08/09/2009 à 08h40

Ai Weiwei, « l'art de la provocation »


Nous avons plusieurs fois parlé sur Chinatown de l’action de l’artiste contemporain chinois Ai Weiwei, notamment en faveur des familles qui ont perdu un enfant dans le séisme du Sichuan l’an dernier. Le Monde a consacré dans son édition datée du 8 septembre un long portrait à ce fils d’anciens cadres communistes devenu agitateur d’idées, d’abord comme artiste, aujourd’hui comme artiste-militant. Jeu ludique ou activisme risqué ? Les avis divergent. Extrait de ce portrait signé Brice Pedroletti :

« Invité il y a quelques années à tenir “un blog de célébrité” sur le portail Sina, l’un des plus fréquentés de Chine, Ai Weiwei s’est vite pris au jeu. A l’été 2008, quand Yang Jia, 28 ans, tue à l’arme blanche six policiers dans le quartier général de la police d’un arrondissement de Shanghaï, l’Internet chinois s’embrase pour ce jeune homme, considéré comme un justicier, qui avait été victime de violences policières. Ai Weiwei écrira 70 articles sur l’affaire, qui vire au procès des abus de la police et de la justice. Son blog atteindra 10 millions de lecteurs.

Depuis, l’artiste ne laisse rien passer : quand il apprend que tout ordinateur vendu en Chine à partir du 1er juillet devra être doté d’un logiciel intégré de censure, Ai Weiwei lance un boycott de l’Internet pour le jour J. Un cadre du parti du Henan, risée des internautes, a-t-il truqué sa photo officielle en plaquant la chevelure et le buste de Hu Jintao, le président chinois, autour de son propre faciès ? Ai Weiwei fait de même avec son visage d’ogre barbu, et diffuse en ligne le triptyque de photos : du pop art à l’ère du blog. Immédiat, jetable, pertinent et percutant. “C’est la manière la plus excitante pour moi de faire de l’art. Ça ne servait à rien de lancer en l’air de belles idées, c’est beaucoup plus efficace de s’attacher à des cas concrets, auxquels les gens réagissent. Les responsables du gouvernement ne savent plus où se mettre.”

Jamais une personnalité aussi célèbre n’aura dénoncé aussi ouvertement, et avec une audience aussi large, les mensonges officiels, petits et grands. “C’est un pionnier, comme artiste”, dit de lui Zhang Rui, un jeune peintre qui fait partie des bénévoles mobilisés. “C’est un vrai citoyen qui assume ses responsabilités de personnalité connue.”

Le militantisme d’Ai Weiwei exaspère une petite faction d’internautes chauvins. A ceux qui le disent américain, il répond en scannant son passeport chinois et en le diffusant sur son blog. Il y a quelques mois, un de ses amis galeriste de Caochangdi, un brin sarcastique, nous le décrivait comme un pacha qui envoie ses assistants au casse-pipe. Depuis, le ton a changé : ses amis et ses proches s’alarment de voir l’étau se resserrer autour de lui. »

Lire le portrait complet de Brice Pedroletti sur le site du Monde

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  • pikasso02
    • Posté à 09h39 le 08/09/2009
    • Internaute 10134

    Aï Weiwei est un artiste. Les artistes aujourd’hui sont les fous du roi de l’ancien temps. Tout est permis, même dénigrer les puissants. Ce qu’ils font est considéré comme distrayant donc ne porte pas à conséquences. Aï Weiwei utilise tout ce qui arrive, tout ce qu’il considère comme injuste pour structurer ses actions. Provocations ? Certes, mais surtout réactions humanistes non moralistes, dans le sens ou Jacques Brel était moraliste dans certains de ses poèmes-chansons, et que Georges Brassens lui ne l’était guère, mais plutôt poète anarchiste. Aï Weiwei me fait penser à Joseph Beuys, un peu oublié aujourd’hui. Lui aussi utilisa le présent pour créer des actions. Du tremblement de terre de Naples à l’idée de rehausser le mur de Berlin de cinq centimètres pour le rendre plus esthétique. Il fut un des premiers militants « Verts » d’Allemagne. Ses actions comme celles de Aï Weiwei ne sont pas oeuvres d’art, mais des moments de réflexion pour tous, sans idéologie. Une fois morts, les médias ne parlent plus d’eux. Peu importe. Ce qu’ils font ou ont fait finit par porter des fruits. La vie n’est pas désir, c’est le désir qui est la vie. Longue vie à Aï Weiwei.

  • San De-
    • Posté à 10h28 le 08/09/2009
    • Internaute 19339

    Il est dans la lignée d’une certaine tradition d’artistes et intellectuels chinois... comme quoi, il n’y a pas que des fabricants de « Wuji » ou de cérémonies d’ouvertures... des libertés que s’octroient et volent un certain nombre de gens, dans la société, au grand damne du système politique et administratif, qui ne goute pas du tout ce genre de comportement.

  • wangyuan
    • Posté à 12h12 le 08/09/2009
    • Internaute 38755

    Le pere de Ai Weiwei (艾未未) Ai Qing 艾青(1910—1996) est avant tout un artiste et poete engage et connu en Chine. Il a fait ses etudes de beaux arts en France de 1929 a 1932.
    Il a publie beaucoup de recueil de poemes dont le celebre 《大堰河——我的保姆》, ecrit en 1932 lorsqu’il etait jete en prison pour avoir rejoint l’Association des Artistes de Gauche de Chine (左翼美術家聯盟).

    Pourquoi l’avoir presente comme « anciens cadres communistes » ? N’existe t-il pas autrement que sous une etiquette du parti ?

    • chengyang
      chengyang répond à wangyuan
      • Posté à 21h56 le 08/09/2009
      • Internaute 38622

      « Pourquoi l’avoir présenté comme le fils d’“anciens cadres communistes” ? N’existe t-il pas autrement que sous une etiquette du parti ? »

      Parce que le parti pris de ce site est de présenter le régime chinois comme un régime totalitaire (donc monstrueux et inhumain) et que, à ce titre, tous ceux qui, de près ou de loin, ont connu une réussite ou ont profité du régime sont considérés comme des « collaborateurs » et doivent donc, en tant que tel, être honnis.

      • wangyuan
        wangyuan répond à chengyang
        • Posté à 03h10 le 09/09/2009
        • Internaute 38755

        Ma question est sur Ai Qing 艾青 que l’auteur a qualifie d’ancien cadre du parti, alors qu’il aurait pu donner plus de precisions car cet artiste (je parle de Ai Qing) , que l’on aime ou pas ses oeuvres, est considere comme un des poetes et ecrivains majeurs en Chine.

         
        • chengyang
          chengyang répond à wangyuan
          • Posté à 18h09 le 09/09/2009
          • Internaute 38622

          Oui, j’ai bien compris. L’auteur a un point de vue extrêmement réducteur en le définissant ainsi.
          Ce que je veux dire, c’est que le procédé de stigmatisation utilisé touche aussi bien le fils que le père.... Un peu comme sous Mao, lorsque les enfants de propriétaires, au nom d’une supposée transmission héréditaire de leur statut, étaient eux aussi victime de moqueries et de vexations.

        1 autres commentaires
    • San De-
      San De- répond à wangyuan
      • Posté à 11h21 le 09/09/2009
      • Internaute 19339

      A l’époque, un homme chinois n’était défini que par rapport au parti et la façon dont il était classé par celui-i.