08/10/2010 à 11h00

Liu Xiaobo prix Nobel de la paix malgré la menace de la Chine

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Pékin avait envoyé cet été un vice-ministre des Affaires étrangères à Oslo pour mettre en garde le comité Nobel. En vain.


Capture d’écran de la websérie « Tien Anmen : 20 ans de tabou » (ARTE.tv).

Les menaces chinoises n’y ont rien fait : le dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo s’est vu attribuer vendredi le prix Nobel de la paix 2010, une claque au régime de Pékin au moment où sa montée en puissance économique affaiblit les critiques vis-à-vis de la situation des droits de l’homme en Chine. Le gouvernement chinois a qualifié ce choix d’« obscène ».

Liu Xiaobo, 54 ans, a été condamné en décembre 2009 à onze ans de prison pour son rôle dans la rédaction et la dissémination de la Charte 08, un texte réclamant la démocratisation de la Chine, signé par plusieurs milliers de personnes (lire le texte intégral). Ce texte est inspiré de la Charte 77 des dissidents tchèques à l’époque communiste, et Vaclav Havel, dissident puis président tchèque, a parrainé la « candidature » de Liu Xiaobo à ce prix Nobel.

Le choix du comité Nobel est certain de déclencher la colère de Pékin, qui avait envoyé un vice-ministre des Affaires étrangères à Oslo, cet été, pour mettre en garde le président du comité Nobel contre les conséquences d’une possible attribution du prix à ce dissident emprisonné. Le vice-ministre avait prévenu que ce choix aurait des conséquences négatives sur les relations sino-norvégiennes.

Les menaces chinoises, qui ont été rendues publiques par le président du comité Nobel lui-même, ont peut-être eu un effet contre-productif, et renforcé la détermination de ces Norvégiens indépendants à récompenser un homme qui envoie à la Chine un message simple : on ne devient pas une superpuissance sans valeurs et sans démocratisation.

« La dernière victime de l’inquisition intellectuelle en Chine »

Liu Xiaobo, qui avait déjà fait plusieurs années de prison après la répression sanglante de Tiananmen, lors du printemps démocratique de Pékin, en juin 1989, est resté inflexible sur ses principes, et prêt à subir les foudres de l’autoritarisme du Parti communiste pour défendre ses idées.

Lors de son procès, il a fait une remarquable plaidoirie personnelle, dont Rue89 avait publié la traduction française intégrale, dans laquelle il espérait être « la dernière victime de l’inquisition intellectuelle en Chine ». Un texte dans lequel il applaudit aux progrès considérables accomplis par la Chine depuis la fin de l’ère maoïste avec la mort du Grand Timonier en 1976, mais en souligne les lacunes en terme d’état de droit et de respect des valeurs universelles auxquelles il proclame son attachement.

La Chine n’a jamais reçu directement de prix Nobel. En 1989, l’année du massacre de Tiananmen, le prix Nobel de la paix avait été attribué au dalaï Lama, le leader spirituel tibétain exilé en Inde. Et en 2000, l’écrivain Gao Xingjian, exilé en France et devenu citoyen français, recevait le prix Nobel de littérature.

Mais si en 1989 ou en 2000 la Chine pouvait contrôler l’information et éviter que la grande masse des Chinois soient informés de ces prix déplaisants pour le pouvoir, il en va différemment en 2010 avec Internet. La bataille de l’information et du commentaire sur la décision du comité Nobel va donc se dérouler sur la Toile.

Les réactions en Chine

Dans une première réaction plus de deux heures après l’attribution du prix, la Chine a qualifié ce choix d’« obscénité ». Le ministère chinois des Affaires étrangères a estimé dans un communiqué que la remise de la prestigieuse récompense à cet opposant allait à l’encontre des objectifs du Nobel. Il a également affirmé que cette distinction décernée par le comité Nobel nuirait aux relations sino-norvégiennes.

La femme de Liu Xiaobo, Liu Xia, n’a pas pu sortir de chez elle rencontrer les journalistes qui voulaient la voir après l’annonce du prix. Une vingtaine de militants pro-démocratie qui célébraient le prix Nobel de Liu Xiaobo dans un restaurant ont été interpelés par la police.

A Washington, Barack Obama, précédent lauréat du prix Nobel de la paix, a salué dans une déclaration le choix de Liu Xiaobo, et a appelé le gouvernement chinois à le libérer « aussi rapidement que possible ».

Dès vendredi matin, Kaiser Kuo, un blogueur chinois, prédisait que le pouvoir lancerait une offensive sur la toile chinoise pour faire entendre l’« indignation » massive du peuple chinois... On sait que le gouvernement a recours à des internautes payés pour faire passer ses messages sur un espace web devenu un véritable champs de bataille idéologique.

Sur les portails d’information Sina, Sohu et WangYi, les pages consacrées aux différents prix Nobels (même ceux annoncés ces derniers jours) ont désormais disparu, et les télévisions étrangères sont bloquées dès qu’elles abordent le sujet.

