Pékin a-t-il décidé un boycott des entreprises françaises ?

Une employée devant la chaine d'assemblage d'Airbus à Tianjin, en Chine, en septembre 2008 (Reuters).

(De Pékin) Les autorités chinoises ont-t-elles décidé de boycotter les entreprises françaises ? Une consigne a-t-elle été diffusée de ne plus attribuer les marchés aux groupes français lorsque sont lancés des appels d'offres ? C'est ce que laissent entendre des sources proches du pouvoir chinois, contactées par Aujourd'hui la Chine.

La mesure, si elle se confirme, sera le dernier épisode en date des tumultueuses relations entre les deux pays depuis le passage chaotique de la flamme olympique à Paris l'an dernier et, plus récemment, depuis la rencontre entre Nicolas Sarkozy et le dalaï lama.

Beaucoup d'acteurs économiques présents en Chine sont toutefois sceptiques sur l'existence d'une telle directive. L'information est donc à prendre avec des pincettes. D'autant que les autorités chinoises auraient tout intérêt à faire courir des rumeurs de menaces de boycott touchant les groupes français pour inciter Paris à faire le « geste » que Pékin dit attendre pour accepter une réconciliation et qui reste encore à définir.

Paris-Pékin, un climat plus compliqué

Certains analystes notent cependant que le climat est devenu plus compliqué ces derniers mois. Un haut responsable économique français estime :

« Je ne pense pas qu'il y ait des restrictions formelles touchant les entreprises françaises. La situation est plus nuancée. Il y a beaucoup d'exemples d'entreprises pour lesquelles les choses marchent bien, mais il y a aussi depuis quelques mois des cas dans lesquels les Chinois font patienter des entreprises françaises. »

Pour ce responsable, qui, dans le climat actuel, a préféré garder l'anonymat, la Chine est face à un dilemme, entre un choix politique et des besoins économiques.

« D'un côté, elle a pris une option politique qui consiste visiblement à tenir certains pays à distance. De l'autre, elle a un désir profond de sortir de la crise et, pour cela, de faire des affaires. »

Le froid politique intervient par ailleurs au moment opportun pour la Chine, touchée comme les autres par la crise et contrainte de réduire certaines de ses commandes :

« Comme chaque pays, la Chine veut protéger ses emplois, son économie… Dans ce contexte, elle peut soit dire les choses avec un argument politique, soit annoncer ouvertement qu'elle est contrainte à des restrictions. »

Justifier ses refus par des considérations politiques permettrait non seulement d'annuler ou de reporter des commandes, mais aussi d'en rejeter la faute sur le gouvernement français.

Airbus en première ligne

Victime en première ligne du tarissement de la demande chinoise, l'emblématique groupe Airbus, qui a reconnu que l'année serait difficile. Les douze prochains mois seront « très différents des quatre dernières années », a expliqué Laurence Barron, président d'Airbus Chine, le 9 mars. M. Barron a ajouté, dans une interview publiée par le China Daily, que le groupe négocie avec des compagnies chinoises un rééchelonnement des paiements.

A ce tarissement de la demande, s'est superposée la brouille politique. Fin novembre, afin de protester contre la rencontre prévue entre Nicolas Sarkozy et le dalaï lama, le Premier ministre chinois Wen Jiabao avait reporté un sommet avec l'Union européenne, initialement prévu pour le 1er décembre.

La finalisation d'une commande chinoise à Airbus, signée un an auparavant, avait elle aussi été repoussée. Les négociations étaient toutefois « en bonne voie » selon le groupe, qui s'était alors montré confiant. Un porte-parole de l'avionneur déclarait à l'Agence France Presse :

« Airbus n'a aucune raison de craindre une annulation de la commande. Il n'y a aucun signe dans cette direction. Les relations entre Airbus et l'industrie aéronautique chinoise sont excellentes. La visite du Premier ministre a été reportée. Aussitôt qu'elle aura lieu, les détails et la ventilation de la commande (la répartition des avions entre compagnies, ndlr) seront finalisés. »

Wen Jiabao est finalement venu en Europe, la dernière semaine de janvier, mais il a soigneusement contourné la France. La commande d'Airbus, elle, n'a toujours pas été finalisée. Mais le groupe n'a pas perdu de son optimisme. Interrogé par Aujourd'hui la Chine, Robin Tao, responsable de la communication d'Airbus à Pékin, a expliqué que « les négociations se déroulent bien pour les vingt avions restant » et n'a pas souhaité donner plus de détails sur le sujet.

