
« La fabrique des femmes », portrait des artisans du miracle chinois
« La fabrique des femmes », le livre d'une journaliste américaine d'origine chinoise, Leslie Chang, qui vient d'être tradut, est une enquête sur le travail en usine, le développement professionnel et personnel de plusieurs jeunes filles que l'auteur a suivies dans l'extraordinaire dynamisme économique de la ville de Dongguan, dans le sud de la Chine.
Dongguan, 1,5 millions ou 6,5 millions d'habitants ?
Située au sud de la Chine, entre Canton et Shenzhen (l'une des premières zones économiques spéciales où la Chine a renoué dans les années 80 avec l'économie capitaliste), la ville de Dongguan compte officiellement 1,5 millions d'habitants . En fait, cette conurbation héberge au moins 6,5 millions de personnes si l'on compte les migrants qui y travaillent.
Dans cette région, l'une des plus riches de Chine, Dongguan n'existait pratiquement pas il y a vingt ans. Aujourd'hui, usines de composants informatiques (disques durs) voisinent avec des industries de main d'œuvre, par exemple des fabriques de chaussures de sport (l'usine Yue Yuen emploie 70 000 personnes ! ). Dans cette usine, les ouvrières à la chaîne sont payées 72 dollars par mois, 11 heures par jour, soixante heures par semaine et dorment dans des dortoirs à dix.
Des conditions rudes ; les grandes marques internationales qui s'approvisionnent à l'usine, poussent les fabricants à mieux traiter leurs employés mais aussi à réduire les coûts ce qui est parfois contradictoire !
La plus grande migration dans l'histoire de l'humanité
Les 130 millions de migrants représentent environ un quart de la population dans les grandes villes comme Pékin ou Shanghaï et font tourner l'énorme zone industrielle du Sud de la Chine [même si, avec la crise des exportations chinoises, quelque 20 millions de ces migrants ont dû retourner dans leurs villages, sans perspective d'emploi, ndlr].
Leur profil a beaucoup changé en vingt cinq ans : au début, des emplois saisonniers dans les villes pour survivre. C'était « mal vu » pour les filles ; ce n'est plus le cas avec la génération actuelle, plus jeune, plus instruite, qui fuit la campagne en raison de la pauvreté mais surtout de l'attrait exercé par les villes :
« La honte ne réside plus dans le fait de quitter le village mais d'y rester ».
Longtemps, les migrants sans permis de résidence ont eu des difficultés avec la police, depuis quelques années, la situation est stabilisée. Mais les villages se vident, ce sont les parents ou les grand parents qui gèrent les exploitations familiales et s'occupent des jeunes enfants ; il n'y a pas le choix, les parcelles sont trop petites pour des familles nombreuses.
Les femmes s'intègrent plus facilement à la vie urbaine, elles représentent un tiers des migrants ; souvent plus jeunes et célibataires, elles ont plus envie de progresser que les hommes,
« l'exode rural représente pour elles l'immense perspective d'un changement de vie ».
Des hauts et des bas, la vie de Min et Chunming…
Leslie Chang a suivi ces deux jeunes femmes à Dongguan pendant plus de trois ans. Diplômée de Harvard, après un séjour à Prague, elle est, depuis 1993, correspondante du Wall Street Journal à Hong Kong, à Taiwan puis en Chine. Elle commence à enquêter pour son journal dans la région de Canton pour finalement se consacrer à plein temps à l'écriture de ce livre ; elle vit actuellement au Colorado avec son mari, le journaliste Peter Hessler (qui a écrit deux livres fort intéressants sur la Chine).
Très proche de ses héroïnes, elle connaît le village et la famille de Min ; malgré les changements incessants d'emploi de ces deux femmes, elle est parvenue à garder le contact.
C'est le grand intérêt de ce livre qui ne se veut pas étude économique, sociale ou sociologique mais qui cherche à nous faire comprendre leur regard sur leur propre vie.
Animées par une volonté farouche de progresser, elles ne se plaignent nullement de leur condition ; le féminisme, la politique n'existent pas, le PC n'est jamais mentionné ; le monde est ce qu'il est et l'on ne peut compter que sur soi même.
« Aller à l'école, travailler en ville quelques années et puis renter au village, se marier et avoir des enfants…Si la vie, ce n'est que cela, eh bien, elle n'en vaut pas la peine, dit Min ».
