14/02/2011 à 12h26

La Chine, deuxième économie mondiale devant le Japon

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


La Chine est officiellement devenue la deuxième puissance économique mondiale en 2010. Une place qui était occupée par le Japon depuis 1968. Tokyo a particulièrement souffert de la crise financière tandis que la Chine engrangeait une croissance à deux chiffres. Ce résultat était prévisible dès l'été dernier, comme le montre cette analyse.

(De nos archives) La Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale au deuxième trimestre, dépassant de peu le Japon confronté à un nouveau ralentissement de sa croissance. A ce rythme, la Chine ravira la première place aux Etats-Unis en 2030, même si le produit intérieur brut est un indicateur insuffisant pour juger de la richesse d'un Etat.

Alors que la Chine continue sa croissance à deux chiffres, indifférente à la reprise poussive des économies occidentales, ce sont les mauvais chiffres du Japon au deuxième trimestre (+0,1% seulement) qui ont permis à Pékin de le dépasser dans le classement des économies mondiales, tout comme elle avait précédemment distancé la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Une nouvelle donne qui devrait être confirmée en année pleine si le ralentissement japonais se poursuit.

Ce nouveau classement des économies mondiales montre l'ampleur et la vitesse du basculement du monde en une décennie, depuis que la Chine a accéléré sa croissance au cours des dix années écoulées, gagnant en poids et en assurance alors que les économies occidentales se débattaient avec une croissance en dents de scie, y compris une période de récession provoquée par la crise financière de 2008.

Pour prendre la mesure du caractère spectaculaire de l'annonce de ce lundi, rappelons qu'il y a cinq ans, le PIB chinois était équivalent à la moitié, seulement, de celui du Japon.

Un revenu par habitant encore très faible

Par habitant, évidemment, il en va autrement, puisque la Chine, avec ses 1,3 milliard d'habitants, se retrouve avec le PIB par habitant du niveau des pays pauvres de la planète, avec de profondes disparités de richesse : les trois décennies de réformes économiques ont en effet creusé le fossé social, faisant de la Chine l'un des pays les plus inégalitaires au monde.

Le revenu par habitant chinois, à 3 600 dollars (2 800 euros), représente moins de 10% de celui des Américains avec 46 000 dollars (36 000 euros).

Le Quotidien du Peuple, organe du parti communiste chinois, faisait observer l'an dernier que moins de 1% des familles chinoises disposaient d'un revenu équivalent ou supérieur au revenu moyen des familles américaines, tandis que des dizaines de millions d'autres sont encore sous le seuil de pauvreté, qu'on le mesure « à la chinoise » ou selon les normes de la Banque mondiale.

Ce bémol n'enlève rien au fait que la Chine a réussi en trois décennies à briser la fatalité d'un mal-développement aggravé par les errances du maoïsme, et à se hisser au premier rang des économies mondiales.

Un modèle chinois ?

Coïncidant avec ces nouvelles statistiques, l'hebdomadaire britannique The Economist a organisé sur son site un débat d'experts autour de cette question : le « modèle chinois » est-il supérieur à celui de l'Occident ?

Et, paradoxalement pour ce titre héraut du libéralisme économique, le panel a conclu en faveur du « modèle chinois ». A noter que les internautes en ont jugé différemment, puisque 58% des participants à un vote en ligne ont exprimé un désaccord avec le verdict des experts.

Mais y a-t-il un « modèle chinois » ? Il y a certes un type de capitalisme autoritaire, fondé sur un contrôle social fort, un rôle central de l'Etat doublé d'un laisser-faire sauvage, qui s'est révélé suffisamment attractif pour les investisseurs étrangers, et a permis de faire décoller l'économie.

Mais, contrairement au modèle capitaliste occidental, il n'est pas nécessairement exportable en dehors du contexte politique bien particulier du post-maoïsme chinois.

Mais le débat de The Economist est révélateur de la fascination que la croissance économique chinoise opère auprès des experts occidentaux -les mêmes qui s'opposent paradoxalement à tout retour du rôle de l'Etat alors que c'est un facteur-clé dans la réussite chinoise. The Economist en tête, qui titrait la semaine dernière sur la tentation du « Leviathan », ce monstre biblique par lequel il dénonce l'interventionnisme étatique dans l'économie.

Pour l'heure, il faudra s'habituer à cette nouvelle place de la Chine, avec ses conséquences sur le fonctionnement de la planète.

Article initialement publié le 16/08/2010.

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  • Otreman
    • Posté à 09h03 le 16/08/2010

    Y » aurait-il un économiste (patented) pour expliquer comment les US qui ont une dette de 9 600 milliards de Dollars vis-à-vis de la Chine peuvent être classés devant en terme d'Économie ? Merci.

    Économie == ?

