
Au Xinjiang, la Chine encadre l'information faute de la bloquer
Près de dix-huit mois après les émeutes de Lhassa, au Tibet, les sanglants événements du Xinjiang montrent une nouvelle manière de gérer l'information de la part des autorités chinoises en période de crise. A l'heure d'Internet, Pékin a jugé préférable d'encadrer l'information plutôt que de recourir à son habituelle tactique de black-out, désormais impossible.
L'objectif prioritaire de cette tactique est de préserver le consensus interne à la Chine et d'influencer les réactions internationales à ces événements qui comptent parmi les plus graves que la Chine ait connus depuis le début des réformes économiques, il y a trente ans. Mais cette approche prend ouvertement le risque d'aggraver les tensions ethniques dans le pays.
Blocage de Twitter et de Facebook
Lorsque la manifestation de Ouïgours à Urumqi, la capitale de la région autonome du Xinjiang, a dégénéré en émeutes dimanche, les informations les plus précises se trouvaient sur Internet, en particulier sur Twitter. Les médias officiels chinois en ont aussi très vite parlé, faisant état dimanche de trois morts, tous Han, le groupe dominant en Chine.
Mais lundi matin, l'histoire avait pris une autre ampleur : le bilan officiel grimpait vite à 140, puis 156 morts, plus de mille blessés et autant d'arrestations. Et la communication officielle prenait aussi une autre tournure : d'un côté, un blocage des réseaux sociaux jugés trop actifs et incontrôlables, Twitter bloqué, puis Facebook, et un gros travail de « nettoyage » -ou « harmonisation » comme disent les Chinois avec humour- des sites chinois de partage de vidéo pour en retirer les documents non autorisés.
Très vite aussi, beaucoup plus vite que lors des émeutes de Lhassa l'an dernier, les autorités chinoises ont organisé une visite de la presse étrangère à Urumqi pour pouvoir donner leur propre version des événements : à leur arrivée à Urumqi mardi matin, les journalistes ont été conduits à un centre de presse organisé dans un hôtel, se sont vus remettre une disquette contenant des images terribles des violences, avec nombre de cadavres de victimes han de la manifestation.
Certaines de ces scènes se sont retrouvées sur Internet, comme dans cette vidéo ci-dessous, composée à base d'images tournées dans un véhicule des forces de l'ordre, qui contient des images très dures. Elle a été récupérée sur un site coréen. (Voir la vidéo)
Cette volonté de donner l'accès à la presse étrangère constituait une inhuabituelle prise de risque des autorités, avec sa part d'imprévu, une manifestation de femmes ouïgour devant les journalistes, réclamant de savoir où sont leurs maris et leurs fils, ou une bataille rangée entre manifestants ouïgours et contre manifestants han.
Mais l'objectif était clair : il fallait bien montrer que la violence avait été déclenchée par les Ouïgours contre les civils han, comme en attestent les corps atrocement battus à mort visibles sur toutes les vidéos et les témoignages reccueillis sur place. Un scénario assez similaire aux événements de Lhassa l'an dernier, qui avait vu une foule de Tibétains s'en prendre à tous les signes de la « colonisation » chinoise/han, passants, magasins, véhicules, faisant alors une vingtaine de morts.
La faute à un complot étranger
Et, deuxième objectif, attribuer la paternité de ces émeutes à un groupe d'exilés, tout comme l'an dernier le gouvernement chinois avait accusé le dalaï-lama, chef spirituel des bouddhistes tibétains en exil en Inde, d'être responsable des violences de Lhassa.
La cible est cette fois Rebiya Kadeer, ancienne femme d'affaires d'Urumqi, emprisonnée pendant plusieurs années avant d'être expulsée aux Etats-Unis d'où elle dirige désormais le Congrès mondial ouïgour, groupe nationaliste se réclamant du Turkestan oriental, le nom d'une ancienne république ouïgour. Rebiya Kadeer dément avoir manipulé ces violences et contre attaque en accusant un « nationalisme han réactionnaire ».
