31/07/2010 à 13h15

Li Lu, de Tiananmen au sommet du capitalisme mondial

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Il y a 21 ans, Li Lu était l'un des dirigeants les plus déterminés du Printemps de Pékin, finalement écrasé par les chars place Tianamen.

Aujourd'hui, à peine agé de 44 ans, il est le favori pour remplacer le vieux gourou de la finance américaine, le milliardaire Warren Buffett, à la tête du fonds d'investissement Berkshire et de ses 100 milliards de dollars. Un parcours époustouflant au coeur des mutations du monde.

Au sein du mouvement des étudiants qui occupaient la place Tiananmen, ce printemps 1989, Li Lu occupait une position-clé : il était le bras droit de Chai Ling, la « commandante en chef ». Lorsque le moment de vérité approcha, début juin, il faisait partie de ceux qui refusaient tout compromis, accusant même d'être des « agents gouvernementaux » ceux des dirigeants qui voulaient éviter une épreuve de force.

Après Tiananmen, Li Lu fuit la Chine avec l'aide de la France

Activement recherché après la répression sanglante du 4 juin, il réussit à se cacher, puis à quitter la Chine avec des complicités... françaises. Paris fut ainsi sa première étape d'exil, ce qui en fait le premier d'une longue série de dissidents à débarquer dans la capitale française, avant de poursuivre leur route vers les Etats-Unis qui les fascinaient et leur offraient une tribune plus ambitieuse.

L'un de ceux qui l'ont connu à l'époque à Paris le décrit à Rue89 comme « très dogmatique et péremptoire, prêt à dicter sa loi ». Il ajoute, à la lumière de son parcours dans la finance : « dicter sa loi aux foules, ou aux marchés »...

De fait, il y a une certaine cohérence dans ce parcours qui mène Li Lu d'un leadership à l'autre, celui de la révolution manquée de Tiananmen à celle de la finance mondiale.

Dans son livre « Bad Elements, Chinese Rebels from Los Angeles to Beijing » (éd. Vintage, 2001), consacré aux rescapés de la « génération Tiananmen », l'écrivain néerlandais Ian Buruma souligne que Li Lu et sa génération ont grandi dans un univers de langue de bois, dans lequel les mots n'avaient plus de sens :

« Ce qui était blanc hier peut être noir aujourd'hui. [...] Ça peut générer des facilités réthoriques, et un talent pour mentir afin de survivre. CÇa génère du cynisme et l'idée que personne ne peut défendre une opinion sans avoir d'arrières pensées, généralement sinistres. »

Accusé d'avoir construit une carrière « dans le sang des victimes »

Et, après avoir rencontré pour son livre l'ensemble de la diaspora de la « génération Tiananmen », Ian Buruma ajoute :

« C'est peut-être une des raisons pour lesquelles Chai Ling et Li Lu sont détestés au sein de la diaspora chinoise. Leur transformation de jeunes patriotes idéalistes en Américains décontractés est trop transparente, trop opportuniste. La reconnaissance internationale invite aussi la jalousie, qui est une autre cause de haine.

Un de mes amis chinois, qui n'a aucune sympathie pour le pouvoir communiste, qualifie Chai Ling et Li Lu d'“escrocs”. Un auteur chinois célèbre les décrit comme des “extrémistes”, les “meilleurs élèves de Mao Zedong”, signifiant par là qu'ils partageaient la même culture violente que les Gardes rouges.

Plusieurs personnes m'ont dit que les anciens leaders étudiants ont “construit leurs carrières sur le sang des victimes de Tiananmen”. »

Son histoire familiale est aussi de celles qui donnent des envies de revanche et de réussite. Li Lu est issu d'une famille d'intellectuels chinois, avec un grand père étudiant à l'Université américaine de Columbia en 1920, produisant une thèse comparant les idées de Confucius avec les thèses du penseur humaniste John Dewey. En raison de sa « mauvaise origine de classe », le grand-père de Li Lu a trouvé la mort en prison pendant la Révolution culturelle.

Son père, lui, n'a pas étudié à Columbia mais à... Moscou, autre époque, autres destinations, ce qui ne l'a pas empêché, lui aussi pour « mauvaise origine de classe », de passer la Révolution culturelle en prison. Un pédigrée qui a assurément forgé le caractère du jeune Lu.

