08/02/2010 à 00h10

Le Nobel de littérature Gao Xingjian, de la plume à la brosse

Bertrand Mialaret | Mychinesebooks.com


Gao Xinjiang à Londres, janvier 2010 (Bertrand Mialaret)

Gao Xingjian, prix Nobel de littérature en 2000, vient de fêter ses 70 ans. A cette occasion, l’Université de Londres a organisé en janvier un ensemble de témoignages et de présentations de son œuvre littéraire, cinématographique et théâtrale.

L’auteur de « La Montagne de l’Ame » (Ed. de l’Aube, 1995) et du « Livre d’un Homme Seul » (Ed. de l’Aube, 2000) a accepté de répondre à nos questions centrées sur ses films et sa peinture.

A Londres, des acteurs anglais donnèrent une lecture de sa dernière pièce « Ballade Nocturne », qui sera présentée du 10 au 28 Mars prochain au Théâtre de l’Epée de Bois (Cartoucherie de Vincennes, près de Paris), en alternance avec « Au Bord de la Vie » .

Film « Tripartite » et collages multimédia

Deux films furent présentés : « La Silhouette sinon l’Ombre » (2006), un film commencé à Marseille en 2003 (« année Gao Xingjian » à Marseille avec nombre d’expositions et de représentations de ses pièces), et « Après le Déluge » plus court (28 minutes), qui vient d’être réalisé.

Vous parlez de films « tripartites »...

La musique, comme l’image et les paroles, doivent avoir dans un film leur vie propre... si chaque élément prend son autonomie dans le temps, en ce cas on aura une autre écriture cinématographique, on se débarrasse de la narration.

Ce n’est pas le son qui interprète ou explique l’image, le son ou la musique ont leur autonomie. « Silhouette » évoque la guerre, toutes ses calamités en utilisant un chantier d’immeubles en destruction à Marseille. Mais ce film chante aussi la liberté avec le thème de la mouette relayant mon poème en prose « L’errance de l’oiseau ».

Dans « Après le Déluge », sans paroles, les corps des six acteurs , d’abord en noir et blanc, dialoguent avec vos peintures...

Il y a un travail assez subtil, au début, entièrement noir ; puis après le déluge, il y a une certaine espérance, la vie va peut-être reprendre, les images sont alors légèrement teintées... J’utilise la couleur avec beaucoup de prudence, si ce n’est pas nécessaire, je ne l’utilise pas. Il peut y avoir des extrêmes, dans « Silhouettes », on voit le vieux port de Marseille avec des couleurs extrêmement saturées.

L’encre a soif d’eau :

« On ne voit plus en moi qu’un écrivain, dit Gao Xingjian, alors que c’est la peinture qui dans mes premières années d’exil m’a permis de survivre ». C’est en 1978, en Europe, que la fréquentation des musées le convainc d’abandonner la peinture à l’huile, persuadé qu’il est de ne pouvoir atteindre cette perfection. Mais cette expérience va lui permettre d’ouvrir des voies très neuves dans l’art millénaire de l’encre.

La préparation du travail est pour vous importante, il faut être libre, se débarrasser des idées...

Bien sur, la peinture ce n’est pas une illustration, une interprétation ; il y a une autonomie de l’image. La vision, c’est tout a fait un autre langage...Il y a une autre façon de penser en images...Ce qui est le plus proche, c’est la musique ; la musique évoque ce genre d’images sans passer par la langue. On pense souvent que l’encre, c’est comme la calligraphie, une fois et c’est fini, mais ce n’est pas le cas ; moi je repasse, je fais beaucoup d’épaisseurs. Pour terminer un travail, cela peut prendre parfois un an...mais il faut être sûr car on ne peut pas corriger.

Toute peinture est basée sur deux dimensions, mais qu’est ce que cela veut dire cet espace ? Il y a de multiples façons de voir les choses, de composer, de créer. Si on commence par un bord du tableau, si l’on met une tache à cet endroit, on définit un espace. Il y a la perspective classique, bien étudiée dès la Renaissance, mais il y a aussi de multiples profondeurs.

Papiers, pinceaux, encres, des trésors...

J’ai une grande collection de papiers traditionnels, qu’on appelle des papiers de riz, mais en fait, il y a aussi d’autres fibres, c’est très varié ; papiers chinois, coréens, japonais. De même pour l’encre, il y a une grande variété et cela aide. Pour le même tableau, j’utilise toujours plusieurs encres, cela vient de mon expérience de la peinture à l’huile.

Une exposition des oeuvres de Gao Xingjian peut être vue en Belgique, des petits formats jusqu’au 14 Février à la Galerie J. Bastien Art à Bruxelles. Sans oublier l’exposition remarquable au Musée Wurth à Eirstein en Alsace dont Chinatown vous a déjà parlé et que l’on peut visiter jusqu’au 16 Mai.