Des hauts et des bas, le travail à la chaîne, le secrétariat, un travail commercial, un réseau en pyramide financière qui fait bientôt faillite, les étapes de leurs changements professionnels incessants s'accompagnent d'un gros effort de formation dans tous les domaines. Les filles sont souvent moins instruites que les garçons qui, favorisés par les parents, ont suivi l'école plus longtemps ; mais elles veulent progresser, sortir de leur milieu.
Une enquête montre que dans une usine de 4000 ouvriers à Shenzhen, un tiers s'inscrivent à des cours du soir, en très grande majorité des filles !
Et portant, l'environnement peut être dramatique : vols, accidents du travail, salaires non réglés, escroqueries diverses, mafias, prostitution… mais parfois, le plus difficile c'est l'équilibre à trouver avec les parents et la recherche d'un mari.
Au village, les parents et un mari…
L'homme idéal mesure 1,70 mètre (essentiel ! ) et est propriétaire de son logement. Pour le rencontrer, les méthodes vont de la marieuse au village (les parents préfèrent que leur fille se marie dans le voisinage), des amies au travail, aux clubs de rencontre et même internet.
La tradition veut que la jeune mariée parte vivre dans la famille de son conjoint où elle doit obéissance à sa belle mère. Les choses changent, les jeunes couples paient eux même leur mariage et s'installent souvent en ville , bien loin des parents qu'ils ne verront que lors de fêtes de Nouvel An.
Les parents le vivent mal mais ne peuvent imposer leur volonté car l'argent des migrants est devenu la principale source de revenus des villageois. Les jeunes ont de l'argent et leurs cadeaux le montrent à ceux restés au village.
Cet aspect est largement développé par les romans consacrés aux migrants : optimistes et un peu angéliques comme « Les baguettes chinoises », le dernier livre de Xinran (P. Picquier 2008) ou plus noirs comme les romans de Liu Xinwu publiés chez Bleu de Chine. Mais on peut s'étonner qu'un phénomène d'une telle ampleur n'ait pas suscité plus de développements littéraires .
Leslie Chang souligne qu'elle aussi est une migrante. Pour suivre la tradition, elle a enquêté sur l'histoire de sa famille et visité la Mandchourie d'ou viennent ses parents ; cette démarche est intéressante mais on peut regretter qu'elle occupe près d'un quart du livre. Parfois aussi on est surpris par quelques généralisations un peu hâtives, une vue superficielle sur la vie du village de Min et de l'absence des minorités (notamment Miaos) qui pourtant travaillent en nombre dans la région.
Mais Leslie Chang ne prétend pas à l'exhaustivité et a le don de mettre en avant le détail significatif et de se situer par rapport aux deux jeunes filles dans une proximité chaleureuse.
Son livre, qui a été très apprécié aux Etats Unis, est un document important pour comprendre l'étonnant dynamisme de cette région du monde.
► « La fabrique des femmes » par Leslie Chang, traduit de l'américain par Florence La Bruyère. Belfond 2009. 460 pages, 22€.
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De Layla
| 21H43 | 21/05/2009 |
« Les femmes s'intègrent plus facilement à la vie urbaine, elles représentent un tiers des migrants ».
Une simple soustraction me laisse à penser que les deux tiers restants des migrants sont des hommes, donc qu'ils s'intègrent très facilement aussi à la vie urbaine, peut-être même plus que les femmes ?
A moins que les autres migrants ne soient pas des hommes, mais des aliens, ou des vaches….
Cette phrase me laisse perplexe, vraiment et décrédibilise un peu votre article.
à Layla
De Bertrand Mialaret
(auteur)
Consultant à Paris | 22H08 | 21/05/2009 |
Les hommes s'intègrent moins bien à la vie urbaine que les femmes pour une raison simple : leurs parents font tout pour qu'ils reviennent au village. S'ils ne peuvent ou ne veulent reprendre l'exploitation familiale, ils souhaitent qu'ils trouvent un travail dans une petite ville du voisinage et se marient avec une fille du village. Le fils est la retraite des parents !
L'approche des filles est différente, une fois mariées, elle ne reviendront pas dans leur famille ; la coupure avec le village est beaucoup plus forte.
à Layla
De Pierre Haski
Rue89 | 22H11 | 21/05/2009 |
Sans vouloir répondre à la place de Bertrand Mialaret, il me semble que vous faites une erreur d'interprétation et vous usez d'une ironie un peu facile.
