L'écrivain Mo Yan revisite l'histoire de la Chine populaire en se réincarnant

Mo Yan et sa traductrice française, Chantal Chen-Andro, Paris, juin 2009 (P. Haski/Ru89)

Chaque roman de l'écrivain chinois Mo Yan constitue un événement : « La Dure Loi du karma » ne fait pas exception, qui, au travers de réincarnations animales en cascade, entraîne le lecteur captif à travers l'histoire de la Chine des soixante dernières années. Lors de sa visite à Paris, en juin, Rue89 avait rencontré Mo Yan, qui nous avait présenté son dernier ouvrage.

Propriétaire terrien ou valet, tous soumis au karma

L62361.jpgUn propriétaire terrien, homme de bien, Ximen Nao, et un enfant recueilli devenu son valet, Lan Lian, sont les deux héros de ce livre. La loi du karma conditionne toute existence, elle est une facture à payer en fonction de nos actions passées.

Avec la réincarnation, les effets de ces actes se répercutent sur les vies successives d'un individu dans un cycle infini, le samsara. Mo Yan nous confie l'origine de son idée de départ :

« C'est en visitant un temple, à Chengde, au Nord-Est de Pékin, qu'une fresque murale décrivant la réincarnation en plusieurs animaux, m'a donné l'idée du livre.

Lan Lian, paysan de mon village, Gaomi, le seul à refuser d'entrer dans le système collectif, a vraiment existé. »

Le propriétaire, Ximen Nao, est assassiné en 1950, lors de la réforme agraire décrétée par Mao Zedong peu après la proclamation de la République populaire, le 1er octobre 1949.

« Il est d'une laideur étonnante, a un comportement étrange »

Il plaide sa cause devant le Dieu des Enfers, qui, impressionné par la liste de ses actes au bénéfice de son village ou de ses fermiers, lui permet de renaître en âne, bœuf, cochon, chien, singe et enfin comme un enfant le premier jour du nouveau millénaire…

Pendant son enfance de paysan, les rapports de Mo Yan avec les animaux ont été très étroits ; exclu de l'école pour « mauvaise origine de classe », il gardait un buffle. Les animaux vont être les narrateurs de ce roman, mais aussi un enfant , comme souvent chez l'auteur, et enfin un personnage du roman, le romancier Mo Yan lui-même.

Le personnage Mo Yan est très présent et souvent tourné en ridicule :

« Il est d'une laideur étonnante, a un comportement étrange, il raconte souvent des histoires à dormir debout, c'est un personnage honni de tous ».

L'autodérision nous vaut une page superbe, son portrait par le cochon :

« Mo Yan continue à revendiquer ses origines paysannes, il passe son temps à écrire au Comité international des Jeux Olympiques pour qu'on ajoute une épreuve de binage, il pourrait alors s'inscrire… » (p.439).

Le personnage Mo Yan existait dans un autre grand roman « Le pays de l'alcool » (Le Seuil, 2000), mais ici, il joue un rôle important surtout vers la fin du livre où il protège Lan Jiefang, le fils de Lan Lian.

La structure du livre est très simple :

« Oui c'est vrai, on est loin du modernisme, par exemple des “ Treize Pas ” mais cela ne veut pas dire que je vais continuer dans cette veine de simplicité, je vais changer pour les prochains romans. »

Du fantastique, des évocations historiques, tout simplement du talent

Des pages d'anthologie : le cochon, à la poursuite de la lune où est assis le président Mao :

« Vous comprenez, à l'époque, Mao apparaissait comme une divinité. »

On est dans la tradition des grands romans classiques : « Le Voyage en Occident », le périple d'un moine bouddhiste en Inde et de deux disciples, le singe et le cochon.

Le bœuf peut faire le poirier et le cochon monter à l'arbre, mais l'on est bien ancré dans la réalité et un récit épique d'une grande virtuosité, peut concerner la fabrication de galettes.

