17/03/2011 à 03h59

Les Tibétains en exil face à la retraite politique du dalaï lama

Claudine Terral | Aujourd'hui l'Inde


(De Delhi) A Majnu ka Tilla, quartier tibétain situé dans le nord de la capitale indienne, beaucoup pensent que le dalaï lama a choisi le bon moment pour se retirer du gouvernement en exil, basé à Dharamsala, comme il en a annoncé l’intention il y a quelques jours. Témoignages.

Majnu ka Tilla ne se défait pas de son calme ambiant. Oasis de paix située à deux pas de la 4-voies bruyante et bondée, le quartier aussi connu sous le nom de « Tibetan camp » abrite des réfugiés tibétains et népalais.

D’une manière générale, les Tibétains de Majnu ka Tilla restent très attachés à leurs traditions, malgré une certaine tendance des jeunes à s’occidentaliser. Le dalaï lama représente à leurs yeux un symbole des plus importants, à la fois en tant que plus haute autorité du bouddhisme tibétain, mais également en tant qu’icône politique de la lutte pour l’indépendance du Tibet.

Le départ d’une icône politique

Le 14ème dalaï lama a décidé jeudi dernier de mettre un terme à son autorité politique, qu’il exerçait depuis plus de 50 ans au sein du gouvernement en exil basé à Dharamsala. A Majnu ka Tilla, la plupart des Tibétains interrogés au sujet de cette décision sont favorables à son retrait.

Pour le lycéen Tsering,

« le dalaï lama est très vieux, à présent. Il est temps pour lui de se retirer et de se reposer. Nous compterons toujours sur son soutien dans notre lutte, il restera toujours dans nos cœurs en tant que leader religieux du peuple tibétain ».

Malgré des demandes du gouvernement en exil de réviser sa décision, le dalaï lama s’est montré déterminé à se distancer de son autorité temporelle. Lundi, lors d’une session du Parlement tibétain en exil à Dharamsala, le leader tibétain a affirmé :

« Si nous devons rester en exil durant plusieurs décennies à venir, un jour viendra où je ne pourrai plus exercer mon autorité ».

« Le dalaï lama sait ce qu’il fait »

Dorjee, qui vit à Majnu ka Tilla depuis plus de 20 ans, reste plus mitigé quant à l’avenir du gouvernement en exil :

« le gouvernement tibétain est faible à la base, car il est en exil, et aucun pays ne l’a reconnu. Sans le dalaï lama, qui menait la barque depuis sa formation en 1959, les institutions devront retrouver confiance en un nouveau leader. Cela ne s’annonce pas facile, mais j’ai confiance en notre gouvernement. Le dalaï lama sait ce qu’il fait, il en parle d’ailleurs depuis bien longtemps ».

Un vieux moine, prénommé lui aussi Dorjee et sirotant son chaï sur un banc, acquiesce d’un air grave.

« L’évolution du gouvernement en exil sans le dalaï lama à sa tête va en effet être difficile, mais il est tout de même très vieux. Il faut donc se rendre compte qu’il ne peut rester éternellement, et qu’il aura davantage de difficultés à assurer son autorité à long terme. Sa décision est sage ».

Kalsang, dont les rides profondes témoignent de son rude passé d’exilé, n’avait pas entendu parler de cette nouvelle. Il continue d’égrener son chapelet en silence, une petite larme pointant au coin de son œil.

Plus de responsabilités pour les jeunes

Trois candidats se présentent aux élections pour le poste de Premier ministre du gouvernement en exil.

  • Lobsang Sangay, qui est chercheur en droit à Harvard,
  • Tenzing Tethong, un ancien représentant du dalaï lama aux États-Unis,
  • Tasha Wangdi, qui a longtemps travaillé au sein de l’administration tibétaine en exil.

Tous trois ont également pressé le dalaï lama de revenir sur ses déclarations, en vain.

Lobsang Kharchin tient une petite librairie située dans une ruelle étroite du Tibetan camp. Avec une moue concentrée, il détaille son point de vue sur le départ du dalaï lama.

« A présent qu’il est très vieux, le dalaï lama souhaite donner plus de responsabilités aux jeunes. C’est une bonne chose. Son vœu serait de voir un gouvernement davantage composé d’intellectuels, ou de personnes ayant une réelle expérience en politique.