Le chaînon manquant de la version officielle chinoise est la toile de fond de ces violences, c'est-à-dire l'écho d'autres violences qui se sont déroulées le mois dernier dans la province chinoise du Guandong, où des travailleurs migrants ouïgours ont été victimes d'une véritable chasse à l'homme à la suite de rumeurs infondées les accusant de viols de jeunes filles han. Il y a eu au moins deux morts, beaucoup plus selon les informations circulant dans les milieux ouïgours.
Les vidéos de ces événements ont été vus au Xinjiang malgré la censure et ont suscité une grande colère. Selon un témoignage qui nous est parvenu, les manifestants de dimanche criaient « Justice pour le Guangdong » au début d'un cortège qui a démarré de manière pacifique mais a vite dégénéré en émeute sanglante.
En focalisant sur l'atrocité des violences anti-Han à Urumqi, le gouvernement chinois est certain de provoquer un sursaut unanime de la population chinoise, horrifiée à juste titre par ces images. Tout comme l'an dernier le déferlement d'images de la violence tibétaine contre les Han -et les Hui, ces Chinois convertis à l'islam- à Lhassa avait soudé la population chinoise derrière le gouvernement pour dénoncer les instigateurs de ces événements.
Une vision partielle des événements
Mais en contrôlant étroitement l'information, en bloquant les canaux non autorisés comme Twitter, même si les plus habiles technologiquement trouvent de nombreuses voies de contournement des « murailles électroniques », le gouvernement empêche les Chinois d'avoir une image complète de la situation. Mais il espère ainsi surmonter ces événements, jugés suffisamment graves pour que le président Hu Jintao annule sa participation au G8 en Italie et rentre à Pékin.
Mais il court surtout le risque d'attiser un peu plus le fossé déjà passablement grand entre les Ouïgours, petite minorité nationale à l'échelle de la Chine -8 millions de personnes- mais encore le groupe dominant au Xinjiang. Les deux peuples ont désormais le sentiment d'être des victimes : les Hans parce qu'ils ont été agressés dimanche de manière forte ; et les Ouïgours parce qu'ils ont le sentiment de ne pas avoir été défendus par l'Etat lorsque les leurs étaient victimes d'agressions dans le Guangdong, mais d'être montrés du doigt comme des barbares lorsqu'ils se vengent à Urumqi.
Si en un an le Tibet et le Xinjiang connaissent des événements relativement similaires, on peut y voir, comme le fait Pékin, un vaste complot international. On peut y voir aussi le signe d'une politique des nationalités qui ne marche pas dans les deux grosses provinces concernées, et une nécessaire interrogation sur ce qui ne va pas.
La manière dont le gouvernement canalise l'information, jouant sur les émotions du groupe ethnique dominant en Chine, ne permet assurément pas de se poser des questions évidentes. Elle répond à une volonté du pouvoir de consolider son pouvoir, au risque de mettre de l'huile sur un feu déjà ancien.
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De daniel
09H25 | 08/07/2009 |
Excellent article, Pierre.
Cette analyse de l'attitude Chinoise en matière de Médias est très pertinente et importante.
On remarque donc que certaines leçons ont été acquises depuis mars 2008 mais qu'ils retombent dans le travers, vraissemblament inhérent au système du PCC, de rejet sur un complot extérieur sans chercher à comprendre le ras le bol des Ouighours.
En ce sens ils jettent encore plus d'huile sur le feu car, l'ostracisme dont sont victimes les Ouighours en Chine va aller en s'accentuant.
edit : je viens de visionner la moitié de la vidéo (je n'ai pas pu continuer au delà…), si cette vidéo circule en Chine cela va être difficile de clamer la colère des Chinois et de leur expliquer le désespoir des Ouighours.
Je ne comprends pas pourquoi en France, les médias restent volontairement vagues sur le caractère violent et meurtrier de ces émeutes, j'entendais encore ce matin à la TV parler de manisfestations pacifiques qui auraient dégéneré.
