
La splendeur des bouddhas miraculés du Shandong à Paris

Pour la première fois à Paris, le musée Cernuschi, spécialisé dans l'art asiatique, présente un ensemble remarquable de statues bouddhiques, découvert par hasard dans la province chinoise du Shandong il y a une dizaine d'années.
En 1996, à Qinzhou, à 400 kilomètres au sud-est de Pékin, une équipe de terrassiers découvre, dans une fosse de soixante mètres carrés sur deux mètres de profondeur, des fragments de statues bouddhiques en pierre rangées avec soin, souvent incomplètes.
Certaines portent des traces d'incendie, d'autres de réparation. L'école, lieu de la trouvaille, est construite à l'emplacement du temple Longxing détruit par un incendie au XIVe siècle.
Les statues sont trop nombreuses et leur style trop varié pour ne provenir que de ce temple. De plus, le bon état, notamment des visages, exclut tout acte de vandalisme. On pense qu'il s'agit d'une « tombe », probablement du tout début du XIIe siècle, pour des statues en mauvais état, brisées à la suite de tremblements de terre ou d'incendies…
Le Vie siècle, âge d'or de la sculpture bouddhique
Environ quatre cents statues ont été reconstituées, une trentaine des plus belles pièces sont au musée Cernuschi avec un éclairage et une présentation particulièrement soignés.
Le VIe siècle, c'est l'âge d'or de la sculpture bouddhique en Chine. La plus grande partie de ces œuvres date de cette période. La province du Shandong a été un centre important de culture bouddhique comme l'attestent d'autres découvertes de moindre importance.
De plus sa position géographique a joué un rôle clé dans la transmission au Japon de cette foi et de cet art via la Corée. Déjà en 412, le moine chinois Faxian séjourna à Qinzhou pour traduire les écrits qu'il avait rapportés d'Inde.
A quelques kilomètres de Qinzhou, la montagne Tuoshan abrite cinq grottes avec des centaines de bouddhas en pierre dont la plupart date de la fin du Ve siècle.
Durant cette période très troublée, le Shandong est rattaché à la dynastie des Wei du Nord, dynastie non Han, d'origine Tuoba, une des tribus de nomades venant de Mandchourie et de l'Est de la Mongolie.
Peu à peu, le style évolue, plus raide, influencé par l'Asie centrale
La première capitale de cette dynastie est Datong à quatre cent kilomètres à l'ouest de Pékin. Une ville, actuellement polluée par les mines de charbon, mais où l'on peut visiter le plus bel ensemble de grottes bouddhiques de Chine avec celles de Longmen et surtout de Dunhuang (que nous ont présentées l'an dernier le Centre Culturel de Chine et le musée Guimet).

En quelques années, les styles évoluent. L'influence des Wei et du style de Yungang (Datong) est nette dans des triades en haut relief (un bouddha central entouré par deux Bodhisattva) : un style un peu raide, influencé par l'Asie centrale mais déjà avec des dragons chinois.
Puis les corps s'allongent, se fluidifient et l'on observe une synthèse entre les drapés indiens de l'art Gupta et les traditions chinoises. Ce qui est exceptionnel, ce sont les traces de polychromie, dans certains cas de dorure pour les grandes statues en grès d'environ deux mètres.

Le bodhisattva assis (photo ci-dessus), pensif, avec une jambe allongée est une œuvre de la deuxième moitié du VIe siècle avec un visage traité dans le style gupta et des ornements chinois, bijoux et dragons ; il s'agit là d'un chef d'œuvre de la sculpture asiatique.
Vous pouvez aussi profiter de votre visite pour examiner les collections permanentes du musée qui a été restauré et transformé il y a quatre ans, ou pour suivre les conférences sur l'histoire du Bouddhisme en Chine ou sur les grottes bouddhiques.
► Les Buddhas du Shandong exposition au musée Cernuschi, 7, avenue Velasquez, Paris VIIIe - jusqu'au 3 janvier - tlj. 10h-18h - 9€.