Une autobiographie titrée « Moving the mountain »

C'est avec ce bagage intellectuel et ce tempérament endurci que Li Lu débarque à Pékin dès le début de l'occupation de la place Tiananmen, en provenance de sa ville de Nankin où il était étudiant. Il forge très vite une aliance avec Chai Ling qui en fait un duo de choc dans le mouvement.

Li Lu a raconté cette épopée dans un livre autobiographique, « Moving the Mountain : My Life in China from the Cultural Revolution to Tiananmen Square » (éd. Macmillan, 1990), devenu en 1994 un film du même titre, dont la bande annonce résonne comme un réquisitoire contre le régime de Pékin. (Voir la vidéo)

Arrivé aux Etats-Unis, Li Lu a trouvé un autre terrain de conquête pour ses ambitions : la finance. Après des études à Columbia, 70 ans après son grand-père, il créa son propre fonds d'investissements, avant de rencontrer Charlie Munger, le vice-président de Berkshire, lui-aussi octogénaire comme Warren Buffett, qui en fit son poulain.

Paradoxalement, c'est en Chine que ce réfugié politique chinois a amené certaines affaires fructueuses au fonds de Warren Buffett, notamment le fabricant de batteries électriques pour voitures BYD dans lequel Berkshire a investi et qui lui a déjà rapporté plus d'un milliard de dollars selon le Wall Street Journal... En Chine, où Warren Buffett fait l'objet d'un véritable culte.

« Nous étions tous empreints du rêve américain »

Paradoxe seulement apparent, puisque, de fait, Li Lu et la Chine ont évolué dans le même sens depuis vingt ans, vers un capitalisme financier décomplexé, qui s'accomode parfaitement d'un autoritarisme politique qui ne semble plus autant géner le jeune banquier d'affaires.

Chai Ling, l'ancienne « commandante en chef » de la place Tiananmen, elle aussi installée aux Etats-Unis et elle aussi dans les affaires, a confié à Ian Buruma :

« Nous étions tous empreints du rêve américain, (...) l'Amérique des films de cowboy, où les gens se défoncent au travail et réussissent. »

Nul mieux que Li Lu n'a réussi à transformer ce « rêve » en réalité, fut-ce au prix de certains reniements.

Rectificatif le 31/8/2010 à 14h30 : orthographe correcte du fonds Berkshire rétablie.

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  • orange 06
    • Posté à 13h27 le 31/07/2010

    « Paris fut ainsi sa première étape d'exil, ce qui en fait le premier d'une longue série de dissidents à débarquer dans la capitale française, avant de poursuivre leur route vers les Etats-Unis qui les fascinaient et leur offraient une tribune plus ambitieuse. »
    des dissidents à débarquer en France il y en a eu bien avant lui, et ne venant pas que de Chine, et en considérant pas seulement la France comme une étape vers le pays de leurs ambitions.
    juste pour mémoire, Mitterrand, au cours d´un voyage en Chine avait demandé (hors partie officielle) à Deng Xiao Ping de libérer les prisonniers politiques, s´était entendu répondre : « d´accord, vous en voulez combien de millions ? ». Mitterrand n´a plus jamais parlé de ce sujet.

    • chicuelo
      chicuelo répond à orange 06
      • Posté à 14h23 le 02/08/2010
      • Internaute

      Ce dialogue supposé entre Deng et Mitterand a eu lieu, mais entre Deng et Jimmy Carter.

      • orange 06
        orange 06 répond à chicuelo
        • Posté à 18h10 le 02/08/2010

        au temps pour moi...,si vous avez raison. mais, si vous avez raison, on m´aurait berné ?

  • Pkapable
    Pkapable
    (l'autruchon désensablé)
    • Posté à 13h35 le 31/07/2010
    • Internaute
      (l'autruchon désensablé)

    Un article fort intéressant...

    Des reniements qui ne sont pas que « exotiques », car ici aussi, a certains égards, nous pouvons assez facilement les identifier ...

    les : Besson, La ni pute ni soumise, l'ex french doctor etc etc ...

    Et qui sait, peut être aussi un peu de DSK ?

    Lui aussi a rejoint la finance mondiale, outre atlantique avec l'aide non dissimulée du Régent partant !

