentions. Lorsque le prmeier ministre chinois, Wen Jiabao, s'est rendu samedi 1er décembre à Wenlou, commune de la province du Henan au centre du scandale du sida en Chine, on pouvait y voir un progrès. Mais il est très vite apparu, comme l'a révélé la presse de Hongkong, que les villageois qu'il a rencontré étaient … des policiers en civil.
Selon le quotidien Apple de Hongkong, , cité par le site EastSouthWestNorth, 1600 policiers et fonctionnaires ont été dépêchés à Wenlou pour faire office de foule pendant la visite du premier ministre, coincidant avec la journée mondiale de lutte contre le sida. Dans le même temps, les villageois les plus en pointe pour protester contre ce scandale, tout comme les activistes les plus connus sur le sujet, étaient empêchés de se rendre sur les lieux, certains, comme Hu Jia, célèbre militant antisida (et antipouvoir) étant assignés à résidence à Pékin quasiment en permanence.
Ma Shenyi, un habitant de Wenlou séropositif, cité par le correspondant du Guardian Jonathan Watts, a déclaré que deux « voyous » étaient venus chez lui pour l'empêcher de sortir ainsi que sa famille. « Je ne comprends pas que lorsque le premier ministre vient nous voir, les vrais villageois n'ont pas le droit de le rencontrer. Les gens qu'il rencontre sont payés par le gouvernement local pour lui dire des choses gentilles », ajoute cet homme dont la femme a déjà succombé à la maladie.
Wenlou était déjà le « village Potemkine » de ce scandale du VIH transmis à des dizaines de milliers de paysans pauvres du Henan qui avaient été incités, dans les années 90, à vendre leur sang à des stations officielles ou privées dans lesquelles les conditions d'hygiène n'étaient pas respectées. Les autorités ont ensuite tenté d'étouffer l'affaire, qui n'a été révélée que par la persistance de médecins, journalistes et militants chinois courageux.
Aujourd'hui, une aide médicale et financière est officiellement apportée à ces paysans contaminés, mais dans des conditions qui laissent beaucoup à désirer. Wenlou est la « vitrine » de cette aide officielle. Toute tentative de la part des paysans d'exprimer leur mécontentement, et plus encore de réclamer justice, est systématiquement réprimée. La venue de Wen Jiabao n'aura hélas rien changé à l'affaire.
- 4557 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque
















































24
(Pour réagir, connectez-vous)
De
11H48 | 03/12/2007 |
La grande question Wen Jiao bao était-il au courant ?
Mais dans les deux cas, c'est inquiétant :
si oui, cela signifie que tout leur campagne anti-sida et anti-corruption est bidon et cela va se savoir.
si non, cela signifie que le premier ministre se fait manipuler…
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 12H20 | 03/12/2007 |
J'opte, peut-être naivement, pour la deuxième solution. Depuis le début, dans cette affaire, le gouvernement central se fait rouler dans la farine par les autorités provinciales et locale. Comme souvent en Chine…
à Pierre Haski
De
13H26 | 03/12/2007 |
Je penche également pour cette option, mais je redoutais de me faire traiter de naif, attendons donc de voir la réaction de Wen à ce bidonnage…
De
12H49 | 03/12/2007 |
Bien sûr, cela ne peut être le gouvernement. Chez nous non plus d'ailleurs. Par exemple dans les manifs nous n'avons jamais de policiers en civil et cagoules pour casser. Ce sont toujours des milices armées par les autorités locales qui roulent Sarkozy dans la farine.
Ah ces Chinois, quand même, quels farceurs. Pour un peu ils nous rappelleraient l'histoire du sang contaminé et tout ca. Passons…
De
13H04 | 03/12/2007 |
Si le gouvernement central se fait rouler dans la farine par les autorités locales pourquoi a t'il promu depuis le responsable de la province du Henan à l'époque des faits ?
Il y a donc deux hypothèses : soit il se fait effectivement rouler dans la farine et dans ce cas c'est inquiètant quant à la capacité des responsables à gouverner et à faire respecter leurs directives. Je doute de cette hypothèse car cela voudrait dire qu'ils ne sont absolument pas informés de la réalité sur le terrain alors même que la presse internationale a consacré de nombreux articles sur ce scandale.
