
A quelques mois des JO, pourquoi le Tibet se révolte

Le sang a coulé à Lhassa, la capitale du Tibet : dix morts officiellement, cent selon les Tibétains en exil. A quelques mois des Jeux olympiques de Pékin, le Tibet et à travers lui la question des droits de l'homme, se trouvent propulsés à la « une » des journaux du monde entier -sauf en Chine où c'est la réélection du président Hu Jintao qui fait les gros titres, les événements de Lhassa étant minimisés.
Que se passe-t-il au Tibet ? Pourquoi ce mouvement ? Quelles conséquences aura-t-il sur les JO ? Etat des lieux en quatre questions.
Un peu d'histoire. Le Tibet est-il « chinois » ? Pour le gouvernement chinois, évidemment, l'affaire est entendue : le Tibet est rattaché à l'empire chinois depuis la dynastie des Yuan au XIII° siècle, et, physiquement depuis la « réunification pacifique » de 1950 à la République populaire décrétée par Mao Zedong l'année précédente. Il existe même, à Lhassa, un magnifique musée moderne dont le seul but est d'accréditer cette thèse.
Du point de vue tibétain, et tout simplement historique, l'affaire est plus complexe. Le Tibet a été lui-même un empire puissant au VII° siècle, qui a connu des relations fluctuantes avec son immense voisin chinois. Les deux empires ont même entretenu des relations diplomatiques, ce qui ne fait pas du Tibet un vassal. De plus, à certaines époques, Lhassa a pu avoir l'ascendant spirituel, et Pékin l'ascendant politique et militaire.
L'histoire moderne est tout aussi ambiguë. Au début du XX° siècle, le Tibet avait pris le large, et vivait reclus dans ses montagnes himalayennes, sous une implacable théocratie qui pratiquait le servage et l'obscurantisme. Mais ce Tibet avait beau être détaché de la Chine, il n'était pas reconnu par le reste du monde comme un Etat indépendant, ce qui explique qu'aujourd'hui, aucun pays ne soutienne le principe d'une indépendance tibétaine.
En 1950, l'armée de Mao monta à l'assaut du Tibet, mais aussi du Xinjiang, cette autre « marche » de l'empire, à l'ouest, dont l'histoire est aussi faite de liens historiques ambivalents. La « réunification pacifique » fut une conquête militaire particulièrement facile, opposant l'armée communiste d'un véritable Etat, à un royaume ermite dont la première action de défense fut de doubler le temps de prière dans les monastères (selon le formidable témoignage de Robert Ford, un opérateur radio travaillant pour le gouvernement de Lhassa, et qui fut capturé par l'armée chinoise).
Ce retour du Tibet à cette « mère patrie » inflexible, s'accompagna d'une promesse d'autonomie : aujourd'hui encore, la province s'appelle « région autonome du Tibet », ne recouvrant d'ailleurs qu'une partie du Tibet historique, à cheval sur le Sichuan, le Yunnan et le Qinghai actuels. Le Traité de 1951 signé par le dalai lama souligne en préambule que « le peuple tibétain a une longue histoire dans le cadre des frontières de la Chine », pour ajouter aussitôt que :
« Le peuple tibétain doit s'unir et expulser du Tibet les forces impérialistes agressives. Le peuple tibétain rejoindra la grande famille de la patrie : la République populaire de Chine. (…) le peuple tibétain jouira de l'autonomie régionale sous la direction du gouvernement central du peuple. (…) Les autorités centrales ne modifieront pas le régime politique du Tibet. Elles ne changeront rien à la situation, aux fonctions et aux pouvoirs du dalaï lama ».
En 1959, toutefois, le XIV° dalai lama, « réincarnation » d'une longue lignée de souverains tibétains, estima que Pékin ne respectait pas cette autonomie promise, et s'enfuit en Inde où il se trouve toujours 49 ans plus tard. Depuis, Pékin a pris le contrôle absolu du Tibet.
Libération, ou occupation ? Si on écoute Pékin, la Chine a libéré le Tibet du servage et de l'oppression théocratique, et a apporté la modernité. Pas entièrement faux, évidemment, vu le poids économique des monastères dans l'ancien régime, l'état de servage de la paysannerie, et l'absence d'institutions modernes. La Chine a beau jeu de montrer aujourd'hui des écoles, des réseaux de télécoms, et même une salle de bourse à Lhassa, symboles de la modernité chinoise d'aujourd'hui.