    • ysengrimus
      ysengrimus répond à Pkapable
      • Posté à 14h32 le 31/07/2010
      • Internaute

      Ceci dit, venez pas me dire aujourd'hui que les factieux de Tienanmen n'étaient pas des archi-pro-capi...
      Paul Laurendeau

      • Pkapable
        Pkapable répond à ysengrimus
        (l'autruchon désensablé)
        • Posté à 16h56 le 31/07/2010
        • Internaute
          (l'autruchon désensablé)

        Je précise...a certains égards, ....

        bien entendu, ou encore toutes proportions gardées.

    • Gastlag
      Gastlag répond à Pkapable
      flâneur | http://identi.ca/ (...)
      • Posté à 15h03 le 31/07/2010
      • Internaute
        flâneur | http://identi.ca/ (...)

      DSK un traitre ? Pas du tout ! Il a toujours été du coté des patrons.

      Rien que le FMI qui a participé à saigner bien des peuples :
      Grecque et son « admiration pour l'extrême austérité choisie par le gouvernement grec »
      Hongrois : Lien
      Roumanie : Lien
      Lettonie
      Serbie

      Sans oublié que notre cher ami a fondé le Cercle de l'industrie, un lobby du patronat qui dîne souvent avec le MEDEF ou European Round Table of Industrialists Lien

      Il est aussi membre fondateur (avec notamment Alain Minc, Christine Ockrent et Daniel Cohn-Bendit) du Conseil européen des relations étrangères.
      Lien

      Il participe aux réunions du Bilderberg Lien

      C'est lui qui a privatisé France Télécom et Thomson Lien

      Il se fait élire à Sarcelle mais vit à Neuilly

      Il fut notamment avocat d'affaires.

      • Pkapable
        Pkapable répond à Gastlag
        (l'autruchon désensablé)
        • Posté à 16h56 le 31/07/2010
        • Internaute
          (l'autruchon désensablé)

        Je précise...a certains égards, ....

        bien entendu, ou encore toutes proportions gardées.

    • zorbek
      zorbek répond à Pkapable
      • Posté à 11h47 le 01/08/2010
      • Internaute

      « Lui aussi a rejoint la finance mondiale... »

      Et alors ? Vous auriez préféré continuer à voir un neocon, architecte de l'invasion de l'Irak, à la tête du FMI ? Vous regrettez la période Bush, c'est ca que vous avez voulu dire ?

      • Pkapable
        Pkapable répond à zorbek
        (l'autruchon désensablé)
        • Posté à 17h42 le 01/08/2010
        • Internaute
          (l'autruchon désensablé)

        Je précise...a certains égards, ....

  • Melanchthon
    • Posté à 13h44 le 31/07/2010
    • Internaute

    Petite précision : le nom du fonds d'investissement de Warren Buffet n'est ni « Birkshire », ni « Barkshire », mais Berkshire Hathaway. Et, d'après Charlie Munger, vice-président de BH, Li Lu n'est pas recruté pour « remplacer Warren Buffet à la tête du fonds d'investissement », mais pour être un des managers du portefeuille d'investissement de BH : « Li Lu will become one of Berkshire Hathaway's top investment managers. », « a leading candidate to run a chunk of Berkshire's $100 billion portfolio » (sources : Bloomberg, Wall Street Journal).

    • -Candide-
      -Candide- répond à Melanchthon
      Jardinateur
      • Posté à 22h21 le 31/07/2010
      • Internaute
        Jardinateur

      ►Rectificatif le 31/8/2010 à 14h30 : orthographe correcte du fonds Berkshire rétablie.

      et pourtant, il reste une coquille :
      « avant de rencontrer Charlie Munger, le vice-président de Barkshire »

      On aimerait se rassurer en se disant que ce n'est une coquille et que ça arrive, mais comme vous le faites remarquer, Mélanchton, cet article comporte beaucoup de petites imprécisions.

      Le message simpliste de notre docteur autoproclamé es-Chine est de nous dire que finalement, le communisme chinois avait failli basculé sous la pression d'affreux étudiants capitalistes.

      Complètement à coté de la plaque de A à Z, comme d'hab.
      Rien que l'emploi du terme « capitalisme financier » qui ne veut en lui-même pas dire grand chose, si ce n'est se donner caution d'être anti-capitaliste pour éviter les tomates de ses lecteurs.