Comme parfois chez Mo Yan, le grotesque peut être scatologique : un badge Mao tombe accidentellement dans les latrines, son malheureux propriétaire est démis de son poste !

Les transformations de son village, Gaomi, et les convulsions historiques des cinquante dernières années, sont le véritable sujet de ce roman. Le bouddhisme n'est qu'un prétexte :

« Je vénère la religion bouddhique mais je ne pratique pas. Autrefois, à Gaomi, il y avait des temples qui ont été démolis, mais le bouddhisme est dans le cœur de chacun ; les paysans illettrés, n'ont jamais lu de sutras mais croient, surtout les anciens, à la réincarnation ».

Le recul historique permet d'être politiquement incorrect

Il y a peu de romans publiés en Chine, où la plupart des personnages négatifs sont des potentats locaux ou des membres du Parti. Mo Yan n'est pas tout à fait d'accord :

« Non, un des personnages, Hong Taihue, a des aspects positifs, il n'admet pas que le Parti s'éloigne de la politique de Mao Zedong. Lan Lian et lui ont de fortes convictions, ils ont le même caractère, Lan Lian reste sur son bout de terrain, qu'il refuse d'intégrer à la Commune populaire, et Hong Taihue sur ses croyances. Ce sont les deux faces de la même monnaie ».

Mais dans le roman, la fin de Hong Taihue sera tragique…

Le livre n'a pas été critiqué officiellement ; aucune menace de censure même si certains milieux ont du être passablement irrités.

La ligne jaune est perpétuellement franchie quand il s'agit du « Grand bond en avant » (1958-1961) : les seuls haut-fourneaux ruraux qui produisent sont ceux où opèrent des ingénieurs « droitiers », condamnés à la « réforme par le travail ». Seul le fermier indépendant, Lan Lian , ne meurt pas de faim, mais ses réserves de semences, sont pillées par les membres de la Commune Populaire et son âne dévoré !

Les slogans de la Révolution culturelle (1966-1976) sont détournés par exemple dans l'élevage des porcs de la commune : « soutenir la cause de la révolution mondiale, chaque porc est un obus lancé contre les impérialistes , les révisionnistes, les contre- révolutionnaires ». Et la décollectivisation donne raison à Lan lian :

« Ce n'est que lorsque la terre nous appartient que nous pouvons être son maître. »

Mais Mo Yan devient plus prudent quand il s'agit de la période récente. Certes les tares de la société chinoise sont dénoncées, qu'il s'agisse des abus des fonctionnaires locaux, des projets délirants qui permettent de détourner des fonds publics, des écoles qui s'écroulent, des fils de dignitaires admis avec des examens truqués… mais les responsables, membres du Parti, paient ces exactions de leur vie ou sont éliminés par les instances supérieures.

La morale est sauve tout comme dans « Brothers », le roman de Yu Hua, qui dénonce les mêmes dérives, mais où le Parti n'apparaît jamais.

On sent d'ailleurs Mo Yan moins à l'aise quand il aborde la période moderne, il se sent mieux dans son village de Gaomi, avec ses souvenirs et les derniers chapitres du roman sont plus décousus, un peu « bâclés ».

Un accouchement de quarante-trois jours…

On peut comprendre qu'après 700 pages écrites en quarante-trois jours, les soixante dernières soient moins bien venues. Mais comme dit Mo Yan, « certains passent dix ans à faire un livre mais cela ne veut pas dire que le livre soit bon ».

Bureau, feutre souple, papier, thé, tabac ; un programme de coureur de fond, dix heures par jour. Il précisera sa manière de travailler lors de la rencontre organisée à Aix-en-Provence par Noël et Liliane Dutrait. Ils partagent avec Chantal Chen-Andro, la lourde tache de traduire avec un très grand talent, ses épais romans.

Mo Yan a abandonné son ordinateur car il est tenté de se connecter et cela le distrait ; il éprouve un plaisir physique à écrire en écoutant de l'opéra de Pékin. L'accouchement est difficile, mais après ce livre, il n'a rien produit pendant trois ans.