L'autre hypothèse c'est le cynisme, ce qui n'est pas moins inquiètant.
Cela étant dit, il est vrai que la plupart des potentats locaux font ce qu'ils veulent des directives centrales. Cette corruption est d'ailleurs le problème n°1 du pays car pour en venir à bout il faudrait dissoudre le parti ce qui équivaudrait pour celui-ci à un suicide politique. Tout va donc continuer à s'aggraver, ce qui est encore plus inquiètant pour les chinois d'abord et pour le reste du monde ensuite.
De
14H02 | 03/12/2007 |
Hyper pertinent… voilà, c'est tout ce que j'ai à dire…
De
10H01 | 04/12/2007 |
« Cynisme », « corruption », « manipulation », « Potemkine », toutes ces notions morales très occidentales glissent sur le dos des Communistes Chinois depuis leur création à Shanghai, bien avant leur prise du pouvoir en 1949. La Longue Marche fut une gigantesque manipulation, les Cents Fleurs aussi. Un bon communiste, surtout venant de Chine et maîtrisant un minimum de sa propre culture, réfute par définiton ces catégories morales venant de l'Occident « barbare ».
« Wu Zhong Sheng You », traduit par « Créer de l'être à partir du rien », le septième stratagème : « le mensonge ne consiste en rien d'autre qu'à faire passer le non-être pour l'être. Mais un mensonge ne peut durer trop longtemps sans être percer à jour. le non-être ne saurait rester éternellement lui-même. Il faut qu'il accouche de l'être ; ainsi fera-t-on naître la réalité de l'illusion, surgeir le plein du vide. Le rien ne peut venir à bout de l'ennemi, il faut qu'il sécrète un minimum d'être pour en avoir raison. » les 36 stratagème, manuel secret de l'art de la guerre, trad Jean Levi, ed Rivages poche, 2007.
Pour mémoire, à ceux qui font de leur ignorance de la Chine un épouvantail facile pour leur propre néant.
Et si Wen savait, l'avait lui-même organisé, avait même été jusqu'à organiser les fuites vers les journalistes de Hong Kong afin de maîtriser les pouvoir locaux ? Technique impériale classique venant du fond des âges.
« Da Cao Jing She » : traduit par : « Frapper les herbes pour débusquer le serpent » ; treizième stratagème.
V comme Vendetta
De
12H32 | 04/12/2007 |
C'est le plus souple qui gagne.
De
20H25 | 03/12/2007 |
A l'Est rien de nouveau, sinon des progrès.
On dira ce qu'on voudra, mais on trouvait il y a pas encore si longtems que cela des « crèmes » pour guérir du SIDA en 24 heures dans certaines villes Chinoises. Aujourd'hui, je n'en vois plus les publicités.
N'oubliez pas aussi qu'un ministre Chinois avait déclaré il y a quelques années, je cite « Le SIDA est une maladie occidentale. Cela n'existe pas en Chine »
Il y a du progrès, les autorités reconnaissent le scandale, et le premier ministre effectuer une « visite-fausse-visite » , cela signifique quand même quelque chose, même si les habitants ont été manipulés.
Quant à ceux qui s'imaginent que Jiabao a été manipulé, j'ai envie de dire « sans commentaires ».
De
03H55 | 04/12/2007 |
Sida maladie occidentale, ou à tout le moins étrangère, c'est toujours vrai : Chine Nouvelle nous informe que les tests VIH obligatoires pour les étrangers désirant résider en Chine vont être étendus aux Chinois de retour en Chine après plus d'un an passé à l'étranger…
Petit bonheur
De
08H14 | 04/12/2007 |
le scandale du sang continue….les paysans qui ont vendu leur sang ont ete contamines a grande echelle…mais aussi des milliers ( des millions ? ) de personnes transfusees avec du sang contamine dans les hopitaux a travers toute la chine….pour les transfuses contamines, c est le silence : soit ils perdent leurs proces, soit les proces ne sont meme pas instruits, comme par exemple au henan : pour ceux qui osent se plaindre, la repression est feroce : combien de transfuses a travers tout le pays, qui, dans l ignorance de leur etat, continue a transmettre le Sida : pour en savoir plus, voir le reportage : le silence tue, sur arte. fr, arte reportage du 1 dec 2007
De
09H19 | 04/12/2007 |
Je penche pour ma part plutôt pour un savouraux mélange des 2 solutions..Je me posais la question, êtes vous en Chine pour écrire ces articles, Monsieur Haski ? Merci.