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  • pikasso02
    • Posté à 12h26 le 08/02/2010
    • Internaute 10134

    Avec tout le respect que je dois à ce peintre chinois comme à tout autre peintre, il a une facilité à dire ce qu’il pense, la clarté est une bonne chose, mais il n’explique pas. Quand vous lui dites « La préparation du travail est pour vous importante, il faut être libre, se débarrasser des idées… », Sans vous en rendre compte, vous dirigez sa pensée et la nôtre. Le « il faut être libre, se débarrasser des idées » est de trop. Pourquoi un peintre devrait-il se débarrasser de ses idées ? Les peintures que Gao Xingjian a vues et appréciées en Occident, étaient toutes ou presque des « interprétations ». Depuis la Renaissance, les peintres de Génie ont procédé ainsi. Gao Xingjian dit justement, à mon avis, « La vision, c’est tout à fait un autre langage…il y a une autre façon de penser en images… ». J’ignore s’il a vu les œuvres de Picasso. Mais Picasso répond exactement à ce qu’il dit. Pourquoi, quand j’explique ce langage qu’employa Picasso, langage qui permet de penser en images, pourquoi est-ce le grand silence ? Faut-il être célèbre, pour se faire entendre. J’ai consacré à la peinture tout le temps de ma vie. Etre lu ne suffit pas ! Proposer de nouvelles voies, quand un peintre en trouve, devrait recueillir un minimum de curiosité de la part des médias. Pourquoi pour Picasso, cette mécanique est-elle bloquée ? Les médias en France sont-ils libres ? Cette question est grave, mais permettez-moi d’en douter. J’ai peut-être tort de vouloir trop de transparence. Merci pour cette rencontre avec Gao Xingjian.

    • a déménagé le 4 février 2011
      • Posté à 15h28 le 08/02/2010
      • Internaute 51971

      Je me permets quelques objections à vos propos :
      • Autant l’œuvre littéraire de G. X. (je n’ai lu de lui que « La Montagne de l’âme » - admirable ! – et un recueil de nouvelles « Une canne à pêche pour mon grand-père ») est, il me semble, l’aboutissement de réflexions intenses et d’idées longuement muries, autant son œuvre picturale (je parle de ses encres monochromes, sa technique exclusive), à la façon chinoise traditionnelle, est « libre mouvement » et « jet spontané », résultat d’une grande « liberté », et une certaine « zenitude » (désolé pour le vilain néologisme – mot valise formé de zen et attitude). Il suffit d’en lire les titres : « Recueillement », et surtout « Oubli »…
      • Vous semblez posséder une certaine connaissance de l’œuvre de Picasso, votre pseudo et votre blog en témoignent, mais, à lire vos différents commentaires, celle-ci semble, peut-être excessivement, accaparer votre regard jusqu’à le déformer (façon cubiste  ? !). Il est à mon sens vain de vouloir comparer l’œuvre de ces deux artistes, tant leur cheminement intellectuel et artistique diverge.
      Quand à votre dernière phrase, « J’ai peut-être tort de vouloir trop de transparence », elle aurait pu être prononcée par Gao Xingjian lui-même (mais à tord, à mon humble avis)…

      • pikasso02
        • Posté à 17h11 le 08/02/2010
        • Internaute 10134

        Mon regard serait déformé d’une manière cubiste, si je vous comprends bien. Alors, là, permettez-moi de rire. Merci d’être passé sur mon blog, mais je crains que vous ne l’ayez qu’effleurer. Je préférerais que vous preniez un exemple de confrontation d’oeuvre de Picasso avec son modèle, pour que nous arrivions à nous entendre. Cher jfko, je ne possède pas une certaine connaissance de l’oeuvre de Picasso, je connais le secret de Picasso, ce qui est autre chose. Et cela ne semble pas être pour vous et les autres internautes, un sujet de dialogue. Ma découverte est aussi « le fruit d’intenses réflexions et d’idées longuement mûries » pour reprendre vos propos sur Gao Xingjian. Pourquoi ne dites vous pas, par exemple que ce que j’ai trouvé est faux ou ma démarche stupide. Que Picasso est maintenant connu. A quoi bon revenir sur son oeuvre. Mais assez de ces messages qui n’apportent rien. C’est sympathique de me répondre. C’est de ce que j’ai trouvé que j’aimerais vous entendre me parler. Et je n’ai jamais comparé Gao Xingjian avec Picasso. Ceci serait surprenant si nous décidions de le faire. Vous vous apercevriez alors que leurs oeuvres ne divergent pas comme vous le dites. Le contenu du secret de Picasso démontre que ses oeuvres sont plus à voir comme des pages calligraphiées que comme des peintures occidentales.
        Pour terminer, je ne comprends pas pourquoi Gao Xingjian selon vous aurait eu tort de prononcer « J’ai peut-être tort de vouloir trop de transparence », Je ne suis pas sûr que vous m’ayez bien lu.