      L'ouverture de l'économie de marché, a commencé en Chine sous l'impulsion de Deng Xiao Ping, bien avant les évènements de TianAnMen. La principale revendication des étudiants n'était absolument pas politique au sens de « plus ou moins d'économie de marché ». Elle portait sur la corruption en disant :
      « Tant que la corruption, les passe-droits seront légion, ça sert à rien de nous parler de mérite et de richesse qui finira par profiter à tous.
      Faites le ménage d'abord ! »

      Le problème est encore d'actualité aujourd'hui en Chine, car si vous faites du business, il vaut mieux être du Parti, ou avoir de la famille haut placée dans le Parti. ça aide énormément !

      • PsyKoPatocH
        PsyKoPatocH répond à -Candide-
        • Posté à 02h02 le 01/08/2010

        « Le problème est encore d'actualité aujourd'hui en Chine, car si vous faites du business, il vaut mieux être du Parti, ou avoir de la famille haut placée dans le Parti. ça aide énormément ! »

        Pas besoin d'aller si loin, on pourrait dire la même chose en France

         
        • -Candide-
          -Candide- répond à PsyKoPatocH
          Jardinateur
          • Posté à 02h54 le 01/08/2010
          • Internaute
            Jardinateur

          Aucun pays n'est parfait parce que l'homme ne l'est pas non plus.

          Il est bien évident que la France n'échappe pas à la règle, et tout aussi évident que cela ne date pas de Mai 2007.
          Dire que c'est la même chose qu'en Chine, c'est ne rien connaître du problème.

          Concernant la Chine, le problème est crucial car il est très important et concerne la 2e économie du monde, directement 1.4 milliards d'habitants et indirectement encore plus.

          plus d'info sur
          Lien

          • Pkapable
            Pkapable répond à -Candide-
            (l'autruchon désensablé)
            • Posté à 17h50 le 01/08/2010
            • Internaute
              (l'autruchon désensablé)

            C'est d'autant important que la Chine est et sera de plus en plus confronter à des revendications de tous ordres, salariales, régionalistes, dogmes ou séparatisme comme pour le Tibet, jacqueries paysannes etc etc .....un colosse aux semelles en porcelaine de Chine !

            Lire également Roger Faligot, il y a fait des enquêtes fort intéressantes..(services secrets à deux têtes de dragon ! )

        2 autres commentaires
  • freakfeatherfall
    • Posté à 14h01 le 31/07/2010

    triste...

    • A déménagé le 1-6
      • Posté à 14h18 le 31/07/2010

      en même temps, c'est pas très original : que sont nos soixante huitards devenus ?

      • Strawman
        • Posté à 14h32 le 31/07/2010

        Les plus impétueux sont devenus chefs du rayon choucroute de Carrefour.

        © P.Desproges

         
        • Roger Velu-
          Roger Velu- répond à Strawman
          • Posté à 16h54 le 31/07/2010

          J'ai eu droit qu'à des 68ards comme patrons pendant des décennies. Il se démerdent super bien pour entuber leur monde.

        1 autres commentaires
      • freakfeatherfall
        • Posté à 03h17 le 01/08/2010

        je sais pas je les ai pas connus... mai 68 me semble tellement loin - contrairement au printemps de pékin

      • boboland
        boboland répond à A déménagé le 1-6
        ex-o'placard
        • Posté à 08h27 le 03/08/2010
        • Internaute
          ex-o'placard

        farpaitment !
        agités temporaires du bocal , souvent fils à papa ou de mandarins nos 60 huitarts ont complété leurs relations en y rajoutant les politiques affolés de l'époque qui leur ont ouvert la porte aprés avoir baissé leur froc.
        Ce qui permet aux notables -qu'ils sont devenus- de raconter leur guerre de 1968, et de bien rigoler avant de quitter la propriété de famille en Audi 4x4..
        on nous a bien pris pour des c...
        je meurs guéri des passions politiques...d'un autre coté faut bien rigoler un peu !