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 13H29 | 04/12/2007 |
Non, je suis rentré de Chine l'an dernier, après cinq années passées dans ce pays comme correspondant de Libération à Pékin. Mais je reste en contact étroit avec l'actualité de ce pays.
De
09H25 | 04/12/2007 |
On est en chine, rien d'anormal jusque là…c'est du quotidien, il suffit d'y vivre quelque temps pour se rendre compte du goût prononcé des autorités pour la poudre aux yeux, mais bon comme tout le monde trouve la chine respectable rien à redire, leur stratégie finira par payer, j'espère en tout cas que nos gouvernements (ormis l'allemagne qui prend ses responsabilités dernièrement) ne sont pas dupes…
De romeotan
4 juin 1989 : je n'oublie pas. | 11H20 | 04/12/2007 |
je suis un peu étonné de ne voir aucune référence à Gao Yaojie dans un article sur Wenlou, d'autant plus que si l'on connait le « comment » de la « connaissance » de ce village, je pense que l'on pourrait plus facilement se forger une idée sur cette info.
Donc pour mémoire, voici un lien :
http://www.time.com/time/asia/features/heroes/gao.html
à romeotan
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 13H31 | 04/12/2007 |
Je n'ai pas refait tout l'historique de cette affaire (à laquelle j'ai consacré un livre, Le Sang de la Chine, ed. Grasset 2006). Gao Yaojie a effectivement été l'un des personnages-clé qui ont permis à cette affaire de sortir de l'oubli dans lequel le autorités du Henan souhaitaient la laisser.
De
12H27 | 04/12/2007 |
A V comme vendetta
« Et si Wen savait, l'avait lui-même organisé, avait même été jusqu'à organiser les fuites vers les journalistes de Hong Kong afin de maîtriser les pouvoir locaux ? Technique impériale classique venant du fond des âges. »
« Da Cao Jing She » : traduit par : « Frapper les herbes pour débusquer le serpent »
Les références à des stratagèmes chinois de l'art de la guerre pour tenter de comprendre les moeurs politiques contemporaines de ce pays me semblent absolument fantaisistes. C'est peut être séduisant parce qu'exotique mais la réalité est plus terre à terre et moins ethnoculturelle. « Cynisme », « corruption », « manipulation » sont des réalités universelles des pouvoirs politiques de par le monde, pas besoin d'en appeler à une spécificité chinoise comme pourrait le faire sottement un François Jullien.
Une vrai/fausse manipulation pour contrôler le pouvoir local ? Et pourquoi pas pour remettre en cause le pouvoir du Parti pendant que vous y étes ? Wen est peut être un démocrate infiltré…
Par contre une bonne grosse manipulation pour abuser comme toujours le petit peuple, très certainement.
De
15H20 | 04/12/2007 |
Les 36 stratagèmes ne sont pas uniquement opératoire pour l'art de la guerre. Ils peuvent être utilisés dans toutes sortes d'action : politique, sentimentale, érotique, commerciale etc. Si specificité chinoise il y a, elle est sur la façon de proceder, de penser un évenement afin de le contrer, de le maitriser, de le diriger vers un but. Les utiliser, comme beaucoup d'autres « sentences poétiques » ou de phrases célèbres venant de la littérature, tirées par exemple de roman comme « au bord de l'eau », les « trois royaumes », n'est pas du tout « fantaisiste » pour un Chinois, encore moins « exotique ». Mao en abusait même. Les tares morales sont universelles, cela n'empèche pas qu'il y a une spécificité bien chinoise dans la lecture et l'utilisation de celles-ci.
Les luttes des factions au sein de PCC rejaillissent au niveau local, le nouveau Comité Permanent du Politburo vient d'être reformé pour les prochaines 5 années. L'harmonie ne règne que dans les discours de l'Empereur. L'arrivée du premier ministre entrainent les peurs des cadres provinciaux et locaux, la lutte contre la corruption est très populaire en Chine et est devenu une méthode de pouvoir. Wen peut très bien essayer de montrer qu'il se soucie du petit peuple sans être pour autant un démocrate infiltré. Faudrait-il être démocrate pour ce soucier du peuple ?
