29/01/2010 à 16h24

Twitter s'attaque de front à la censure du Web en Chine

Aujourd'hui la Chine"
Harold Thibault | Aujourd'hui la Chine


Dans un cybercafé à Changzhi, en Chine (Reuters)

(De Pékin) Après Google, c’est Twitter qui s’en prend à la censure chinoise. Mais alors que le premier menace de quitter le pays, l’approche du second est plus radicale : passer outre le contrôle du Web, que cela plaise ou non aux autorités locales.

Twitter aussi en a assez et hausse le ton face à la censure en Chine. Après Google il y a deux semaines, le PDG du site de micro-blogging, qui n’est plus accessible depuis des mois en Chine, est monté au créneau jeudi au Forum économique mondial de Davos.

Mais alors que Google souhaite discuter avec les autorités chinoises et, à défaut de réponse jugée satisfaisante, quitter la Chine, l’approche de Twitter est plus frontale.

Evan Williams : « Nous sommes partiellement bloqués en Chine »

Selon l’International Business Times, Evan Williams a déclaré :

« Nous sommes partiellement bloqués en Chine et dans d’autres pays et nous l’étions également en Iran. La manière la plus efficace de se battre n’est pas de collaborer avec la Chine et autres gouvernements dont l’essence même est opposée à ce que nous sommes. »

Son entreprise est actuellement en train de travailler à développer des moyens de contourner la censure, a-t-il, en précisant que Twitter dispose d’un avantage : à la différence de simples sites web, les flux de Twitter sont distribués via plusieurs canaux, dont les applications pour téléphones portables et les sites de syndication, tels que les sites regroupant les flux RSS.

Twitter est de plus en plus souvent utilisé pour la transmission de messages d’opposition politique, en Iran comme en Chine. Dimanche, une manifestation sur Twitter contre la « Grande muraille de l’internet » chinois avait réussi à faire remonter le mot clé au sommet des 10 sujets les plus évoqués du moment.

Hillary Clinton a appelé les entreprises américaines à refuser la censure chinoise

Cette démarche plus offensive de Twitter pose à nouveau la question de l’attitude que les entreprises étrangères doivent adopter face à la censure et, plus généralement, au gouvernement chinois. La problématique ne concerne d’ailleurs pas que les entreprises du monde virtuel.

Dans un discours sur Internet et les libertés le 21 janvier, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton appelait les entreprises américaines à refuser la censure. Elle ne disait pas ce qu’elle entendait par « refuser » : quitter le pays ou se donner les moyens de passer outre la censure ?

Alors que le contrôle du web s’est renforcé ces derniers mois, de plus en plus d’internautes chinois se dotent de réseaux privés virtuels (VPN), sorte de tuyau virtuel permettant de crypter la connexion et de faire transiter les requêtes par l’étranger, et donc d’accéder aux sites interdits. Les censeurs ont bloqué la plupart des VPN gratuits mais certains payants restent accessibles.

Publié initialement sur
Aujourd'hui la Chine
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  • Anonyme

    quelle coordination ! belle campagne, bien orchestrée...

    N’oublions pas quand même que le Pentagone au mois de juin 2009, a créé un commandement militaire chargé d’effectuer des cyber-attaques et de protéger les réseaux sensibles des Etats-Unis . Le « cyber-commandement » (CyberCom) est placé sous l’autorité du Commandement stratégique américain (Stratcom). Robert M. Gates, secrétaire d’Etat à la Défense, devait nommer le lieutenant général Keith Alexander à la tête du CyberCom, le directeur de la National Security Agency (NSA) en charge de la sécurité de la nation (veille, espionnage, interceptions de communications multi-canaux dont Internet).

    il faut bien commencer à se fabriquer un nouvel ennemi, l’ancien commence à ne plus être trop crédible...

  • suthek
    suthek répond à daniel
    D&S
    • Posté à 18h27 le 29/01/2010
    • Internaute 94317
      D&S

    Twitter c’est un site, mais c’est aussi et principalement un flux de données. Le site ne sert qu’à interfacer la chose. Twitter doit chercher à contourner le blocage de ces données, peu importe le site.

    Par contre ce serait pas mal d’avoir des détails sur la façon dont Twitter est « partiellement » bloqué. Ils y vont par mots-clefs ? Ou alors ce sont des petites mains qui se tapent l’intégralité des flux à lire ?