Les Tibétains ne nient pas cette évolution, et le dalaï lama, de son exil indien, ne réclame pas l'indépendance, soulignant que le Tibet misérable n'aurait guère les moyens de son développement sans le soutien de Pékin… Mais ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est aussi la survie de la culture et de l'identité tibétaines dans un monde chinois qui agit comme un rouleau compresseur. A la fois par la contrainte, mais aussi par le pouvoir de l'argent, qui corrompt sur son passage des pans entiers de la société tibétaine, autrefois traditionnaliste et puritaine, contaminée, à l'image du reste de la Chine, par le matérialisme le plus cru.
La culture tibétaine est aujourd'hui menacée de reste l'apanage de la religion et de traditions folklorisées à destination du tourisme, tant chinois qu'international. Car ce n'est pas le moindre paradoxe de cette situation que le Tibet est une destination prisée des touristes chinois en quête d'exotisme et, parfois, de spiritualité.
C'est aussi la destination des affairistes, dont l'arrivée au Tibet est désormais facilitée par la construction du premier chemin de fer entre le Qinghai et Lhassa, un tour de force dans cette région montagneuse et sismique, mais une nouvelle menace sur le fragile écosystème tibétain. Avec seulement 2,5 millions de Tibétains dans la région dite autonome, le risque de déséquilibre démographique est évident, avec cette seule réserve que les immigrants chinois Han détestent l'altitude et ne viennent pas au Tibet pour y faire leur vie…
Cette normalisation s'accompagne d'une prise de contrôle sans cesse plus étroite du clergé bouddhiste, dans la perspective de la disparition dans les prochaines années de l'actuel dalaï lama, qui est agé de 72 ans et a eu quelques problèmes de santé. Pékin a montré sa volonté de contrôler la nomination des dignitaires bouddhistes avec l'affaire de la « réincarnation » du X° panchen lama, le deuxième personnage du bouddhisme tibétain. Lorsque, en 1995, le dalaï lama a personnellement confirmé un enfant, Guendun Tcheukyi Nyima, comme XI° panchen lama, les autorités chinoises l'ont arrêté, et nul ne l'a plus jamais revu. Il est le plus jeune prisonnier politique au monde.
A sa place, Pékin a fait choisir un autre enfant tibétain, Gyantsen Norpo, comme panchen lama à sa place, manipulant ainsi un processus de désignation interne au bouddhisme tibétain. Reconnu par le gouvernement central, il a droit à tous les honneurs, et Pékin tente de l'imposer aux Tibétains. Tout porte à croire qu'à la mort du dalaï lama, il agira de la sorte pour brouiller les pistes, et imposer un homme de son choix comme chef spirituel des Tibétains, et enterrer à jamais l'autonomie spirituelle et politique des Tibétains.
Qui manifeste à Lhassa ? La période a débuté avec des manifestations de Tibétains en exil, en Inde et au Népal, pour commémorer comme chaque année l'anniversaire de la fuite du dalaï lama. Puis, ce dernier a prononcé un grand discours, lundi dernier, jour anniversaire de sa fuite 49 ans plus tôt, dans lequel il a haussé le ton vis-à-vis de Pékin. Il a accusé la Chine de mener au Tibet une « répression continue », et de se livrer à « des violations énormes et inimaginables des droits de l'homme ».
|
Tenzing Gyatso, 72 ans, XIV° dalaï-lama et Prix Nobel de la paix 1989, se sent sans doute en mesure de parler plus fort en raison de la conjoncture politique et diplomatique. Il y a quelques mois, il était reçu par George Bush à la Maison Blanche, et par Angela Merkel à Berlin, au grand dam de Pékin. C'était une grande première, car recevoir le dalaï lama, c'est agiter le chiffon rouge en face de Pékin. De surcroit, l'approche des JO de Pékin, en août, ouvre une fenêtre d'opportunité pour se faire entendre sur la scène internationale, et peser sur un débat qu'on sent monter sur les droits de l'homme en Chine et la grand » messe du Parti à l'occasion de cette manifestation sportive.