Actuellement, il écrit un roman sur un médecin de campagne et tout cela est très lié au théâtre de Jean Paul Sartre ! Il ne nous en dira pas plus malgré nos interrogations…

La Dure Loi du Karma de Mo Yan - traduit par Chantal Chen-Andro - éd. du Seuil - 760 pages - 26€.

Photo : Mo Yan et sa traductrice française, Chantal Chen-Andro, Paris, juin 2009 (Pierre Haski/Rue89)

18 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de chengyang

De chengyang

22H31 | 30/08/2009 | Permalien

« Le livre n'a pas été critiqué officiellement ; aucune menace de censure même si certains milieux ont du être passablement irrités. » C'est quoi pour vous la différence entre la critique officielle et non officielle d'un artiste ou d'une oeuvre par « certains milieux » ? Ca n'est pas très clair, c'est le moins que l'on puisse dire ! Que voulez-vous dire aussi par menace de censure ? En quoi un écrivain a-t-il à craindre une menace de censure ? Vous ne seriez pas, par hasard, simplement en train de faire un procès d'intention (à moins que vous ne lisiez dans les esprits des autorités chinoises auquel cas je m'incline volontiers) ?

Je vous signale qu'il y a un écrivain bien de chez nous dans notre beau pays démocratique (Frédéric Beigbeder pour ne pas le nommer) vient d'être censuré (et non pas menacé de censure ! ) pour avoir osé dépeindre un juge sous un jour peu ragoûtant et mettre à jour les mécanismes inhumains de notre justice !

Ensuite, vous écrivez que « La ligne jaune est perpétuellement franchie quand il s'agit du “ Grand bond en avant ” (1958-1961) ». Vous prenez les Chinois pour des ânes ? ! Il y a bien longtemps maintenant (années 80) qu'il n'est plus tabou de critiquer Mao et son Grand Bond en avant. Il faut vous renseigner sur ce qui s'est passé après l'arrivée de Deng Xiaoping au pouvoir et la « réévaluation » de la période maoïste qui s'en est suivi. Lisez par exemple ceci :
http://www.chine-informations.com/guide/chine-grand-bond-en-avant_244.ht…

On mesure à ce genre d'article qu'il y a vraiment un océan entre ce que vous imaginez de la Chine populaire et sa réalité. C'est effarant…

On est vraiment pas sorti d'affaire !

Portrait de Hubert Artus

à chengyang Portrait de chengyang De Hubert Artus

Rue89 | 22H53 | 30/08/2009 | Permalien

Beigbeder n'a pas du tout été censuré. C'est son éditeur qui a peur que le livre le soit. Ayant lu le lire avant censure, il n'y avait rien à craindre, je vous le garantis. Il ne s'agit nullement de censure, mais seulement de la frousse d'un éditeur, ainsi que d'une stratégie marketting.

Portrait de chengyang

à Hubert Artus Portrait de Hubert Artus De chengyang

14H41 | 31/08/2009 | Permalien

« Beigbeder n'a pas du tout été censuré ».
Non, il a juste été contraint, sous la menace d'un procès, de réécrire un passage de son livre…
La censure prend des formes plus ou moins sophistiquées selon les pays ; en France, elle prend certainement le plus souvent la forme de l'auto-censure.
Attendons quelque temps que l'auteur nous donne son opinion, voulez-vous bien ?

Portrait de Pierre Haski

à chengyang Portrait de chengyang De Pierre Haski

Rue89 | 22H55 | 30/08/2009 | Permalien

Votre commentaire me laisse rêveur… Ah bon, il n'y a plus de censure en Chine ? Vous oubliez un détail : seules les maisons d'édition d'Etat reçoivent des quotas de numéros ISBN nécessaires pour publier des livres. Et elles savent où sont les lignes jaunes. J'ai vécu cette expérience moi-même, puisqu'une maison d'édition d'Etat m'avait approché pour écrire un livre sur le sida avant que le PDG ne me dise : « en Chine il y a des tabous, et il faut respecter les tabous. Le sida en est un ».

