20/09/2009 à 14h09

Warren Buffett change de tailleur, la bourse de Shanghai bondit

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Quand on va au rayon « management » des grandes librairies chinoises, le visage qui apparait le plus est celui du financier américain Warren Buffett, qui fait l'objet d'un véritable culte en Chine parmi les aspirants capitalistes. Ces derniers sont prêts à le suivre aveuglément. Et ils l'ont fait.

Tout a commencé lorsque le fabricant textile chinois China Trands, basé à Dalian, dans le nord-est du pays, a mis fin août sur son site une vidéo de Warren Buffett, confiant qu'il avait jeté tous ses costumes pour ne plus porter que ceux de cette société. Il en possède déjà six ! (Voir la vidéo)


Sur d'autres photos, on le voit prendre la patronne de China Trands, Li Guilian, dans ses bras comme on salue une vieille et bonne amie.

Mieux encore, Buffett, patron du fonds Berkshire, explique qu'il conseille à tous ses amis les costumes de Mme Li, et que même Bill Gates, le fondateur de Microsoft et qui figure comme lui sur la liste des plus grandes fortunes mondiales, s'est laissé séduire.

« Les compliments de Warren Buffet, une nouvelle prophétie »

Cela a suffit pour susciter une ruée sur les actions de China Trands à la bourse de Shanghai : +80% depuis le début du mois de septembre, rapportait vendredi le correspondant des Echos en Chine, Yann Rousseau...

China Trands qui, malgré ses 4 500 salariés et ses clients en sous-traitance dans les plus grands pays dont la France, n'était jusque-là absolument pas connue.

Face à ce phénomène, les porte parole de la société financière de Warren Buffett se sont cru obligés de préciser qu'ils ne possédaient aucune action dans la société de Mme Li, raconte Yann Rousseau :

« [Cela] n'a en rien entamé l'enthousiasme des petits porteurs chinois qui ont vu dans les compliments de Warren Buffett une nouvelle prophétie. »


Cours de la Bourse de Shanghaï sur un panneau électronique (P.Haski/Rue89)

Il n'y a qu'un seul autre homme au monde capable de déclencher des mouvements de masse de petits porteurs chinois : le milliardaire hongkongais Li Ka-shing, l'un des dix hommes les plus riches au monde, à la tête d'un conglomérat allant de la gestion de ports (canal de Panama, des pans entiers de Rotterdam...) à l'immobilier en passant par la téléphonie mobile (« 3 » en Italie et en Grande-Bretagne) ou aux parfums (Marionnaud).

Au temps béni des introductions en bourse record à répétition, c'est-à-dire avant la crise, il suffisait que Li Ka-shing annonce qu'il allait souscrire à l'IPO pour que de longues files d'attente se forment devant les banques pour retirer les formulaires de souscription.

Avec des résultats généralement garantis d'avance, et une plus-value qui permettait de remercier une nouvelle fois le dieu Li.

Les petits porteurs chinois se cherchent des « grands frères » pour mieux boursicoter

Buffet ou Li sont les nouveaux « Da Ge » (grand frère) des petits porteurs, une grande tradition chinoise qui fait que, quand on est un « petit », on se choisit un mentor qui vous guidera dans la vie.

Dans les grandes salles de bourse de Chine, connectées en permanence sur les places de Shanghai et de Shenzhen, on rencontre des gens du peuple, femmes de ménage ou retraités, qui se fient à des « grands » pour savoir où placer leurs économies.

Avec près de 200 millions de comptes titres boursiers ouverts, c'est un phénomène de masse, même dans un pays d'1,3 milliards d'habitants (1 Chinois sur 6, contre 1 Français sur 10...).

Warren Buffett et la Chine, ce n'est pas une nouvelle histoire. Il a déjà été actionnaire de PetroChina, la compagnie pétrolière d'Etat, et a misé gros sur un producteur de batteries électriques pour voitures propres, BYD.

Depuis, les actions de BYD ont été multipliées par huit ! Mais de là à penser qu'il suffisait que le financier américain change de costume pour faire bouger la bourse de Shanghaï...

Photo : cours de la Bourse sur un panneau électronique géant au centre de Shanghaï (Pierre Haski/Rue89)

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  • chocopops
    chocopops
    Etudiant
    • Posté à 14h43 le 20/09/2009
    • Internaute
      Etudiant

    « Avec près de 200 millions de comptes titres boursiers ouverts, c'est un phénomène de masse, même dans un pays d'1,3 milliards d'habitants (1 Chinois sur 6, contre 1 Français sur 10…). »
    Incroyable pour un pays qui se dit communiste.

