08/06/2009 à 18h46

Une sculpture de César symbole de Tiananmen à Hong Kong

Gérard Henry | Hong Kong

César, le grand sculpteur français et marseillais, décédé en décembre 1998, s’est retrouvé au centre d’une polémique dans la communauté artistique et la presse hongkongaise lors des événements commémorant le dixième anniversaire du Massacre de Tiananmen.

En avril 1992, la Fondation Cartier offrait à la ville de Hong Kong « The Flying Fenchman », le « Français Volant », une sculpture monumentale (6 tonnes, 4 mètres 80 de haut, 8 mètres 40 de long) réalisée par César. Installée sur le parvis du Centre Culturel de Hong Kong, faisant face sur l’autre rive aux gratte-ciel du quartier de Central, elle occupe une place proéminente au cœur de la cité.

Le « Français Volant » coulé dans le bronze, représente une sorte de combattant solidement campé sur ses pieds. Le torse rejeté en arrière, forgé à la façon César, de ferrailles et de boulons, marqué des séquelles et cicatrices de nombreuses luttes, il porte sur son flanc gauche une immense aile en partie brisée, déployée en direction de ciel.

Freedom fighter ou Français volant ?

Lors de l’inauguration de la statue, César, hospitalisé, était absent, il ne viendra que l’année suivante contempler sa statue érigée à Hong Kong. La polémique en question tient à une rumeur qui court depuis 1999 dans la communauté artistique locale et a été reprise dans la presse chinoise de Hong Kong. César qui a travaillé sur sa statue de 90 à 92, après les événements de Tiananmen, l’aurait intitulée originellement « The Freedom Fighter » (Le combattant pour la liberté). Mais le conseil municipal de Hong Kong, effrayé par un tel titre l’aurait refusé et opté à la place pour le « Français Volant ». La rumeur dit aussi que si César était indisposé et absent lors de l’inauguration, c’était pour marquer son mécontentement.

Le conseil municipal hongkongais et la Fondation Cartier contactés par un journaliste hongkongais ont réfuté ces allégations et déclaré que « Le Français volant » était le titre originel. César n’est malheureusement plus là pour répondre, mais lors de sa visite en 93, questionné par le magazine Paroles sur le sens de sa statue, il déclara sans ambiguïté :

« C’est un symbole de liberté, un Icare en quelque sorte ».

Peu importe en fait que cette rumeur soit vraie ou fausse. Toute véritable oeuvre d’art, une fois engendrée, vole de ses propres ailes et n’appartient plus à son créateur. C’est son public qui, selon les lieux et les époques, lui donne son véritable sens. C’est ainsi qu’elle passe ou ne passe pas à la postérité.

L’interprétation ou la réinterprétation hongkongaise de la statue de César est la suivante : ce puissant combattant doté d’une seule aile à demi-brisée, dressée vers le ciel, est temporairement défait, mais se tient encore ferme sur ces pieds prêt à de nouveaux combats, métaphore parfaite du mouvement démocratique chinois.

César, à n’en pas douter, se serait réjoui d’un tel développement. Le soir du 3 juin, un groupe d’artistes est allé en procession déposer des fleurs blanches au pied de la statue et toute la soirée des poètes comme Bei Dao ou Leung Ping-kwan et des musiciens ont commémoré les victimes de Tiananmen à son pied.

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  • pikasso02
    • Posté à 21h12 le 08/06/2009
    • Internaute 10134

    « La poule » dessinée par César en 1980 a peut-être influencé son « Français volant », réalisé en 1983. « L’Homme du futur » par sa composition est également à rapprocher de la sculpture de Hong Kong. Ma manie des rapprochements penseront certains. Mais quand chez un artiste une forme lui plait, elle peut lui fournir l’indispensable pour créer.

  • pikasso02
    • Posté à 21h21 le 08/06/2009
    • Internaute 10134

    Ne parvenant pas à joindre les images de ces trois oeuvres de César, vous pourrez les retrouver sur Google en cliquant César Sculptures, suivi des titres. Désolé ! Dommage que Pierre Haski n’ait pas placé l’image du « Français volant » dans son article. Entre parenthèse, je ne trouve pas que l’aile soit dressée vers le ciel.

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    • feusti
      feusti répond à pikasso02
      • Posté à 21h32 le 08/06/2009
      • Internaute 28133

      je suis expat a HK j’irais prendre quelques photos de cette statue sous differents angles dans la semaine et je la posterais chacun pourra se faire sa propre opinion...

    • Compte supprimé le 3 janvier 3
      • Posté à 22h06 le 08/06/2009
      • Internaute 10904
        in angulo

      Le « Français volant », donc...