  • 14240
    • Posté à 14h05 le 31/07/2010

    Bon article....d'une place (avec honneur)...il passe à une place sans honneur ? ...un opportuniste ! ..comme beaucoup.. ! ...Nous vivons avec nos défauts comme avec les odeurs que nous portons : nous ne les sentons plus ; elles n'incommodent que les autres...Lambert (Anne Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de)...

  • Patrick-handicap
    Patrick-handicap
    handicap 80% expatrié
    • Posté à 14h09 le 31/07/2010
    • Internaute
      handicap 80% expatrié

    Comme quoi tout un chacun peut mal tourner...

  • francoisBR
    francoisBR
    étudiant-salarié
    • Posté à 14h55 le 31/07/2010
    • Internaute
      étudiant-salarié

    tout ça pour ça^^

  • oliveclaude
    • Posté à 15h00 le 31/07/2010

    pourquoi s offusquer, Li Lu est dans l air du temps le fric le fric rien que le fric ,la conscience c est pour les reveurs ,les utopistes (en gros les parasites)Il faut arreter de penser et faire du pognon (en gros la celebre phrase de Christine lagarde)et apres on s etonne du comportement des caids de quartier mais ce n ait que la copie poussée a l extreme de notre société et ses » valeurs » faisandés et pourries ,moi perso je m en fous ,j attend le grand bigbang ou nous conduira forcement ce monde en delire ....................

  • Holocrate
    Holocrate
    Douteur plus que douteux
    • Posté à 15h02 le 31/07/2010
    • Internaute
      Douteur plus que douteux

    Eh quoi ? Pour complaire aux nostalgiques du « temps de la pureté » et pour ne pas chuter du piédestal où ils l'avaient hissé, il aurait donc fallu qu'il refuse toutes les opportunités de se réaliser autrement ? Il aurait fallu qu'il croupisse dans un statut de loser de bon aloi, plus conforme au profil des victimes des dictatures brevetées ?

    Allons, allons, un peu de réalisme ! Il y a un temps pour tout : un temps pour l'utopie et pour le don de soi, de toute sa personne, à une cause.
    Ensuite - et parce que c'est la vie - il y a le temps du pragmatisme, qui prend effectivement la forme d'une rentrée dans les rangs.
    Rares sont ceux qui font le chemin inverse et n'est pas Sakharov qui veut !

    Cela dit, le capitalisme hard du Li Lu actuel doit-il effacer son action d'alors ? Celle-ci n'a-elle désormais plus aucune valeur au prétexte qu'elle serait entachée du comportement de son auteur 20 ans après ?

    • Lem
      Lem répond à Holocrate
      • Posté à 16h18 le 31/07/2010

      Pas exactement. Ce qu'il aurait fallut, c'est qu'il passe l'essentiel des vingt dernières années dans une prison chinoise, en bon martyr.
      Qu'il ait choisit de vivre une vie à l'image de son talent pour les affaires est de toute évidence un péché impardonable.

      Même sur Rue89 on préfère les mythes à l'humanité.

      (humanité : dans le sens que l'individu a de multiples facettes. Ça n'en fait pas un criminel, même DSK.)

    • oliveclaude
      oliveclaude répond à Holocrate
      • Posté à 16h57 le 31/07/2010

      on peut gagner sa vie sans vendre son ame,moi ce qui me choque c est que des gens sont mort en 1989 pour une société plus libre et li liu 20 ans apres fait du bizz avec les anciens « bourreaux ».Effectivement la jeunesse c est le temps de l utopie mais on est pas obligé avec le temps de verser de l utopie vers le cynisme(ce que vous appellez pragmatisme)

      • Lem
        Lem répond à oliveclaude
        • Posté à 18h47 le 31/07/2010

        Sauf que Li Lu était tout sauf un libertaire. De même que Chai Ling, ils étaient les tenants de la frange dure du mouvement de TianAnMen, qui soutenait la grève de la faim, le jusqu'au-boutisme et considérait comme « traitres à la cause » ceux qui souahitaient une sortie de crise négociée.
        Donc, sa liberté, oui.... la Liberté en général... pas tellement.

        Ce qui fait, pour moi, que TianAnMen était un évênement exceptionnel est que des tendances très différentes ont pu exister et débattre entre elles pendant ces deux mois de manifestations. Y compris l'opinion de Chai Ling. Un vrai bol de Liberté en Chine.

