
Zhang Changjian, un médecin contre la pollution chimique

(De Xiping) Depuis une bonne décennie, Zhang Changjian, médecin de campagne, orchestre la résistance des paysans de Xiping contre l'usine chimique qui empoisonne leurs champs, leurs rivières et leur vie. Une croisade qui reflète les tourments subis par une population rurale chinoise encore largement sacrifiée sur l'autel du développement économique, mais qui illustre aussi la détermination d'une société civile, embryonnaire mais en marche, même au fin fond des campagnes.
Située dans les montagnes du Fujian (Sud-est), Xiping a longtemps été une verdoyante bourgade encadrée de bosquets de bambous et de rizières en terrasse, pauvre mais sans histoire. Jusqu'au jour de 1992 où les autorités du district de Pingnan, dont dépend Xiping, y annoncent l'installation d'une usine chimique, chassée de la capitale provinciale par de nouvelles règlementations environnementales, déjà plus strictes en ville qu'à la campagne. Car l'usine Rongping, dont la production démarre en 1994, fabrique du chlorate de potassium, utilisé notamment dans les feux d'artifices et dont les rejets de chlore et de chrome-6 sont hautement toxiques.
Très vite, tout autour de l'usine, les bambous jaunissent, les légumes et plants de riz sont décimés par des pluies acides, les arbres fruitiers se dessèchent et la rivière se vide de ses poissons. Un désastre écologique que refuse de reconnaître la direction de Rongping, tout comme les dirigeants du district, qui profitent largement des recettes fiscales générées par l'usine.
La pollution affecte la santé des villageois
Mais voilà que la santé des villageois se dégrade à son tour. La modeste clinique du Dr. Zhang est prise d'assaut du matin au soir par des paysans qui se plaignent de migraines, vomissements, maladies de peau ou troubles intestinaux. Le médecin remarque aussi que les maladies ne suivent plus aucun modèle saisonnier et surtout que le taux de cancers a fait un bond depuis 1994.
Atterré, il se décide à agir. Les autorités municipales et provinciales ne réagissant pas à ses premières lettres d'alerte, le Dr. Zhang, qui découvre Internet fin 1999, se met à bombarder d'e-mails les administrations et les médias de Pékin. Jusqu'à ce que l'agence nationale de protection de l'Environnement lui suggère, en 2001, de déposer une pétition officielle, procédure chinoise de médiation administrative.
L'année suivante, avec l'aide des avocats d'une ONG pékinoise, le médecin incite 1721 villageois à aller plus loin en attaquant l'usine en justice. Fin 2005, le collectif obtiendra 680 000 yuans (68 000 euros) de compensations. Une victoire de principe au goût amer car c'est à peine un vingtième des dommages réclamés.
D'autant que la clinique du défenseur des paysans a été fermée en 2004 par le bureau de la Santé du district. Une mesure de représailles confirmée ensuite par le tribunal local. Privé de revenus et écœuré par un système judiciaire « en collusion avec les officiels et les industriels », le médecin devient activiste véritable. Comme de nombreux écolos chinois, régulièrement aiguillonnés par le mépris ouvert que leur témoignent les autorités locales. Il fonde une ONG, la Maison Verte de Pingnan, part à la chasse aux fonds, ingurgite des livres de droit et sillonne les séminaires sur les litiges environnementaux.
La ligne officielle : « tout va bien »
Car l'usine Rongping fonctionne toujours, et doit même s'agrandir. Elle ne représente plus de menace, justifie Xue Changfeng, responsable de l'Environnement du district de Pingnan :
« De gros moyens ont été investis pour moderniser ses équipements écologiques. Aujourd'hui, la situation est globalement normale. »
Le Dr. Zhang rétorque que ces équipements sont rarement utilisés car les frais de maintenance sont très élevés. Il a d'ailleurs calculé qu'en Chine, il revenait moins cher à une usine polluante de payer des amendes toujours faibles que de respecter les règles de traitement des eaux usées ou de stockage des résidus chimiques.
Il accuse surtout l'usine de « polluer en cachette, la nuit ou quand il pleut ». Pour le prouver, en juillet dernier, des villageois ont prélevé à l'aube un échantillon des eaux usées de l'usine. Il contenait un taux de chrome… 62 fois supérieures à la norme acceptée en Chine.
Pas étonnant, donc, que la colline jouxtant l'usine soit encore largement dénudée, ni que les maladies continuent à se multiplier à Xiping, « surtout chez les jeunes », précise le Dr. Zhang. Une mauvaise nouvelle dans cette zone rurale déshéritée où, comme ailleurs en Chine, il n'y a pas de sécurité sociale efficace.
Un simple fil d'espoir
Mais la plupart des habitants d'un bourg aujourd'hui rattrapé par l'urbanisation du chef lieu de district n'ont pas les moyens de déménager. Alors ils continuent à solliciter l'arbitrage des administrations centrales pour que ce soit l'usine qui déménage. Même si le Dr. Zhang confessait, fin avril, un moment de lassitude après avoir déposé une énième série d'appels à Pékin :
« Le système des pétitions n'est qu'une ruse de procédure chinoise, pas un moyen de régler les problèmes. Mais même si c'est inutile, nous devons conserver un fil d'espoir pour continuer à avancer. »
(Pour aller plus loin, ce reportage de la télévision de Hong-Kong sur la pollution en Chine consacre une grosse partie à Xiping et au Dr Zhang. A partir de 1'53. Voir la vidéo ci-dessous)
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De Phil2922
Retraite invalidité | 14H01 | 29/06/2009 |
Les paysans chinois sont d'autant plus méprisés que quand ils viennent en ville faire les sales boulots, ils n'ont pas de convention collective, sont logés dans des tentes sur les chantiers. La plupart travaillent dans les mines où il y a très souvent des morts. Les citadins les appellent les Mingkongs (citoyens de seconde zone…) et le pouvoir chinois les a utilisé pour la construction des grands stades pour les jeux Olympiques, en les renvoyant chez eux avant l'ouverture des jeux.