Evenement concerté ou pas, l'appel du dalaï lama a été suivi de manifestations de moines bouddhistes à Lhassa et dans plusieurs monastères tibétains, réprimées dans le sang par les forces de l'ordre chinoises. On parle de victimes et les témoignages (notamment sur la BBC) parlent d'au moins deux morts. Cela fait des années que des événements aussi graves ne se sont pas produits au Tibet.
Quelles conséquences ? Il est clair que ces événements vont peser sur le climat des Jeux olympiques. Le Tibet bénéficie d'une caisse de résonnance puissante aux Etats-Unis, et en particulier à Hollywood. On a vu la manière dont Steven Spielberg a été contraint de se retirer de l'organisation de la cérémonie d'ouverture des JO à cause du rôle de la Chine au Soudan et au Darfour. On imagine l'agitation des mêmes milieux sur le Tibet.
Il y a quelques jours, aussi, la chanteuse islandaise Bjork avait fait scandale en Chine en réclamant la liberté pour le Tibet à l'issue d'un concert à Shanghaï. De quoi faire sérieusement paniquer les autorités chinoises sur l'ampleur des manifestations incontrôlées qui pourraient avoir lieu pendant cette année de tous les dangers olympiques.
Sur le plan diplomatique, tout dépendra de l'ampleur des événements du Tibet. Si Pékin parvient à remettre rapidement le couvercle, les grandes capitales protesteront tout en exprimant un lâche soupir de soulagement de ne pas avoir à agir. Si la situation s'aggrave et prend des proportions « birmanes », il sera difficile de rester les bras croisés. Tout en voyant très mal quoi faire face à un membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, puissance économique qui attire les convoitises, et au poids politique croissant sur la planète.
Dans cette belle mécanique planétaire qui avançait vers cette échéance des JO, le petit grain de sable tibétain s'est glissé dans les rouages.
► Mis à jour le 15/03/2008 à 09h17. Réactualisé avec le nombre de victimes et le communiqué officiel chinois.
- 40282 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque






















































139
(Pour réagir, connectez-vous)
De SlyTheSly
Testeur jeux videos (QA) - Antony (... | 01H39 | 15/03/2008 |
« Voilà ce qui arrive à une des très rares religions tolérantes, qui n » a pas de sang sur les mains, qui ne prêche ni guerre sainte ni droit de regard sur la vie privée des individus »
Au sens historique strict du terme c'est tout à fait faux…
Personnellement j'ai surtout étudié le boudhisme japonais pour lequel je pourrais citer moults exemples contraires à ce que vous affirmez.
Il en existe pleins d'autres ailleurs que je connais moins cela dit.
Attention à ne pas idéaliser le boudhisme !
(d'autant plus que l'article fait bien état du système en vigueur au début du XXème siècle par exemple, ne serait-ce que ça ! )
Pour ce qui est du comportement de la Chine au Tibet, je ne crois pas que mon avis soit très original par rapport à ce qui a déjà été dit…
De sum sum
02H52 | 15/03/2008 |
Que faut il faire ? boycotter les jeux olympiques pour que notre silence pèse ou aller aux JO et se faire entendre ?
J'ai un rêve :
-que des sportifs, lors de la traditionnelle présentation des équipes lors de le cérémonie d'ouverture, montrent un signe fort contre l'autorité chinoise et pour l'indépendance du Tibet. Qu'ils profitent de cette occasion pour se faire entendre.
-Que les médias, et pas seulement que les médias « alternatifs », en profitent pour parler du Tibet, des événements Chine/Tibet.
Pourquoi pendant les JO et pas maintenant ? Car il faut malheureusement une tribune, une occasion pour se faire entendre.
http://respublica-sum.over-blog.com/
à sum sum
De DBL8
Retraité | 08H40 | 15/03/2008 |
Pourquoi pendant les JO et pas maintenant ? // à la remise des médailles, ils (les sportifs) auront la choix de fermer leurs gueules ou de ne pas monter sur le podium ! Un ex. ils peuvent aussi lever le bras avec le poing fermé, mais c'est du déjà vu.
En UK les autorités ont fait signer aux sportifs un engagement de ne pas manifester un soutient.