Ah bon, on peut librement discuter des mérites du maoisme, débattre des responsabilités des uns et des autres dans le Grand Bond en avant, dans la Révolution culturelle ? Je crains que vous ayez une image tellement idéalisée du régime chinois que vous en oubliez quelques fondamentaux auxquels fait si justement référence Bertrand Mialaret.

Portrait de Ming_xuan

à Pierre Haski Portrait de Pierre Haski De Ming_xuan

Traducteur spécialisé | 11H22 | 31/08/2009 | Permalien

On peut effectivement discuter assez rationnellement de ces sujets avec beaucoup de gens, mais pas n'importe ou et dans n'importe quelle situation… On peut donc dire que ce ne sont plus des sujets tabous, mais 敏感 (sensible).
Pour le reste je suis d'accord avec vous, Chengyang a du oublier, par exemple, l'existence du département de la propagande du comité central du PCC (中共中央宣传部), de la SARFT (国家广播电影电视总局), ou plus particulièrement dans le cas qui nous intéresse, la GAPP (General Administration of Press and Publication 新闻出版总署), gérée par l'état et qui contrôle toute publication (papier ou électronique) destinée au marche chinois. Ses prérogatives comprennent le droit de censurer et/ou interdire à la publication. Sans licence de la GAPP il est impossible de publier en Chine et l'agence a donc un pouvoir absolu sur le monde de l'édition. Voici un extrait des « lignes jaunes » indiquées par le site gouvernemental lui-même (désolé pas le temps de traduire c'est en anglais)

* Violating basic principles of the Constitution
* Threatening national unity, sovereignty, and territorial integrity
* Divulging state secrets
* Threatening state security
* Damaging the nation's glory
* Disturbing social order
* Infringing on others » legitimate rights

On appréciera le caractere vague et général qui permettrait sans doute, en cherchant bien, de trouver des éléments répréhensibles au sein du petit livre rouge lui-même ! : )
Donc oui, mon cher Chengyang, je crois qu'on peut encore parler de censure très active dans notre pays d'accueil.

Portrait de chengyang

à Pierre Haski Portrait de Pierre Haski De chengyang

14H11 | 31/08/2009 | Permalien

Où avez-vous lu dans mes propos qu'il n'y avait pas de censure en Chine ? Ma réaction portait sur CET article portant lui-même sur CET ouvrage de Mo Yan. Ce qui, pour ma part, me laisse rêveur, c'est le fait que l'auteur semble faire aux autorités le reproche d'une INTENTION de censure ! Il faudrait au contraire se réjouir qu'un grand auteur puisse publier aujourd'hui librement (vous avez l'air d'oublier quelle était la situation de l'édition chinoise il y a encore peu de temps).

Oui, M. Haski, il est possible en Chine de « discuter des mérites du maoïsme » ; en son temps, Deng Xiaoping avait estimé que le bilan de Mao était « 70 % positif, 30 % négatif ». Sans la réévaluation du rôle de Mao (et sa critique ! ) dans les années 80, il est probable que la Chine n'aurait pas connu cette progression incroyable de ces 20 dernières années. Il a fallu « démaoïser » les esprits pour faire progresser le pays. La plupart des dirigeants sont d'anciennes victimes de la politique de Mao et aujourd'hui l'ancien président n'a vraiment plus la côte. Il a été remplacé par Zhou Enlai dans l'esprit des dirigeants du pays. L'absence de Mao l'an passé lors de la cérémonie des JO vous aurait-elle échappé ?

Je crains que, devant les évolutions rapides que connaît ce pays, M.Haski, vous ne soyez un peu dépassé par la vitesse de ses changements !