P.S : je ne voit pas ce que François Jullien vient faire la dedans, à ma connaissance, je ne l'ai jamais lu citant les 36 stratagèmes, et c'est bien dommage pour quelqu'un qui écrit sur la Chine.
V comme Vendetta
De
20H04 | 04/12/2007 |
V comme vendetta,
Que la lutte contre la corruption soit très populaire en Chine, c'est évident tant le phénomène, sous des formes diverses, touche tous les aspects de la vie des gens. Qu'elle soit devenue une méthode de pouvoir, je pense que vous vous méprenez. Ce ne sont pas quelques limogeages spectaculaires adroitement mis en scène de responsables locaux à Shanghai, Pékin ou Xiamen qui changent la nature profondément corrompue du pouvoir du Parti et sa manière de gouverner. Aussi pour l'essentiel la lutte contre la corruption n'est qu'un slogan parmi d'autres (comme la société harmonieuse) complètement déconnecté de la réalité des faits. A moins de réduire l'art de gouverner à l'art de la communication, votre affirmation me semble ainsi bien hasardeuse.
Se soucier du peuple suppose entre autre de se soucier également de son avis sur ce qui le concerne. Je ne vois donc pas comment un régime politiquement autoritaire pourrait se soucier du peuple au sens plein de cette expression.
De
22H58 | 04/12/2007 |
Je crois vraiment que la lutte contre la corruption est devenue une méthode de pouvoir, comme celle contre les droitiers dans son temps, après l'épisode tragique des 100 fleurs. Un slogan en Chine est plus qu'une accroche de campagne de pub. Il doit posseder des vertus d'éfficacité sur le réel. Celui de la lutte contre la corruption est un levier idéologique efficace, compréhensible par tous, et nécessaire à la survie du régime. Certains cadres y doivent même leur ascension dans les rangs du Parti, du plus bas échelon au plus haut gradé. Le limogeage le plus spectaculaire, celui de Chen Liangyu à Shanghai, était plus que celui d'un responsable local ; il etait membre du Comité Permanent du Politburo, acteur essentiel de la faction de Shanghai qui a regné sur la Chine pendant plus de 12 ans. Le rôle du Gouvernement s'est renforcé au dépend des organes du Parti. La meilleur preuve est donné par les luttes pour savoir qui dirigerait le nouvel organisme de lutte contre la corruption, le BNPC, sous l'égide direct du Conseil d'Etat (gouvernement). Les commissions disciplinaires etaient avant dirigées par l'organisme de controle et de discipline du PCC. L'outil est encore bien faible, et seul les rivaux de Hu sont passés à la trappe, Jia Qinglin et Li Changchun ayant traversé les mailles du filet. La lutte contre la corruption est extremement difficile, dépend plus de l'état des forces en présence que d'une quelconque justice, mais quand la lutte pour le pouvoir s'ajuste sur le nétoyage nécéssaire des pourris, qui s'en plaindrait ?
« Se soucier du peuple suppose entre autre de se soucier également de son avis sur ce qui le concerne. » Votre phrase est très belle, mais malheureusement bien creuse, vous présupposez que le peuple aurait un avis précis sur ce qui le concerne, et que cet avis serait le meilleur pour ses destinés. Je suis plus septique quant aux volontés du peuple, et les représentations de celles-ci dans l'Histoire ne sont pas là pour me rassurer. Qui donc a la légitimité de dire que ceci ou cela est l'avis du peuple ? Et « Je ne vois donc pas comment un régime politiquement autoritaire pourrait se soucier du peuple au sens plein de cette expression. » Le problème est que l'histoire de la Chine n'a connue que des régimes plus ou moins autoritaires, et qui se sont tous plus ou moins souciés du peuple : les confucianistes, les légistes se souciaient du peuple, les sophistes, les mohistes, les communistes, les républicains, les seigneurs de la guerre aussi, ils se sont tous souciés du peuple. Seuls les taoïstes sont un peu différents, un peu décalés, et c'est pourquoi ils me passionnent. Et seuls les démocrates n'ont jamais régné en Chine, peut être de ce fait y a-t-elle le plus d'avenir ?