LIBERTÉ, liberté, j'écris ton nom mais ne le prononce pas ! !
à sum sum
De Chad
08H58 | 15/03/2008 |
Le sport étant complètement intégré à la société libérale et ayant les mêmes valeurs (contrairement à ce qu'on fait croire aux mômes) : argent, victoire par TOUS les moyens, « peopolisation »…, je ne me fais aucune illusion sur la dénonciation des crimes par les sportifs. Ils ont déjà montré qu'ils étaient capables d'avaler bien des couleuvres.
Comme on dit, le sport est a-politique.
à Chad
De déluge
menuisier | 09H21 | 15/03/2008 |
Intégralement d'accord avec vous pour les valeurs communnes.
En plus des couleuvres qu'ils avalent, les sportifs ont coutume d'absorber divers produits stimulant, tout comme certain cadres stressés qui se bourrent le nez de poudre.
à déluge
De Art-35_Constitution-1793
Pour une Republique Bonsensiste!! | 09H45 | 15/03/2008 |
Et on oublie aussi que commençant par un L, liberté est bien après Business qui a la chance de commencer par un B, n'est-ce pas ?
à sum sum
De nieuwendammerdijk
bilig et crayon | 15H59 | 15/03/2008 |
Les athletes pourraient tous s'habiller en orange…
De coconco
pengyou | 03H05 | 15/03/2008 |
5e paragraphe : il n'était pas reconnu par le restE du monde comme un Etat indépendant
2e citation : la République populaire de Chine. (…) le peuple tibétain jouira de l'autonomie régionale sous la directioN du gouvernement central du peuple.
À ne pas oublier que le Canada a aussi reçu le DL. Toutefois, le Canada a diminué son déficit commercial avec la Chine grâce au pétrole.
Conclusion : le jour où la France trouvera du pétrole à vendre aux Chinois, Sarkozy pourra recevoir qui il veut.
à coconco
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 08H46 | 15/03/2008 |
Merci pengyou de cette oeuvre collective de correction ! C'est corrigé.
A vous suivre, donc, la France n'aurait pas de pétrole mais n'aurait plus d'idées non plus, contrairement au slogan publicitaire des années 70 (« en France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées » ! )…
à Pierre Haski
De déluge
menuisier | 09H22 | 15/03/2008 |
Ca nous rajeunit pas.
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 06H49 | 15/03/2008 |
Pour les jeux olympiques, la Chine vise surtout l'or et l'argent.
La médaille de bonze ne les intéresse pas !
De Stalingrad
07H25 | 15/03/2008 |
Un excellent bouquin pour mieux comprendre les ambiguïtés du bouddhisme tibétain, les enjeux géostratégiques du Tibet pour les Etats-Unis d'Amérique (qui ont pris comme souvent le relais de l'Angleterre de la première moitié du XXème siècle), et le rôle de sa « sainteté » le dalaï lama dans le « grand jeu » que se livrent actuellement les USA et la Chine : « Histoire du bouddhisme tibétain - la compassion des puissants ». Une autre lecture intéressante = l'excellent magazine indien Frontline du 14 juillet 2007 http://www.frontlineonnet.com/fl2414/fl241400.htm
De Santiano
08H27 | 15/03/2008 |
je me demande si PH commence à évoluer sur la question du Tibet et du boycott des JO ? Lui qui a toujours défendu l'idée selon, laquelle la société civile chinoise portée par on ne sait quelle logique vertueuse marcherait vers la démocratie… Rien ! Toujours la même histoire du pot de terre (tibétaine) contre le pot de fer (chinois) ! Manifestations - répression. Alors PH toujours optimiste ?
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 08H54 | 15/03/2008 |
@Santiano, Je n'ai jamais pensé que l'évolution de la Chine serait un long fleuve tranquille, et je ne me fais aucune illusion sur la détermination du PCC à garder le pouvoir. On peut être optimiste à long terme et pessimiste à court terme… Vous ne m'aurez pas aussi facilement !
