23/12/2010 à 22h02

Murong Xuecun, un écrivain chinois primé puis ... censuré

Bertrand Mialaret | Mychinesebooks.com


Murong Xuecun (DR)

Murong Xuecun est un jeune écrivain chinois, un des plus connus et des plus prometteurs ; il vient de recevoir le prix 2010 de la Littérature du Peuple, mais n’a pas été autorisé à prononcer le discours qu’il avait préparé pour la cérémonie de remise du prix !

Une génération urbaine qui se détourne de la politique ?

Il y a quelques mois, je regrettais le petit nombre de traductions de jeunes écrivains et soulignais la rupture avec la génération précédente : on parle de soi, de son entourage, de la classe moyenne et surtout urbaine. On abandonne totalement les épisodes de l’histoire chinoise ou de la paysannerie qui sont les thèmes principaux de plusieurs grands écrivains tels Mo Yan, Yu Hua et Yan Lianke et qui ont de plus l’avantage de permettre d’évoquer des problèmes politiquement sensibles en se réfugiant dans le passé pour contourner la censure.

Cette génération parle de son adolescence, de ses années d’étudiant, de la vie d’entreprise et de la corruption, de drogue et de sexe. Internet est au cœur de la démarche : Murong Xuecun écrit à 28 ans son premier roman « Oublier Chengdu » pour un site internet qui l’a publié par épisodes.


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Le succès spectaculaire a permis, en 2003, l’édition d’un livre dont 500 000 exemplaires ont été vendus. « Oublier Chengdu » a été traduit par Claude Payen et publié en 2006 par un éditeur courageux, les Editions de l’Olivier. Au total, l’ouvrage a été traduit en six langues ; il a inspiré une pièce de théâtre, une série télévisée puis un film qui attendit trois ans un visa d’exploitation qui fut ensuite annulé.

La littérature sur internet est beaucoup moins soumise à la censure que les livres et surtout les films. Mais « Oublier Chengdu » a subi plusieurs coupes (10 000 mots). L’approche de la censure, ici comme ailleurs, est incohérente : les livres sont publiés censurés mais les éditions suivantes ne sont pas vérifiées et reprennent souvent des passages coupés, qui d’ailleurs se retrouvent souvent sur internet. De plus, il ne faut pas oublier que certains livres censurés sont publiés dans leur intégralité à Hong Kong ou à Taiwan.

« Cette société est comme une rivière polluée »

Murong Xuecun a 36 ans, c’est un optimiste, bien loin des héros cyniques et désespérés qu’il décrit. Il ne reste pas plus de deux ans au même endroit : Beijing, Chengdu, Shenzhen, Hainan, Lhassa... ces différentes régions, tout comme ses nombreuses expériences professionnelles ont donné naissance à beaucoup de projets... souvent non terminés mais aussi à quatre livres dont « En dansant dans la poussière rouge », publié en 2008 ; une fable sur la corruption dans les milieux judiciaires, des professions qu’il fut amené à côtoyer.

Ce texte, en cours de traduction en anglais, évoque la vie d’un jeune homme de la campagne qui devient un juriste reconnu en corrompant collègues et supérieurs avec argent et femmes. Un de ses amis, un juge intègre, se révolte contre le système mais ne pourra éviter d’être cassé tout comme notre héros.

En 2008, Murong Xuecun prend un gros risque et, par curiosité, va travailler trois semaines dans une organisation frauduleuse de vente pyramidale à Shangrao, une petite ville au sud-est de Shanghai. Il parvient à s’infiltrer puis dénonce l’organisation mafieuse qui contrôle ce système à la police. Il quitte la ville sans dommage et publie dans une revue son enquête qui fit grand bruit.

Il écrit aussi un livre « Comment peut-on être aussi ignorant » pour mettre en garde sur ces méthodes frauduleuses, sans beaucoup d’illusions, car l’organisation s’est reconstituée après les arrestations opérées par la police.

Il a reçu récemment le prix 2010 de la Littérature du Peuple pour ses écrits sur cette affaire ; c’est un prix littéraire qui ne dépend pas de l’Union des Ecrivains (à laquelle il a par ailleurs refusé d’adhérer) et qui est décerné par un jury indépendant... mais soumis comme partout aux pressions des éditeurs.

Il n’a pu prononcer son discours qui a été traduit par Harvey Thomlison, son traducteur qui a également lancé une maison d’édition à Hong Kong.

« Je me suis castré moi-même »

Ce discours est intéressant car il montre dans le détail, le type de dialogue que peut avoir un écrivain avec son éditeur, responsable du contenu du livre et soucieux d’éviter ennuis et pertes financières. Certains mots, certains qualificatifs doivent être évités, un débat surréaliste et ridicule !

« Il ne s’agit pas de moi, mais de la situation à laquelle sont confrontés tous les écrivains en Chine... j’ai fait beaucoup d’efforts pour établir mon propre dictionnaire de “ mots sensibles ” et j’ai contrôlé mon vocabulaire et je suis maintenant familier avec ces mots et ces phrases qu’il faudra couper... parfois pour gagner du temps, je le fais moi-même. J’appelle cela “l’écriture châtrée‘, mais au moins je suis un eunuque proactif... et je me suis châtré
moi-même. ’

Il poursuit :

‘ la réalité est que nous ne pouvons parler de la réalité ; le seul point de vue est que nous ne pouvons en avoir un... Parfois, je ne peux m’empêcher de penser : la Révolution Culturelle est-elle vraiment terminée ?’