V comme vendetta
De
02H20 | 05/12/2007 |
Vous prêtez à Hu des intentions qui sont loin d'être prouvées. Des campagnes contre la corruption il y en a régulièrement depuis 20 ans. Et depuis 20 ans la situation ne fait que s'aggraver. Que le BNPC passe sous l'égide du Conseil d'Etat ne changera rien car l'intention en l'occurence n'est pas d'éradiquer plus efficacement la corruption dans son ensemble mais de contrôler un organisme à même de faire le ménage plus rapidement au sein des instances dirigeantes pour asseoir la légitimité d'un clan. Vous notez à raison que seuls les rivaux de Hu sont passés à la trappe. Vous conviendrez que c'est assez étrange, comme s'il n'y avait pas de pourris dans le clan de Hu. Aussi, jusqu'à preuve du contraire, je ne vois rien de fondamentalement nouveau dans cette nouvelle campagne : seulement une nouvelle passation de pouvoir sur fond de lutte de clans.
Vous semblez raisonner, excusez-moi la remarque, comme si la Chine n'était pas encore entrée dans l'ère du Spectacle, c'est à dire « du rapport social médiatisé par les images », images qu'il faut entendre au sens large de la « communication ». Mais le Parti chinois n'est plus comme à l'époque des cents fleurs, le parti stalinien refermé sur lui-même. S'il est certes toujours stalinien il a dû s'ouvrir pour sa survie à la modernité marchande et au language de celle-ci. De sorte que les mots d'ordre qu'il met aujourd'hui en avant relèvent plus du marketting politique tel qu'il a pu se développer en occident que d'un désir vertueux « d'efficacité sur le réel ». Et les chinois ne s'y trompent pas, pour lesquels par exemple « la société harmonieuse » prônée par Hu fait plus l'objet de quolibets qu'elle n'est réellement prise au sérieux. La nouvelle lutte contre la corruption est à comprendre dans ce contexte. Une véritable lutte conséquente déstabiliserait tellement le parti qu'il n'y survivrait vraisemblablement pas. Aussi face à cette impossibilité il ne lui reste que la « communication » qu'il doit sans cesse renouveler pour au moins rassurer et ainsi perdurer.
Je ne présuppose pas que le peuple ait un avis « précis » sur ce qui le concerne. Je présuppose qu'en ne lui donnant aucun moyen de débattre sur les affaires qui le concernent et d'abord localement, on s'assure qu'il n'en aura jamais aucun, précis ou imprécis. Que cet avis, s'il peut être exprimé, soit nécessairement le meilleur, je ne le prétends pas, mais je prétends par contre que l'avis de ceux qui s'auto-proclament les représentants de ce peuple ont jusqu'à présent été les pires. Fussent ils élus au demeurant comme on peut le voir à peu près partout ailleurs. L'état catastrophique, sous tous ses aspects, du monde contemporain est malheureusement là pour en témoigner. Tous les hommes d'Etat se sont donc toujours souciés du peuple, c'est une manière de dire pour illustrer ce beau résultat, le problème est que lui n'en demandait pas tant… Heureusement il nous reste effectivement les Taoistes.