  • thierry reboud
    • Posté à 09h35 le 16/08/2010
    • Internaute

    Quand vous écrivez que ce nouveau classement des économies mondiales montre l'ampleur et la vitesse du basculement du monde en une décennie, j'ai l'impression que c'est plutôt l'inverse qui est surprenant : cette montée en puissance économique de la Chine ne s'accompagne pas vraiment d'une redistribution des cartes en termes de puissance tout court, notamment politique ou diplomatique.

    Il me semble même frappant d'observer que ceux qui tentent de remettre en cause la prééminence occidentale sont plutôt la Turquie ou le Brésil (c'est-à-dire des économies encore moyennes, au bas mot) que la Chine, qui paraît se satisfaire qu'on lui foute la paix et qu'on ne vienne pas lui chercher des poux dans la tête de ses Tibétains ou de ses opposants.

    Rien ne dit que cette situation durera éternellement, c'est même peu probable, mais on dirait tout de même que le basculement du monde n'est pas encore entré en gare de La Ciotat.

  • Anastaze
    Anastaze
    profiteur-assisté et électeur
    • Posté à 09h56 le 16/08/2010
    • Internaute
      profiteur-assisté et électeur

    « Ce bémol n'enlève rien au fait que la Chine a réussi en trois décennies à briser la fatalité d'un mal-développement aggravé par les errances du maoïsme, et à se hisser au premier rang des économies mondiales. »

    Excusez moi Monsieur Haski, mais cet intermède musical m'a bien diverti et m'a fait penser à cette autre fatalité qui jusqu'en 1840 a frappé le peuple Chinois, qui est celle d'une civilisation qui depuis 4000 ans sans discontinuer a dû subir un empire et une civilisation homogène, et absorber avec sagesse et détermination les cultures de tous ses envahisseurs.

    Cette interprétation ethnocentrique de l'histoire d'un gallo-benzino-américain est finalement touchante.

    Effectivement si on la regarde à la loupe la civilisation chinoise à dû subir quelque « fatalités », mais il faut bien admettre pour peu qu'on prenne un peu de recul que « son bilan est globalement positif » et que dans la saga des turpitudes des grandes civilisations, c'est bien ce qui la caractérise.

  • GanLanShu
    • Posté à 12h22 le 16/08/2010

    Quelque part entre la grandeur pharaonique des pyramides et des sphynxes érigés à la sueur des esclaves et la gestion de Chicago version Al Capone, le « modèle chinois » fait rêver les sarkoberlusconiens de tous poils. La grande « réussite » de la Chine, c'est d'avoir réussi à faire prévaloir le clinquant de sa vitrine sur la réalité de son arrière-cuisine. C'est formidablement pratique pour le reste du monde qui peut continuer à profiter du business sans avoir à tourner la tête ou se boucher le nez... Et c'est évidemment extrêmement dangereux pour ce même monde puisque toute l'ambition ultra libérale se résume à l'admiration de ce « modèle chinois » dépourvu de protection sociale comme de droit des travailleurs.

  • Hououji_Fuu
    Hououji_Fuu
    Racaille Syndicale (oh yeah ! )
    • Posté à 13h06 le 16/08/2010
    • Internaute
      Racaille Syndicale (oh yeah ! )

    Coïncidant avec ces nouvelles statistiques, l'hebdomadaire britannique The Economist a organisé sur son site un débat d'experts autour de cette question : le « modèle chinois » est-il supérieur à celui de l'Occident ?

    Et, paradoxalement pour ce titre héraut du libéralisme économique, le panel a conclu en faveur du « modèle chinois ».

    Je ne trouve pas ce verdict étonnant de la part de The Economist. En fonction de ce que l'on connaît – et malgré les mouvements sociaux qui semblent enfin commencer à y prendre de l'ampleur – l'Empire du Milieu est le paradis de tout capitaliste qui se respecte : une dictature (peu importe qu'elle s'affuble du qualificatif « communiste) autoritaire brutale et sans scrupule qui a adopté l'économie de marché et peut utiliser tous les moyens d'écrasement de sa population pour se rendre attractive au yeux d'investisseurs sans scrupules ne peut qu'être un paradis.

    Masses de main d'oeuvre taillables et corvéables, déplaçables, contrôlables avec l'assentiment, le soutien et la collaboration du pouvoir en place, qui organise les migrations, le parquage des bêtes de somme que sont les malheureux paysans qui doivent quitter leurs terres natales, et qui organise aussi la répression et la justice expéditives à l'encontre de ceux qui voudraient autre chose ou mieux.

    Si on y ajoute des organisations syndicales à la solde du pouvoir et des entreprises, dont l'objectif est uniquement d'accompagner la misère et de faire en sorte qu'aucune révolte ne se produise – faut-il rappeler que la Chine est le seul pays dans lequel Wal-Mart accepte et encourage l'affiliation de ses employés à un syndicat, élément de base que ce géant US interdit aux employés travaillant dans cette “immense démocratie” que sont les US of A – on se rend facilement compte qu'il aurait été plus que surprenant que le verdict de The Economist ne penche pas vers la Chine.