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      • Compte supprimé le 3 janvier 3
        • Posté à 22h33 le 08/06/2009
        • Internaute 10904
          in angulo

        A lire ce qu’écrit l’éminent sinologue Léon Vandermeersch sur la Chine et son étonnant rapport à la démocratie, on ne peut qu’avoir envie d’adjoindre à l’Icare de César, sa soeur de toujours, « Illusion ».

        « On estime généralement que l’essor de l’économie de marché ne peut se faire que dans un cadre social de démocratie libérale. Mais, déjà dans le Japon de Meiji et d’entre les deux guerres, et encore, par exemple, dans l’Etat singapourien de Lee Kuan Yew, l’économie de marché s’est fort bien développée dans un contexte assez peu démocratique. Surtout, on assiste actuellement à un formidable développement économique de la Chine dans le cadre d’un régime fort éloigné de la démocratie libérale. Cela démontre que l’économie de marché n’a besoin, pour se développer, que d’un environnement juridique suffisamment normalisé seulement au niveau des rapports économiques - droit des obligations, droit des contrats, droit des sociétés commerciales -, qui sont précisément les domaines où la législation chinoise, inexistante pendant le maoïsme, s’est le plus développée depuis 1980. La démocratie n’est que subsidiairement une condition de succès pour l’économie de marché : seulement dans le cas où, le pouvoir politique divaguant, l’absence de contrôle démocratique laisse les citoyens sans garantie contre les pires catastrophes, comme on l’a vu dans la Chine du “grand bond en avant”. Aujourd’hui, la réussité économique chinoise est liée à l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération de technocrates parfaitement au fait des questions économiques. C’est d’ailleurs cette réussite qui est invoquée pour légitimer les restrictions à la démocratie, dont les désordres sont représentés comme des risques pouvant mettre cette réussite économique en péril. »
        (Nouvelle revue d’Histoire juillet-août 2005)

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        « Illusion, soeur d’Icare » d’Auguste Rodin.

      • pikasso02
        • Posté à 23h02 le 08/06/2009
        • Internaute 10134

        Merci pour ces images.

      • Pierre Haski
        • Posté à 23h04 le 08/06/2009
          éditeur
        • Journaliste 9
          Cofondateur

        Merci d’avoir ajouté l’indispensable illustration ! Je n’avais pas eu le temps de la chercher, mais c’est ça l’info participative !

    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à pikasso02
      Cofondateur Rue89
      • Posté à 23h04 le 08/06/2009
        éditeur
      • Journaliste 9
        Cofondateur

      Merci mais l’article n’est pas de moi mais de Gérard Henry, comme indiqué en tête de l’article.

  • Didber
    Didber
    résident-riverain
    • Posté à 00h05 le 09/06/2009
    • Internaute 82139
      résident-riverain

    Le « Français volant » fait évidemment référence à « The Flying Dutchman » qui est un roman, un film, je ne sais plus...

    César avait-il un rapport avec la peinture flamande ? Je ne crois pas, plutôt le sud, l’Espagne, la méditerranée, oui... Avec Picasso qui l’avait façonné au sens propre comme figuré, en quelques sortes (n’est-ce pas Picasso2 ?).

    En tous cas je penche d’emblée pour « le combattant de/pour la Liberté » qui s’érige (peu importe qu’elle/il se dresse, « en érection », la Liberté au feminin avec un grand « L » si possible) en porte-à-faux mais à bon escient sur un front de mer magnifique du côté chinois (géographiquement relié au continent) de Tsim Sha Tsui, Kowloon, faisant face au bras de mer de l’autre côté duquel se trouve Hongkong, elle-même, la proue du capitalisme. Tout un symbole qui peut gêner sans doute.

    Que viendrait faire un flying frenchmachin -pourquoi pas « saucepan“- (très franchouillard, pour nous cantonner à la gastronomie et autres spécialités moins dérangeante de la culture française) dans ce contexte, à part que cela rappelle la mer aussi ? ‘Homme libre toujours tu chériras.....’.
    Encore heureux qu’elle n’est pas été déplacée comme cette statue du Danois, je crois. évoquant la Honte (en négatif), j’ai oublié le titre. Rue 89- Chinatown en a déjà parlé, un lien ? De l’autre côté du port, Hongkong University, l’autre controverse autour du même thème (T.A.M) d’ailleurs... Son auteur, bien vivant, s’est vu refusé une entrée sur le territoire à cette occasion (2009/6/4). Est-ce sur Chinatown que je l’ai lu ?