Quand Mao était le demi-dieu d'une Chine envoutée
Mao Zedong reste donc l'alibi révolutionnaire d'une Chine qui a résolument tourné le dos à tout ce que professait le fondateur de la République populaire : en particulier dans le domaine économique où la planification et l'égalitarisme forcené ont cédé la place à un capitalisme d'Etat doublé d'un secteur privé digne du Far West, et d'un creusement des inégalités sociales qui figurent parmi les plus fortes au monde.
Mais surtout, l'enseignement manipulé de l'histoire officielle en Chine fait que tout Chinois en dessous de 40 ans ignore largement les millions de morts du Grand bond en avant, les horreurs de la Révolution culturelle, et les désastres économiques engendrés par l'application des préceptes du Grand timonier.
La logique est évidente, surtout au moment où ils célèbrent les soixante ans de la République populaire : les dirigeants actuels ont d'abord comme véritable légitimité le fait d'être les lointains héritiers des pères fondateurs, et donc ceux-ci doivent continuer à être glorifiés. Un débat historique sur la place de Mao dans l'histoire n'est pas souhaitable.
Plus surprenante est l'indulgence internationale vis-à-vis du personnage de Mao : bien que l'information soit disponible, il n'a pas été totalement discrédité comme l'ont été les autres grands dictateurs du XXe siècle. La faute à Andy Warhol, qui, en faisant du Grand timonier un personnage central de la pop culture au même titre que Marylin Monroe et la boîte de soupe Campbell, l'a rangé du côté sympathique de l'histoire ? Claude Hudelot analyse ce phénomène : (Ecouter le son)
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Les Parisiens ont pu (re)voir récemment la série des Mao de Warhol lors de la grande rétrospective du Grand Palais, où a été prise la photo ci-dessous.
Pour ceux qui voudraient aller plus loin, un autre livre exceptionnel vient d'être publié en traduction française : « La Dernière révolution de Mao - Histoire de la Révolution culturelle 1966-1976 », écrit par deux éminents sinologues, l'Américain Roderick MacFarquhar, et le Suédois Michael Schoenhals. Les deux hommes ont revisité la Révolution culturelle à la lumière des témoignages individuels et de documents qui émergent avec le temps, et qui permettent de raconter à nouveau cet épisode central de l'épopée maoïste, « un tournant, la décennie décisive d'un demi-siècle de régime communiste en Chine ».
Une histoire centrée autour du personnage de Mao Zedong, de ses jeux de pouvoir, de ses lubies et de ses obsessions. Le livre s'ouvre d'ailleurs sur une de ses citations terrifiantes, qui remonte à 1958 :
« Les 600 millions d'habitants de la Chine ont deux particularités remarquables : premièrement ils sont pauvres, et, deuxièmement, ils forment une page blanche. Cela pourrait paraître regrettable, mais en vérité c'est une bonne chose. Les gens pauvres veulent le changement, ils veulent faire des choses, ils veulent la révolution. Une page blanche n'a aucune tache, on peut y peindre les images les plus nouvelles et les plus belles. »
Ces images, celles qui figurent dans « Le Mao » notamment, sont le reflet d'un passé qui laisse des traces durables. Un passé que les Chinois tentent de glisser sous le tapis en n'en conservant que des rêves de grandeur qui sont en train de se réaliser. Tant pis pour les victimes.
► Le Mao - Guy Gallice et Claude Hudelot - éd. du Rouergue - 472 p., 52€.
► La dernière révolution de Mao - Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals - Gallimard - 808 p., 35€.
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De Majesté
Trader à la banque du sperme | 10H05 | 27/09/2009 |
Un culte pareil, ça doit en faire baver plus d'un, en France. Imaginez, un jour, les Français se baladant à vélo avec des chemises à col Nico…
à Majesté
De Frère bien aimé
10H49 | 27/09/2009 |
Des talonnettes Nico vous voulez dire ? ? ?
à Majesté
De ysengrimus
12H04 | 27/09/2009 |
Mao est encore aimé, mais dans une perspective plus moderne. Un petit exemple :
http://ysengrimus.wordpress.com/2008/05/13/d%E2%80%99un-souper-avec-des-…
Je respecte cela.
Paul Laurendeau
De déluge
menuisier | 10H11 | 27/09/2009 |
« Quand Mao était le demi-dieu d'une Chine envoutée », il l'était également pour bon nombre d'intellectuels français.
Parmis lesquels on trouve en bonne place, André Glucksman, Denis Kessler, Jean François Revel (décédé aujourd'hui).