De bducol
Bachi-bouzouk | 10H32 | 08/07/2009 |
Merci Pierre pour cet article…
Ce qu'il y a particulièrement intéressant dans cet article c'est de voir à quel point les décisions du gouvernement chinois étaient prévisibles. En effet si l'on connait le contrôle que le gouvernement chinois exerce en temps habituel sur Internet, ce dernier n'est que plus grand depuis les révolutions de « couleur » (Ukraine, Moldavie ou plus récemment Iran)… Les experts chinois ont pris le temps d'analyser les logiques de diffusion de l'information dans ces événements pour pouvoir parer à toutes éventualités dans leur cas…
C'est ici que je suis plus nuancé que vous Pierre. Contrairement à l'Iran, l'information passant par Internet est complétement coupée et Pekin n'applique pas le « Cut Cat Theory » (ciblage séléctif des fermetures). En absence de pouvoir influencer le cyberespace (Twitter ou Facebook par exemple étant des sites globaux), Pekin a décidé d'en couper le total accès… Pour certes pallier le manque par sa propre source d'information gouvernementale.
Ce qui est intéressant c'est que le blocage total d'internet en Chine durant ces derniers jours est à mettre en lien avec les derniers événements en Iran. En effet, à force de dire de manière mondiale (mais surtout occidentale) que Twitter était capable de produire des révolutions (chose qui reste toujours à démontrer après l'échec de Moldavie puis d'Iran), le gouvernement chinois s'est lui même convaincu des dangers de tels outils. Résultats coupage global de ces outils internet par le gouvernement et absence de réelle information ! ! !
La prochaine fois, on espère que les médias ne gaspilleront pas les possibilités d'une technologie comme Twitter en lui donnant tous les pouvoirs et tous les vices car sur le terrain, ceux qui en ont vraiment besoin se seraient bien passer de cette publicité auprès des gouvernements autocratiques du monde entier….
De JCVION
12H31 | 08/07/2009 |
Monsieur Haski,
Félicitations pour cet article complet et parfaitement argumenté. Vous jouez néanmoins les ingénus quand vous dénoncez le controle de l'information par le gouvernement Chinois. Vous assimilez en permanence la Chine à une dictature, ce qui est bien évidemment le cas, mais je doute que d'autres dictatures telles que la Corée du Nord, la Birmanie…et j'en passe…ne connaissent même le terme « Internet »…petit aparté…
Je crois sincèrement que le gouvernement Chinois apprend progressivement le terme « démocratie ». La venue de journalistes occidentaux pour suivre ces événements, même de façon trés encadrée, est une véritable avancée car ces journalistes ont ainsi la possibilité d'aller à la source de l'info en recueillant des propos de la part des Ouigours. De plus, le recours à la force de la part des forces de l'ordre sur place, semble « modéré » alors qu'il y a encore quelques années, ils n'auraient pas hésité à tirer sans état d'âme sur des hommes portant des armes, même artisanales. Ce qui reste plus inquiétant, et c'est sur ce point que nous devons tous…et vous les premiers, je parle des médias…c'est l'extraordinaire solidarité du peuple Han derrière son gouvernement. Il s'agit bien d'une dictature mais à l'inverse de beaucoup d'autres, le peuple voterait très massivement pour l'équipe de Hu Jintao si ce dernier organisait des élections libres…notamment grace à vous, les médias occidentaux. Je pense vraiment que le gouvernement Chinois se montre bien plus malin que nous et se nourrit de nos…nombreuses…faiblesses.
Je fais maintenant le vœu qu'une solution pacifique soit trouvée là bas. Comme je le disais dans un précédent commentaire, je connais plutôt trés bien cette région (mon épouse…Han est née près d'Urumuqi….et je me suis d'ailleurs marié dans la mairie d'Urumuqi…belle expérience…) mais la haine réciproque entre Hans et Ouigours reste très préoccupante. Affecter la responsabilité aux Hans est un raccourci grotesque. Idem pour la réciproque. Seule une amélioration économique de la région et un partage des richesses cohérent permettra une amélioration mais nous en sommes bien loin. Dommage car le Xinjiang bénéficie d'un potentiel touristique extraordinaire. Le peuple Ouigour n'est pas vraiment accueillant - tout particulièrement les hommes - et les Hans ont une vision très kitch du tourisme en essayant d'instaurer des péages à chaque spot touristique. La route est longue mais le potentiel est bien là.