Qu'il y ait une différence entre hommes et femmes face à la question de l'intégration à l'espace urbain est indéniable : pour les femmes, la ville offre une émancipation par rapport aux pesanteurs de la tradition rurale sur la place de la femme qui leur donne une raison supplémentaire de réussir leur implantation en ville.
Et sans vouloir vous chercher querelle, la formule « plus facilement » signifie bien que c'est par rapport à quelqu'un d'autre, donc par rapport aux hommes.
à Pierre Haski
De San De
22H36 | 21/05/2009 |
Je comprend pas le terme « émancipation »… quitter sa famille et son village, avec ses contraintes et ses protections pour l'usine, le dortoir et l'exploitation, la ville et ses contraintes mais sans plus aucune protection, est-ce vraiment l'émancipation ? Ou simplement, une vision des choses nés d'un discours dominant dans lequel nous baignons depuis longtemps ? Je parle ainsi sans aucune animosité…
Et si cette ville là n'était pas vraiment l'émancipation ?
à San De
De Pierre Haski
Rue89 | 22H50 | 21/05/2009 |
Au sens premier du terme, la femme est un sujet « mineur » dans son village (oubliez tous les beaux discours sur « la moitié du ciel ») et elle devient un acteur « majeur » en ville. Je ne crois pas que l'usine et le dortoirs soient plus durs que le travail des champs et le travail domestique au service de la belle-famille à la campagne : exploitation d'un côté, quasi-servage de l'autre.
à Pierre Haski
De San De
13H08 | 22/05/2009 |
Vous savez mieux que moi que être « acteur majeur en ville », ce ne sont que des slogans… on va apprendre aux gens que « le travail libère » alors qu'en vérité, hormis des métiers qui ne sont pas pour tout le monde, le travail aliène plus qu'autre chose !
Quasi-servage d'un côté exploitation dans des conditions qui font qu'à 40 ans on en paraît 60 avec de grandes chances d'attraper un cancer, ou quelque chose comme ça…
Et si l'on devait réviser notre copie sur ces notions finalement ?
De Lairderien
00H55 | 22/05/2009 |
En somme, corrigez moi si je me trompe, mais si j'ai bien lu l'article et les commentaires, ces femmes à la base sont tellement au fond du trou qu'elle sont prêtes à creuser avec leurs ongles l'escalier qui leur permettra enfin de faire surface.
Et par la même occasion, mais peut on leur en vouloir, elle creusent la tombe de nos usines (enfin pas elle toutes seules, mais le système qui entraine cela)
Triste monde tout de même que celui que nous avons construit.
De Sekhmet
12H11 | 22/05/2009 |
Pierre Haski s'intéresse à la Chine et s'y connait, tout le monde ne le sait peut-être pas .
L'article est propre et constate des vérités. En effet pour tous ceux et celles qui ont lu un peu sur la Chine, qui ont regardé des documentaires ou films sur ce pays et sur la condition des femmes comprendront bien qu'être paysanne (enfin celle qui vit de la terre) et femme en Chine n'est pas un parcours semé de roses.
Aussi, je comprends pourquoi une chinoise préfère l'usine, le dortoir à 10, 60h/semaine mais avec un argent qu'elle a gagné qui est à elle que le carcan du servage, oui du servage, de la campagne et des villages.
Pierre Haski, je suis d'accord avec vous.
De GanLanShu
shodavid.blog.lemonde.fr | 16H06 | 22/05/2009 |
Je ne l'ai pas encore lu mais cela semble justifier non seulement le nombre croissant d'universitaires (toute proportion gardée) mais surtout l'explosion du nombre de masters et doctorants… Tout plutôt que rentrer au village ou travailler dans une entreprise chinoise ou taïwanaise !
De chengyang
08H06 | 23/05/2009 |
« La plus grande migration dans l'histoire de l'humanité ». L'article rend compte de la formidable transformation sociale qui secoue ce pays et (enfin) j'entends parler ici d'une Chine réelle et non fantasmée. On prend peut-être enfin la mesure des énormes défis auxquels est confronté ce pays !
Pour évaluer à sa juste valeur le phénomène, sans doute faut-il comparer la situation actuelle de la Chine à celle de la France pendant l'industrialisation. On se souvient sans doute de nos bonnes (cf le personnage Bécassine) qui préféraient quitter le monde rural pour venir travailler (parfois dans les pires conditions) en ville, toujours synonyme pour les femmes d'émancipation, car signifiant pour elles la libération des carcans traditionnels, en particulier religieux. On se souvient que la France fût un pays à majorité rurale jusqu'à la veille de la 2nde guerre mondiale et que la transformation du pays en un pays urbain et industriel ne fût pas une sinécure. Est-ce que en définitive nous ne sommes pas en train d'assister à l'accession à la modernité d'1/4 de la population mondiale ?