De Elfège
08H30 | 15/03/2008 |
A l'attention de nono le simplet (agent secret ) et de Servais-Jean, voici l'avis du Dictionnaire de l'Académie française sur « Au temps pour moi » :
« Il est impossible de savoir précisément quand et comment est apparue l'expression familière au temps pour moi, issue du langage militaire, où au temps ! se dit pour commander la reprise d'un mouvement depuis le début (au temps pour les crosses, etc.). De ce sens de C'est à reprendre, on a pu glisser à l'emploi figuré. On dit Au temps pour moi pour admettre son erreur — et concéder que l'on va reprendre ou reconsidérer les choses depuis leur début.
L'origine de cette expression n'étant plus comprise, la graphie Autant pour moi est courante aujourd'hui, mais rien ne la justifie. »
à Elfège
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 08H52 | 15/03/2008 |
Je vous rappelle que nous avons consacré un article entier à cette question importante : « Autant pour moi » ou « au temps pour moi » ?
De Haina
08H36 | 15/03/2008 |
Je rebondis sur le commentaire de Servais Jean de minuit 29.
J'ai attendu aussi le pire et ce, bien que (justement parce que)l'auteur soit Pierre Haski. Le soulagement n'est pas total apres lecture mais, meme si tout n'est pas dit, certaines entournures permettent de reconnaitre une vraie volonte d'objectivisme.
Les differents titres qui jalonnent l'article semblent intelligents. Le titre qui comprend « le Tibet se revolte » percute le troisieme paragraphe « qui manifeste a Lhassa ? ». On a pourtant l'habitude de ce genre d'amalgame : « les Tibetains… ».
L'histoire, dont la complexite est a plusieurs reprises soulignee, necessiterait cependant plus de details, surtout devant un chapitre qui s'intitule « LIBERATION OU OCCUPATION ? ».
On lit dans nos livres d'histoire (a l'ouest du mur de Berlin qu'on a feind de mettre en piece en 89) que les Britanniques ont « libere » le Tibet en 1912. Avant que les Chinois ne l'« annexent » donc en 1950. Qui occuppe qui libere ? Le point d'interrogation restera jusqu'a ce qu'un vaincu reconnaisse un vaincqueur, comme d'habitude. Cependant l'omission de l'auteur sur ce point essentiel ne met guere en relief le position « hautement » strategique du plateau Tibetain, qui domine ces geants que sont le reste de la Chine et l'ancienne colonie britannique indienne.
Je ne suis pas stratege mais il me semble qu'a l'epoque cela pouvait avoir une importance non negligeable. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Les colonies britanniques ne sont plus colonies. L'empire est devenu occidental. L'espace s'est virtualise, les frontieres se « culturalisent“(ce mot ne se rapporte bien sur pas au mot culture mais a son emploi dans nos textes en francais apres 911).
Pour que rue89 se targue de revolution de l'info, pourquoi ne pas simplement mettre en lien l'article du meme auteur paru ici meme qui faisait allusion au role de la CIA dans cette region et insinuait les liens qu'elle maintient avec Tenzin Gyatso ?
Ainsi la quatrieme partie qui presente un nouveau ‘grain de sable’ pourrait-elle en plus nous expliquer de quel roc celui-ci provient.
De Pierre Haski (auteur)
Rue89 | 08H50 | 15/03/2008 |
Ah Haina, la théorie du complot.
Oui, la CIA a aidé des insurgés tibétains dans les années 50, un fiasco retentissant dont nous avons parlé ici-même effectivement. Le lien y est : cliquez sur « reçu par George Bush » au point 3. Pour autant, est-ce aussi simple : si ça explose aujourd'hui c'est que la CIA est derrière, comme vous le suggérez dans votre dernière phrase ? Un peu trop simple. Il ne faut pas non plus être un grand stratège pour penser que tous ceux qui veulent peser en interne sur le gouvernement chinois ont intérêt à le faire avant les JO, non ? Ils n'ont pas besoin de la CIA pour ça.
à Pierre Haski
De Haina
10H06 | 15/03/2008 |
Vous avez entierement raison : personne n'a besoin de la CIA. Plus qu'une theorie du complot je propose une vision disons, panoramique. Les recentes informations concernant la Chine avant la reelection de Hu avaient trait aux droits de l'homme (retrait d'une « liste » pour les infos occidentales, eternels reproches infondes selon la presse chinoise qui en profita pour tancer les memes droits aux EU).