         
        • a déménagé le 4 février 2011
          • Posté à 17h43 le 08/02/2010
          • Internaute 51971

          Afin de dissiper quelques malentendus (pas facile de se faire sérieusement comprendre via ce jeu de ping-pong verbal) :
          • Ma remarque sur votre « regard cubiste » se voulait plutôt sur le mode humoristique, une sorte de clin d’œil sans animosité aucune.
          • Je persiste à croire que « la connaissance des secrets de Picasso » influence fortement votre jugement ; j’ai l’impression, mais peut-être me trompe-je, que vous en faites le centre, l’axe et l’alpha et l’oméga de « l’artistique ». Sans nier son importance dans le domaine de l’art contemporain, je pense qu’il peut être salutaire de l’oublier quelques fois. Le sujet, je vous le rappelle, était Goa Xingjian…
          • « Pourquoi ne dites vous pas, par exemple que ce que j’ai trouvé est faux ou ma démarche stupide. » Je ne pense pas que votre démarche soit stupide, ce qui ne la rend pas forcement juste… C’est une hypothèse.
          • Enfin, je pense que G. X. aurait tort en disant « J’ai peut-être tort de vouloir trop de transparence », car son travail est justement un travail de transparence, de suggéré, d’évoqué, de discrétion… Son œuvre ultime sera peut-être une toile vide, un simple trait de brosse trempée dans une eau pure…

          • « Son œuvre ultime sera peut-être une toile vide, un simple trait de brosse trempée dans une eau pure… »

            Bonsoir jfko, ses oeuvres les plus abstraites sont parmi les plus belles, je trouve.

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            Gao Xinkjiang.

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            Edgar Degas, Paysage de Bourgogne, 1890.

            • a déménagé le 4 février 2011
              • Posté à 20h33 le 08/02/2010
              • Internaute 51971

              Magnifique parallèle ! Merci.

            • Bertrand Mialaret
              Bertrand Mialaret
              Auteur(e) de l'article Mychinesebooks.com
              • Posté à 01h52 le 09/02/2010
              • Internaute 16700
                Mychinesebooks.com

              Merci de ce superbe parallèle. Quant à l’eau pure, vous me faites penser à ces calligraphes chinois de l’instant qui au pinceau à l’eau calligraphient sur le béton !
              Gao m’a semblé très loin de la couleur ; sachant qu’il connaissait Zao Wou-Ki, je lui ai demandé ce qu’il pensait de son utilisation de l’encre et quelle appréciation il portait sur l’utilisation de l’encre par plusieurs artistes européens.
              Pour les artistes européens, il considère qu’ils ont une utilisation trop brute de l’encre et que les subtilités des lavis leur échappent.
              Quant à Zao (qui me semble souffrir du même mal malgré ma grande admiration pour l’artiste), il pense que c’est fondamentalement un coloriste et que sa maîtrise de la « symphonie des couleurs » et son art du diaphane et de la dilution, interdisent de trop s’interroger sur son oeuvre à l’encre pure.

          • pikasso02
            • Posté à 19h55 le 08/02/2010
            • Internaute 10134

            D’accord avec vous pour dissiper les malentendus, les mal lus, sans animosité aucune.
            1- J’accepte vos paragraphes 1 et 4.
            2 - Je n’accepte pas le 2ème et troisième. Je vais donc vous dire pourquoi. De quel droit devrai-je arrêter une recherche sur Picasso. Vous avez raison de dire que le sujet est Goa Xingjian. Mais de quoi nous parle-t-il ? De peinture, si je ne me trompe. Et comment ai-je terminé mon précédent message si ce n’est sur la peinture Chinoise. Je ne suis donc pas hors sujet. Certes Goa Xingjian nous parle de son expérience. Qu’est-ce que je fais, sinon de vous parler de la mienne. Merci de ne pas voir dans mes propos d’équivalences. Jifko j’ignore quel est ou était votre métier , en rapport ou non avec la peinture, mais vous m’avez mal lu. Mon travail de recherche sur le mimétisme des peintres, c’était au commencement. En 1996. La suite logique, fut de présenter mon travail et ce que j’avais trouvé comme une thèse. Nous sommes alors en 2003. Mais mon travail de recherche continuait. Ce n’est qu’en 2009 que j’eus la confirmation de mon hypothèse sur le processus technique de Picasso. J’avais trouvé le secret de Picasso. Ce que vous écrivez en 2, prouve que vous m’avez mal lu, ou que vous ne voulez pas croire cette découverte possible.
            Oui, Picasso a bien conçu toutes ses oeuvres de 1907 à 1973, les verticales, comme les horizontales, avec la structure de « Madame Cézanne dans un fauteuil rouge ». Que vous ne le voyez pas, est logique. Il ne s’agit pas de VOIR mais d’un langage . Tout langage pour être acquis doit être appris. C’est ce que j’ai entrepris sur mon blog. Picasso aurait répondu à une personne qui ne comprenait pas sa peinture : Le Chinois, vous le comprenez ? Non ! Alors ça s’apprend.(André Malraux- La Tête d’obsidienne, page 106. Picasso fait référence à cet apprentissage du langage qu’est la peinture.) Je ne retrouve pas la référence des propos que je viens de vous dire de mémoire.
            Ce que j’ai trouvé est la clé pour LIRE les oeuvres de Picasso. Voilà pourquoi je recherche une personne qui soit spécialiste de Picasso ou un journaliste spécialiste en critique d’art.
            J’ai découvert le secret utilisé par Picasso. Est-ce clair jifko ?

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