Un internaute en Chine nous signale par ailleurs que quand on tape le nom de Liu Xiaobo sur Baidu, le principal moteur de recherche chinois, la première page qui s’affiche porte comme titre la question d’un internaute : « Qui est Liu Xiaobo ? »


A Hong Kong, des manifestants réclament la libération de Xiaobo devant le ministère chinois des Affaires étrangères.

Réactions des citoyens chinois

Selon notre partenaire Aujourd’hui la Chine, au moment de l’annonce, six étudiants de l’université du Peuple présents sur la place Tian’an Men ont brandi des banderoles avec écrit :

« Félicitations à Liu Xiaobo pour sa victoire du prix Nobel de la Paix. »

Alors que l’accès aux principales plates-formes de forums locaux semble actuellement ralentie en Chine continentale, beaucoup d’informations remontent par Twitter.

Sur Twitter, plusieurs internautes ont affirmé qu’ils mangeraient du saumon ce soir pour remercier la Norvège, grande exportatrice de ce produit.

L’artiste contestataire Ai Weiwei a exprimé sa joie sur le site de micro-blogging :

« C’est le jour le plus heureux pour la Chine depuis soixante ans. »

Toujours sur Twitter, un internaute rapporte qu’à l’annonce de la nomination, une personne a crié « Liu Xiaobo a gagné le prix » dans le métro de Pékin, dans l’indifférence générale : ici, très peu de gens connaissent l’existence du nouveau prix Nobel de la paix.

« C’est une victoire de l’humanité et de la raison, commente un internaute. La Chine a besoin de devenir un Etat de droit. Le communisme arbitraire, c’est fini ! La liberté d’expression et le respect des lois de la constitution sont le futur de la Chine ».

Mais la liesse générale n’est pas partagée par tous.

« Maintenant, le gouvernement chinois va être furieux. S’il coupe complètement Internet, cela sera un désastre pour la démocratie en Chine. »

En Chine continentale, les autorités n’arrivent donc pas à contrôler Internet, mais il est actuellement impossible d’envoyer un SMS en chinois contenant les caractères du nom du prix Nobel, 刘晓波.


Chimulus sur Liu Xiaobo.

Mis à jour le 08/10/10 à 12h45, avec l’ajout des réactions des citoyens chinois.

Mis à jour le 09/10/10 à 12h30. L’extrait de la websérie « Tien’Anmen : 20 ans de tabou » est retiré à la demande d’Hikari Groupe.

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  • yabon
    yabon
    Cyborg marxien en service
    • Posté à 22h10 le 08/10/2010
    • Internaute 98602
      Cyborg marxien en service

    Elles sont parties en vacances les taffioles qui nous gouvernent ?

    Lien

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 21h18 le 08/10/2010
    • Internaute 5775
      Dessinateur de presse
  • Lescinqw
    Lescinqw
    Formateur journaliste Paris
    • Posté à 23h55 le 08/10/2010
    • Journaliste 41319
      Formateur journaliste Paris

    Un grand bravo à la Norvège dont le choix pour le Nobel de la paix 2010 est une preuve de courage si rare à Oslo qu’elle mérite d’être saluée. Les Norvégiens ne se sont pas couchés devant la puissante Chine, comme les Français de Sarkozy l’ont fait à l’occasion des Jeux Olympiquyes de la honte à Pékin 2008.
    Mais puisqu’on parle de liberté, liberté d’opinion, liberté de la presse ((l’an prochain on fêtera le 130 ème anniversaire de la loi de 1881), je voudrais évoquer le cas de Monsieur Mélenchon, véritable danger pour la démocratie.
    Ancien collaborateur de Michel Rocard, ex-PSU gauchiste, politicien d’une tout autre envergure devenu gâteux, Mélenchon n’existerait pas sans la nullité sidérante de l’opposition face à un Etat sarkoziste caricatural qui a cassé la France, le beau joujou dont il rêvait le matin en se rasant !
    L’extrême gauche n’existe plus. Marie-George Buffet a trop goûté au pouvoir sous Jospin et est devenue l’ombre d’elle même ; l’intègre Arlette Laguillier, la seule et vraie défenseure du peuple, a laissé la place au petit facteur bien nourri de Neuilly ; le Parti communiste stalinien et les révolutionnaires trotskistes ont disparu. Alors, Monsieur Mélenchon (qui c’est celui là ?) se veut désormais le héraut du monde du travail, des petits, des humbles, des damnés de la terre. Comme il est incapable de présenter un vrai projet pour la France, que son Parti de gauche est une grosse blague, et qu’il n’aura jamais une miette d’un pouvoir lui assurant le paiement de ses notes de frais, il ferait plutôt pitié s’il n’était pas devenu un personnage extrêmement dangereux pour la démocratie. Avec ses insultes, ses anathèmes, son appel à la délation publique - bientôt au lynchage, pas seulement médiatique ? - contre les journalistes qui ne lui plaisent pas, il rappelle les diatribes et les vomissures des deux Joseph (Staline le dictateur communiste et Goebbels le chef de la propagande nazie) contre ceux qu’ils condamnaient sans procès au knout sibérien ou au croc à boucher hithlérien (tiens, çà me rappelle quelque chose, brrrr !).
    La liberté de la presse existe, Mélenchon, que vous le vouliez ou non. Beaucoup se sont battus et sont morts pour qu’elle existe et survive : plus de 70 ont été tués cette année en faisant leur travail. Alors, pas touche aux journalistes, de droite, de gauche et d’extrême centre, vous qui n’existez que dans vos propres fantasmes. Journaliste depuis quarante ans, carte n°29..., formateur de deux générations de journalistes, et une troisième en route, je vous dis m... de la part de tous les journalistes, avec ou sans carte.
    Et merde aussi à tous les médias qui auront l’indécence de vous donner désormais la parole alors que vous ne représentez rien d’autre que vous même. RIEN. Il faudra boycotter ces médias sans honneur, avides de buzz et de clics sur la toile, car vous êtes quelqu’un de très dangereux pour nos libertés. Vous êtes purement et simplement le début d’une dictature. Mélenchon ne fait plus rire = attention danger. PS Je n’ai jamais parlé au journaliste que vous voulez crucifier, mais on va le protéger contre les fous furieux.