Photos : Bouddha debout, grès, Qi du Nord ; Triade, Grès, début des Wei du Nord ; Bodhisattva assis, grès avec des traces de polychromie, fin des Wei de l'Est - début des Qi du Nord (musée de Qingzhou, Shandong/DR)
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
Ailleurs sur le Web
- 6949 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque
















































28
(Pour réagir, connectez-vous)
De mauser
17H32 | 19/09/2009 |
Si le reste est à l'aune des photos j'y vais C'est vrai que ce genre de statuaire ne m'est pas famillier
Une question est ce assez clairement expliquè pour un bas du front de mon style
à mauser
De Bertrand Mialaret
(auteur)
Consultant à Paris | 19H20 | 19/09/2009 |
C'est très clairement expliqué, de plus c'est tellement beau qu'on n'a pas besoin de beaucoup de commentaires pour apprécier.
à mauser
De Yvon le Zébulon
Retraité | 20H58 | 19/09/2009 |
Cher Monsieur, vous n'êtes pas « bas du front » !
° Vous avez des préoccupations un peu plus normales que celles qui consistent à s'occuper de statues lorsqu'on ne peut que les contempler dans un musée, et que l'on a une famille à charge.
Votre « bas du front » n'est que du réalisme !
De chengyang
17H53 | 19/09/2009 |
Dès son origine la statuaire bouddhique trouve son influence en Asie centrale. C'est en effet dans le royaume du Gandhâra (ancien royaume grec de la Bactriane) que s'est élaborée cette synthèse entre l'art grec et indien. Avez-vous remarqué le remarquable drapé du « Bouddha debout » manifestement d'influence hellénistique ?
Les routes de la soie, dont la partie orientale passait par l'actuel Xinjiang (déjà intégré à l'empire chinois depuis le IIè siècle avant notre ère), ont ainsi permis le transport jusqu'en Chine du bouddhisme mahayana dès le IIème siècle de notre ère et de la statuaire du Gandhâra. Si l'on en croit certains historiens de l'art, on pourrait même reconnaître dans le visage du Bouddha la figure de l'Apollon des Grecs !
à chengyang
De lally
professeur | 21H04 | 19/09/2009 |
Je trouve effectivement que la première photo de statue fait penser aux kouros et koré…dans le drapé mais aussi dans l'attitude un peu figée.
à lally
De chengyang
21H36 | 19/09/2009 |
Voici un autre « Bouddha debout » qui se trouve au Musée Guimet ( le lieu incontournable pour les amateurs d'art asiatique à Paris) à comparer avec le précédent :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier : StandingBuddha.jpg
à chengyang
De lally
professeur | 22H20 | 19/09/2009 |
Merci pour le lien. Celui-ci fait beaucoup plus moderne et l'attitude est plus naturelle. Par contre la présence d'une espèce d'auréole derrière est assez amusante.
à lally
De chengyang
22H44 | 19/09/2009 |
Vous trouvez son allure plus moderne et pourtant cette statue du Gandhâra date du 1er siècle ! Elle est en fait plus proche de ses modèles grecs…
à chengyang
De lally
professeur | 23H50 | 19/09/2009 |
Vous pensez à quels modèles grecs ?
Aux statues de Phidias ?
à lally
De chengyang
12H16 | 20/09/2009 |
Je ne crois pas, c'est assez loin de ce que l'on connaît de Phidias.
http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000037644.html
à lally
De chengyang
22H31 | 19/09/2009 |
Ici, une carte des routes de la soie du bassin méditerranéen jusqu'à la Chine (via la Bactriane) montrant l'existence depuis l'Antiquité d'échanges entre les 2 extrémités du continent eurasiatique :
http://www.taiwandna.com/ChineseFujianSilkRoad2.png
à chengyang
De chengyang
22H32 | 19/09/2009 |
Le bon lien est ici :
http://www.taiwandna.com/ProfileRachelSilkRoad.png
à chengyang
De SimonYNT
Djeun's | 13H47 | 20/09/2009 |
Toujours a tout melanger chengyang…
Que vient faire votre remarque geopolitique a deux balles a propos du xinjiang au milieu de votre commentaire fort pertinent et tres interessant sur le cheminement de l'art a travers l'Asie ?
