
Chine: ils luttent contre la corruption au nom de Mao

Paradoxe de l’histoire dans la Chine des 10% de croissance : Mao Zedong redevient le porte-drapeau des pauvres contre les corrompus. A Xintang, une commune rurale du district de Foshan, dans la province du Guangdong (Sud), les paysans ont fait le siège de leur administration locale pendant deux mois pour obtenir l’accès aux livres de comptes qu’ils soupçonnent d’être entâchés de malversations. Et ils l’ont fait en brandissant le portrait du Grand Timonier, d’ordinaire accroché au mur comme un portrait de famille.

Selon l’excellente vigie de la Chine, EastSouthWestNorth, qui traduit une information donnée par un site internet de Hongkong (le cheminement est sinueux mais c’est le prix de la circulation de l’information et des images en Chine), un millier de paysans de Xintang a pris d’assaut le siège du gouvernement local, la semaine dernière, en apprenant que les comptes allaient être déménagés. Ils ont pris le contrôle du bâtiment et mis la main sur les livres de compte (voir la photo ci-dessous, avec leur "trésor de guerre").

L’histoire de ce village est banale : dans le contexte de l’expansion économique fulgurante de la Chine, et du Guangdong en particulier (un tiers des exportations chinoises sont originaires de cette province), les paysans ont perdu leurs terres. Mais, comme souvent, les chefs locaux détournent une partie du produit de la vente des terres qui, rappelons-le, appartiennent à l’Etat. Les paysans n’ont donc droit qu’à des compensations, pas au produit de la vente. Mais à Xintang, en l’absence de toute transparence, les paysans se sont méfiés et ont exigé des comptes.
Petite information liée à cette histoire édifiante : le gouvernement a décidé de mieux protéger les citoyens qui dénoncent des délits, souvent liés à la corruption. Selon le bureau du Procureur, les "citoyens informateurs" sont à l’origine de 120000 affaires par an, soit 60% du total. Mais 1200 informateurs ont été tués ou sérieusement blessés en représailles l’an dernier, selon la presse chinoise. Une affaire a fait du bruit dans la presse : ne employée d’un bureau des impôts qui avait dénoncé des collègues corrompus s’est vue menacée, frappée puis détenue dans un camp de travail pendant une année. De quoi, assurément, se retourner vers les mânes de Mao Zedong…

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Seulement l’économie chinoise ?
@ Pierre
Je tire mon chapeau à ces paysans de Xintang.
Mais courent-ils des risques après la parution de leurs photos sur les journaux, compte tenu de certains « traitements » réservés aux « citoyens informateurs » ?
Que devient une employée de bureau après un an dans un camp de travail ?
C’est justement la raison pour laquelle j’ai écrit ce papier: ces paysans retournent à Mao comme à un temps idéalisé, égalitaire et plus juste. Et même si, effectivement, Mao a sa part de responsabilité dans la pourriture du système, il est épargné par une histoire et une mémoire défaillantes.