Portrait de Bertrand Mialaret

à chengyang Portrait de chengyang De Bertrand Mialaret (auteur)

Consultant à Paris | 09H17 | 31/08/2009 | Permalien

Independamment de l'existence d'un appareil de censure ou de l'impossibilité de discuter au fond de certains évènements historiques (du type Révolution Culturelle ou Tian'anmen) qui sont des faits, Il y a un aspect que j'essaye d'aborder dans cette suite d'articles : les réactions des écrivains face à la censure.
Cela va de la position extrème de Ma Jian qui considère que l'on ne peut rien écrire en Chine aux proclamations qui indiquent que tout est rose.
Ce qui est intéressant ce sont les stratégies d'écrivains majeurs face à la censure ou à la possibilité d'une censure. De Jia Pingwa à Mo Yan en passant par Yu Hua ou Yan Lianke pour ne citer que quelques uns, les réactions sont très différentes. L'interview de Yan Lianke par Pierre Haski lors des JO montre bien que le plus grand risque pour l'écrivain c'est l'autocensure.

Portrait de chengyang

à Bertrand Mialaret Portrait de Bertrand Mialaret De chengyang

14H37 | 31/08/2009 | Permalien

Il est en effet encore impossible de parler de certains événements historiques récents (l'exemple emblématique est 1989). Là dessus, je ne vous contredirai pas.
Mais cela ne signifie aucunement que la censure rende impossible d'aborder l'ensemble des événements survenus sous l'ère maoïste. Là, vous êtes caricatural. Les cinéastes de la 6ème génération ont amplement traité ces sujets (voir par exemple, l'adaptation du roman « Vivre » de Yu Hua à l'écran par Zhang Yimou). Vous semblez ignorer qu'une grande partie de l'histoire contemporaine a déjà OFFICIELLEMENT été réévaluée. Je m'étonne que vous pensiez que les écrits de Mo Yan sur le Grand Bond en avant puissent être critiqués par le pouvoir, alors que, justement, un grand nombre d'anciens « droitiers » (à ce sujet voir Ma Jian et son dernier ouvrage Beijing Coma) ont été réhabilités et que les hommes au pouvoir actuellement sont les descendants politiques des anciens droitiers victimes de la politique maoïste !

Portrait de chengyang

à chengyang Portrait de chengyang De chengyang

15H01 | 31/08/2009 | Permalien

Il faut bien sûr lire 5ème génération !

Portrait de Pierre Haski

à chengyang Portrait de chengyang De Pierre Haski

Rue89 | 15H02 | 31/08/2009 | Permalien

Zhang Yimou sixième génération ? Révisez votre histoire.

Pour le reste, vous semblez confondre le fait que l'histoire officielle ait été réévaluée et le fait qu'on puisse en parler librement et totalement.

Portrait de chengyang

à Pierre Haski Portrait de Pierre Haski De chengyang

16H00 | 31/08/2009 | Permalien

J'ai rectifié. Voir post précédant le vôtre. Et puis, si je puis me permettre, la 5ème génération, ce n'est pas encore tout à fait de l'Histoire , car elle est toujours en exercice…

Alors, si je vous suis bien, il serait impossible de parler librement de faits qui sont pourtant officiellement reconnus ? Je ne vous savais pas expert en casuistique ! Je ne sais pas non plus ce que signifie parler « totalement » d'une chose. Ces sujets ont été plus que ressassés par la littérature et le cinéma chinois ! C'est un abus de les présenter comme un tabou.

La réalité est à mon avis plus prosaïque. Si la grande majorité des Chinois ont renoncé aujourd'hui à « regarder dans le rétroviseur », s'ils privilégient le silence sur le discours sur le passé, c'est qu'ils préfèrent se tourner vers l'avenir. Ce peuple me donne l'impression de s'être lancé dans une course effrénée vers la modernité et la consommation, ce qui implique une « pause » dans les querelles historiques et politiques. Un peu comme la France gaullienne que nous avons connue (plus préoccupée de reconstruction et de progrès que de réévaluation de l'Histoire de la France résistante par exemple).

