25/04/2009 à 09h50

Jackie Chan, roi du kung fu chinois, dérape politiquement

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Jackie Chan au Festival international du film à Hongkong le 22 mars 2009 (Bobby Yip/Reuters).

Jackie Chan n’est pas diplomate pour deux yuans. Il a déclenché une tempête qui ne cesse de s’amplifier en déclarant que les Chinois avaient besoin d’être « contrôlés » et que Hongkong et Taiwan avaient « trop de liberté », au point que 10000 personnes ont déjà adhéré à un groupe Facebook pour « envoyer Jackie Chan en Corée du Nord »...

Le plus digne successeurs de Bruce Lee dans les scènes d’arts martiaux du cinéma asiatique a tenu ces propos controversés samedi dernier dans le cadre du Forum de Bo’Ao, équivalent chinois du Forum de Davos, sur l’île de Hainan, où il intervenait en tant que vice-président de l’Association du cinéma chinois. Après des déclarations lénifiantes sur le septième art et sur son propre parcours, il a répondu à quelques questions.

Selon le site icilachine.com, alors qu’on lui demandait ce qu’il pensait de la censure et des restrictions à la liberté d’expression auxquelles les cinéastes sont soumis en Chine, il répondit qu’il n’était pas sûr qu’une société totalement libre serait une bonne chose pour la Chine :

« Nous, les Chinois, nous avons besoin d’être contrôlés. (...) J’ai des doutes, maintenant : si vous avez trop de liberté, cela donne ce que l’on observe maintenant à Hong Kong, c’est le chaos. C’est le chaos aussi à Taiwan. »

De la part d’un acteur et réalisateur qui a fait l’essentiel de sa carrière cinématographique à Hongkong, où les citoyens chinois conservent des libertés individuelles sans équivalent en Chine, l’attaque est surprenante. Surtout que la notion de « chaos » appliquée à Hong Kong est tout à fait relative... Idem pour Taiwan où la vie politique est assurément la plus intense du monde chinois, mais qui a connu deux alternances démocratiques et pacifiques en une décennie, où il n’y a pas un prisonnier politique et une presse d’une liberté exemplaire. Surtout, enfin, que son dernier film est censuré en Chine continentale où les autorités le jugent trop violent.

Les déclarations de Jackie Chan en apparatchik du Parti communiste chinois (PCC) ont fortement agacé une bonne partie des Hongkongais et des Taiwanais, surtout les fans de l’acteur de kung fu. Des appels au boycottage de ses films ou de ses concerts, ou encore des protestations via Facebook, agitent le monde chinois depuis une semaine, même si tout cela reste évidemment une tempête dans un verre d’eau déclenchée par une star de cinéma.

Un despotisme éclairé nécessaire au développement économique

Mais même si Jackie Chan a déclaré avoir été cité « hors contexte », il n’en demeure pas moins qu’il a énoncé une énième version des « valeurs asiatiques » autoritaires qui circulent depuis plus de vingt ans, autrefois incarnées par l’ancien premier ministre de Singapour Lee Kwan Yew, aujourd’hui reprises par une partie de l’appareil du PCC et de la couche des nouveaux riches chinois. A leurs yeux, un despotisme éclairé est nécessaire pour assurer le développement économique rapide dont l’Asie et sa population abondante ont besoin, en s’appuyant au besoin sur des particularismes culturels régionaux.

L’ancien correspondant du Washington Post en Chine, John Pomfret, abonde dans ce sens, sur son blog :

« Chan dit simplement ce que beaucoup de riches Chinois ressentent. En vingt ans depuis Tiananmen, la société chinoise a beaucoup changé. Et l’un des aspects les plus étonnants est le retour d’une société de classe et le mépris dans lequel les riches tiennent les pauvres.

