04/06/2009 à 07h04

20 ans après Tiananmen : le spectre de la réforme politique

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

François Mitterrand déclarait, au lendemain du massacre de Tiananmen : « un régime qui tire sur sa jeunesse n’a pas d’avenir ». Vingt ans plus tard, le régime chinois est toujours en place, et a fait de la Chine une puissance économique et politique majeure. Mitterrand a-t-il donc eu tort ?


Oeuvre de l’artiste Sheng Qi

A voir la nervosité du pouvoir chinois à l’approche de ce vingtième anniversaire, avec une censure draconienne d’internet, l’éloignement de quelques malheureux dissidents de la capitale, et une surveillance policière tous azimuts, on peut se demander si le régime chinois est si sûr de lui et de son avenir.

Aucune menace réelle ne justifie aujourd’hui un tel verrouillage, alors que la jeunesse actuelle a eu le cerveau vidé de toute référence au Printemps de Pékin, que le reste du monde se tait pour ne pas provoquer l’ire de Pékin, et que la population chinoise s’inquiète plus des conséquences de la crise mondiale que de réclamer des comptes sur le passé.

Le refus de tourner la page de 1989 

Alors pourquoi cette obstination à ne pas vouloir tourner la page de 1989, à refuser de reconnaître les morts de 1989 malgré l’exemplaire mobilisation des Mères de Tiananmen, et à refuser de revenir sur le jugement de « mouvement contrerévolutionnaire » porté à l’époque, et qui continue de pénaliser la vie de nombreuses personnes ?

J’ai eu le rare privilège de pouvoir poser la question directement à Hu Jintao, le numéro un chinois, qui, dans toute sa vie politique, n’a du répondre qu’à quelques rares questions non programmées... C’était en 2004, à l’issue d’une visite de Jacques Chirac en Chine. A la conférence de presse finale, les autorités chinoises avaient limité les questions des journalistes à deux pour les Français, deux pour les Chinois... Je fus choisi par mes collègues pour poser l’une des deux questions françaises.

Lorsque j’ai demandé à Hu Jintao, dans la grande salle du Palais du peuple de Pékin, qui donne justement sur la place Tiananmen, pourquoi le Parti communiste ne revenait pas sur ce verdict « contrerévolutionnaire » des événements de 1989, afin de tourner la page, un silence de mort s’est fait dans l’assistance. Un diplomate français m’a confié après qu’il pensait qu’il y aurait un incident diplomatique...

Mais Hu Jintao ne s’est pas laissé démonter : il a répondu de manière posée, sans jamais reprendre mes mots, mais en soulignant que « la Chine a beaucoup changé » depuis les événements « cités par l’ami journaliste », et donc que la question est sans objet. Langue de bois, mais avec le sourire. Mais les officiels chinois n’ont pas apprécié, et la conférence de presse a été interrompue : pas de deuxième question !

Cette nervosité permanente se comprend mieux quand on découvre les mémoires d’outre-tombe de Zhao Ziyang, le Secrétaire général du Parti communiste chinois au moment du Printemps de Pékin, limogé pour s’être opposé à l’usage de la force contre les étudiants qui occupaient la place. Zhao Ziyang, un réformateur qui aurait pu être dans d’autres circonstances le « Gorbatchev chinois », a été assigné à résidence pendant dix-sept ans, jusqu’à sa mort en 2005.

Mémoires d’outre-tombe de Zhao Ziyang

Pendant toutes ces années de silence, Zhao Ziyang a néanmoins enregistré ses mémoires, dictées sur des cassettes de musique pour enfants afin de contourner la surveillance dont il faisait l’objet. Ces mémoires, qui viennent de sortir aux Etats-Unis et à Hong Kong, ont été authentifiées par Bao Tong, le secrétaire particulier de l’ancien numéro un, lui aussi en résidence surveillée depuis vingt ans.