Il faut dire que les entreprises françaises sont pour le moins réticentes à évoquer les difficultés qu'elles peuvent rencontrer dans l'Empire du Milieu, peut-être par crainte que cela ne pèse un peu plus sur une situation déjà complexe. L'impact de la brouille politique sur les échanges économiques entre la France et la Chine, c'est un peu l'Arlésienne : tout le monde en entend parler, mais, officiellement, personne ne l'a jamais vue. D'une manière générale, les entreprises françaises en Chine contactées sont muettes sur le sujet.

Silence sur le contrat du siècle d'Areva

Nous avons par exemple souhaité savoir si l'application du « contrat du siècle » d'Areva, signé fin novembre 2007 lors d'une visite de Nicolas Sarkozy et prévoyant la construction de deux réacteurs nucléaires de troisième génération EPR avec un groupe du Guangdong, n'avait pas souffert de la crise diplomatique. Le service de communication du groupe en Chine n'a pas trouvé de responsable disponible pour répondre à nos questions.

L'annonce récente d'un gigantesque plan de relance chinois de 4000 milliards de yuans (455 milliards d'euros), et notamment d'investissements dans les infrastructures, suscite pourtant l'espoir des entreprises. Là encore, il faudra s'assurer que les entreprises françaises, et étrangères en général, pourront en bénéficier. Car en Chine comme ailleurs, la tentation du protectionnisme et de la préférence nationale est grande en temps de crise.

Début janvier, dans une interview au Financial Times, le président d'Alstom Transport avait fustigé la fermeture du très porteur marché chinois aux entreprises étrangères et appelé les pays occidentaux à se fermer aux groupes chinois en réponse. Philippe Mellier avait déclaré :

« Comme nous nous y attendions, le marché se ferme progressivement pour laisser les entreprises chinoises prospérer. Si le marché se ferme aujourd'hui, nous ne pensons pas que ce soit une bonne idée que les autres pays ouvrent leurs marchés à une telle technologie parce qu'il n'y a plus de réciprocité. »

Ce n'est pourtant pas une entreprise chinoise mais allemande qui vient de voler la vedette à Alstom. Siemens a annoncé vendredi 20 mars avoir remporté un contrat pour la vente de 100 trains à grande vitesse pour assurer la liaison entre Pékin et Shanghai en seulement quatre heures. Dernière conséquence de l'impact des relations politiques sur l'attribution de marchés publics ou simple considération technique ? Alstom était donné favori pour ce marché depuis des années…

Nicolas Sarkozy n'aura pas l'occasion de clarifier la situation dans quelques jours, à Londres, où il croisera le numéro un chinois Hu Jintao au sommet du G20. Aucune rencontre bilatérale n'a été prévue à ce stade entre les deux chefs d'Etat.

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Photo : une employée devant la chaine d'assemblage d'Airbus à Tianjin, en Chine, en septembre 2008 (Reuters).

7 commentaires sélectionnés

Portrait de groche

De groche

chef de produit | 12H02 | 24/03/2009 | Permalien

Voila 13 commentaires plus débiles les uns que les autres ….
la gauche s'est ingéniée à nous faire brouiller avec les Chinois par snobisme intellectuel , tout en soit disant , défendant les droits de l'homme ! Quelle utopie , cela ne sert strictement à rien et nous avons besoin des Chinois , comme ils ont besoin de nous .
Quand les « go-go “ de Français auront compris cela …La remarque inappropriée de Pierre Bergé au moment de la vente des bronzes chinois a fait plus de mal aux relations franco-chinoises que tout le reste : cessons de donner des leçons à la terre entiére et balayons devant notre porte .

