« Oublions », quand un artiste chinois tente de ne pas oublier Tiananmen

Ai Weiwei sur la place Tiananmen, juin 09 (DR)

De tous temps, les artistes chinois ont su contourner les censures. Ai Weiwei

, l'un des artistes chinois les plus connus, vient d'en donner un magnifique exemple, montrant comment parler de choses interdites tout en ayant l'air de dire le contraire…

Malgré les blocages de plusieurs plateformes et de réseaux sociaux à l'approche du 20ème anniversaire de la répression de la place Tiananmen, Ai Weiwei a posté le texte suivant sur son blog [relayé en traduction anglaise par le blog Chinageeks

], intitulé « oublions » [son blog, fanfou.com, était inaccessible depuis la France mercredi, donnant un message d'erreur

] :

« Oublions le 4 juin, oublions ce jour ordinaire. La vie nous a enseigné, sous le totalitarisme, que chaque jour est le même. Il n'y a pas d'“autre jour”, d'“hier” ou de “demain”. Nous n'avons pas besoin de vérité partielle, pas besoin de justice partielle, pas besoin d'honnêteté partielle.

Sans liberté de parole, sans liberté d'information, sans élections ibres, nous ne sommes pas un peuple, nous n'avons pas besoin de nous souvenir. N'ayant pas la possibilité de nous souvenir, nous avons choisi d'oublier.

Oublions chaque cas de persécution, chaque cas d'humiliation, chaque massacre et chaque tentative de le cacher, chaque mensonge, chaque mort. Oublier chaque moment de souffrance, et oublier chaque moment d'oubli. C'est ainsi que ces “hommes d'honneur” pourraient nous tourner en ridicule.

Oublions les soldats qui ont tiré sur les civils, les étudiants dont les corps ont été écrasés par les chenilles des chars, le sifflet des balles, le sang sur les grandes avenues et les contre-allées, une ville et une place sans larmes. Oublier les mensonges sans fin, les dirigeants qui espèrent que tout le monde a oublié, oublier leur lacheté, leur caractère maléfice et inepte. Nous devons oublier car ils doivent être oubliés. Nous ne pourrons exister que lorsqu'ils auront été oubliés. Afin d'exister, nous devons oublier ».

Photo : Ai Weiwei sur la place Tianamen, protestation individuelle et symbolique. Photo publiée sur son blog, et relayée par Danwei.org

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Portrait de .fr

De .fr

... | 16H24 | 03/06/2009 | Permalien

Merci Pierre de nous avoir donné à lire ce manifeste.

Portrait de eelisa

De eelisa

Délinquante au coin de la rue | 19H06 | 03/06/2009 | Permalien

Ce qui est impressionnant, c'est cet espèce de déni de la jeunesse, de ceux qui ont 20 ans aujourd'hui, et qui mettent en doute tout ce qui est arrivé ce jour là. Excellente émission sur France Inter à ce sujet.

Puis, pour sourire, et pour sourire seulement (parce que ce genre de chansons pour Jojo, c'est bizarre…) :

Portrait de manusan

De manusan

05H01 | 04/06/2009 | Permalien

20 ans après, à défaut d'étudiants, on massacre les chiens.

http://www.chinasmack.com/stories/yangxian-county-shaanxi-china-kills-ev…

Portrait de daniel

De daniel

08H36 | 07/06/2009 | Permalien

Quel force, bien mieux que la charte08. Ai Wei Wei rapelle comment un régime autoritaire peut vite retomber dans le totalitarisme.

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