05/09/2009 à 13h09

Nouvelle crise au Xinjiang après des attaques à la seringue

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Urumqi, la capitale du Xinjiang, province à majorité ouïgoure et musulmane de l'ouest de la Chine, est de nouveau en effervescence, après des manifestations de Hans, jeudi et vendredi, qui ont fait cinq morts et des dizaines de blessés. Ces manifestations du groupe dominant en Chine font suite à une série de mystérieuses attaques à la seringue dans les rues de la ville, créant une psychose parmi les habitants. (Voir les images de la BBC sur les manifestants des derniers jours)

Ces événements prennent désormais l'allure d'une crise politique : le secrétaire du Parti communiste pour la ville d'Urumqi, Li Zhi, un Han, a été limogé par Pékin samedi. Il a été sacrifié pour calmer la colère des Hans d'Urumqi, qui réclamaient sa tête dans les manifestations des derniers jours, ainsi que celle du chef du Parti dans la province, Wang Lequan, membre du Bureau Politique, qui a pour l'instant sauvé la sienne. Le chef de la police de la province a lui aussi été limogé.

Les autorités mettent en cause les « séparatistes musulmans », formule visant les Ouïgours, pour cette vague d'attaques à la seringue qui aurait affecté plus de 500 personnes au cours des dernières semaines. Le ministre chinois de la Sécurité publique, Meng Jianzhu, qui s'est rendu sur place, a ainsi affirmé :

« Ces attaques ont été préméditées, organisées et menées par des délinquants à l'instigation des forces séparatistes ethniques et sont dans la continuité des violences du 5 juillet. Leur objectif est de nuire à l'unité ethnique. »

Les incidents de juillet auxquels fait référence le ministre avaient fait près de 200 morts, lorsque des manifestations de Ouïgours à Urumqi, faisant elles-mêmes écho à des affrontements inter-ethniques dans la province du Guangdong, avaient dégénéré en attaques systématiques contre les Hans et la présence chinoise. La police armée avait été déployée pour empêcher les affrontements intercommunautaires et rétablir l'ordre.

Depuis, le numéro un chinois Hu Jintao s'est rendu au Xinjiang pour réaffirmer l'unité de la Chine et l'autorité du pouvoir central, et la Chine a lancé une grande campagne contre les nationalistes ouïgours, et en particulier contre Rebiya Kadeer, présidente du Congrès mondial des Ouïgours, exilée aux Etats-Unis après plusieurs années de prison en Chine.

L'affaire des seringues est mystérieuse : la plupart des victimes n'ont pas vu leur agresseur, et ont ressenti une piqure au bras alors qu'elles attendaient un bus ou un train. Les autorités ne savent pas si ces seringues étaient infectées ou s'il s'agissait seulement de faire peur. Il faudra des mois pour le savoir.

Voici comment un journal de langue chinoise de Hong Kong représente ces agressions. Le visage de la femme -de toute évidence ouïgour et portant le foulard musulman- est particulièrement parlant :


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Les autorités ont annoncé l'arrestation de 21 personnes en rapport avec ces attaques, mais celles-ci se sont poursuivies, suscitant la colère de la population han d'Urumqi, qui ne s'estime pas bien protégée depuis les émeutes de juillet.

Au cœur de ce débat, la politique chinoise vis-à-vis des minorités ethniques, religieuses et nationales. Après le Tibet l'an dernier, l'explosion de violence au Xinjiang cette année montre l'échec ou en tous cas les limites de cette politique de mise sous tutelle de ces minorités, d'autonomie de façade, et d'immigration massive de Hans dans les zones où vivent les minorités.

Pour l'heure, Pékin n'a réagi à ces crises régionales qu'avec une main de fer plus lourde encore, et des campagnes visant à discréditer les dirigeants exilés des deux communautés, le dalaï lama dans le cas des Tibétains, et Rebiya Kadeer dans celui des Ouïgours. Il est peu probable qu'à quelques semaines du soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, célébré en grande pompe par les dirigeants du parti communiste, ils acceptent de remettre en cause l'un des aspects centraux de la doctrine officielle.