Portrait de Ming_xuan

De Ming_xuan

Traducteur spécialisé | 14H46 | 24/03/2009 | Permalien

Le problème avec vous et bon nombre de ceux qui commentent ici, c'est moins votre opinion que votre ignorance totale de ce qui touche à la Chine et aux Chinois… Le manichéisme n'amène jamais rien de bon et la question du Tibet est plus complexe que ce que les propagandes occidentale et chinoise ne voudraient le faire croire mais là n'est pas le sujet.
Il n'est pas sûr que la personne que vous critiquez ici entende comme vous semblez le faire mettre dans le même sac peuple chinois et gouvernement chinois, il est vrai que les Chinois ont besoin de nous pour travailler et vivre, leur économie étant très largement tournée vers l'exportation. Les boycotts évoqués par certains sont non seulement impossibles, mais au lieu de toucher le gouvernement chinois, de telles actions toucheraient les plus faibles- mingong et autres ouvriers non-qualifiés.

Portrait de Yago

De Yago

15H30 | 24/03/2009 | Permalien

Il fallait s'y attendre mais il ne faut pas se leurrer. Les quelques manifestations pro-tibétaine inappropriés et le chantage droit-de-l'hommiste de nos politiques ne sont qu'un piètre alibi. Delanoe et Sarkozy ainsi que les manifestants de mai ne sont pas plus responsable que ce pauvre Pierre Bergé, lui qui en digne soutien de Royal s'est laissé aller à jouer la cruche de terre contre la cruche de fer.
Les Chinois cherchent à s'attaquer à l'Europe et la cible idéale car ni socialiste, ni libérale, ni patriote ni ouverte (nini). « Toujours à la limite de la guerre civile » comme le dit ce philosophe dont le nom m'échappe (Sloterdjik ? ).
Je n'ai pas la compétence pour le prouver mais je suis certain que cette stigmatisation a un lien avec la Françafrique au delà de l'UE.
Sinon pourquoi ce silence sur l'Espagne, l'Italie l'Allemagne.
Je suis Français et je détesterais voir Sarkozy ramper aux pieds des dirigeants chinois tout comme je déteste que mon pays brandisse les droits de l'homme comme un totem. C'est insultant pour les opprimeurs et les opprimés que nous sommes. Sans parler des autres.

Portrait de John-Ashcroft

De John-Ashcroft

Enseignant | 16H08 | 24/03/2009 | Permalien

Je ne suis pas Français, mais une question me titille depuis quelques temps : pourquoi est-ce que c'est toujours la France qui ramasse ? Lorsque la France et l'Allemagne ont décidé de ne pas suivre les Amerluches en Irak, la France ramasse. Lorsque partout dans le monde, en Allemagne, au Japon, aux Etats-Unis, etc… les gens manifestent au passage de la flamme olympique… et bien non ma bonne dame… c'est la France qui ramasse.

Alors oui on peut parler d'Airbus, d'antisémitisme, de Sarkozy, de Freedom Fries ou de Taiwan, je ne pense pas qu'il faille chercher si loin. M'est avis que la France a de la peine à se faire de amis, et surtout à les garder. Si quelqu'un a une idée sur la question, qu'il ou elle m'éclaire.

Portrait de kebra

De kebra

Bisounours killa | 17H00 | 24/03/2009 | Permalien

Vous êtes sans doute banquier à la HSBC et vous avez quel numéro de carte au PCC ? Je constate que la Netsquad de l'empire de la merderie est toujours très réactive, il y a toujours un petit soldat du communisme capitalisé qui veille au grain, bref vous êtes amusant dans votre propagande bas de gamme.

Parce que je ne vois pas où se situe mon ignorance de la magouille entre les oligarques chinois et les géants de la grande distribution et de la consommation de produits inutiles et foireux, je peux remplir des pages d'exemples que vous ne lirez pas, sûr de vos convictions. Je n'ignore rien du travail forcé, des salaires non payés, des prestataires arnaqués ou copiés, de la police politique, de la guerre aux drogués, de la répression des minorités et de la corruption totale des dirigeants.

