Quand Mao était le demi-dieu d'une Chine envoutée
A trois jours des soixante ans de la naissance de la République populaire, zoom sur le culte encore voué à Mao Zedong.
Il y a un mystère Mao. Alors que la Chine célèbre le premier octobre le soixantième anniversaire du jour où Mao Zedong, de la terrrasse de la Porte de la paix céleste à Pékin, a proclamé la naissance de la République populaire, l'ampleur du culte dont a fait l'objet le « père » de la Chine communiste continue de fasciner et de surprendre (voir ces quelques secondes filmées le 1er octobre 1949).
Un livre tout simplement intitulé « Le Mao », richement illustré et commenté, tente de montrer et de décrypter ce phénomène inégalé de culte de la personnalité au XXe siècle qui a entouré le Grand timonier, et qui continue à marquer la Chine d'aujourd'hui. Les auteurs : Claude Hudelot, écrivain et diplomate, passionné de Chine et grand collectionneur d'icones maoïstes, et Guy Gallice, artiste et photographe, lui aussi familier de l'empire du milieu.
Le livre est d'abord riche de ses illustrations : des centaines d'images de ces objets produits en série par la machine de propagande maoïste, badges, figurines en porcelaine, affiches, bouteilles de parfum, éventails, tasses en métal ou casquettes. Jamais sans doute la production de masse n'a ainsi été mise au service de l'image d'un seul homme, jamais ces objets n'ont à ce point pénétré la vie quotidienne de tout un peuple voué au culte d'un demi-dieu.
Claude Hudelot raconte pour Rue89 (Claude est un ami de mes années chinoises) sa découverte de la Chine des années Mao, dès 1964, et sa passion pour la Chine à laquelle il consacrera une bonne partie de sa vie professionnelle, notamment comme attaché culturel français à Pékin et Shanghai, à deux époques différentes. Une passion pour la Chine plus que pour Mao puisque, comme il l'explique ici, il a été influencé par Simon Leys, alias Pierre Ryckmans, le pourfendeur du Mao de la révolution clturelle, lorsque de nombreux intellectuels français étaient sous le charme des sirènes de Pékin... (Ecouter le son)
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Depuis les années 80, Claude Hudelot collectionne ces objets du culte maoïste, qui inondaient alors les marchés des villes chinoises au lendemain de la mort du Grand timonier. Il en possède littéralement des milliers, qui forment la trame de ce livre. Fascination malsaine ? Claude Hudelot a-t-il sombré malgré lui dans le culte de la personnalité de cet homme qui conduisit le destin des 700 millions de Chinois que chantait Jacques Dutronc ? Nous lui avons posé la question...
Il explique en quoi Mao est à la fois un « génie » et un « stratège », mais aussi l'homme qui a « bousillé la Chine » : (Ecouter le son)
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Dans « Le Mao », les illustrations sont accompagnées d'un important appareil éditorial de décryptage du phénomène du culte de la personnalité, des personnages-clé de ce culte, comme le journaliste américain Edgar Snow ou les photographes dont les clichés ont servi de base à la fabrication des icones.
Mais les Chinois d'aujourd'hui sont largement tenus dans l'ignorance des outrances fatales de leur passé récent, comme l'explique Claude Hudelot. Deng Xiaoping, le successeur de Mao, a renoncé, à la fin des années 70, à « démaoïser » la Chine comme il y avait eu une « destalinisation » sous Khrouchtchev en URSS. Dès lors, le jugement du parti communiste (« Mao, c'est 70% de bon, 30% de mauvais ») suffit à clore le débat pour les générations futures.
► Lire la suite : Mao, alibi révolutionnaire de la Chine moderne
Mao Zedong reste donc l'alibi révolutionnaire d'une Chine qui a résolument tourné le dos à tout ce que professait le fondateur de la République populaire : en particulier dans le domaine économique où la planification et l'égalitarisme forcené ont cédé la place à un capitalisme d'Etat doublé d'un secteur privé digne du Far West, et d'un creusement des inégalités sociales qui figurent parmi les plus fortes au monde.
Mais surtout, l'enseignement manipulé de l'histoire officielle en Chine fait que tout Chinois en dessous de 40 ans ignore largement les millions de morts du Grand bond en avant, les horreurs de la Révolution culturelle, et les désastres économiques engendrés par l'application des préceptes du Grand timonier.
