Art contemporain : Mao fait encore vendre
Comment expliquer ce phénomène ? Trente ans après sa mort, alors que le mythe qui l'entourait s'est bel et bien effondré, Mao continue de faire vendre… de l'art contemporain !
Ce weekend à la foire ArtParis qui se tient au Grand Palais, j'ai compté pas moins de huit ou neuf peintures ou sculptures représentant le Grand Timonier, réalisées par des artistes différents et réparties dans plusieurs galeries qui, à l'exception de l'espace Cheng Xindong venu de Pékin, n'ont rien à voir avec la Chine. Mao est ainsi le seul personnage historique à se retrouver massivement dans l'art contemporain, Che Guevara ayant fait son temps et se retrouvant relégué dans les boutiques de t-shirts bon marché. A ArtParis, je n'ai repéré qu'un tableau sur Kennedy, et un autre où se retrouvaient pêle-mêle Ben Laden, Bush, Saddam Hussein, etc. Mais aucun autre grand personnage du XXe siècle, positif ou négatif, n'a survécu dans la représentation artistique contemporaine.
Alors pourquoi Mao ? Est-ce seulement la faute à Andy Warhol qui, le premier, a fait du dictateur chinois un personnage pop ? Warhol a assurément ouvert une porte dans laquelle continuent de s'engouffrer des artistes chinois, pour beaucoup inconnus chez eux, mais qui trouvent des acheteurs complaisants en Occident. Reste la démarche des artistes chinois : sont-ils seulement attirés par le gain, ou ont-ils, eux aussi, un rapport ambigü au fondateur de leur République, à la fois icone et objet de dérision ? C'est toute l'ambiguité chinoise vis-à-vis de Mao Zedong qui se retrouve dans cette production artistique sans grand intérêt autre que de continuer à faire vivre un mythe maoiste aux couleurs chatoyantes, alors que les historiens estiment que sous son règne des dizaines de millions de Chinois ont trouvé la mort.
Une thèse entière pourrait être consacrée à ce sujet, nous nous contenterons de quelques images…
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De
14H01 | 07/05/2007 |
Cela ne m'étonne pas que les artistes chinois travaillent encore sur la représentation de Mao. j'ai visité la Chine de Pékin à Shangaï en octobre dernier et j'ai été surprise de trouver des posters de Mao dans de modestes demeures à côté de Bouddha. Il reste dans la paysannerie quelque chose de basiquement attaché à cette image, ça doit donc travailler le fond du peuple chinois et que les artistes s'en emparent reflète cet inconscient collectif. Maintenant, allons plus loin : sans code, sans clé, sans théorie, la figure de Mao exploitée par les artistes chinois ne transmet rien, il lui faudrait un message, quelque chose d'engagé, à faire passer, mais là motus (imposé par la mainmise politique chinoise - qui le préserve - ou laissée béante par les artistes ? ? ). Par contre, l'exploitation de la figure de Mao par les artistes non chinois, c'est toujours un peu au deuxième degré, le même qui pose Che Guevara partout, en pochoirs sur les murs, imprimé sur les tee-shirts ou les badgets. Je ne pense pas qu'on en arrive là avec Mao parce qu'il y a bien toujours quelqu'un pour avertir : Mao n'était pas qu'une figure, mais un dictateur sanguinaire. L'art devrait être plus « engagé » sur le sujet. Fanny