Zhao Ziyang, c’est le « fantôme de Tiananmen » qui vient hanter les dirigeants actuels, dont la légitimité remonte au choix de la force fait en 1989 par Deng Xiaoping, le vieux patriarche communiste que les membres du Bureau Politique, divisés sur la suite des événements, sont allés sortir de sa retraite et de ses parties de bridge, pour lui demander de trancher. L’homme que le monde vénère pour son choix des réformes économiques à la mort de Mao Zedong, trancha pour la force contre ceux qui défiaient le PCC : assurer le pouvoir par-dessus tout.

C’est lui qui, en effet, décida de faire donner l’armée contre les étudiants, comme l’avaient déjà révélé les « Archives de Tiananmen », sorties clandestinement de Chine en 2000. Et on y relevait déjà cette prise de position de Zhao Ziyang, dans son « autocritique » du 23 juin 1989, au lendemain du massacre :

« Longtemps je me suis considéré comme un réformateur économique et un conservateur politique. Mais ma pensée a changé ces dernières années. A présent, je sens que la réforme politique doit être une priorité. »

Le spectre de la réforme politique

La « réforme politique », cette hydre qui ressurgit à intervalles réguliers dans le débat chinois, depuis près d’un siècle comme l’avait montré le sinologue Jean-Philippe Béja dans son livre « A la recherche d’une ombre chinoise - le mouvement pour la démocratie en Chine [1919-2004], (Seuil 2004)...

Après Tiananmen, tirant les leçons du Printemps de Pékin mais aussi de l’efondrement du communisme à Moscou et en Europe, le pouvoir conclut un nouveau “contrat social” avec la classe moyenne urbaine : l’enrichissement et la fierté d’être chinois, en échange d’une paix politique et sociale. Ce Pacte informel a fonctionné pendant une douzaine d’années, mais montre aujourd’hui ses limites.

Aujourd’hui encore, alors que les dirigeants communistes ne cessent de réaffirmer que la “démocratie chinoise” ne sera pas calquée sur le modèle occidental, ils ont vu surgir en décembre dernier la “Charte08”, initiée par une poignée de dissidents, et qui réclame rien de moins que l’application en Chine des valeurs universelles, la liberté d’expression et d’association, le multipartisme...

Ce 4 juin 2009 n’est finalement pas tant un jour de mémoire pour les familles des victimes qu’un jour symbolique de peur pour un régime qui n’arrive pas à se débarrasser de ce fantôme de la réforme politique, dont beaucoup de Chinois pensent qu’elle est la clé d’une modernisation réelle de leur pays.

Photo : oeuvre de l’artiste chinois Sheng Qi, qui s’est coupé un doigt en signe de protestation après le massacre de 1989 (P. Haski/Rue89)

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  • Al nasr al tair
    Al nasr al tair
    L'aigle en vol...
    • Posté à 10h20 le 04/06/2009
    • Internaute 69210
      L'aigle en vol...

    François Mitterrand déclarait, au lendemain du massacre de Tiananmen : « un régime qui tire sur sa jeunesse n’a pas d’avenir ».

    Pologne, réunification allemande, Bosnie, Rwanda... Mitterrand se trompa si souvent, si souvent... !

  • San De-
    • Posté à 12h38 le 04/06/2009
    • Internaute 19339

    Un système politique peu avoir un avenir, mais ce peu être au détriment du pays lui même.

    Pour la vulgate liberale (concervator en anglais), la rp Chine est un merveilleux exemple de dynamisme. Mais quand on fait l’effort de sortir de cette vulgate, que l’on étudie les sciences sociales et humaines, on se rend compte de l’État de délabrement dans lequel se trouve ce pauvre pays, délabrement sociale et écologique.

    Les « pragmatiques » ou je ne sais quels « raisonnables » disent « il faut une poigne de fer pour tenir un si grand pays d’1 milliard d’habitant »... drôle de pragmatisme qui se base sur une méconnaissance inouie de l’histoire, chaque poigne de fer fini par engendrer chaos et guerres fratricides...

    La démocratie chinoise ne se basera pas sur des critères occidentaux ? « La culture occidentale » leur semble pourtant très adapté quand il s’agit d’instaurer le totalitarisme et le système économique permettant d’installer leur pouvoir... (de toute façon, démocratie occidentale, ça veut rien dire, entre les modèles scandinaves, latins, nord américains...)