De franco-chinois
chercheur | 18H20 | 08/07/2009 |
Mr. Haski,
Quoi qui se passe en Chine, vous ne soulevez que le mauvais coté et vous l'attribuez au gouvernement chinois ou au PCC. C'est la ligne éditoriale que vous avez adopté. Quoique depuis un an, on peut déceler sur le Chinatown un certain changement de ton : il y a un peu plus de volontés dans la recherche de faits. En revanche, la sémantique reste la même.
Fort de votre conviction sur la nécessité de la liberté d'expression, de l'universalité des droits de l'homme et du bien fait de la démocratie, en vous appuyant sur des sinologues comme Béjà, Holtzman…, sur des dissidents comme Cai Chongguo, Hu Jia, Liu Xiaobo…, vos articles sur la Chine font apparaître et forgent chez certains lecteurs de cette Rue, une autre certitude qui est certainement la vôtre : le régime de Pékin est une dictature et doit au plus vite, disparaître. La confirmation de cette « certitude » vient de la récente émission sur la Chine de chez Ph. Val dont la conclusion n'est plus qu'ambiguë : La Chine n'est pas fréquentable mais il faut la fréquenter. Bien.
Défendre la liberté d'expression, cela va de soi. Mais n'oublions pas les Outils d'expression. Qui sont les propriétaires de ces outils dans notre « monde libre » ? A quelle loi est soumise ces outils d'expression ? Mis à part le libéralisme économique à outrance, distillé en long et à travers, quelles sont réellement les idées - permettant plus de justice sociale et économique -, sont diffusées ? Vous même, Mr Haski, en quittant l'autre journal torche cul, vous avez créé ce journal
de net dans l'espérance d'être « indépendant ». Mais maintenant, la Rue89 n'est-elle pas aussi, soumise à la loi du marché libre ? Tellement libre que les mots « régulation », « autorité » deviennent grossièreté. Dans ces conditions, les médias de ce « monde libre » ne sont rien d'autre qu'un théâtre à événements sensationnels, une arène de gladiateurs, amusant les ilotes – ces esclaves de la Grèce antique qu'on saoulait de force afin de montrer à la jeunesse l'exemple qu'il ne faut pas prendre (merci à un passant de cette Rue89, Quinine)-, une caverne de Platon détruisant la santé de la démocratie. Et les « journalistes », deviennent des charognards avides du sang et des cadavres.
Vous croyez sans doute que dans une démocratie, les droits politiques priment sur les droits économiques et permettent ainsi à une amélioration des conditions humaines. Mais quand l'espace politique ne coïncident pas à l'espace économique, quel pouvoir politique est capable de défendre l'intérêt publique de ses citoyens ? L'aveu d'impuissance d'un premier ministre français - devant le dégât social causé par la globalisation économique - « L'État ne peut pas tout », ne vous alarme pas ? Et cette sacro-sainte démocratie, quel bonheur spirituel et matériel a-t-elle amené à ces milliards d'« africains libres » ?
Vous défendez les droits de l'homme. Les « manquement » de la Chine sont régulièrement montrés du doigt par vous. Y-a-il une jurisprudence universelle associée à ces « droits de l'homme » ? Et que dit G. Deleuze à ce sujet ? Sans jurisprudence, foutaise. Et que dit un prix noble d'économie, Amartya Sen ? Le voici : « Tenter de “ vendre ” les droits de l'homme comme une contribution de l'Occident au reste du monde est non seulement historiquement superficiel et culturellement chauvin, c'est également contre-productif. Cela produit une aliénation artificielle, qui n'est pas justifiée par les faits et n'incite pas à une meilleure compréhension entre les uns et les autres. Les idées fondamentales qui sous-tendent les droits de l'homme sont apparues sous une forme ou sous une autre dans différentes cultures. Elles constituent des matériaux solides et positifs pour étayer l'histoire et la tradition de toute grande civilisation. » N'empêche, cet étendard de l'« intervention humanitaire », continue à être agité, par des politiciens vides d'esprits dont l'unique but est la conquête de pouvoir ou par des adeptes avides de cupidité déguisés en « démocrates », nourrissant ainsi « La haine du nord » chez les peuples maintenus structurellement dans la misère et un sentiment d'aliénation chez les chinois.