De
19H08 | 05/12/2007 |
La Chine a toujours été dans le spectacle, si votre acception se résume aux rapports sociaux médiatisés par des images ; celles de la Révo Cul, par exemple, font même l'objet aujourd'hui d'un marché, tout s'achète et se vend en Chine. J'ai trouvé à HK de superbe poster sur la « bande des 4 ». Ce fut même pendant les années 80 un style pictural revisité, le « Mao Pop ». Wang Guanyi par exemple fait encore dans ce style des oeuvres passionnantes. Cela dit, je crois comprendre ce que vous dîtes. Ne me méprenez pas : je suis comme vous, et dépuis longtemps, réfractaire au régime chinois communiste, et pas seulement depuis que celui-ci s'est converti à l'économie de marché. Les grandes figures du PCC, Mao, Chou Enlai, Cheng Kaige, Liu Xiaoqi, Peng Dehuai, Deng Xiaoping, Hu Yaobang me passionnent en tant que figure historique, ce qu'ils ont fait de la Chine est ignoble. Je suis de la génération d'après celle de 68, le maoïsme de cette époque m'est toujours incompréhensible et détestable. Ce romantisme politique exotique et hyper-violent me fait gerber, excusez moi du terme. Mais la Chine est pour moi une passion tenace, j'aime ce pays, j'aime sa civilisation, sa langue et ses gens. je déteste au plus au point les opinions tranchées venant de l'Ouest, très souvent fondées sur l'ignorance ou l'aveuglement. C'est d'ailleurs pourquoi je lis rue 89 actuellement, Haski fut un bon journaliste français là-bas, ces articles étaient lisibles, ce qui est rare en langue française. Deux trois points me paraissent importants : les Chinois sont plus libres et heureux dans leur ensemble aujourd'hui qu'il y a 20 ans(Mur de la Démocratie) et même 15 ans (Tien An Men). Passer d'une économie de rareté et de pauvreté organisée par le régime, à une certaine liberté de faire des choses les plus basiques prend du temps. Les déplacements de population en Chine aujourd'hui sont d'un niveau jamais atteint dans toute l'histoire de l'humanité. Cela se gère avec poigne et doigté. Le monde entier pressent que le XXIe sera chinois, il faut regarder les choses en face sans se cacher sous des principes qui ne peuvent que nous affaiblir. Un de mes thermometres personnels est leur scène artistique ; elle est fabuleuse. Le fait primordial en Asie communiste aujourd'hui (Chine et Vietnam) est l'energie au sens Stendhalien du mot. Certains des artistes chinois vivants sont pour moi les plus importants dans ce qui se crée : Zhang Huan est le plus grand artiste vivant, ses performances sont époustouflantes ; un Zhang Xiaogang, un Zeng Fanzhi, un Yue Minjun sont remarquables. La littérature chinoise est aussi d'un niveau extraordinaire. Le cinéma aussi… Et les caractères des dissidents Chinois forcent l'admiration, à quand le prix Nobel de la paix pour Wei Jingshen ?
Bref, tout n'est pas si noir, même si le Lac Tai se meurt.
V comme vendetta
De
22H26 | 05/12/2007 |
Que le XXIième siècle soit chinois, ça ne me dérange pas en soi : loin de moi tout sentiment éthocentriste. Mais tout dépend à quelles conditions. Si cela advient comme je le pressens sur le mode d'une exportation des moeurs politiques et sociales qui sont celles actuellement de ce pays, nous avons quelques craintes à avoir. Peut être ne le savons nous pas assez mais le « modèle » chinois est aujourd'hui le rêve éveillé de toutes les classes dirigeantes à travers le monde. Elles rêvent toutes de pouvoir appliquer chez elles cette synthèse remarquable entre le capitalisme le plus sauvage et l'autoritarisme politique.
L'Asie déborde sans doute de cette énergie que vous évoquez, mais je ne crois pas que ce soit nouveau. Le siècle passé a vu de grands artistes dans les domaines littéraires et cinématographiques, plus en Chine sans doute qu'au Vietnam que je connais moins. Mais cela a été oublié parce qu'enseveli par la chape de plomb idéologique qui s'est abattue sur ces pays dans la seconde moitié du siècle. Pour ma part je ne partage pas votre enthousiasme concernant l'art contemporain chinois, ni même, mis à part quelques exceptions, dans le domaine littéraire. Je vous suivrais par contre en ce qui concerne le cinéma qui me semble être aujourd'hui le domaine où s'expriment les choses les plus interressantes et pertinentes sur la condition humaine contemporaine. Espérons que ce cinéma saura garder cette fraîcheur et ne sera pas étouffé par la vanité qui souffle sur le monde artistique.
Bref, tout n'est certes pas noir mais bien sombre quand même.
De dogue
20H15 | 06/12/2007 |
dans un pays où parait-il on exécute aussitôt après la décision de « justice » et où on facture la balle à la famille … il convient de s'interroger avec respect sur les moeurs d'une grande civilisation.
- évitons de nous habiller en blanc (signe de deuil … comme nos « reines blanches » ou « isabelles »)
- ne croisons jamais nos vêtements comme le font les dames en occident (signe de mort en Asie)
- ne confions pas l'éducation de nos enfants à son gouvernement même s'ils sont un peu turbulents
(une bétise en scooter c'est peut-être aussi grave qu'une manifestation d'étudiants « anarchistes » sur une place de BeïJin ! ! ! )
question :
les politiques occidentaux écoutent-ils les conseillers-experts dont ils ne manquent certainement pas de s'entourer ?