    Enfin bref... l’avenir de la Chine, ce sera où le système, ou le pays qui survivra de cette période.

  • chengyang
    • Posté à 13h18 le 04/06/2009
    • Internaute 38622

    Il est temps maintenant de revisiter les tristes événements de Tiananmen.

    Ici, on nous raconte que cette lutte fût une lutte entre communistes et démocrates, entre la dictature et la liberté. Ce qui s’est joué à cette époque est bien différent. N’oublions pas que les événements sont liés à l’arrivée de Gorbatchev sur le sol chinois et donc, avec lui, l’idée d’une perestroika à la chinoise. Le conflit portait sur le fait de savoir s’il fallait ou non suivre la voie soviétique de rupture avec le régime pour parvenir à moderniser le pays.

    Les étudiants manifestaient pour une perestoïka à la chinoise (à laquelle beaucoup de dirigeants dont Zhao Ziyang croyaient) et une voie socialiste simplement plus humaine : c’est la raison pour laquelle ceux-ci (on l’a oublié) chantaient l’Internationale et la Marsellaise, 2 chants révolutionnaires par excellence.

    M.Haski, le sourire de Hu Jintao que vous n’avez pas su lire,
    est le sourire de celui qui est parvenu à vaincre la ligne orthodoxe incarnée par Li Peng puis Jiang Zemin. Pour cela il faut s’en tenir au faits (pragmatisme chinois) alors que pour nous autres Occidentaux seul le verbe compte.

  • GanLanShu
    GanLanShu
    http://shodavid.blog.lemonde.fr/
    • Posté à 15h49 le 04/06/2009
    • Internaute 10692
      http://shodavid.blog.lemonde.fr/

    Mitterrand avait aussi dit : « Il faut du temps au temps. » Je ne parle pas ici de celui que reclame les gouvernants chinois qui jouent la montre plutôt que de respecter le peuple, mais du temps nécessaire aux consciences molles pour faire le chemin vers la mémoire... La balance et ses deux plateaux sont ainsi composés : d’un côté, être passé en trois générations (mes grand-parents, mes parents et moi) de crêve-la-faim à « Je vous ramène en voiture ou vous préférez l’hôtel ? » ; de l’autre, le devoir de mémoire réclamé par les Occidentaux et dû à un noyau d’« anars » qui n’avait même pas pour programme de nous enrichir... Il faudra encoe une génération avant que des comprtes soient demandés à l’autorité. D’ici là...

  • Fald
    Fald
    Vieux (con)vaincu
    • Posté à 18h04 le 04/06/2009
    • Internaute 76678
      Vieux (con)vaincu

    Le problème des régimes communistes tels qu’ils ont existé jusqu’à présent, c’est de donner à leur jeunesse une formation largement supérieure à ce que la société peut offrir sur le plan économique, avec le régime dictatorial en plus. Apprendre aux jeunes à penser et le leur interdire, c’est du travail d’amateur.

    Mitterrand, lui, était un pro. Il avait compris, après Giscard, que la formation doit être adaptée au régime économique et social. Eux-mêmes le tenaient d’un rapport de la trilatérale, publié aux USA en 1975 et jamais traduit.

    C’est pourquoi, depuis la réforme Haby incluse, tout a été fait en France (et ailleurs en occident sous diverses formes) pour que chaque élève développe à l’école ce qu’il a déjà à la maison, illettrisme ou savoir. Et les pauvres enseignants ont beau se décarcasser, ils ne peuvent que poser des emplâtres sur des jambes de bois et constater les dégâts.

    Le résultat, c’est qu’il n’y a pas besoin de faire des Tienanmen. Quand les illettrés sont mécontents, ils cassent leur propre quartier dans des émeutes sans lendemain comme en novembre 2005, le reste du temps, ils trafiquent les uns contre les autres. Et quand les lettrés se mobilisent, par exemple contre le CPE en 2006, eh bien, les illettrés de 2005 vont dans leur manifs piétiner des bagnoles devant les caméras complaisantes de la TV, et ils discréditent le mouvement.