La Chine à elle seule constitue un sujet complexe. La récente controverse avec une violence inouïe entre les deux éminents sinologues en est le témoin. Cette controverse nous renvoie à une réflexion plus profonde – de part et d'autre - sur les différentes conceptions politiques, philosophiques, anthropologiques, sociologiques, etc. La lecture d'un article de F. Keck, paru dans la revue « Esprit » du février 2009, pourrait donner un peu d'éclaircissement. A mon avis personnel, prendre position sur la multitude de problèmes posés en Chine, surtout sur l'orientation politique de la société chinoise actuel est avant tout, aventureux et relève du narcissisme ou du dilettantisme.
Plus grave encore, dans ce monde complexe et bourrés de préjugés, une prise de position telle que la vôtre, cautionne une volonté de domination et nourrit une peur qui constitue le meilleur terreau du fascisme.
De Selrash
Producteur | 09H06 | 09/07/2009 |
Depuis que j'ai perdu mes accès à la Rue, j'avoue que je n'avais pas envie (ni le temps) de revenir. Mais à force de lire les commentaires de certains membres je ne peux m'empêcher de bondir.
Revenons-en à la base de l« information :
- Nous sommes ici face à des meurtres perpétrés contre des civils car ceux-ci sont “ Hans ”. Ces meurtres violents ont eus lieu lors d'une manifestation communautaire Ouïgour en réponse semble-t-il à un fait divers ayant eus lieu à l“autre bout du pays plusieurs jours auparavant.
En somme une vengeance aveugle galvanisée par l'effet de groupe. C'est malheureux mais très classique. Ce n'est pas la première fois qu'on le voit a travers le monde, et ce ne sera pas la dernière.
Maintenant revenons en France et regardons la manière dont on traite le sujet.
Malgré le peu d'informations fiables disponibles (c'est même en partie le sujet de cet article ! ) chacun y vas de son petit commentaire. Et surtout on nous parle de la légitime colère de Ouïgours et on fait le lien avec une soi-disant colonisation ‘ Han ’ et bien entendu que tout est de la faute des autorités qui oppressent les minorités.
Comment peut-on, quelques dizaines d'heures après un drame humain tirer des conclusions aussi fermes et définitives ?
Prenons au moins le temps de regarder la situation sans être dans la pensée unique et la caricature :
- Le thème de la colonisation du Xinjiang en premier lieu, que l'on compare au Tibet. Certains commentaires l'ont bien démontré, historiquement cette région a toujours été sous contrôle chinois (sauf bien entendu durant les périodes de guerre ou pas grand chose n'était contrôlé faute de pouvoir centralisateur). Cela bien entendu ne veut pas dire qu'il n'est pas juste de penser que dans le contexte ‘ actuel ’, on ne peut pas envisager une vraie autonomie de cette région. Mais cela demande d'abord une évolution politique majeure dans le pouvoir centrale. A ce moment là il faudra se poser les questions du système politique de cette région qui au regard de sa situation géographique est malheureusement en position de se faire alpaguer par tous les talibans du quartier. De ce faite souhaiter une explosion de la Chine via une guerre civile est non seulement immonde, mais surtout contre productif pour tout le monde.
- Sur le même thème, signalons tout de même que ces manifestants ne réclamaient pas cette indépendance qui titille les méninges de certains Riverains. Je cite pour le coup le précédent article de Mr Haski : ‘ Selon un témoignage qui nous a été transmis par un Riverain de Rue89, les manifestants ouïgours ont défilé dimanche après midi, drapeau chinois en tête pour bien montrer qu'ils n'étaient pas des séparatistes ’, et réclamaient ‘ Justice pour le Guangdong ’, ”
- En ce qui concerne la “ colonisation Han, soyons un peu sérieux. On nous présente, même sur ce blog les Hans comme une ethnie majoritaire. Alors si on part de ce principe c'est vrai qu'une ethnie majoritaire de pus d'un milliard de personnes c'est super majoritaire. Bizarrement, partout dans le monde, quand on parle d'ethnie, ça concerne quelques dizaines de millions de personnes, mais pas pour ces fameux ‘ Hans ’ (dont j'ai l'impression qu'ils sont plus fantasmés que connus par nombre de riverains). Et pour cause Han, n'est plus réellement une ethnie mais l'amalgame culturel de plus de 2800 ans d'histoire. En gros c'est comme dire français blanc d'éducation judéo chrétienne. C'est vaste varié (mélange, de gaulois, romains, francs, normands et j'en passe) mais on cherche le dénominateur commun (d'ailleurs peu de français répondant à cette signalétique aimeraient se voir qualifiés d'ethnie). Ce qui est vrai en revanche c'est que la communication politique chinoise est assez ambiguë sur le sujet, en pratiquant une différence entre les ethnies minoritaires et l'agrégat Han. Cela dit c'est dans la constitution… du coup certains chinois se découvrent Han.