Au IIe siecle de notre ere, Jerusalem, Londres, Paris, pour ne citer que ces quelques villes, etaient integrees a l'empire romain… Est-ce que pour autant l'italie reclame la souverainete sur ces villes de nos jours ? Non.
Les frontieres bougent, les dynasties se sont succede sur des territoires au contour varies, alors pourquoi dire que le xinjiang est chinois depuis cette epoque ? il l'a ete a cette epoque, a appartenu a d'autes royaumes par la suite et est revenu dans le giron chinois il y a 60 ans.
Si vous voulez continuer a deblaterer sur ce sujet, je vous invite a attendre le prochain article de la rue consacre au xinjiang ou au regime communiste chinois en general, et a ne parler que d'art dans les commentaires de cet article.
à SimonYNT
De chengyang
14H16 | 20/09/2009 |
« Remarque geopolitique a deux balles » ? Où ça ? Gageons que vous aurez au moins appris quelque chose en me lisant. Et maintenant, vous prétendez vouloir dissocier l'Art et l'Histoire ? Eh bien, vous n'avez peur de rien ! (cf Audiard, si ça vous dit quelque chose…) Merci beaucoup de me faire rire avec autant de constance et de distraire tous ceux qui ont l'occasion de lire ici vos « commentaires » si divertissants.
De jujuairplane
étudiant en archeologie | 18H11 | 19/09/2009 |
C'est à pleurer… de bonheur.
De Yvon le Zébulon
Retraité | 20H53 | 19/09/2009 |
Alors là ! ! !
° Je pense qu'on pourrait pour le moins distribuer aux chinois qui vivent dans des cages à poules après avoir oeuvré à la rénovation des quartiers qui ont accueilli les jeux olympiques…
…une partie du fric récolté l'ors de ventes aux enchères des soi-disant merveilles, qui ne sont des merveilles que pour ceux qui ont pu se les payer (afin de blanchir l'argent sale qui leur brûlait les pattes et échapper à l'impôt).
N'oubliez pas que Van Gogh est mort comme un clodo…miséreux et malade !
et que tous ceux qui honorent ses oeuvres ne savent pas qui c'était !
Le fric n'a pas d'odeur, mais pas de sentiments non plus.
à Yvon le Zébulon
De chengyang
21H28 | 19/09/2009 |
Il va falloir aller se coucher, car ça fait beaucoup d'âneries en quelques lignes, cher (et d'ailleurs fort sympathique) Zébulon !
L'ami Vincent Van Gogh ne roulait certes pas sur l'or mais il n'est pas mort clodo pour autant… Son suicide reste mystérieux car ses problèmes de santé étaient derrière lui et sa carrière commençait à « décoller ». Je sais bien que le cliché de l'artiste maudit, ça fait pleurer dans les chaumières, mais faut pas non plus en abuser.
Quant à « Distribuer aux chinois qui vivent dans des cages à poules » : que je sache, pas mal de nos concitoyens vivent aussi dans ces « cages à poules » ; là aussi on sait que les clichés sur la qualité de l'habitat en Chine ont la vie dure, mais la situation de l'habitat en Chine s'est considérablement améliorée (à ce sujet voir les rapports de l'ONU qui vont dans ce sens), même si, bien entendu, de fortes inégalités subsistent.
Enfin, en ce qui concerne les supposées « ventes aux enchères “ : je vous signale qu'en Chine (comme en France) les découvertes archéologiques sont la propriété de l'Etat, et je peux vous assurer que le trafic d'antiquités est très sévèrement réprimé ! Confondez pas l'Amérique latine et la Chine…
à chengyang
De Yvon le Zébulon
Retraité | 03H01 | 20/09/2009 |
Merci de ton aimable réponse, mais si tu avais seulement vu le reportage sur les chinois, tu saurais qu'ils ne dorment pas dans des cages à poule, mais plutôt dans des « niches » avec un pan de tissus bien dégueu qui leur sert de porte-fenêtre (1 ouvrier par box ! )
; -))
à Yvon le Zébulon
De chengyang
08H15 | 20/09/2009 |
Alors là, si « la télé l'a dit », il faut s'incliner…
à chengyang
De Yvon le Zébulon
Retraité | 09H07 | 20/09/2009 |
C'est pas « la télé qui l'a dit », c'est l'image.