Autant de penseurs qui ont manifestés toute leur vie une propension interressante à toujours se trouver quoiqu'ils prétendent, du coté de la justification des totalitarismes, politiques hier, économiques aujourd'hui.
à déluge
De Philippe17000
France | 10H22 | 27/09/2009 |
Tu oublies le psy des média, Miller ! ! et tant d'autres ! !
Il faudra un jour faire le bilan des dégâts causé par ce tyran au delà de son propre pays !
à Philippe17000
De Les Grands Champs
Retraité, le doigt là où ça fait m... | 11H56 | 27/09/2009 |
Miler le revendique encore !
Et il en est fière le bougre.
Peut-être que son 2 roues (puisqu'il dit ce déplacer comme ça) est de couleur rouge en souvenir du petit livre ?
à déluge
De ESTEVE
10H52 | 27/09/2009 |
Je suis très surpris de cette mise en cause de Jean-François REVEL ! Pouvez-vous éclairer notre lanterne : dans quel ouvrage ? Dans quelle déclaration ?
Je trouve qu'il y a eu en France suffisamment de prosélytes du Maoïsme dans les années 70, qui aujourd'hui paradent toujours sur les plateaux de télévision et ne sont guère accablés de honte, pour ne pas en rajouter.
à ESTEVE
De déluge
menuisier | 11H23 | 27/09/2009 |
Ecoutez, le nom de Revel m'est venu aussi naturellement que celui de Kessler et Glucksman (je connaissais le passé de Miller, mais qui se soucie de ce que pense Miller ? ) dans ma liste des penseurs qui furent communistes (ou mao) et qui virèrent libéraux/atlantistes.
Et là, après une recherche rapide suite à votre remarque, je ne trouve rien accréditant ce parcours pour Revel.
Il me semble pourtant avoir lu quelque chose là dessus dans le livre de Bourseiller sur l'extrême gauche en France.
Je vais essayer de creuser…
EDIT : Vous aviez parfaitement raison.
J'ai confondu (le physique peut être.. ? ) Revel avec Alexandre Adler.
Toutes mes confuses et un pan sur le bec comme on dit. : -)
à déluge
De Les Grands Champs
Retraité, le doigt là où ça fait m... | 11H57 | 27/09/2009 |
Nul n'est parfait, SAUF dieu ET les imbéciles !
à déluge
De Compte supprimé le 4 janvier 3
| 12H23 | 27/09/2009 |
Merci pour cette mise au point : j'avais également tiqué en voyant Revel classé parmi les anciens maoïstes. C'était un ancien socialiste, ce qui n'est pas du tout la même chose. Mais vous faites encore erreur : Adler n'a pas plus été maoïste que Revel - il était au PCF, qui n'était pas spécialement. tendre avec Mao.
On ne peut pas faire l'amalgame entre les anciens membres du PC et les anciens maoïstes : les cocos étaient largement plus sains d'esprit que les « maos », qui étaient des fous furieux.
Par ailleurs, je ne comprends pas que vous attaquiez ces personnes sur leur évolution politique au cours de leur vie - j'ai tendance à penser qu'elle est tout à leur honneur, au contraire. Ces intellectuels brillants (je ne parle évidemment pas de Miller ! ) sont passés de l'idéalisme au réalisme, quand ils se sont aperçus de ce que donnait leur « idéal » dans le concret - « idéal » qu'il n'est pas illégitime ni incompréhensible d'embrasser à vingt ans.
Ce qui est triste et condamnable, à mon avis, ce ne sont pas les gens qui au fil du temps réfléchissent et tirent les leçons de leurs expériences, mais ceux qui restent figés dans un dogmatisme rigide (et effrayant) quoi qu'il arrive - comme Badiou.
à Compte supprimé le 4 janvier 3
De Anomie
Vivant | 12H59 | 27/09/2009 |
Badiou fait plus parti des « gens qui au fil du temps réfléchissent et tirent les leçons de leurs expériences »
Sauf si pour vous cela veut dire craché sur son passé …
Il y a beaucoup de philosophes sur Rue89 !
à Anomie
De Compte supprimé le 4 janvier 3
| 14H10 | 27/09/2009 |
Badiou n'a tiré aucune leçon de rien du tout, il continue envers et contre tout à faire l'éloge de la Révolution Culturelle. C'est un vieillard au dogmatisme effrayant et rigide qui ferait passer Robespierre pour un enfant de choeur si par malheur ses idées arrivaient au pouvoir - ce serait Pol Pot 2, le retour.