Les jeunes doivent se mobiliser, et le départ du dalaï lama leur permettra de tenter leur chance. Rien de mieux qu’un sang neuf pour faire évoluer les institutions tibétaines ! »

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  • boboland
    boboland
    bobologue
    • Posté à 09h04 le 17/03/2011
    • Internaute 104841
      bobologue

    je sais bien qu’il y en a certains qui aimeraient bien que ça saigne !
    pour avoir fait deux séjours au Tibet (l’un à partir du Yunnan en 2007 et l’autre de Xi’an en2010) et des séjours annuels dans le reste de la Chine je vous fais part d’une impression (rien de plus)
    Contrairement à l’idée qu’on se fait en France ce n’est pas la guerre ni le génocide !
    Les Chinois Hans ordinaires percoivent le Tibet comme une région pleine de pureté, où l’air est sain, dans laquelle ils aiment à se ressourcer, c’est une de leurs destinations nationales préférées, en tout cas c’est leur région révée.
    Par contre, ils trouvent que les tibétains sont ingrats de ne pas reconnaitre l’effort financier que fait le reste du pays (infrastructures, hopitaux etc)
    Si on veut comparer, c’est un peu les sentiments que l’on devellope sur le continent quand les Corses font des actions violentes.
    On sait que les Chinois aiment se retrouver pour danser et faire de la musique : la mode en Chine c’est de se déguiser en Tibétain ou en Ouighour pour danser, exactement comme nous faisons en France lorsque nous nous déguisons en belle gitane ou en cheik arabe ou danseuse orientale..mais sous le déguisement se sont des Hans.

    Par contre c’est vrai que ce moche modernisme nouveau au Tibet peut choquer le touriste occidental qui vient chercher « l’authentique.. » mais les jeunes tibétains ne veulent pas rester des figurants dans un conservatoire ethnique. ils veulent légitiment améliorer leur situation matérielle.Avec plus ou moins de succés. Ce n’est pas à nous occidentaux de leur imposer un mode de vie moyen-âgeux sous pretexte que c’est plus joli sur les photos. C’est valable dans tous les pays et contiments.

    • Karavi
      Karavi répond à boboland
      obsolescence programmée ((
      • Posté à 12h51 le 17/03/2011
      • Internaute 113192
        obsolescence programmée ((

      Si on veut comparer, c’est un peu les sentiments que l’on devellope sur le continent quand les Corses font des actions violentes.
      Belle comparaison.. ! On comprend bien qu’une région ou un pays magnifique, on veuille se l’accaparer, voyons !

      Mais les tibétains en exil à Dharamsala ou ailleurs préféreraient vivre dans leur pays,indépendants.
      Le chinois moyen trouve les Tibétains« ingrats », dites- vous,mais ces derniers n’ont jamais demandé à être colonisés par la Chine !
      Les Tibétains restés chez eux n’ont sans doute pas d’autre choix que de s’adapter et s’ils ne vous semblent plus trop faire partie du folklore, ce n’est pas pour cela qu’ils acceptent forcément le régime chinois.

      Ils ont leur propre culture
      En Inde, les Tibétains s’organisent pour la sauvegarde de la culture tibétaine, ils ont mis en place une école laïque (Tibetan Children’s Villages) permettant la scolarisation de près de 100 % des enfants tibétains. En 2009, le Tibetan Children’s Villages a fondé la première université tibétaine en exil à Bangalore (Inde) qui a été nommé « L’Institut d’études supérieures du Dalaï Lama ». Les objectifs de cette université sont d’enseigner la langue tibétaine et la culture tibétaine, mais aussi la science, les arts, le conseil et la technologie d’informations aux étudiants Tibétains en exil (wikipéa)

    • Le_mouton_noir
      Le_mouton_noir répond à boboland
      www.delaservitudemoderne.org
      • Posté à 07h11 le 18/03/2011
      • Internaute 119868
        www.delaservitudemoderne.org

      Votre description correspond exactement à l’image que voudrait donner la chine du Tibet mais la réalité est bcp moins réjouissante ; même si l’herbe qui pousse sur les charniers est plus verte.

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