Quand Chan dit que les Chinois doivent être “contrôlés”, il parle assurément des pauvres. Il n’a pas eu besoin de le préciser. C’est ce que son public à Bo’Ao a entendu, et c’est pour cela qu’il l’a applaudi. Tous ceux qui ont pu avoir des conversations avec des membres de la nouvelle élite chinoise ont entendu cete phrase : “la qualité des Chinois moyens est trop basse, c’est pour cela que nous ne pouvons pas avoir une liberté totale”... »

Comme le souligne le blog en anglais sur la Chine Imagethief, « Jackie Chan est un excellent acrobate et un piètre chanteur, mais il n’est assurément pas un Nelson Mandela ». Consolons-nous en regardant certaines des plus belles performances de kung fu de l’acteur, sélectionnées par un fan américain : (Voir la vidéo)

Photo : Jackie Chan au Festival international du film à Hongkong le 22 mars 2009 (Bobby Yip/Reuters).

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  • Pierre Leloup
    Pierre Leloup
    terré
    • Posté à 10h22 le 25/04/2009
    • Internaute 61314
      terré

    Cette citation de John Pomfret rappelle étrangement l’assimilation entre classes laborieuses et classes dangereuses.
    Avec l’exode rurale et l’arrivée en ville de tous ces campagnards qu’on ne veut pas voir, les chinois revivraient ils ce qu’a connu la France au XIXème ?
    En Europe, c’est cette classe prolétaire déracinée qui a été le terreau du marxisme - ce sera intéressant de voir ce que ça donne en Chine.

  • Ming_xuan
    Ming_xuan répond à penabranca
    Traducteur spécialisé
    • Posté à 10h35 le 25/04/2009
    • Internaute 48307
      Traducteur spécialisé

    Je pense comme John Pomfret, que le point de vue de JC est partagé par un certain nombre de Chinois, et d’une certaine façon pas seulement par les plus riches. Il suffit de tendre l’oreille pour entendre les citadins se plaindre de l’afflux des migrants en ville et souhaiter qu’ils soient renvoyés une fois pour toute dans leurs campagnes. Si on pouvait tous les mettre au bagne, certains seraient au comble de la joie. Peut-être que la tendance des TV chinoises à montrer (épisodiquement comparativement au nombre d’incidents de ce type) des émeutiers terreux incendiant des bâtiments gouvernementaux sert aussi à renforcer cette idée que l’autoritarisme du pouvoir chinois est nécessaire pour sauver le peuple du chaos. Peut-être même que ce n’est pas complètement faux, du moins dans certaines parties du pays...

  • barbouille
    barbouille
    surfeuse
    • Posté à 10h41 le 25/04/2009
    • Internaute 62861
      surfeuse

    Qui se charge d’aller lui faire ravaler ces paroles ?

  • Ming_xuan
    Ming_xuan répond à chengyang
    Traducteur spécialisé
    • Posté à 11h41 le 25/04/2009
    • Internaute 48307
      Traducteur spécialisé

    Je suis d’accord avec vous, mais il est quand même exact que pas mal (c’est relatif, certes) de Chinois sont membres du parti par pragmatisme, ça aide à l’avancement dans les administrations ou à l’obtention d’une bourse pour les enfants par exemple, c’est indéniable, j’ai de nombreux exemples de cet ordre dans mon entourage. Comme vous le faites remarquer, ils n’en sont pas communistes pour autant, loin s’en faut !
    Mention spéciale pour les magasins bien achalandés Pierrrrre, vous m’avez beaucoup fait rire !

  • sup. à la demande du riverain 29 juin
    • Posté à 12h53 le 25/04/2009
    • Internaute 58127
      bye bye ...

    j’ai toujours autant de mal avec ces titres qui donnent la ligne à suivre.

    J. Chan exprime ses convictions.
    certains y verront sûrement un dérapage
    d’autres approuveront J. Chan

    Pourquoi vouloir orienter le jugement du lecteur dès le titre ?