Le malaise persistant au Xinjiang pose néanmoins des questions auxquelles les dirigeants chinois devront répondre autrement que par la répression. Tant du côté des Ouïgours que du côté des Hans, les esprits sont chauffés à blanc.

Correction le 5/9/09 à 16h00 : c'est le chef du PCC à Urumqi, pas au Xinjiang qui a été limogé.

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  • daniel
    daniel
    daniel
    • Posté à 18h14 le 05/09/2009
    • Internaute
      daniel

    « Au cœur de ce débat, la politique chinoise vis-à-vis des minorités ethniques, religieuses et nationales. Après le Tibet l'an dernier, l'explosion de violence au Xinjiang cette année montre l'échec ou en tous cas les limites de cette politique de mise sous tutelle de ces minorités, d'autonomie de façade, et d'immigration massive de Hans dans les zones où vivent les minorités. »

    Certes, mais il me semble que nous ne percevons pas la même chose ici et là-bas. A vous lire on pourrait penser que les manifestants remettent en cause la politique de sinisation. Or, il me semble que ce que réclament les manifestants c'est plus de répression. On peut lire ici ou là des histoires de Ouighours soupçonné d'attaque à la seringue et remis en liberté ce qui a déclenché la colère des Hans.

    Pékin est pris entre la tentation de satisfaire la colère des Chinois Hans et en même temps ménager l'opinion musulamane mondiale.

  • SimonYNT
    • Posté à 19h57 le 05/09/2009

    Pardon M.Haski, mais est-on vraiment sur que ces attaques a la seringue sont bien reelles, et que ce n'est pas juste une rumeur lancee et qui enfle ? Cela expliquerait pourquoi de plus en plus de monde dit avoir ete attauqe malgre les arrestations...

    Je dis ca parce qu'il y a eu exactement la meme rumeur l'an dernier en Chine a l'approche des J.O., et qu'elle s'est averee completement bidon.
    Cette rumeur est meme arrivee en France au debut de cette annee dans une chaine de ces stupides mails pour vous faire peur... Des coups de seringue en attendant le bus, dans le cinema, etc.
    mais rien de vrai derriere...

    Alors, est-on vraiment sur que ce n'est pas de l'intox pour exacerber davantage les tensions la-bas ?

  • Stephane MOT
    Stephane MOT répond à chengyang
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 05h02 le 07/09/2009
    • Internaute
      Author & Chief AtoZ Officer

    la situation est complexe au niveau local comme au niveau national, on est bien d'accord

    mon point est que l'on peut difficilement nier l'existence d'une strategie fondee sur le nationalisme au niveau du pouvoir central.

    et je maintiens qu'une grosse partie de l'energie et de la propagande est orientee vers ces strategies suicidaires.

    il ne s'agit plus de patriotisme, par exemple en exaltant l'adhesion a un projet commun, puisqu'il n'y a plus de vision / ideologie mobilisatrice. le nationalisme est un « quick fix » efficace a court terme mais desastreux au-dela et indigne d'un pays connu pour la qualite de sa strategie.

    dans le prolongement des projets du nord ouest et du nord est, Beijing a manipule les sentiments nationalistes et attise les haines interethniques, ce qui va a l'encontre de l'objectif de maintien de l'unite. souder la majorite contre des minorites ne donne jamais rien de bon.

    cela ne vous inquiete pas mal a l'aise de voir des citoyens sortir des expos anti-Dalai Lama avec des mots de haine envers le peuple Tibetain ?

    en plus, ce revisionnisme historique et culturel a des visees expansionnistes et contribue a la montee de nationalisme dans les pays voisins (ex Lien).

    Si la Chine, que j'aime et respecte, ne saurait se resumer a ces regrettables derives, il me parait non seulement difficile de nier leur existence, mais dangereux d'en sous-estimer les consequences a long terme.

    je crois que le Comite Central a perdu son mojo, et oublie ce qui faisait sa force : la vision strategique.