S'apercevoir qu'on s'est lourdement trompé dans la fougue et l'idéalisme de la jeunesse, parce que ce qu'on croyait un « idéal » voué au bonheur de l'humanité se révèle une machine à détruire, à enfermer et à massacrer, ce n'est pas « cracher sur son passé » - c'est tout simplement tirer les leçons de l'expérience.
à Compte supprimé le 4 janvier 3
De chengyang
21H32 | 27/09/2009 |
C'est une INFAMIE d'associer Pol Pot à Robespierre ou à Badiou ! Vous êtes l'illustration de l'esprit de révisionnisme historique qui règne malheureusement chez beaucoup de personnes ici.
à chengyang
De Compte supprimé le 4 janvier 3
| 23H04 | 27/09/2009 |
I love you too…
J'aurais pu également citer Tamerlan pour illustrer ce qu'est un boucher massacreur, mais j'ai préféré choisir un exemple français (relativement) récent et un exemple contemporain, exemple d'autant plus légitime que Badiou avait beaucoup d'admiration pour lui…
à Compte supprimé le 4 janvier 3
De chengyang
12H58 | 28/09/2009 |
Justement, comparaison n'est pas raison : ni Badiou, ni Robespierre ne méritent cette appellation infamante de « boucher massacreur » !
Le premier est en effet un intellectuel qui a la faiblesse de penser que le marxisme est une philosophie politique qui peut encore aider à comprendre le monde, le second est un homme politique qui EN DERNIER RECOURS a utilisé la violence politique afin de sauver la révolution française menacée aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur.
à Compte supprimé le 4 janvier 3
De Tokani
Oldmole | 16H42 | 27/09/2009 |
Communisme et fascisme ayant la même origine matricielle on retrouve en chacun la même disposition à se fantasmer des ennemis imaginaire et la même propention à les génocider .
Relire Nolte ou Furet ?
à Compte supprimé le 4 janvier 3
De déluge
menuisier | 21H10 | 27/09/2009 |
En même temps, mao ou PCF, entre les années 45/70 EN FRANCE, ça ne fait pas une grosse différence, au regard du bilan vu depuis 2009.
Staliniens, maoïstes, suiveurs du kampuchéa, si maintenant ils se retrouvent dans les Think Tank des Républicains ou de Saint Simon…
à déluge
De Piedo
Assis | 11H24 | 27/09/2009 |
Revel, maoïste ? Pour le coup, je pense que vous faites fausse route…
à déluge
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 23H53 | 27/09/2009 |
@ Déluge : Et je crois qu'on a bien tort de voir Mao qui s'estompe dans le passé… Plus je vois l'évolution de l'Occident et de notre démocratie, moins je suis convaincu que le temps travaille pour nous.
http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/12/tien-an-mein/
Pierre JC Allard
De Marcantoines
trouveur | 10H35 | 27/09/2009 |
Merci pour votre article.
Mao 70 % de bon, 30% de mauvais.
Les chinois semblent être des gens particulièrement lucides.
Rien n'est tout blanc ou tout noir, il y a forcément du gris. La balance penche du coté positif. Respect du grand timonier.
Vous indiquez que l'écart a terriblement augmenté entre les classes riches et les pauvres. Ce n'est pas forcément dramatique, si le déplacement moyen s'améliore. Les pauvres, un peu moins pauvres ; Les riches, beaucoup plus riches. L'argent crée de l'argent. « L'effet boule de neige devient dommageable lorsque l'avalanche arrive ou lorsque la neige vient à manquer… ! »
Je ne serais pas étonné que cela soit un proverbe Chinois. Hi…hi…hi !
De Compte supprimé le 4 janvier 3
| 12H26 | 27/09/2009 |
« Rien n'est tout blanc ou tout noir, il y a forcément du gris. La balance penche du coté positif. Respect du grand timonier. »
Ouahhh ! ! ! Les dizaines de millions de morts de la Révolution Culturelle doivent se retourner dans leur tombe ! « Bilan globalement positif », comme disait l'autre. Et pour Hitler, la balance penche de quel côté ? Il a construit de belles autoroutes en Allemagne, vous savez…
à Compte supprimé le 4 janvier 3
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 02H46 | 28/09/2009 |
@ Beatrice ; Le bilan de Gaulle n'est-il pas positif, même si quelques harkis doivent - a raison - se retourner dans leur tombe ?