Vous comme moi savons que l'un et l'autre se valent d'un point de vue moral, mais ces titans ont-ils interet a laisser les internes peser seuls en interne ?
D'ou est sortie en premier l'info sur les manifestations ? Pourquoi ce silence dans la presse chinoise ? Est-il naif de comprendre que l'un maitrise mieux l'arme mediatique que l'autre ?
Vous avez lu dans mes propos volontairement obscures (car ma pensee est loin d'etre claire) le chiffre 911. aussi le mot complot se retrouve dans votre reponse et je vous en remercie. De meme j'ai lu le mot Darfour dans l'article. Et je me permets a mon tour de m'eloigner un peu du sujet(panoramisme oblige).
Dans votre vision abrupte et mature de ce monde, comment expliquer que la presse francophone (rue89 compris) ne mettent pas en lumiere certains points sur ce conflit precis (le Darfour) ?
Naif que je suis, je n'ai trouve dans vos articles lies aucune allusion a la presence de l'Otan en service mandate au Soudan. Les premiers, bien avant l'Eufor, les casques bleus chinois « aident au developpement du pays ». De son cote l'armee francaise se trouve impliquee au Tchad, face a des rebelles qui viendraient justement du Darfour. Un soldat francais de l'eufor qui s'y trouvant par « inadvertance » y est tue…On parle ca et la d'un probleme interne au Soudan. D'autre part on note un probleme interne au Tchad. On a meme parle de genocide.
On parle desormais du enieme accord de non-aggression entre les deux pays. Mais qu'est-ce qui s'y passe reellement ? Quel est le role de la France d'un cote, de la Chine de l'autre ? Pourquoi une couverture mediatique si differente dans l'hexagone (et aux EU) et en Chine ?
Mon point de vue sur le 11 septembre n'interessera personne (les « conspirationnistes » jouent le role de diffuseurs lents de verite qui evitera le choc psychologique qu'aurait eu une revelation spontannee, et les sanctions ne seront meme pas reclamees ! - comme pour les fausses ADM et les precedentes entrees en conflit).
Mais, en tant que lecteur sans grande qualite intellectuelle des infos francaises d'une part et chinoises de l'autre je vous avoue que ma naivete s'apparente de plus en plus a de la paranoia.
Merci d'avance de bien vouloir me donner un coup de main pour eclaircir tout ca.
à Haina
De Haina
11H13 | 15/03/2008 |
Je me corrige au sujet de l'arme mediatique. L'un est plus rapide « a la degaine », mais l'autre a tout de meme de quoi riposter : des images diffusees il y a quelques heures qui, a moins d'un blindage a l'arme lourde, perceront forcement le corps de la propagande occidentale…
à Pierre Haski
De l écrevisse
17H46 | 15/03/2008 |
D'abord merci Haina ! Il est triste que la cote que vous ont donné les lecteurs ai fait cacher votre fort bon commentaire.
La C.I.A. est en effet une alliée du Dalai Lama et de l'action rebelle au Tibet, selon la logique qui veut que« The ennemy of my ennemy is my friend“(l'ennemi de mon ennemi est mon amis).
Le Dalai Lama dans ses interview évite toujours de caresser ses amis américains à rebrousse poile, au contraire, à propos de l'Afghanistan il déclare : ‘ J'admire le fait que les Américains choisissent leurs cibles avec tant de soin, afin de limiter le nombre de victimes civiles. Cela me semble une forme plus civilisée de guerre que la Première et la Seconde Guerres mondiales. En outre, la guerre en Afghanistan était une sorte de libération du peuple, qui avait beaucoup souffert sous les précédents régimes.
Et de l'Irak : Il est trop tôt pour dire que la guerre en Irak a été une erreur. L'histoire le dira.
ou encore il déclara un jours à ARTE qu'il y a de bonnes et de mauvaises guerres. Une bonne guerre fut la guerre de Corée de 1950-53, qui d'après lui a quand même été un demi-succès’.Une mauvaise guerre fut celle du Vietnam, ‘ qui causa trop de victimes sans résultat final ’.