- Pour ce qui est du traitement des minorités par Pékin, là la situation est assez complexe. Elles ont objectivement des droits différents des autres (moins de contrôle des naissances, éducation dans la langue natale, etc…). Pour le reste, opinion politique, religieuse, ils sont traités de la même manière que les autres, Hans compris, c'est-à-dire aucune prise de position politique virulente et une pratique religieuse tolérée tant qu'elle reste discrète
- Quant à l'événement ‘ anti Ouïgours ’ à l'origine de tout ça, même la police locale à déduit à une rumeur sur l'histoire du viol des jeunes filles. On ne peut pas dire dans ce cas que le gouvernement est la cause des émeutes. On manque d'ailleurs trop d'infos sur ce fait divers pour en tirer des conclusions
Ce qui brouille un peu les choses ce sont certains témoignages. Objectivement oui, les Ouïgours sont plus pauvres que les certains Hans dans cette région. Moins d'investissements dans la région ? Une vie très communautaire empêchant l'ouverture et l'éducation ? Des raisons historiques ? Un manque d'enseignement supérieur dans la région ? Peut-être un peu de tout ça et bien d'autres raisons encore.
Pour ce qui est des commentaires racistes des Hans envers les Ouïgours, soyons objectifs. Tout ça existe dans tous les pays. En France quand vous dites ‘ yavait des mecs qui m'ont fait peur dans le métro ’, une fois sur deux on vous répondra ‘ c'était des arabes ? ’. Mais là on entre dans le thème du racisme ordinaire. Qu'on connaît partout malheureusement.
Il va désormais surtout être intéressant de voir la manière dont le gouvernement va gérer cette situation et si elle aboutira à des mesures plus transparentes qu'à l‘ordinaire. Cet article montre d'ailleurs le contrôle des images (communication publique oblige, la Chine n'est pas meilleure ni moins bonne qu'un autre dans ce domaine) mais surtout que pour une fois, il y a des images, donnés à des journalistes étrangers. Embryon de transparence ? comme je suis positif ce matin, j'aime penser que c'est le cas.
De colyz
psy | 06H24 | 09/07/2009 |
Péalable :
Je ne me suis jamais intéressé autant aux ouïgours que depuis ces derniers articles de Pierre Haaski.
Avant j'ignorais tout de leur existence, maintenant, grâce à toutes les contributions, les ouïgours vivent en moi.
Objet du présent post : un choc !
Dans Libération d'hier qui couvre les événements, j'ai vu une photographie, page 4, des manifestantes ouïghoures dans les rues d'Urumqi, la majorité portent des fichus sur la tête, une est tête nue et lève le poing… Mais parmi toutes ces femmes photographiées, l'une d'elles (car je suppose que c'est une femme) m'a particulièrement interpellé. Cette femme porte un Niquab, un Niquab particulier comme un membre du Ku Klux Klan ou comme ces bourreaux du moyen-âge (ce n'est pas le Niquab iranien). Et là je me suis demandé comment des yeux Hans voient-ils cette femme ? Y a-t-il le même décalage culturel que nous pouvons avoir en France lorsque nous croisons une femme qui porte la burka ou le niqhab ? Ou les chinois sont-ils beaucoup plus « torérants » sur la question vestimentaire. je suis allé en chine 2 mois dans les années 1980 (nord et sud, mais pas tibet ni xinjiang) et je me souviens que tout le monde était habillé pareil : casquette bleue avec étoile rouge pour les hommes sur costume gris en toile ( ? ) et pour les femmes : pantalons sans chichi, chemise ou chemisette ou chandail.