    Un régime qui n’a pas besoin de tirer sur sa jeunesse car ses jeunes se tirent très bien dessus entre eux a un avenir illimité. Giscard et Mitterrand n’allaient pas vous le formuler ainsi car c’étaient des pros, eux !

    A part ça, sur le site « Grand Soir », un article de Domenico Losurdo prend la défense des dirigeants chinois. Voici ce que j’y ai répondu :

    Je n’ai pas une grande estime du PC chinois. Du délire maoïste au rétablissement du capitalisme, il me semble difficile à défendre. Je n’appréciais pas non plus beaucoup les régimes d’Europe de l’est, ayant un peu connu la RDA.

    Il est toutefois utile de rappeler que les mouvements de 1989 n’étaient pas blanc-bleus. Ni en Chine ni ailleurs. Que les étudiants de Tienanmen aient servi de masse de manœuvre à ceux qui les agitaient avant de s’en servir me semble évident.

    Il est aussi utile de rappeler que les soi-disant révolutions de velours et de diverses couleurs étaient autant de restaurations. En général, on ne souligne jamais assez le côté « retour en arrière » de la prétendue « modernité ». Quand se décidera-t-on, par exemple, à parler de « reprivatisation » et non de « privatisation » ? Tant il est vrai que c’est un retour au statut normal de l’entreprise au 19ème siècle. Personnellement, j’essaye de surveiller mon vocabulaire quand j’aborde ce genre de sujet.

    Mais surtout, au lieu de défendre le côté souvent indéfendable des anciens régimes communistes, je préfère souligner chaque fois combien leur critique relève de l’hôpital qui se fout de la charité.

    Prenons Tienanmen. On a parlé 1400 morts. Chiffre peut-être exagéré, mais à quoi bon le contester ? Celui qui m’en parle, je préfère lui enfoncer le nez dans sa propre merde. Ainsi, à la même époque, chaque grande ville américaine s’offrait un Tienanmen par an. Seulement , aux USA, il s’agissait de jeunes illettrés devenus voyous et qui s’entretuaient. Donc, à part un vieux doctrinaire de mon acabit, tout le monde s’en foutait.

    J’ironise aussi volontiers sur nombre d’anciens maoïstes reconvertis dans le reaganno-mitterrandisme et donc aussi anticommunistes maintenant que dans leur jeunesse, et qui sont les parmi les plus acharnés à commémorer Tienanmen comme un « crime du communisme ».

    Et c’est toujours pareil : je ne conteste jamais les « 100 millions de morts du communisme ». A quoi bon ? Même si pour arriver à ce chiffre, les auteurs du « livre noir » ont mis sur le dos de Staline tous les morts du front de l’est, ce qui innocente Hitler et montre que le renvoi dos à dos fascisme-communisme n’est jamais neutre.

    Par contre, tous ceux qui s’y réfèrent sont des tenants acharnés du régime capitaliste libéral démocratique. Or, les organisations charitables, parfois curetonnes, nous le disent clairement, sans le faire exprès, bien sûr : les lois du marché, telles qu’elles s’appliquent aux aliments, à l’eau potable et aux médicaments, c’est dans les 200 000 morts par jour, plus de 100 millions tous les trois ans. Et à part un vieux doctrinaire de mon acabit, tout le monde s’en fout.

    Il faut bien sûr y ajouter toutes les violences commises pour assurer la pérennité du régime, de Thiers à la guerre d’Irak en passant par 14-18, Hitler et compagnie.

    Et on peut remonter aussi loin qu’on veut : ceux qui font des gorges chaudes de la terreur de Robespierre, si on gratte un peu leur vernis démocratique, on trouve en général très vite la nostalgie des rois. Que le régime royal ait commis tous les 12 mois, même dans les années les plus pacifiques, autant d’exécutions capitales que la Terreur tous les 18 mois dans un temps de guerre à la fois civile et étrangère, ils s’en foutent. (Mais il est vrai que ce ne sont pas des vieux doctrinaires, eux !)