Pour en venir à la C.I.A. leurs relations avec l'insurrection Tibétaine on été prouvée par une étude à ce propos, réalisée sur base d'interviews d'anciens rebelles, d'officiers et de fonctionnaires de la CIA ainsi que des frères du dalaï-lama et s'appuyant en outre sur des archives cédées par le gouvernement américain, qui a été publiée en 2002 dans ‘ Etudes sur les Guerres modernes ’
Ils ont fournis des armes et ont fait de la propagande anti-Chinoise, de plus ils sont derrière Radio Free Asia qui est justement la radio qui à communiquer la presse occidentale sur les manifestation au Tibet. a part ça j'aimerais savoir les source qui on déclarer entre 10 et 100 morts dans les affrontement, j'ai lu 2 mort dans Le Monde qui citait Radio Free Asia justement.
Et enfin pour mettre un peu de lecture pour nos soit disant défenseurs des droits de l'homme :
Jusqu'en 1949, la société tibétaine était basée sur le servage. Les seigneurs (5% de la population) possédaient, outre leurs serfs, la totalité des terres, des forêts et du cheptel. Les serfs (95% de la population), ne possédaient pas un seul arpent de terre. Deux cent familles dominaient cette pyramide sociale. Et sur le trône : le Dalaï-lama.
Les serfs étaient enchaînés au domaine seigneurial. De leurs récoltes, ils fournissaient plus de 70% au seigneur. Ce qui restait était insuffisant pour vivre. Envers l'Etat, chaque famille avait des obligations, au nombre de 200. Parmi celles-ci, on cite souvent le ‘wula’, qui imposait le coucher et le couvert gratuit aux fonctionnaires de passage. Tout leur était dû, même les jeunes filles. Et lorsque l'‘hôte’ s'en allait, le serf se prosternait pour lui servir de marchepied.
Toutes ces pratiques étaient codifiées dans les ‘Treize articles’, qui classaient la population en trois catégories hiérarchiques, chacune divisée en trois classes, qui elles-mêmes comprenaient neuf échelons. Les serfs qui ne pouvaient plus payer leurs redevance, ou qui refusaient de le faire, subissaient des amputations.
Au musée de l'Histoire du Tibet, on peut encore voir des peaux de serfs arrachées à des vieillards ou à des enfants. Parmi ces objet ‘rituels’, figure une trompette creusée dans le fémur d'une jeune fille. A côté de la vie misérable des serfs, on est abasourdi par le luxe inouï dans lequel les lamas ont baigné pendant des siècles.
Depuis le début du siècle jusqu'à la libération, plusieurs centaines d'insurrections paysannes ont eu lieu au Tibet. Quand les communistes ont décrété la réforme agraire et l'abolition du servage, les lamas ont décidé de quitter le Tibet.
Justice, éducation et santé
Le Tibet a en Chine un statut d'autonomie et plus de 80% des cadres dirigeants sont issus des minorités nationales du Tibet. La première tâche des communistes au Tibet a été de redonner confiance à la population. On a instauré une justice équitable, par opposition à la justice de classe qui avait jusque là prévalu. Les juges de la noblesse ont été punis pour leurs crimes et les tribunaux sont devenus populaires.
En matière d'éducation, l'analphabétisme a considérablement baissé. La scolarisation atteint plus de 82% en 1998, contre seulement 2% en 1950. Les cours sont donnés en chinois et en tibétain. La mortalité infantile qui était de 43% en 1950, est aujourd'hui de 3%. Enfin, l'espérance de vie de 35 ans en 1950 a doublé en quarante ans.
En octobre dernier, au forum des Droits de l'Homme, le professeur Meienberg de Zürich a déclaré que les progrès de la Chine socialiste conféraient à ses habitants ‘de brillantes perspectives pour leurs droits fondamentaux’. Selon lui, ‘les critiques des occidentaux sur les Droits de l'Homme en Chine ne sont bien souvent qu'une attaque globale contre le système socialiste de ce pays. Ils ne veulent pas comprendre que le système socialiste est le produit de l'histoire de la Chine, qu'il a été mis en place après des décennies de lutte contre l'agression étrangère et contre l'ennemi intérieur ’.
à l écrevisse
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 22H24 | 15/03/2008 |
« les progrès de la Chine socialiste »… Vous parlez aussi bien que le Quotidien du peuple, je ne savais pas que ça existait encore. Il faut vraiment que vous ne soyiez jamais allé en Chine pour oser qualifier ce qui se construit là-bas de « socialiste ». Ca n'aide pas à crédibiliser tout ce que vous écrivez au-dessus sur le Tibet, qui sent bon la brochure du ministère des Affaires étrangères.