Comme c'est aussi l'image qui illustre les statues boudhiques dont on parle dans cet article que vous ne mettez pas en doute…
…je pense !
à Yvon le Zébulon
De alaixih
12H44 | 20/09/2009 |
Les images ne disent rien.
Ce sont les hommes qui disent.
Les images sont muettes.
Avec votre logique pourquoi ne pas donner la joconde aux pauvres ? Cela fera un bon bois de chauffage qui durera bien 30 minutes.
Il ne faut pas confondre art et marché des arts. Cela n'a rien à voir.
à chengyang
De GWERN
Ex militant du vaste mouvement des ... | 09H47 | 20/09/2009 |
Trafic d'antiquités pouvant être puni de la peine de mort je crois !
PS : suis bien sûr adversaire de cette « sanction » !
à Yvon le Zébulon
De DrTom
Citoyen | 09H21 | 20/09/2009 |
Quitte à passer pour un sale petit bourgeois gâté par ma naissance, je ne vois pas le rapport entre les difficultés actuelles de la Chine et l'art statuaire du 6e siècle…
Personnellement, cela me passionne de voir ce qui a pu porter une civilisation, lui donner un sens, transcender ses croyances, « incarner » sa perfection, etc. Je ne dis pas que les conditions socio-économiques ne sont pas importantes, mais l'art ne devrait pas passer au 2nd plan pour autant.
Par ailleurs, vous noterez que l'art n'a jamais été « populaire », ou gratuit, mais que ce sont toujours les « riches » et les « puissants » qui ont pu entretenir, acheter, faire circuler, s'intéresser à l'art et aux artistes ; sur ce point au moins vous avez raison : lorsqu'on vit dans une cage de 2 mètres cubes, on ne peut pas apprécier l'art. Mais ça ne rend pas l'art moins important, moins porteur de sens, etc. pour autant.
De ZYXXYO
20H52 | 19/09/2009 |
Très bonne nouvelle qui rappelle la découverte des statues de Xian en Chine découvertes par hasard en pleine campagne par 2 payans chinois qui creusaient un puit.
De lally
professeur | 21H00 | 19/09/2009 |
Magnifique ! Ca donne envie. Dommage de vivre si loin et de ne pas avoir le temps d'y faire un tour…mais je vais conseiller l'expo à mes élèves.
De franc parleur
anarchieevangelique.wordpress.com | 09H17 | 20/09/2009 |
Nous n'aimons rien tant que les Statues, sinon l'Or.
Bouddha s'en fout !
Comme il se moque de nos vénérations :
« Quel que soit le nombre de saintes paroles que vous lisez, que vous prononciez, quel bien vous feront-elles si vos actes ne s'y conforment pas ? »
Qu'importe les musées s » « il y a plus de larmes versées sur la terre qu'il n'y a d'eau dans l'océan. »
________________________
Un libérateur nommé Bouddha
http://anarchieevangelique.wordpress.com/2009/06/08/un-liberateur-nomme-…
à franc parleur
De DrTom
Citoyen | 09H26 | 20/09/2009 |
Pour ceux qui n'ont pas la force spirituelle de Bouddha, c'est-à-dire à peu près tout le monde, l'art religieux a une fonction essentielle, que l'on retrouve dans à peu près toutes les religions (à ma connissance) : éveiller la foi, interroger la spiritualité, poser la question du sens, provoquer l'admiration, etc.
Sans ses statuaires le bouddhisme aurait sombré dans l'oubli. Facile de cracher sur la publicité lorsqu'on a une agence de comm » pluri-millénaire qui fait le boulot à votre place…
De eden-saga.com
webmestre | 14H50 | 20/09/2009 |
La plus grande sagesse du bouddhisme
http://www.eden-saga.com/1200.html