    Ce qui se passe là est normal et c’est un hommage du vice à la vertu : les dérapages massacreurs du communisme ou des républicains d’autrefois font scandale car ils sont en contradiction profonde avec le régime. Le massacre permanent du capitalisme d’aujourd’hui et des rois d’autrefois est ressenti comme normal car en parfaite harmonie avec le régime. C’est la définition même du crime contre l’humanité, mais pas ressenti comme tel.

    Alors, l’article de Domenico Losurdo est intéressant, j’y ai appris des tas de choses dont j’espèrent qu’elles sont vraies, mais il n’est guère utile dans le débat quotidien avec nos contemporains, vu le niveau idéologique de la masse.

    A la défense du communisme par minimisation des crimes de Staline, de Mao et de leurs émules, je préfèrerai toujours l’attaque contre le capitalisme, plus efficace, car même en prenant la fourchette haute du nombre de morts attribués au « communisme », il n’y a jamais photo.

  • Asagi
    Asagi répond à alberte
    Journaliste
    • Posté à 19h54 le 04/06/2009
    • Journaliste 81606
      Journaliste

    Tout d’abord, je tiens à préciser que je ne suis pas Chinois, ni asiatique d’ailleurs. Etudiant en école de journalisme, j’ai eu la possibilité de partir en Chine plusieurs fois et d’y étudier six mois. J’y retourne d’ailleurs pour une durée d’un an en Aout. Je vais travailler pour un hebdomadaire Chinois pour lequel j’ai déjà écrit.

    Voilà, petit passage pour expliquer les témoignages dont je vais vous faire part.
    Tout d’abord, aucun de mes collègues n’est un fanatique de Mao. L’une de mes patronnes, âgée d’une cinquantaine d’année m’a expliqué que quand elle était jeune, il était inimaginable pour elle de pouvoir manger de la viande tous les jours, de conduire une automobile et surtout d’avoir la place qu’elle a étant donné son statut de femme.

    Le journalisme Chinois a beaucoup évolué et commence d’ailleurs à défendre les paysans mais également les « exclus du système ». Il est facile de dire que la Chine est un pays dictatorial et que c’est pas bien. Seulement, je ne pense pas avoir vu 10% d’entre vous à la manifestation contre la réforme de l’audiovisuel public. Il est facile de défendre les étudiants morts il y a 20 ans, quand chez soi, on ne bouge pas quand la liberté d’expression est en danger. Il est facile de parler d’un pays que l’on ne connait pas.

    Imaginez, j’étais surpris de voir avec moi, à la « Huazhong university of science and technology » de Wuhan, des étudiantes en Burka. J’ai interrogé mes collègues et ils ont parut surpris, me demandant ce qu’il y avait de gênant. Je pense que nous idéalisons notre culture et notre façon de vivre. Je pense que la Chine n’est pas parfaite, qu’elle a beaucoup à apprendre mais elle avance. Mes collègues journalistes m’ont donnés plusieurs exemples de choses qu’ils ne pouvaient pas écrire il y a encore cinq ans et qui sont aujourd’hui normales. il y a une avancée et nous pourrions les aider à aller plus vite si nous cherchions à les comprendre au lieu de les critiquer perpétuellement.

    Ensuite, j’aimerai retenir votre attention concernant l’enseignement. Il est supérieur au notre et ce n’est pas une surprise. dans le campus ou j’étais, tous les étudiants Chinois parlaient un anglais parfait ainsi qu’un bon Russe avec quelques notions de Français. Ils s’interessent à beaucoup de choses et internet ainsi que les étudiants étrangers, les aident à mieux comprendre le monde extérieur. je ne suis pas négatif quand à l’avenir de la Chine, Rome ne c’est pas faite en un jour. Certain oublie qu’après la déclaration universelle de droits de l’homme en 1792, l’esclavage a continué jusqu’en 1848.

    Bien sûr certains vont parler des changements de régimes qu’a connu la France entre temps, mais là n’est pas la question. Si j’ai un conseil à vous donner, inscrivez vous sur un site d’amitié franco-chinoise et discutez avec des étudiants, peut être aurez vous un avis plus ouvert sur la question.