La plupart des paysans viennent en ville pour essayer d'avoir suffisamment d'argent pour payer les études de leurs gamins….
http://phil195829.overblog.com
à Phil2922
De GanLanShu
shodavid.blog.lemonde.fr | 17H25 | 29/06/2009 |
Mingong (ouvrier-paysan) - les cidatins ne supportent pas ces pauvres échos du passé.
De imanol
14H24 | 29/06/2009 |
Ce qui est dramatique dans cette histoire, c'est que cela n'a rien à voir avec la situation économique en Chine (croissance exponentielle) ni avec le régime politique. Partout dans le monde, quand un groupe industriel à trouver un filon juteux à exploiter, il le pressurera jusqu'à la dernière goutte, bien souvent avec la connivence des pouvoirs publics, avant d'abandonner le territoire dévasté.
à voir ces zones abandonnées : http://www.residues.net/photos.html
un exemple américain : http://www.rue89.com/2008/05/20/east-saint-louis-ville-rayee-de-la-carte…
à imanol
De batila
entrepreneur international | 22H37 | 29/06/2009 |
Ce médecin est très courageux. La Chine est un pays complexe à bien des égards, mais ce combat permet de mieux comprendre les enjeux pour la terre… et donc les hommes. Le film aborde le sujet sur un ton presque détaché et les horreurs qu'on y voit sont encore plus choquantes !
Superbe site que residues.net. Merci Imanol j'en ai fait une agréable visite… C'est dingue ce que ces photos sont belles, bien que le paysage soit mort.
De beuhrète
parent désenfanté par l'irresponsab... | 15H06 | 29/06/2009 |
Courageux de dénoncer les travers au pays du dénni des droits de l'homme.
Quelques élus chez nous pourraient-ils s'en inspirer, je pense à Mr Mamère qui se gare à deux cent mètres de son lieu de travail et prend ensuite le vélo par exemple et d'autres qui eux se déplacent en 4 X 4 des villes avec pare-buffles bien évidemment, paraît qu'il y a des buffles dans la capitale si,si…….
On nous considère comme des moutons pourtant……
à beuhrète
De kawouede
20H25 | 29/06/2009 |
Mamère est-il le pire en la matière ? (je connais cette vidéo par ailleurs)
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 15H47 | 29/06/2009 |
Quelle ingratitude. On leur file une usine qui leur donne du travail et fait de leur bled une région moderne en plein essor économique, et ils se plaignent.
On l'aurait bien gardée à la ville cette usine, car on l'a jamais vu polluer, mais on avait besoin de place pour construire une piscine.
Piscine dans laquelle on met du chlore de cette usine, la preuve que le chlore c'est pas dangereux, et que l'usine est trop sympa de rendre leur rivière propre à la baignade.
Et s'il continue à se plaindre pour rien comme ça, on va lui offrir un poste de médecin dans un chouette camp de vacances à but tout à fait humanitaire et social puisqu'il s'occupe exclusivement d'handicapés politiques.
(merci de transférer mes cinq maos directement sur mon compte).
De Liger
liger.amsud.net | 16H16 | 29/06/2009 |
Affligeant.
« la situation est globalement normale » : dans un pays de 1 milliard d'habitants, 28 morts, qu'est-ce que c'est ?
Dans le même genre, ce serait bien que Rue89 fasse un reportage sur les dégâts de l'industrie d'extraction des minerais liés au Nucléaire.
En France.
à Liger
De kawouede
20H25 | 29/06/2009 |
déjà fait par France 3 il me semble…
De kawouede
20H24 | 29/06/2009 |
Bon courage à ce médecin, c'est aussi comme ça que s'est en partie structurée la dissidence scientifique en URSS : contre les projets anti-écologiques du gouvernement…
De Yvon
21H49 | 29/06/2009 |
C'est donc bien le profit qui guide le directeur de cette usine, comme toutes les entreprises qui polluent dans le monde…laissant souvent les populations riveraines subir toutes les maladies causées par ces pollutions. Il ne manque plus qu'à trouver une usine chinoise travaillant pour les multinationales américaines ou européennes dans la même situation pour comprendre que ces gens n'ont qu'une idée en tête faire du fric. Sinon vous avez le couloir de la chimie au sud de Lyon, la vallée de la Maurienne, ou « l'accident “ d'AZF ( 31 morts…2 000 blessés….3 ans de prison avec SURSIS ! ! ! et 45 000 € d'amende ) et Total relaxée. Mais il est vrai que les Chinois sont les méchants et les Occidentaux les gentils !
De Corsaire du Peuple et de la Raison
ingénieur | 04H20 | 30/06/2009 |
Je vis à Shanghai, vous auriez une version chinoise ou anglaise de cet article, j'aimerais le faire tourner autour de moi ? D'avance, je vous remercie !
De inuit
grand nord | 09H17 | 30/06/2009 |
à partir du moment où une société a des propriétaires « fantômes » (des actionnaires) dont la seule motivation est le profit et dont la responsabilité n'est pas directement engagée - il y a un PDG fusible sous leur ordre - l'exploitation des humains et leur environnement par cette société n'aura comme limites que les règlementations en vigueur dans le pays hôte (que la société soit chinoise OU française, ça n'aurait rien changé) ; éventuelement le risque d'entâcher son image si ses méfaits arrivent aux oreilles des pays plus règlementés et qu'elle y a des intérêts financiers la freinera quelque peu…
De tobernite
12H37 | 30/06/2009 |
Les Chinois se rebiffent ?
YOUPI !