La logique est évidente, surtout au moment où ils célèbrent les soixante ans de la République populaire : les dirigeants actuels ont d'abord comme véritable légitimité le fait d'être les lointains héritiers des pères fondateurs, et donc ceux-ci doivent continuer à être glorifiés. Un débat historique sur la place de Mao dans l'histoire n'est pas souhaitable.
Plus surprenante est l'indulgence internationale vis-à-vis du personnage de Mao : bien que l'information soit disponible, il n'a pas été totalement discrédité comme l'ont été les autres grands dictateurs du XXe siècle. La faute à Andy Warhol, qui, en faisant du Grand timonier un personnage central de la pop culture au même titre que Marylin Monroe et la boîte de soupe Campbell, l'a rangé du côté sympathique de l'histoire ? Claude Hudelot analyse ce phénomène : (Ecouter le son)
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Les Parisiens ont pu (re)voir récemment la série des Mao de Warhol lors de la grande rétrospective du Grand Palais, où a été prise la photo ci-dessous.
Pour ceux qui voudraient aller plus loin, un autre livre exceptionnel vient d'être publié en traduction française : « La Dernière révolution de Mao - Histoire de la Révolution culturelle 1966-1976 », écrit par deux éminents sinologues, l'Américain Roderick MacFarquhar, et le Suédois Michael Schoenhals. Les deux hommes ont revisité la Révolution culturelle à la lumière des témoignages individuels et de documents qui émergent avec le temps, et qui permettent de raconter à nouveau cet épisode central de l'épopée maoïste, « un tournant, la décennie décisive d'un demi-siècle de régime communiste en Chine ».
Une histoire centrée autour du personnage de Mao Zedong, de ses jeux de pouvoir, de ses lubies et de ses obsessions. Le livre s'ouvre d'ailleurs sur une de ses citations terrifiantes, qui remonte à 1958 :
« Les 600 millions d'habitants de la Chine ont deux particularités remarquables : premièrement ils sont pauvres, et, deuxièmement, ils forment une page blanche. Cela pourrait paraître regrettable, mais en vérité c'est une bonne chose. Les gens pauvres veulent le changement, ils veulent faire des choses, ils veulent la révolution. Une page blanche n'a aucune tache, on peut y peindre les images les plus nouvelles et les plus belles. »
Ces images, celles qui figurent dans « Le Mao » notamment, sont le reflet d'un passé qui laisse des traces durables. Un passé que les Chinois tentent de glisser sous le tapis en n'en conservant que des rêves de grandeur qui sont en train de se réaliser. Tant pis pour les victimes.
► Le Mao - Guy Gallice et Claude Hudelot - éd. du Rouergue - 472 p., 52€.
► La dernière révolution de Mao - Roderick MacFarquhar et Michael Schoenhals - Gallimard - 808 p., 35€.
- Sur Rue89Pour le 60e anniversaire de la Chine, col Mao ou cravate ?
- Sur Rue89Art contemporain : Mao fait encore vendre
- Sur lemonde.fr"La Dernière Révolution de Mao. Histoire de la Révolution culturelle (1966-1976)", par Lucien Blanco, sur LeMonde.fr
- Sur icilachine.comLes Mao d'Andy Warhol au Grand Palais, sur icilachine.com
- Sur rue89.comTous les articles sur Mao Zedong
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trouveur
trouveur
Merci pour votre article.
Mao 70 % de bon, 30% de mauvais.
Les chinois semblent être des gens particulièrement lucides.
Rien n'est tout blanc ou tout noir, il y a forcément du gris. La balance penche du coté positif. Respect du grand timonier.
Vous indiquez que l'écart a terriblement augmenté entre les classes riches et les pauvres. Ce n'est pas forcément dramatique, si le déplacement moyen s'améliore. Les pauvres, un peu moins pauvres ; Les riches, beaucoup plus riches. L'argent crée de l'argent. « L'effet boule de neige devient dommageable lorsque l'avalanche arrive ou lorsque la neige vient à manquer... ! »
Je ne serais pas étonné que cela soit un proverbe Chinois. Hi...hi...hi !




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