    C’était mon premier message sur Rue89, j’espère qu’il n’est pas trop mauvais comparée à la très bonne qualité des commentaires postés sur ce site.

  • San De-
    • Posté à 20h50 le 04/06/2009
    • Internaute 19339

    Je suis un peu gêné par l’esprit complaisant de certains français avec le Pouvoir là bas. Peut-être ne font ils pas exprès, vue que leur seul contact avec ce pays, c’est la vitrine officielle, aussi bien via les médias que sur place. La vie est si confortable dans les ghettos occidentaux, pour donc aller renifler l’odeur de la merde chinoise !

    De même, les forums internet, si ce qui vous intéresse, c’est de discuter avec beaucoup de gens ne sortant jamais des limites imposé par le pouvoir, ou alors, n’osant pas le dire, c’est un bon endroit, mais si le but est de voir au delà des apparences, y a mieux... suffit de chercher, voir même de bousculer un peu le politiquement correct, et partager avec ces gens la chance que nous avons d’être mieux informé qu’eux aussi bien sur le présent que sur l’avenir (combien de fois, mes correspondants m’avouent ne pas être au courant de choses que j’apprends !)
    Il y a des gens, je me demande pourquoi ils fréquentent les Chinois, ils n’échangent rien, juste demandent un truc, puis se satisfont de la réponse. Peut-être les prend t-on pour des imbéciles, ces pauvres Chinois ? Peut-être « après tout, la poigne de fer, c’est ce qu’il leur faut ! »

    Je suis aussi fasciné par la façon dont certains français contredisent les analyses des plus brillants des Chinois pour offrir une quel qu’on que nature « éclairé » à un tel régime ! Je suis impressionné par la durée de vie de la notion de « despote éclairé » qui a pourtant depuis le XVIIIeme siècle fait la preuve de son incohérence ! Mais bon, si c’est pour eux... alors donc, nombre de brillants Chinois expriment la pourriture de ce régime tant bien que mal, expriment aujourd’hui la naïveté du mouvement de Tian An Men, qui croyait que ce régime était autre chose que dictatorial et avait d’autres considération que son pouvoir et disent aujourd’hui « y a rien à en attendre » (comme on dis chez moi « autant attendre le pet d’un cadavre décomposé »). Et bien, ces Chinois se voient contredit par des français qui vont leur expliquer « mais non, ça va dans le bon sens ». N’est-ce pas cela la fameuse « arrogance occidentale » ?

    Les Français, sur leur vision de la Chine, n’ont pas évolué depuis le XIXeme siècle ! Je me demande si nombre d’intervenants lisent les autres articles de ce mûr, notamment les témoignages et analyses Sino-Chinoises que propose Pierre Haski ! Je suis sûr que peut on écouté RFI samedi dernier !

    En Chine, c’est la société qui évolue, pas le pouvoir ! ! ! ! !

  • -Candide-
    -Candide-
    Jardinateur
    • Posté à 13h46 le 05/06/2009
    • Internaute 40778
      Jardinateur

    Pierre,

    du point de vue chinois on pourrait retourner la formule en disant.
    « Quand la jeunesse veut faire table rase de ce qui a été créé par les anciens, le pays court à sa perte »

    Cela parait a priori contradictoire pour un pays qui s’est reconstruit autour de la révolution de 1948.
    Mais c’est oublier que la révolution culturelle a été un traumatisme pour la société chinoise.

    Sous prétexte d’idéal, les jeunes de 15 à 25 ans manipulés par Mao on complètement purgé l’establishment.
    Par exemple, Deng Xiao Ping a été emprisonné pendant cette période, pendant que son jeune fils se faisait défenestrer par d’autres étudiants uniquement parce qu’il était le fils de Deng.

    Le pouvoir chinois actuel est toujours plus ou moins l’héritier de la ligne Deng Xiao Ping qui a repris le pouvoir après la mort de Mao.

    Concernant les évênements de TienAnMen,
    Le mouvement étudiant dénnonçait avant tout la corruption ambiante sans remettre en cause la structure de l’Etat et son idéal.
    Ce n’était que le prolongement d’un mouvement beaucoup plus large incluant intellectuels et ouvriers chinois.
    C’est dailleurs pour celà que certains dignitaires avaient soutenu puis tenté de négocier avec les étudiants.