        Mais Li Lu ne représente pas tout le mouvement de TianAnMen, ni personne en fait. Et ses idées, n'étaient pas spécialement libertaires. Le mouvement en général était une expression de liberté, ça oui.

        Donc, il n'est pas choquant pour moi que Li Lu suive son chemin selon ses propres convictions et sans nécessairement avoir besoin de rendre compte de ses actes à l'aune de l'image d'Épinal que l'on se fait du mouvement de TianAnMen.

    • Connard le Barban
      • Posté à 18h49 le 31/07/2010

      Comme vous le dites « on » les avait hissés sur un piedestal, comme d'autres à d'autres moments et sous d'autres cieux, sans prendre la peine de regarder de près leur discours. Je ne suis pas si certain qu'ils aient vraiment changé. Leur demande de « démocratie » n'était peut-être pas si altruiste que ça. Ce qu'ils cherchaient, c'est être des leaders sans être obligés de passer par la case PCC et attendre 60 ans ou plus. J'oubliais, en plus du pouvoir, ils voulaient l'argent et le confort matériel que cela permet. Le régime ne fonctionnant pas comme ça, ils étaient contre. Et comme c'était à l'époque de l'effondrement du bloc communiste, on en a fait des héros de la démocratie. C'est pour ceux qui n'étaient pas les leaders, ou du moins identifiés comme tels par l'occident, que ça a été très dur. Mais ceux-là pour tous les « leaders », les « winners », ne comptent pas, en Chine il y a 20 ans comme partout ailleurs.

  • tigre du nord
    tigre du nord
    pompé par carla
    • Posté à 15h23 le 31/07/2010
    • Internaute
      pompé par carla

    regardez les ex maos en france,pas mieux.
    on ne peu rien attendre de gens qui veulent diriger les autres .ni de droite ni de gauche,des sales petits chefs.
    Après il faut savoir que les étudiants de la place Tiananmen,n'étaient en rien des révolutionnaires mais des etudiants qui voulaient ralentir les reformes économiques.reformes supervisées par des yankees de l'école de chicago.

    • Lem
      Lem répond à tigre du nord
      • Posté à 16h28 le 31/07/2010

      Hey, Mulder, la conspiration Yankee-Chinoise de 1989, vous la sortez d'où ?
      Relisez les écrits des étudiants chinois de 1989 : ils parlent plus de démocratie et de liberté de la presse que de réformes économiques. En parlant des réformes économiques, c'est surtout leur droit à commenter les-dites réformes qu'ils défendent.

      Mais c'est vrai que la théorie du complot explique tout. C'est tellement plus simple. Et derrìere ce complot se trouve évidement le grand Satan américain ? Ou bien l'homme à la cigarette ?

      • tigre du nord
        tigre du nord répond à Lem
        pompé par carla
        • Posté à 18h35 le 31/07/2010
        • Internaute
          pompé par carla

        y as pas de complot ,sauf pour un esprit binaire.
        sinon vous pouvez vous référer a « la stratégie du choc “ de naomie klein.
        après regardez les reformes drastique que le pcc mettais en œuvre depuis quelque temps,et les droits et aides étatiques qui fondaient aux soleil,dur pour les futures cadres.

         
        • franckdrebbin
          franckdrebbin répond à tigre du nord
          TZR
          • Posté à 19h24 le 31/07/2010
          • Internaute
            TZR

          Tout à fait d'accord avec vous... la démonstration de Klein est très intéressante et très documentée... je conseille à tout le monde cette saine lecture qui fait voir les choses autrement ...

        1 autres commentaires
  • Mayavalpa
    Mayavalpa
    Citoyen du Monde
    • Posté à 01h48 le 01/08/2010
    • Internaute
      Citoyen du Monde

    Ca me fait penser a certains « leaders » de mai 68.
    Dommage pour nous qu'ils ne se soient pas exilés au Etats-Unis.

  • martingale
    • Posté à 19h03 le 31/07/2010

    En tant que d'origine asiatique, je trouve assez choquant de voir associé le mot clé « grains de riz » à un article sur un entrepreneur chinois. J'espère que vous comprenez ma réaction.

    • -Candide-
      -Candide- répond à martingale
      Jardinateur
      • Posté à 07h59 le 01/08/2010
      • Internaute
        Jardinateur

      On comprend votre réaction mais elle est sans fondement.