PJCA
à Compte supprimé le 4 janvier 3
De LienRag
09H43 | 29/09/2009 |
Vous contribuez à donner raison à Badiou quand il montre à quelle déchéance de la pensée revient le fait de remplacer la politique par la morale…
De Machiavel
voisin oisif | 15H41 | 27/09/2009 |
De Kereven
10H37 | 27/09/2009 |
Mao a surtout été l'homme qui a rendu à la Chine son Empire, non pas coloniale, mais politique. Depuis le début du XX siècle et le dernier empereur, la Chine n'était plus, du moins plus cet Etat puissant et craint qu'elle avait toujours été. Jusqu'ici, chaque peuple qui avait renversé une dynastie et pris le pouvoir s'était sinisé au point d'être plus chinois qu'un Han (ethnie majoritaire). En prenant le pouvoir, suite à la longue marche et à la fin de la domination japonaise, le pire ennemi, Mao a réintroduit l'Empire, l'administration, la puissance chinoise. En cela il est un demi dieu, fascinant et inaccessible.
C'est une fois au pouvoir qu'il a montré des signes importants de délires paranoïaques et d'incompétence. La Révolution Culturelle, si elle avait pour but de ramener sur terre une élite qui vivait dans un autre monde a été une catastrophe sans précédent. Premièrement ce ne sont pas les bonnes « élites » qui en ont été victimes, mais de plus les décisions associées ont ruiné le quotidien chinois, économiquement, socialement et humainement.
Il fut un grand stratège, un grand militaire, mais un minable politique.
De lavoine
région parisienne | 10H46 | 27/09/2009 |
La nostalgie n'est plus ce qu'elle était. Et ceux des intellectuels qui naguère ne tarissaient pas d'éloges pour la Chine nouvelle, la Chine de Mao, un modèle que leur activisme forcené voulait imposer à nos sociétés, au monde occidental, sont les mêmes aujourd'hui , reconvertis dans l'establishment libéral voire ultra-libéral, qui, au nom des droits de l'hommisme et d'une écologie planétaire ayatollesque ,passant allègrement d'un totalitarisme à l'autre avec la conscience si tranquille qu'ils s'imaginent incarner la conscience universelle,tentent d'imposer, avec plus ou moins de succès, partout en France et ailleurs une autre forme de dictature intellectuelle. En cela je rejoins le message de Déluge.
à lavoine
De supprimé à la deande du riverain 14.01.10
.... | 19H06 | 27/09/2009 |
je suis assez d'accord avevc vous mais je trouve que mettre sur le meme plan le totalitarisme de mao et « l'establishment libéral » c'est un peu fort de café ! ! ! ! le libéralisme économique a contribué a la création dune école publique (besoin dune main doeuvre qualifiée), a l'émancipation des femmes (le sexe dun agent économique ne compte pas) etc. Sans régulation, ce système peut se révéler pas aussi bon qu'on l'escomptait, mais disons qu'il est parmi les moins mauvais. D'autre part, entre libéralisme économique et mao je signe pour le premier.
De manusan
10H50 | 27/09/2009 |
« Mao, c'est 70% de bon, 30% de mauvais »
Un paysan en 62 avait répondu aux cadres du PCC : « la famine c'est 70% la sècheresse, 30% cause humaine », on garda l'expression. Cette année là, la mare du village était pleine.
Depuis on répète l'expression, mais on oublie l'essentiel, l'eau ne manquait pas.
Au fait, Mao, s'il était là, il en penserait quoi de la Chine et de la révolution prolétarienne aujourd'hui ?
De brawd
contemplateur | 11H00 | 27/09/2009 |
Le culte de la personnalité n'est pas une spécificité communiste qui bien qu'avec Mao, Staline, Tito (Yougoslavie), Enver Hoxha (Albanie), Castro, Kim Jong II (Corée du Nord), n'a rien à envier aux dictatures d'extrêmes droites qui ont elles aussi fait l'objet des mêmes cultes avec Franco, Hitler ou Mussolini.
La fascination de certains intellectuels pour ces fortes personnalités est déroutante, voir inquiétante. De par leur aveuglement quasi religieux, ils subjuguent voir formatent des générations complètes de citoyens en manque de repères
L'homme providentiel n'existe pas, le sauveur de la nation, de l'Etat, l'Histoire en regorge, les cimetières sont remplis des dommages qu'ils ont causés à leurs peuples et aux autres.
La démocratie est précieuse, il faut la protéger des batteleurs du « moi » et du « je »
à brawd
De Laurent-Weppe
18H31 | 27/09/2009 |
Déroutante ? La fascination de certains intellectuels pour les tyrans est un grand classique : avant Mao, et avant les « guides de la nation », il y eu les despotes éclairés, et avant les despotes éclairés, il y eu les rois philosophes chers à Platon.