Enfin, n'en déplaise à M.Haski dans son commentaire, la femme « moitié du ciel », ça n'est pas seulement qu'un « beau discours » : la Chine est actuellement le pays au monde où le le taux du salariat féminin est le plus élevé. C'est un héritage de la politique maoïste passée de collectivisation dans les campagnes (qui eût donc quelques effets heureux). Le salariat n'est-il pas la 1ère étape de l'émancipation pour les femmes ? Les femmes de beaucoup d'autre pays en développement ne rêvent-elles pas d'y accéder ? Si on jette un regard un tant soit peu objectif sur ce pays, on s'apercevra que la situation des femmes y est infiniment meilleure que dans les autres pays à niveau de développement comparable.
à chengyang
De Bertrand Mialaret
(auteur)
Consultant à Paris | 08H59 | 23/05/2009 |
Je vous suis tout à fait dans votre rapprochement avec l'exode rural en France, mais moins quand vous parlez de la « moitié du ciel ». Le salariat n'est pas le seul indicateur de la situation des femmes même si c'est un élément important.
Je suis au contraire frappé par le fait que cet objectif politique du maoïsme n'ait que peu progressé, même si cela est parfaitement compréhensible compte tenu de l'histoire des relations hommes-femmes dans le pays ; mais bien sur il faut relativiser en comparant avec des pays de même niveau.
Le livre de Leslie Chang est intéressant par ce qu'il montre de discriminations vis à vis des femmes tant dans l'éducation que dans la vie professionnelle ou dans l'attitude des parents. Le livre parle peu par contre des déséquilibres homme-femme du fait des avortements selectifs ni du fait que cette région est connue en Chine pour être un haut lieu de prostitution et surtout de « résidence secondaire » pour les hommes d'affaire de Hong Kong ou Canton.
Autant je suis réservé sur la valeur documentaire du livre de Xinran sur les migrants, autant je pense que son livre « Chinoises »
(P. Picquier-2003) est un document intéressant. Mais bien sur ce n'est pas un sujet que l'on peut traiter en quelques lignes…
à Bertrand Mialaret
De chengyang
13H00 | 23/05/2009 |
Cet objectif du maoïsme n'aurait donc que « peu progressé » ?
Pendant mes promenades à Beijing l'été dernier, j'ai encore croisé dans un quartier populaire une vieille femme aux pieds minuscules car ils avaient été bandés pendant son enfance.
Mao est sans doute critiquable dans beaucoup de domaines, mais sur la question de « la moitié du ciel », il est parvenu à éradiquer cette coutume barbare et donc a fait progresser le statut de la femme comme nul autre avant lui.
La comparaison doit être faite avec les autres pays de niveau comparable, mais aussi avec le passé de la Chine !
à chengyang
De San De
14H03 | 23/05/2009 |
Tu prêtes à mao des mérites qu'il n'a pas, à moins que dans les pays Han ou il n'avait pas autorités comme par exemple, Taiwan ou Hong Kong, ça existe encore ? ? ? Je découvre que mao pensait à d'autres gens que lui même !
Sinon, je parlais de discours dominants, là on est dans la vulgate… l'émancipation, si je comprend bien, c'est d'obéir a un gourou malin certes, mais pas du tout intelligent, voir ses parents traités de sauvages et de barbares, ses frères de déviants, une partie de la société (pour le coup, hommes comme femmes, pas de discrimination) d'ennemis de classe… poussé à la folie furieuse et violentes, être le sujet à l'endoctrinement… plus le climat de terreur. Il me semble aussi qu'être coquette, c'était être bourgeoise donc interdit, non ?
Bref, il n'a jamais s'agit d'émancipation, il s agissait uniquement de consolider son pouvoir, rien de plus !
Mouais, super l'émancipation !
De San De
12H25 | 23/05/2009 |
Et si, considérer que bosser dans des conditions épouvantables, loin de sa famille ou même de ses enfants, pour finalement ne contribuer à rien d'autre que de faire la fortune de quelqu'un qui vous méprise, c'est mieux que d'être à la campagne dans une société peut-être difficile, mais qui a ses subtilités qui échappent à l'arrogance du croyant au mythe de la « modernité » et de « l'émancipation de catégories de gens », ce n'était pas ce que l'on appel une « prophétie auto-réalisatrice » ?