  • GanLanShu
    GanLanShu
    http://shodavid.blog.lemonde.fr/
    • Posté à 15h42 le 25/04/2009
    • Internaute 10692
      http://shodavid.blog.lemonde.fr/

    Question et réponse sont contenues dans l’article... Dernier film refusé, il s’agit de monter aux créneaux pour que le suivant soit autorisé ! Impossible de traverser une rue de Shanghai ou de voir un bus par la fenêtre sans que l’acrobate martial n’affiche sa bobine pour vendre un produit quelconque. Pragmatisme ! Il suffit de comparer le marché chinois du film à celui de HK et Taïwan réunis concernant ce genre de navet pour comprendre que l’idéologie de l’homme sandwich en question n’est pas plus grave que celle de Chuck Norris... Z’ont pris trop de gnons les gaziers ! S’agit de toucher la sécu maintenant...

  • Laurent-Weppe
    • Posté à 16h59 le 25/04/2009
    • Internaute 32921

    « Le plus digne successeurs de Bruce Lee [...] a tenu ces propos controversés samedi dernier [...] il intervenait en tant que vice-président de l’Association du cinéma chinois »

    Tout est dit dès le deuxième paragraphe. On ne devient pas notable du régime chinois sans montrer des gages de loyauté au dit régime.

    Ceci dit : est-ce étonnant ? Les dictatures sont les régimes qui poussent la logique élitiste à l’extrême : ce n’est pas pour rien que les dictateurs de toutes obédiences sont systématiquement présenté comme des génies, et leurs serviteurs comme une avant garde ou une élite morale, bien entendu incomparablement supérieurs au commun des mortels.

    Qu’un mépris de classe existe en Chine n’est pas étonnant, ce qui devrais davantage nous interpeller, c’est que les propos de Chan ressemblent un peu trop à ce que certaines élites occidentales pensent du commun des mortels. Michael Kazin, professeur d’histoire et spécialiste de l’histoire politique et sociale des USA à l’université de Georgetown donne une traduction du discours pro-statu-quo qui sature les médias Américains depuis Novembre dernier « Ce discoure sous-entend que la colère du peuple ordinaire [à l’égard de la crise qui se produit en ce moment] est émotive, qu’elle provient de gens qui ne savent pas comment fonctionne l’économie [à la différence de la classe dirigeante] et qui se contentent de fustiger leurs supérieurs » (le terme employé en VO est « social betters »)

    Prenez les accusations d’extrémisme et de « populisme » employées par le gouvernement pour décrire l’augmentation des tensions sociales : autant l’emploi du terme « populiste » quand il cible un politicien particulier peu se justifier, autant réduire tout mouvement social de la sorte est symptomatique d’une forme de mépris social : « le peuple est incapable de s’opposer à ses dirigeants sans être manipulé par des meneurs plus malins que lui » semblent penser ceux qui nous gouvernent.

    En d’autres termes, ce type de mépris de classe n’est pas seulement révélateur de l’état des élites chinoises, il est aussi révélateur d’un aspect peu reluisant de la nature humaine.

  • feusti
    • Posté à 17h45 le 25/04/2009
    • Internaute 28133

    je vis a Hong Kong depuis quelques annees, et je peux vous dire que J.Chan est admire pour sa carriere mais que beaucoup de hongkongais le deteste, je veux dire qu’ils detestent l’homme, il est arrogant, se croit tout permis, il peut briser la carriere d’un jeune acteur sur un coup de tete. C’est le genre d’homme qui se permet de mettre des mains au culs aux serveuses lorsqu’il rentre dans un restaurant, et d’apres beaucoup de chinois de HK que je connais, c ; est tout simplement un porc...
    Son dernier films n’a pas plu aux dirigeants chinois car l’histoire du film se deroule au Japon et dans ce film il montre que les chinois au Japon ne sont que des bandits et des malhonnetes alors il fallait qu ; il se rattrape aux branches afin de continuer a bien se faire voire des gouvernants