Comme il me semble vous l'avoir déjà expliqué dans un de mes précédents post, selon moi, cette rupture remonte à 1989.

ps : j'attends toujours une réponse à ma remarque sur la place de Mao dans la vie politique chinoise

Portrait de Bertrand Mialaret

à chengyang Portrait de chengyang De Bertrand Mialaret (auteur)

Consultant à Paris | 16H06 | 31/08/2009 | Permalien

Je souhaiterai faire quelques remarques simples :
1/ Il n'y a toujours pas de chiffre publié officiellement sur le nombre de morts dans la famine qui accompagna le Grand Bond, ce n'est pas un détail de l'histoire…
2/ Le « droitier » Ma Jian a vu TOUS ses livres interdits en Chine à ce jour y compris bien sur Beijing Coma..
3/ Je vous conseille la lecture du livre de Song Yongyi sur « Les massacres de la révolution culturelle » publié il y a quelques mois chez Buchet Chastel.
Ce professeur à l'université de Californie, se rend en Chine en 1999 pour collecter des informations publiées sur la Révolution Culturelle. La démarche gène, il est arrêté et passe six mois en détention avant d'être expulsé aux Etats Unis.
Le pouvoir chinois qualifie bien la Révolution Culturelle de catastrophe mais n'accepte pas de recherche indépendante sur le sujet.Il y a effectivement une écriture officielle de l'histoire…
On pourrait continuer sur beaucoup d'autres sujets.

Portrait de chengyang

à Bertrand Mialaret Portrait de Bertrand Mialaret De chengyang

22H30 | 31/08/2009 | Permalien

Dans votre empressement à vouloir apporter des réponses simples à de problèmes compliqués, vous vous engagez bien imprudemment sur des voies extrêmement glissantes.

Par exemple, en ce qui concerne le bilan du Grand bond en avant : le gouvernement aurait la plus grande peine à fournir le chiffre « officiel » de la famine qui l'a suivie, pour la bonne et simple raison que celui-ci est pratiquement IMPOSSIBLE à établir ; les historiens (chinois comme occidentaux) se disputent sur des chiffres variant entre entre 17 et 29 millions de morts, correspondant aux personnes manquantes lors du recensement au cours des années 1960, en comparaison avec le recensement officiel des années 1950 (toutes ces données démographiques ont été classées ultra-confidentielles jusqu'en 1983). D'autres chercheurs soulignent eux le manque de fiabilité des données issues des recensements de l'époque ce qui, selon eux, rendrait impossible toute évaluation chiffrée sérieuse.

Votre manière de faire dire aux autres ce qu'ils ne pensent pas commence aussi à devenir extrêmement pénible.
Ainsi, qu'est-ce qui vous permet de me faire la leçon au sujet de la Révolution culturelle ? En ce qui me concerne, à une époque où la moitié de notre intelligentsia était en extase devant le Grand timonier, je lisais avec délectation « Les habits neufs du président Mao » de Simon Leys. Je crains que ce ne soient les mêmes aujourd'hui, qui, suivant la voie de la facilité et de la démagogie, se vautrent dans une sinophobie de bon aloi. Et puis, si vous tenez absolument à ouvrir une compétition du livre narrant les horreurs de la Révolution culturelle, je crois que « Stèles rouges » de Yi Zheng vaut bien l'ouvrage de Song Yongyi que vous me recommandez !

Enfin, si j'ai cité Ma Jian, ce n'est en aucun cas pour nier qu'il existât une censure en Chine (combien de fois, diable, vais-je devoir le répéter ? ! ), mais pour attirer votre attention sur l'importance du « droitier » dans l'histoire politique chinoise contemporaine et la complexité du jeu politique chinois derrière sa façade de monolithisme. A vous lire, on penserait qu'il ne s'est rien passé sur le plan politique en Chine depuis 20 ans ! On aurait affaire à un espèce de stalinisme vaguement modernisé… Or, que vous le vouliez ou non, l'ouverture n'est pas qu'économique, elle est aussi politique. Et, sans cette ouverture, un écrivain comme Mo Yan et son oeuvre n'existeraient pas !