      « Grain de sel » étant l'expression française standard, pour décrire tout ce qui « ne coule pas de source ».
      La formulation « grain de riz » n'est qu'une formulation adaptée.

      Tout au plus, légère ou pas très drôle, on ne peut même pas la qualifier de maladroite et certainement pas péjorative ou insultante.

      En la décrivant comme « choquante », vous soulevez un a priori négatif de la formulation, ce même a priori qu'on pourrait aussi vous reprocher sur votre supputation des préjugés de l'auteur.

      On peut reprocher beaucoup de choses a Pierre Haski :
      vision biaisée de certaines situations, analyses superficielles masquées par la précision des détails apportés (enfin, en général), etc.

      Mais en aucun cas le moindre soupçon de racisme, d'arrogance ou d'anti-asiatique primaire.
      (ce serait bien dommage pour son épouse, non ? )

      • martingale
        martingale répond à -Candide-
        • Posté à 14h29 le 01/08/2010

        Merci pour vos explications, qui ne coulent pas de source non plus pour quelqu'un qui ignorait ces raisons là.

        Toutefois, je n'avais pas de préjugé négatif par rapport à l'auteur de cet article plus qu'intéressant sur l'oligarchie chinoise. Je pensais que c'était un mot clé associé par un programme qui génère automatiquement des mots clés et que c'était une bourde très maladroite tout simplement.

        Mais au delà de la remarque que vous me faîtes sur mes préjugés supposés, je pense que vous aussi vous faîtes preuve d'une réflexion hâtive assez révélatrice : je n'ai pas cherché à polémiquer inutilement sur un prétendu racisme du journaliste(je vous l'accorde ce serait idiot).

        De nos jours, du fait des actions de la HALDE et de SOS Racisme incompréhensibles(demande pour sortir « mignonne allons voir la rose » de Ronsard des programmes scolaires, sous prétexte que le poème est discriminant à l'égard des séniors), dès que je parle à peine des problèmes interculturels en France, mes concitoyens « de souche » sont beaucoup plus tendus tout à coup.

        Voilà, j'espère que j'ai pu vous convaincre que ma réaction première n'était ni destinée à polémiquer ni à taxer l'auteur de racisme ; je voulais tout simplement faire part de mon étonnement face à ce mot clé dont je ne comprenais pas le sens.

        Cordialement
        martingale

         
        • -Candide-
          -Candide- répond à martingale
          Jardinateur
          • Posté à 16h08 le 01/08/2010
          • Internaute
            Jardinateur

          Bonjour,

          Suite à votre étonnement,
          j'ai hâtivement essayé de couper court à ce qui aurait pu conduire certains à mal interpréter la formulation initiale.
          Par la même occasion, certains autres auraient pu tout aussi bien se méprendre sur le sens de votre étonnement.
          Pour eux, j'ose espérer que vos explications leur ont été convaincantes. Je n'en avais personnellement pas spécialement besoin.

          Cordialement,
          -Candide-

        1 autres commentaires
  • zorbek
    • Posté à 13h03 le 01/08/2010
    • Internaute

    A partir de : « Nous étions tous empreints du rêve américain, (…) l'Amérique des films de cowboy, où les gens se défoncent au travail et réussissent. »

    vous en concluez :
    « Nul mieux que Li Lu n'a réussi à transformer ce “ rêve ” en réalité, fut-ce au prix de certains reniements. »

    Etant donné qu'un rêve de liberté implique aussi celui d'entreprendre, je ne vois pas en quoi il y eut reniement. Apres tout, Hathaway ne représente pas, contrairement à ce que dit explicitement l'article, le sommet du « capitalisme financier », si on entend par ce dernier l'accumulation de capital par des paris purement spéculatifs (CDS et autre commerce d'options), utlimement aux frais du contribuable.

    Que je sache, le capitalisme de Warren Buffet est tout ce qu'il y a de plus traditionnel et consiste surtout à investir dans des sociétés dont la production possède un avenir. Que celui-ci passe par des investissements dans des usines de batteries en Chine n'a rien de condamnable en soi, ca donne du travail aux Chinois qui en profitent. Pas grand chose à voir avec le commun des hedges funds qui achêtent des sociétés pour les dépecer...