Des années que l'on nous dit « vive le salarié, c'est beau, ça ibère c'est magnifique » et « être une femme mère de famille, c'est nul, moche et barbare », forcément, on fini par y croire ! Y compris, surtout, quand on y est le premier intéressé !
Ce n'est parce que l'on nous matraque un discours à longueur de journées et d'année que ce discours a une réelle valeur au delà des adhésions qu'il suscite…
à San De
De Bertrand Mialaret
(auteur)
Consultant à Paris | 13H18 | 23/05/2009 |
Je comprend votre point de vue mais vous devez tenir compte de ce qu'est la vie dans certaines régions pauvres de Chine où les familles, à part leur rizière, vivent avec 50 ou 100 euros de revenu monétaire par an. Pas de routes donc de longs déplacements à pied ; dans certains cas pas d'électricité.
Dans les villages ou j'ai sejourné dans le Guizhou, la vie des femmes est très difficile : travaux du ménage et préparation des repas, enfants, belle mère, mais surtout travaux des champs ou plutot certains travaux des champs, les moins nobles, comme par exemple de transporter l'engrais humain du village à la rizière….elles travaillent du lever du soleil jusqu'à tard dans la soirée ce qui n'est absolument pas le cas des hommes.
Quant aux petites filles, dont certaines ne vont pas à l'école quant la famille donne la priorité au frère, on leur confie la garde des vaches ou des canards.On comprend qu'elles essaient par tous les moyens de s'en sortir…
à Bertrand Mialaret
De San De
13H54 | 23/05/2009 |
Mais, en quoi l'usine c'est mieux ? Et si en fait, le problème n'était pas la situation paysanne à la campagne à améliorer au lieu de vendre l'urbanité comme panacée, quel qu'en soit les conditions ? D'autant plus que la croissance des villes n'est absolument pas une bonne chose en général, c'est le bidonville, la délinquance, les besoins en énergie qui augmentent, la pollution… bref, ce n'est pas une bonne chose ! Ce n'est pas vous ou monsieur Haski que j'accuse, juste un discours dominant prétendument « progressiste » depuis des décennies… et au lieu d'inviter les uns a être plus cool et plus « familiaux », on stigmatise les uns contre les autres, on monte les membres des familles les uns contre les autres… ce discours dominant qui est véhiculé à propos de toutes les sociétés traditionnelles du monde… et on y crois parce que l'on a baigné dans cette ambiance toute notre vie…
A l'usine, on dort sur place au milieu de tout le monde, on mange peu en peu de temps, on est l'ennemi de tout les autres, sous le regard permanent des contremaitres, l'air que l'on respire est empoisonné, on est payé une fois de temps en temps, on doit faire des km pour fêter le nouvel an en famille, il faut composer avec le mépris des citadins d'origines et des autorités, on ne parle pas la langue et, parfois les entreprises étrangères qui expliquent que l'exploitation de cette main d'œuvre est dans l'intérêt et de tous (y compris du patron de l'usine)…
Ce n'est pas mieux, mais c'est juste différent… et ça illustre aussi la réalité du prétendu développement Chinois et, le prétendu pragmatisme d'un tel système ! Nous voyons ainsi que la priorité n'est pas le « développement » (je hais ce mot mais bon), du pays, mais la vitrine ! Y a une autre expression que je déteste : « la Chine utile » pour nommer la partie côtière et orientale industrielle. Mais je crois que là encore, ce n'est pas un privilège de la Chine, ce clivage « ville/campagne » est vieux et universel, la ville, lieu du pouvoir et de son discours contre la campagne plus loin et plus difficilement maîtrisable, à la campagne, le seigneur est loin ! Il y a cependant aussi un truc terrible à a campagne, c'est les fonctionnaires locaux ! Ils sont obligé d'être plus cool en ville…
Le travail, si c'est pour être professeur, avocat, écrivain ou médecin ou un travail social et culturel, ça émancipe, mais pour la majorité des humains, le travail, c'est l'usine, la mine, le chantier, la route, pour les femmes la caisse des supermarchés ou nettoyer les couloirs ou les toilettes des bureaux… le travail ne libère, il aliène ! Quand à l'indépendance économique, c'est pareil, ce ne sont pas ces métiers qui rendent indépendant économiquement.