Là, notre auteur divague : si la Révolution Culturelle n’était pas du passé, les conséquences de ce type de discours sur son intégrité physique auraient été très graves ou même fatales !

Mais il a le mérite comme Yan Lianke de souligner vigoureusement les risques de l’autocensure et de répondre clairement à sa question :

‘ pourquoi la Chine n’a t-elle pas de grands écrivains ? parce qu’ils sont châtrés pendant leurs débuts ’.

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  • thierry reboud
    • Posté à 23h50 le 23/12/2010
    • Internaute 20923

    Transmettez à Eric Raoult, ça devrait l’intéresser : l’année dernière, il avait déclaré que N’Diaye (prix Goncourt) devrait être astreinte à un certain devoir de réserve. On dirait que la collaboration entre le PC chinois et l’UMP progresse à grands pas.

    • Adéménagé le 3 janvier 2011
      • Posté à 00h03 le 24/12/2010
      • Internaute 29846
        menuisier

      En même temps, Raoult parlant littérature..

      Pourquoi pas Hortefeux dissertant sur les vertus républicaines tant que l’on y est..

      ils ont leurs limites, tu sais.

      • thierry reboud
        • Posté à 00h09 le 24/12/2010
        • Internaute 20923

        Hou là, si je le sais ! Mais ce n’est pas tellement qu’ils ont leurs limites : ils sont leurs limites.

         
        • Hulk
          Hulk répond à thierry reboud
          Gros con de droite
          • Posté à 00h37 le 24/12/2010
          • Internaute 108405
            Gros con de droite

          Ça va les Muppett Show, là, dans votre numéro de duettistes convenu ?

          • Homere elmero
            Homere elmero répond à Hulk
            communiste primitif
            • Posté à 02h13 le 24/12/2010
            • Internaute 87706
              communiste primitif

            on fait comme on veut, c’est la treve des confiseurs. Et ce n’est pas parce que tes zozos sont tout deconfits qu’on va se gener. non mais !

            • Hulk
              Hulk répond à Homere elmero
              Gros con de droite
              • Posté à 02h40 le 24/12/2010
              • Internaute 108405
                Gros con de droite

              Tu me cherches là, ou je rêve ?

              Parce que si c’est le cas, ça va chier, sois-en certain.

          • Adéménagé le 3 janvier 2011
            Adéménagé le 3 janvier 2011 répond à Hulk
            menuisier
            • Posté à 09h48 le 24/12/2010
            • Internaute 29846
              menuisier

            Prend un lance-roquette, installe-toi sur la terrasse d’un hosto et attend l’ambulance.

          • thierry reboud
            thierry reboud répond à Hulk
            • Posté à 09h52 le 24/12/2010
            • Internaute 20923

            Bah, pour une fois qu’on n’emmerdait personne... : -)) On nous y reprendra, tiens !

        6 autres commentaires
    • Michel Fang Zang
      Michel Fang Zang répond à thierry reboud
      retraité
      • Posté à 10h34 le 24/12/2010
      • Internaute 54074
        retraité

      Mais dans sa jeunesse d’élu du 93,Eric Raoult se vantait de son éducation communiste(ses parents).Ca laisse des traces.Dans les années 50,dans les colonies des municipalités communistes(Saint-Ouen),on confisquait les illustrés(BD).Ils étaient laissés dans les valises à la lingerie et les enfants les retrouvaient le jour du départ.Seul « Vaillant“(le futur ‘journal de Pif’)et ‘Miroir Sprint(vendus à la coopée)étaient autorisés.Les enfants de militants(comme moi)privés de cette propagande impérialiste’ toute l’année se dépêchaient de faire le plein de bulles interdites durant les voyages aller-retour où ces illustrés échappaient à la censure.Je pense que mes interrogations sur la nature réactionnaire de Blake le Rock(le héros de ‘Kiwi’)ont introduit chez l’enfant que j’étais les germes de l’esprit critique.Ce héros de la guerre d’indépendance américaine était à mes yeux aussi digne d’admiration que Tao(le héros de ‘Tao fils de Chinedans Vaillant’).

  • Xiaolin
    • Posté à 02h55 le 24/12/2010
    • Internaute 1264

    Bel article, s’il pouvait encourager un éditeur à publier la traduction française de la « Poussière rouge » ! Par ailleurs le livre sur les ventes pyramidales vient de sortir. Très prometteur, d’après les premières pages.

  • Michel Fang Zang
    Michel Fang Zang
    retraité
    • Posté à 10h36 le 24/12/2010
    • Internaute 54074
      retraité

    Merci pour les informations qu’apporte cet article...

  • A déménagé le 05-02-2012
    • Posté à 14h58 le 26/12/2010
    • Internaute 84960
      non connue

    Murong Xuecun, un écrivain chinois primé puis … censuré

    Donc un écrivain chinois déprimé .