    Pendant que les journalistes occidentaux observaient les évènements de leur fenêtre du Beijing Hotel à deux pas de TienAnMen, de réels combats de rue commençaient à éclore dans la capitale dépassant de très loin les manifestations « bon enfant » que l’ont pouvait voir sur nos écrans « en direct de Tienanmen ».
    Ainsi, l’image de l’étudiant essayant d’arrêter la colonne de char est trompeuse.
    Pour la comprendre, il faut savoir que le pouvoir d’alors a fait intervenir l’armée car le risque de développement de guerre civile était déjà bien avancée et à des endroits parfois bien excentrés de la dite place TienAnMen.
    L’expérience malheureuse de Deng lors de la révolution culturelle, et peut être même sa connaissance de l’enchaînement imprévisible des événements de Mai 1968 en France ont peut-être conduit Deng à décider précipitemment de l’utilisation de la Force.

    Quand on parle des massacres de la Place TienAnMen, on fait aussi un raccourci et une confusion.
    De manière factuelle, les étudiants ont réussi à négocier pour évacuer sans heurts cet endroit.
    C’est en fait, dans le reste de la ville que le drame a eu lieu, et a concerné une population bien plus large que la population étudiante.
    Ainsi on a même vu des groupes de policiers et des factions rebelles de l’armée se battre contre l’armée.
    Il serait donc plus objectif de parler des « émeutes de 89 »

    Après avoir maté la rébellion, il a été facile pour le pouvoir de désigner des responsables au sein de la communauté étudiante, car elle n’est là-bas pas du tout représentative de la population générale.

    Concernant votre analyse, je suis en désaccord sur deux/trois points :
    -> Demander au pouvoir actuel de tourner la page et de reconnaître les morts est un erreur, car compte tenu de la forme du pouvoir actuel, ça ne serait que leur donner l’occasion de refaire l’histoire avec une version officielle qui de toute façon serait en déphasage avec la réalité.
    -> dire que la jeunesse actuelle a eu le cerveau vidé de toute référence me paraît fortement exagéré.
    C’est justement parce que ces évènements sont encore dans les esprits que le pouvoir craint à chaque anniversaire toute résurgence de manifestation relatif à ces évènements.
    Et si les étudiants d’aujourd’hui s’auto-censurent quand il s’agit d’aborder ces sujets, c’est parce qu’ils savent très bien la gravité et la sensibilité que pose encore aujourd’hui l’évocation des émeutes.
    Certes les références ne sont pas « officielles », mais pour avoir vécu deux ans à pékin, je peux vous dire que tout étudiant actuel dispose de par ses proches de suffisamment d’information sur le sujet.
    Comme le dit très bien la journaliste dans la video que vous mettez en lien (vers le site aujourd’hui la chine) :
    Ce n’est pas tant que Tienanmen ne signifie rien pour les étudiants d’aujourd’hui, mais les évènements sont encore aujourd’hui synonyme de problème pour qui veut les évoquer.
    Ainsi, si un journaliste essaye d’interviewer avec sa caméra un étudiant sur un campus fort de symboles, il recevra une réponse polie du style « je ne suis pas bien au courant, mais aujourd’hui tout va très bien (madame la marquise) »
    En revanche, si vous sympathisez suffisamment longtemps avec un étudiant et que vous instaurez un climat de confiance qui lui garantisse l’anonymat de ses propos :
    Il vous dira ce qu’il sait et qui contacter pour en savoir plus.
    -> Vous semblez croire qu’aucune menace réelle ne justifie aujourd’hui un tel verrouillage, et pourtant, le ralentissement de la croissance économique introduisant aujourd’hui une croissance des inégalités et une forte augmentation du chômage conduit naturellement à un risque sérieux sur des débordements de toute nature.
    La chine n’est probablement pas aujourd’hui dans un climat insurrectionnel, mais depuis les 10 dernières années le risque d’instabilité n’a jamais été aussi fort.