à Pierre Haski
De jac le rat
aventurier | 00H44 | 16/03/2008 |
Vous tenez bon Pierre ! ! ! Bravo ! ! !
jac le rat Rinpoché
à Pierre Haski
De l écrevisse
07H00 | 16/03/2008 |
« Il faut vraiment que vous ne soyiez jamais allé en Chine pour oser qualifier ce qui se construit là-bas de “socialiste”. »
J'y vis, et je parle,écrit et lit le chinois. Ce que je constate c'est que les conditions de vie du peuple s'améliorent, que si certes les présidents Deng et Jiang on fait une grave erreur en diminuant voir suppriment la responsabilité social de l'état (soin, sécurité,retraites,…) Hu Jin Tao est en train de redresser la barre, rien que sur l'année 2007 les fonds alloué à la sécurité social ont augmenté de 300 pour cents. Pour savoir si un états est socialiste il ne faut pas uniquement regarder ou il en est aujourd'hui mais plutôt se fixer sur la direction qu'il prend, et la direction que prend la Chine, on peu le constater par les discours et les actions du gouvernement en place, est vers plus de socialisme et plus d'écologie, ça ne se fera pas en trois jours, mais je pense que la Chine est sur la bonne vois, Je crois au « Yi Ren Wei Ben » avoir le service au peuple pour base.
Quand à la lecture que j'ai proposée elle n'est pas objective, elle est engagée, elle est la traduction d'un article écrit par un certain Mao Ning sur le Tibet, c'est pour ça qu'il y a des mots genre « édification socialiste ».
Je voulais proposer une vision plus Chinoise de la question.
à l écrevisse
De Brain Washin
17H09 | 16/03/2008 |
Tout à fait d'accord avec vous
à Brain Washin
De l écrevisse
09H32 | 17/03/2008 |
Merci ! C'est assez rare que quelqu'un soit d'accord avec moi pour être souligné !
De Chad
08H47 | 15/03/2008 |
Je trouve toujours bizarre cette propension à parer les chefs religieux (sauf ceux de l'Islam, bien entendu… ; -))de toutes les vertus démocratiques. Le principe même de la religion ne me parait pas l'être du tout (démocratique).
Quant aux massacres au Tibet, à Gaza, ou ailleurs, RIEN ne les excuse. Certains sont seulement plus médiatisés.
à Chad
De sum sum
08H59 | 15/03/2008 |
Bouddhisme : religion ou pas religion ?
Quant à la médiatisation des massacres, si nous pouvions « aussi facilement » planter une camera en Chine qu'en Afrique, nous en entendrions plus parlés sans doute.Mais j'avoue que je peux me tromper la.
http://respublica-sum.over-blog.com/
De Gevrey
08H54 | 15/03/2008 |
Parousnik ; on ne vous lis jamais lorsque la Chine est en cause, par contre dès qu'il s'agit de mettre en scène votre anti américanisme primaire en dénoncant la « ploutocratie de washington » vous êtes le champion des droits de l'hommistes…
Qu'avez vous à dire sur cette « formidable » démocratie qu'est la Chine … ?
à Gevrey
De parousnik
23H39 | 15/03/2008 |
@ Gevrey
Je n'ai heureusement qu'une vie et malheureusement pas d'élastique à mettre au temps…alors je manifeste et gueule etc chez moi en occident… C'est l'occident qui met en péril le monde pas la Chine pour l'heure en tout cas…et je crois que si dans nos pays les droits de l'homme, de la femme et de l'enfant étaient réellement respectés nous pourrions alors peut-être lui donner des leçons…Si l'Afghanistan et l'Irak n'avaient pas été mis à feux et à sang par les armées de l'occident dans un but crapuleux alors nos protestations contre la colonisation du Tibet et le non respect des droits humains seraient alors d'une toute autre portée… Si nos gros et gras actionnaires n'avaient pas que rentabilité dans le coeur alors nos industriels n'auraient peut être pas délocalisé toutes les productions sans conditions…nous laissant sans voix…Je n'ai pas envi d'aller vivre ni en Chine ni aux Etats Unis…