A mon tour de vous donner un conseil : ne confondez pas simplicité avec simplisme !

Portrait de San De

à chengyang Portrait de chengyang De San De

12H09 | 31/08/2009 | Permalien

Tu as une vision grossière et figé de ce qu'est une dictature ! Et moi qui essaye d'un peu affiner ta vision des choses…

Portrait de ReneLeys

De ReneLeys

sinologue | 23H35 | 31/08/2009 | Permalien

« En ce qui me concerne, à une époque où la moitié de notre intelligentsia était en extase devant le Grand timonier, je lisais avec délectation “ Les habits neufs du président Mao ” de Simon Leys. Je crains que ce ne soient les mêmes aujourd'hui, qui, suivant la voie de la facilité et de la démagogie, se vautrent dans une sinophobie de bon aloi. »

Vous vouliez sans doute dire « sinophilie de bon aloi »… D'ailleurs, à ce sujet, vous devriez peut-être relire Simon Leys sur les étrangers en Chine populaire. Par ailleurs, sur la prétendue « démaoïsation » de la Chine, êtes-vous allé à la Cité Interdite récemment ?

Portrait de chengyang

à ReneLeys Portrait de ReneLeys De chengyang

17H10 | 01/09/2009 | Permalien

J'y étais il y a peu. Pourquoi ?

Vous voulez faire allusion au portrait de Mao ? Si vous êtes réellement sinologue, il ne vous aura pas échappé que son portrait se trouve à l'entrée de la Cité impériale et non de la Cité interdite.

Puisque vous abordez la question des symboles, vous devez aussi vous souvenir que le dernier empereur Puyi fût maintenu pendant des années dans la Cité interdite alors que la République avait été proclamée. Je pense que Mao restera encore longtemps accroché à la Porte de la paix céleste et sa dépouille dans son mausolée. Mais ne vous laissez pas abuser par ce symbole, la pensée politique du Grand timonier est à l'heure actuelle totalement morte, aussi vrai que le pouvoir de Puyi dans sa cité était nul.

Serait-ce trop vous demander de me lire avec exactitude ? Je n'ai nullement évoqué la question des étrangers en Chine (peu nombreux au demeurant à l'époque maoïste) mais les représentations hâtives et les contre-vérités qui fleurissent en Occident au sujet de ce pays.

Je regarde autour de moi (en particulier les commentaires sur ce site), je ne vois guère de sinophilie.

Portrait de ReneLeys

De ReneLeys

sinologue | 21H47 | 01/09/2009 | Permalien

Si vous aviez vraiment lu Simon Leys, vous auriez compris que les maoïstes européens se disaient sinophiles et qu'ils traitaient Leys d'anti-Chine, de raciste et d'agent à la solde de la CIA. Il s'est trouvé par après que ces crétins n'aimaient pas la Chine, mais le pouvoir chinois… ce qui n'est pas sans évoquer nos prétendus ``sinophiles`` d'aujourd'hui, dont le culte du pouvoir chinois est toujours étrangement doublé d'américanophobie et de haine de soi.

Portrait de chengyang

à ReneLeys Portrait de ReneLeys De chengyang

23H42 | 01/09/2009 | Permalien

« Si vous aviez vraiment lu Simon Leys, vous auriez compris que les maoïstes européens se disaient sinophiles et qu'ils traitaient Leys d'anti-Chine ». C'est en effet ce que j'ai essayé de vous expliquer précédemment (apparemment sans succès). Les plus connus : Glucksmann, Sollers, Serge July, Gérard Miller, Roland Castro.

« Nos prétendus sinophiles d'aujourd'hui, dont le culte du pouvoir chinois est toujours étrangement doublé d'américanophobie et de haine de soi ». Qui donc, je vous prie ? Des noms ?

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