    • Damien
      Damien répond à Lescinqw
      • Posté à 11h13 le 09/10/2010
      • Internaute 227

      D’accord avec vous. Si M. Mélenchon développe souvent des idées intéressantes avec assez de brio, comme vous, je vois en lui quelqu’un qui peut très vite déraper et devenir dangereux une fois arrivé au pouvoir.
      Et pour rester dans le sujet, n’oublions pas que M. Mélenchon défend les dirigeants chinois du PCC et s’énerve même si l’on prononce mal leurs noms (noms qu’il ne prononce pas lui même correctement).
      Tiens d’ailleurs, que dit il de ce prix Nobel ?

  • mon petit doigt
    • Posté à 10h27 le 09/10/2010
    • Internaute 64887
      sans

    Gonflés les chinois,des menaces ils se prennent pour les maitres du monde.

  • Philou017
    Philou017
    Informaticien
    • Posté à 15h30 le 09/10/2010
    • Internaute 23880
      Informaticien

    Après la farce de la désignation d’Obama, on a maintenant un dissident Chinois.

    Les prix pour des dirigeants occidentaux d’un coté (Obama, Kissinger, Carter, Al Gore), et d’autre part pour les contestataires des pays ennemis (Sakharov, Lech Valesa,.Gorbatchev) Sans doute une objectivité bien comprise.

    il s’agit donc du Nobel pour la Paix Occidental. A quand un prix Nobel pour le reste du monde ?

    Cette opération pue la manipulation occidentale. Il n’y a qu’à regarder les « associations Chinoises » soutenues par la NED pour comprendre que les associations pour la « démocratie » sont une arme pour l’impérialisme Occidental contre la Chine.
    Lien

    Quand à la Chine, le mieux serait de lui foutre la paix et de s’occuper de notre démocratie, ou plutôt de ses lambeaux.

  • Philou017
    Philou017
    Informaticien
    • Posté à 15h30 le 09/10/2010
    • Internaute 23880
      Informaticien

    Après la farce de la désignation d’Obama, on a maintenant un dissident Chinois.

    Les prix pour des dirigeants occidentaux d’un coté (Obama, Kissinger, Carter, Al Gore), et d’autre part pour les contestataires des pays ennemis (Sakharov, Lech Valesa,.Gorbatchev) Sans doute une objectivité bien comprise.

    il s’agit donc du Nobel pour la Paix Occidental. A quand un prix Nobel pour le reste du monde ?

    Cette opération pue la manipulation occidentale. Il n’y a qu’à regarder les « associations Chinoises » soutenues par la NED pour comprendre que les associations pour la « démocratie » sont une arme pour l’impérialisme Occidental contre la Chine.
    Lien

    Quand à la Chine, le mieux serait de lui foutre la paix et de s’occuper de notre démocratie, ou plutôt de ses lambeaux.

  • dulcinorix
    dulcinorix
    publiciste
    • Posté à 16h39 le 09/10/2010
    • Internaute 114773
      publiciste

    Difficile de faire mieux que l’un ou l’autre commentaire, mais je voudrais quand même rappeler qu’on a la chance qu’en Chine tous ne pensent pas comme nous. Je ne sais si nous sommes réellement beaucoup plus libre de dire beaucoup plus de choses que les Chinois de Chine, le fait est que nous ne savons pas grand chose. Tout récemment, une de mes amis faisait tout un plat parce que des investisseurs chinois avaient conclu des accords avec des dirigeants grecs. La télévision a parlé d’un cheval de Troie, etc.. Mais cela fait trente ans au bas mot que des investisseurs occidentaux font la pluie et le beau temps dans ce qu’on appelle des zones franches en Chine. Je ne pense pas que cela ait fait l’objet de beaucoup d’articles très critiques, ni d’une critique sévère de la part de la télévision. Enfin, vraiment pour tout, dire, je crains qu’une démocratisation, ce ne soit surtout un moyen d’empêcher le peuple chinois d’affronter une propagande qui sous couvert de la liberté d’expression renvoie surtout à des amalgames et à une forme de censure.

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