L'un d'entre les autres riverains a-t-il un éclairage sur ma question ? merci.
De pqn.sha
commercial | 10H26 | 09/07/2009 |
Xinjiang ma ville natal
Bonjour a tous les commentateurs.
J'ai bien lu énormément de commentaire des internautes sur la récente émeute a l'Urumqi, des commentaires de point de vue politique/éthique/religions/historique/droit d'homme, et moi M.QIAN spécialiste en aucun de ces genres, un chinois Hans qui est ne et grandi a l'Urumqi, J'ai vraiment envie de vous dire quelque chose sur cette ville.
Xinjiang ma fierté :
L'Urumqi, dans la langue ouïgoure, traduction selon la prononciation en mandarin, c'est à dire, un Endroit magnifique, oui l'Urumqi c'est ma ville natale, un endroit que je suis fière de. Quand je voyage à l'étranger ou au reste de la chine, je suis toujours fière de dire que je suis d'origine de cette belle région de la chine Xinjiang. A vrai dire même les chinois d'autre région a l'époque, par fois, ils connaissent très mal Xinjiang, je me souviens les gens me demandait souvent est ce qu'on mange de la viande cru ? Et boit du sang d'animal ? mais avec des années des efforts sur le tourisme, tous les chinois commence a voyager a xinjiang, a découvrir la culture local, a aimer la xinjiang.
Culture confondu :
Depuis tout petit, On commence a adopté certain d'habitudes des ouïgoure, on mange très rarement du porc, on adore des agneaux et Nang(pain spécial du ouïgoure), on participe les grand fête chez musulman 2 fois par ans (on rend visite a nos amie ouïgoure/Hui), on agrandi avec nos camarade ouïgoure, on écoute la music ouïgoure, on fait du commerce avec des ouïgoure, et eux aussi, il ont un cote culture Hans, on se croise pour certain habitude, mais tout en gardant le propre culture de chacun. Et la plus part des ouïgoure à l'Urumqi parlement parfaitement le mandarin. Des fois on a peur des ouïgoure comme certain Bad boy Hans, mais rien de plus, quand on voit ouïgoure en dehors de xinjiang, on a toujours le sentiment d'être des proches, raison ? On a grandi tous dans un endroit on est fière. On appartient a la même culture, culture xinjiang (non culture ouigour ou Hui ou Han, quelque émotion spécial qu'on partage ensemble), pour moi, les ouigour sont connu pour leur sympathie et leur originalité. Bien entendu dans certain ville Shanghai/Guangdong/pékin, certain ouigour vole comme des voleur Hans, et comme ils sont plus remarque par leur visage occidentale, alors ca a crée une Bad image des ouïgoure dans autre province chine.
Un constat j'ai remarque, les ouïgoure devient de plus en plus riche (je rentre tous les 2 ans a L'Urumqi, voir leur restaurant moderne, boutique de souvenir, des vrais bizs man, des fonctionnaires, des nouveaux riches…
L'émeute du 5 juillet
C'est la folie, ma mère est heureusement a la maison, et je cite ici, ce ne sont pas des ouïgoures qui font ces crimes, ni le gouvernement chinois cherche des ennuie pour se faire chier. Mais des criminelles, peu importe leur nationalité ou ethnie. Dans la rue il cherche des Hans pour en tuer (avec couteau/pierre), je suis sur 99.99999% des ouïgoure qui sont aussi contre ces actes de crimes, qui veulent vivre en harmonie, en paix. (Sur 156 mort, à peu près 110hans, le reste sont ouigour et d'autre minorité), ce sont des extreminist/terroriste, en prétexte de la liberté, mais en tuant un innocent, c'est la liberté ? ils chercher a créer la Haine entre les Hans/Ouïgoure .
De Yvon
15H44 | 09/07/2009 |
Cher Colyz,
Voici un article d'un jeune doctorant français sur les Ouïghours.
J'espère que cela vous éclairera.
Amicalement.
http://perspectiveschinoises.revues.org/document156.html