    Et oui, Facebook n’est pas bloqué en Chine, je confirme ce qui a été dit plus tôt. Par contre wikipédia est au moins partiellement bloqué (j’ai pas plus de détail que ça), youtube aussi.

  • eldred
    eldred
    nrv
    • Posté à 18h39 le 29/01/2010
    • Internaute 83822
      nrv

    hé hé, Google collbore avec le gouvernement Chinois, les gens râlent, Google et Twitter s’opposent au gouvernement Chinois, les gens râlent : D

    Celà dit, c’est vrai que ça ne nous dispense pas de réfléchir un peu sur leur motivation.
    Oui bien sûr, ils ne vont pas faire tomber le gouvernement Chinois, mais en même temps ce n’est pas leur vocation... c’est déjà pas mal que ces grandes sociétés ne soient pas comme des chiens chiens derrière.

  • brazz
    • Posté à 19h17 le 29/01/2010
    • Internaute 40271

    C’est vrai que l’avantage de twitter, c’est de pratiquement ne pas être bloquable, étant donné les différents canaux utilisés, la taille très courte des textes et le fait qu’avec son API, il y a des dizaines d’applications twitter donc des façons de contourner, n’importe qui peut programmer en fait (c’est comme le reste...ça s’apprend et d’autant plus si la nécessité s’en fait sentir). Le web lui repose sur quelques protocoles fixés et donc plus facile (très relatif quand même) à espionner ou bloquer. Sauf bien entendu avec l’utilisation des VPN (entre parenthèse, ce qui rend HADOPI totalement inutile et inopérant...). Enfin, en ce qui concerne les opposants, même si les VPN « publics » sont bloqués, en dehors des VPN payants (utilisés entre autre par les entreprises), il faut savoir que la création d’un VPN est relativement simple (de l’ordre d’une heure mettons, tests compris) même chez vous et donc à la portée de toutes les organisations de soutien des droits de l’homme, ensuite c’est le bouche à oreille, forcément dangereux mais toujours utilisé et super efficace dans toutes les dictatures. Peut être un jour faudra t il lancer un mouvement pour généraliser les VPN gratuits et militants en masse pour contrecarrer tous les empiètement de la censure des états, pourquoi pas ?

  • Lictor
    Lictor répond à daniel
    informaticien
    • Posté à 00h41 le 30/01/2010
    • Internaute 68450
      informaticien

    Le firewall chinois, s’est un peu comme l’Hadopi ou la future LOPPSI... A moins de couper physiquement les tuyaux, il est très difficile de vraiment bloquer les choses... Et encore, il est très difficile de couper un accès satellite ou des ondes radio...

    Par exemple, des fois je surfe depuis Paris, des fois depuis la Suède, d’autres fois depuis les USA. Pourtant, je suis toujours assis chez moi...

    En fait, la censure d’Internet se bas contre ses fondements mêmes. Internet a été conçu pour résister à une attaque militaire sur les infrastructures américaines. Toute la logique d’Internet, c’est d’identifier les points de blocage et de les contourner. Du coup, il est très difficile d’appliquer une censure absolue sur le net.
    Comme souvent, la censure cherche à bloquer la majorité silencieuse qui n’a ni le bagage technique ni la volonté de la contourner. En Chine, on a le Grand Firewall, en France on a TF1. Avec la volonté de le faire, il y a toujours moyen de contourner (ou de changer de chaine). Mais comme Twitter (et les médias sociaux en général) est un média viral, il y a un effet boule de neige. Même si seuls 10% des utilisateurs passent au travers des mailles, ils peuvent faire énormément de bruit et diffuser l’information aux 90% qui restent...

  • Lictor
    Lictor répond à Tita
    informaticien
    • Posté à 00h46 le 30/01/2010
    • Internaute 68450
      informaticien

    En étant moins cynique, on peut appeler ça du gagnant-gagnant... Les opposants y gagnent et Twitter y gagnent...

    En étant plus optimiste dans la nature humaine, on peut remarquer qu’il y avait une autre possibilité de gagnant-gagnant avec le gouvernement chinois à la place des opposants : le gouvernement censurait, Twitter s’étendait tranquillement en Chine sans faire de vagues. Comme Yahoo.

    En tant qu’entreprise privée, Twitter se devait de faire du « gagnant » de son côté, on ne va pas refaire la nature de l’entreprise. L’aspect vertueux de Twitter, c’est d’avoir choisi un « gagnant » compatible avec la morale. Pas mal de boites, dont certaines françaises, ne s’en embarrassent pas...