  • Anastaze
    Anastaze
    profiteur-assisté et électeur
    • Posté à 17h01 le 20/09/2009
    • Internaute
      profiteur-assisté et électeur

    Waren Buffet est comme Georges Sorros, comme Bill Gates et comme Édouard dans les Enfants du Paradis : non seulement il est riche, mais encore il voudrait être aimé comme s'il était pauvre...

    ... et les pauvres alors ! Soyez un peu raisonnable mon ami, on ne peut tout de même pas tout leur prendre aux pauvres...

  • affreuxjojo
    • Posté à 19h21 le 20/09/2009
    • Internaute

    Sachons tailler des costumes au requins de la finances !

    Ce coté moutonnier des petits boursicoteurs est très inquiétant. Suivre les gourous de la finance (avec forcément un peu de retard sur eux) c'est participer au gonflement de bulles spéculatives. Cela donne un effet de levier énorme à quelques détenteurs de fonds d'investissements (en maniant des millions, ils actionnent des milliards). Quand ces gourous se retirerons pour prendre leurs bénéfices, il déclencherons l'effondrement de ces bulles. Les petits porteurs se retirerons également, mais dans la panique et avec du retard, c'est à dire avec beaucoup de pertes.
    Ce système, ou des mouvements de fonds énormes se font par suivisme et en visant le court-terme, et non en fonction d'analyses économiques sérieuses, est fondamentalement un système instable et dangereux.
    On peut se demander si les fonds d'investissements qui ont plumés des épargnants un peu partout sur la planète via les subprimes et autres CBS n'auraient pas l'intention de s'abattre, tel des vautours, sur l'immense épargne Chinoise.
    Si tel était le cas, le danger de déstabilisation de la Chine est réel. Les conséquences pourraient être énormes et mondiales.
    Rappelons également au passage l'avantage en terme de stabilité à long terme des systèmes de santé et de retraite par solidarité par rapport aux systèmes fondés sur l'épargne et la capitalisation.

  • chengyang
    chengyang répond à Strelok
    • Posté à 20h14 le 20/09/2009

    La Bourse en Chine a certes un aspect « casino » mais cela serait une erreur de la comparer au système boursier américain.

    Le financement des entreprises passe encore principalement par les banques (alors qu'aux US la Bourse finance les 2/3 des besoins des sociétés ! ) et l'introduction en Bourse des grands groupes est très récente : ainsi, l'introduction du premier groupe énergétique chinois Petrochina (pour 66,8 milliards de yuans, soit 7 milliards d'euros) et de China Shenhua Energy, premier producteur de charbon de Chine (pour 66,58 milliards de yuans) ne remonte qu'à l'automne 2007 à Shanghaï.

    Ensuite, l'Etat chinois garde la haute main sur le marché : par exemple, en 2008 la société China State Construction (société qui a construit le cube olympique à Beijing pour la situer) a tenté une introduction en bourse, mais celle-ci a été suspendue par l'autorité de contrôle chinoise par crainte d'un affolement des marchés (avant de donner une autorisation uniquement à Shenzhen et Shanghai). On est donc loin du grand n'importe quoi des marchés américains !

    C'est la jeunesse du marché boursier chinois qui explique, à la fois le comportement immature des investisseurs, et sa grande volatilité (par exemple l'indice composite de la Bourse de Shanghai a perdu 65,5% en 2008 avant de nettement rebondir cette année).

  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 03h08 le 21/09/2009
    • Internaute
      Author & Chief AtoZ Officer

    Le probleme de la Chine c'est que la richesse creee actuellement alimente les bulles immobilieres et boursieres.

    le Gouvernement mene une relance plus basee sur le long terme et les infrastructures, mais les fruits de cette relance seront grilles par cette vision court terme.

    Beijing n'ose pas doucher les investisseurs de peur de creer une panique ou de freiner la reprise, mais plus le pouvoir central attend, plus violente sera la crise.

    Et il n'est pas pres de lutter contre la bulle immobiliere : Hu Jintao cherche a placer ses pions pour le remaniement de 2012, et veut maintenir l'objectif de 8% de croissance a tout prix. Mais a ce rythme, la bulle explosera bien avant.

  • GanLanShu
    • Posté à 12h58 le 21/09/2009

    Warren Buffet peut toujours changer de costards, il y a peu de chance pour qu'il se retrouve en slip ! En revanche, pour ce qui est de ces millions de petits porteurs chinois, dévots du dieu pognon, culte officiel et ultime rempart de l'insurrection des campagnes, ils peuvent toujours changer de slip (Warren Buffet ou Li Ka-shing), il y a peu de chance pour que ça leur offre un costard... C'est ni plus ni moins le loto présenté par un télé-évangéliste !