Je ne désinforme en rien quand j'évoque la guerre franco-chinoise pour les ressources de l'Afrique mais aussi de l'Amérique du Sud. Pas plus quand j'évoque les guerillas séparatistes et les dissidents politiques et économiques qui s'expriment par les pétitions. Ou encore sur les centaines de milliers de clandestins chinois en France, je suis gentil de ne pas avoir évoqué le rôle des triades et des apparatchiks du PCC dans cette esclavage moderne.

Je suis un défenseur de l'économie en circuit court, de l'artisanat, du spécialiste des produits de qualité, de la réparation et l'entretien des machines construites pour durer, de l'autoproduction, je ne vois donc rien à envier dans la production chinoise depuis le dernier empereur, je vois ce qu'elle coûte au monde et la perte fatale dans laquelle ce modèle nous entraîne.

Mais je suis aussi assez éclairé en économie politique pour détecter les faiblesses structurelles de la Chine et ne pas m'allonger soumis devant un tigre de papier, le système porté à bout de bras par le PCC ne me convient pas, je serais donc très heureux si notre conflit avec la Chine nous amène à la modifier. Loin d'être un coup mortel, cela serait alors un coup de pied au cul très salvateur. Et je ne remercierais jamais assez nos amis chinois de nous l'avoir porté !

Portrait de Rozven

De Rozven

Fa guo ren in Hong-Kong | 02H49 | 25/03/2009 | Permalien

En tant que français vivant à HGK et voyageant souvent in mainland China, je peux vous dire que les français bénéficient d'un avantage d'image énorme grâce à la Révolution Française et notre Histoire mais aussi au luxe, à notre culture et à la bonne bouffe.
Les chinois en général en connaissent plus sur notre pays que sur l'Allemagne ou l'Angleterre par exemple. Par contre côté contrat, ce sont eux (avec les USA) qui en signent plus que nous.
Par contre des provocations du type vente aux enchères à Paris d'objets volés en Chine, avec une décision d'un tribunal français pour valider la vente, cela ne passe pas facilement car les chinois pensent que les tribunaux obéissent aux ordres du gouvernement.
Croyez-moi cette histoire de bronzes volés lors du sac du palais d'été en 1860 a fait autant de mal que toutes les déclarations de Sarko sur le Tibet. Presque autant que le passage de la Flamme olympique à Paris.
Les Chinois sont fiers de leur pays et l'idée que l'on ne rende pas des objets volés les révolte. Imaginez que les allemands aient gardé des chefs d'oeuvres pris au Louvre en 1940.
Ce n'est pas en se figeant dans des attitudes de principe que l'on améliorera les relations avec nos amis chinois. Ils comptent aujourd'hui et compteront demain encore plus. Créons des ponts entre nos cultures, multiplions les échanges et respectons-les, nous serons tous gagnants sans avoir à s'humilier en envoyant Raffarin pour s'excuser.

Portrait de Pas lolo

De Pas lolo

fasciné | 06H18 | 25/03/2009 | Permalien

Pour le « contrat du siècle » de AREVA, pas besoin d'un porte parole.

« En novembre 2007, AREVA a conclu un partenariat historique dans le nucléaire civil avec l'électricien chinois China Guangdong Nuclear Power Corporation (CGNPC). AREVA construira 2 îlots nucléaires EPR avec CGNPC et fournira l'ensemble des matières et services nécessaires à leur fonctionnement pendant 15 ans. “

http://www.areva.com/servlet/operations/nuclearpower/reactors&services_d…

Plus récent :

‘La cérémonie de lancement des travaux de terrassement s'est déroulée le 26 août dernier sur le site de Taishan en présence de M. Huang Huahua, gouverneur de la province du Guangdong et de M. Qian Zhiming, président de China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC).’

http://www.areva.com/servlet/vdg_09_09_2008-c-AroundUs-cid-1220889664434…

Serait ce un chantier fantôme ? Un complot ?

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