15/02/2009 à 16h38

Le Chinois Yan Pei-Ming donne un coup de vieux à la Joconde

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


La Joconde de Ming dans son atelier d'Ivry (Pierre Haski/Rue89)

Il existe, dans le sud de la Chine, un immense atelier où des milliers de peintres recopient des toîles de maître qui sont vendues quelques yuans pour décorer des salles de restaurant ou des bureaux. Leur sujet favori : la Joconde.

Yan Pei-Ming, le plus Français des artistes chinois, s'est lui aussi attaqué à la belle Monna Lisa, mais à sa manière, et en allant accrocher sa version à quelques mètres de l'original, au musée du Louvre...

Avec son exposition « Les Funérailles de Monna Lisa », Yan Pei-Ming entre de son vivant au Louvre, une sorte de consécration pour le jeune étudiant arrivé en France en 1980, à l'âge de 20 ans, ayant travaillé dans des restaurants avant de pouvoir suivre les cours des beaux-arts de Dijon où il vit toujours.

Et, au passage, avec cette Mona Lisa géante, peinte en gris et blanc quand toutes les toîles classiques autour sont en couleur, il décoiffe sérieusement la « vraie » Monna Lisa. Cette dernière est il est vrai un peu engoncée dans son nouvel environnement, protégée par une vitre et maintenue à distance de la meute des touristes japonais qui n'ont d'yeux que pour elle dans l'offre gigantesque du Louvre.


La Joconde de Yan Pei-Ming accrochée au Louvre (Pierre Haski/Rue89)

J'avais rendu visite à « Ming », comme tout le monde l'appelle dans le milieu de l'art, dans son immense atelier d'Ivry-sur-Seine, une ancienne usine à la mesure de ses toîles, alors qu'il préparait son expo du Louvre.

Les cinq peintures géantes étaient alignées, et Ming expliquait avec de grands gestes, cigare à la main, ce que ça donnerait dans le salon Denon du Louvre, à quelques mètres de la Joconde de Léonard de Vinci.


Ming et sa Joconde dans son atelier d'Ivry (Pierre Haski/Rue89)

Au centre, la Joconde, sur trois mètres de hauteur, peinte à grands coups de brosse furieux qui sont la signature de ce portraitiste -ou plutôt, selon l'expression de Jean-Paul Gavard-Perret, un anti-portraitiste- prolifique, qui a déjà signé des dizaines de visages d'anonymes ou de personnages célèbres.

Parmi ceux-ci, un certain Dominique de Villepin, ce qui avait fait quelque bruit lors de l'expo « La force de l'art » en plein mouvement anti-CPE en 2006. Ou encore le serial killer Emile Louis dans la même expo, qui avait également provoqué des remous.

Mais la Joconde n'est pas seule : pour l'accompagner dans ses « funérailles » symboliques, le propre père de Ming, mort il y a quelques années et auquel il avait déjà consacré une première exposition à Shanghaï :

« Je fais accompagner la Joconde de mon père mort, qui devient éternel. Je le fais entrer au Louvre. »

Et... un autopotrait de l'artiste en gisant.

Ming et son autoportrait mort dans son atelier d'Ivry (Pierre Haski/Rue89)

Dans sa confrontation avec les grands tableaux de l'histoire de l'art, Yan Pei-Ming ne s'arrête pas là : dans son atelier d'Ivry, nous avons pu avoir une avant-première d'une toîle qui sera prochainement exposée au Musée du Prado à Madrid.

C'est un remake du « Tres de Mayo » de Francisco Goya, qui met en scène des soldats français exécutant des Madrilènes en 1808, en représailles contre la mort d'hommes de Napoléon dans des émeutes.


Le Goya de Ming, dans son atelier d'Ivry (Pierre Haski/Rue89)

Ce faisant, Ming s'inscrit dans un genre qui a inspiré plusieurs générations d'artistes : Edouard Manet a peint en 1867 « L'Exécution de Maximilien » en référence à l'exécution de Maximilien de Habsbourg par un peloton d'exécution républicain à Mexico, en s'inspirant directement de la toîle de Goya. Et, plus d'un siècle plus tard, le Chinois Yue Minjun a réalisé « Execution », inspiré par la répression du mouvement démocratique de la place Tiananmen en 1989.

A bientôt 50 ans, Yan Pei-Ming obtient la reconnaissance de ses années de travail, d'un perfectionnement de son art façonné entre France et Chine.

Avec cette expo du Louvre, la France va découvrir l'oeuvre d'un artiste encore peu connu du grand public, et va découvrir aussi qu'il existe une « école française » de l'art contemporain chinois, car, au-delà de Ming, il ne faut pas oublier Huang Yongping, qui a représenté la France à Venise en 2000, Wang Du, ou encore Chen Zhen, aujourd'hui décédé.

► Les funérailles de Monna Lisa.exposition de Yan Pei-Ming au musée du Louvre, Paris Ier - tlj sauf le mar. de 9h à 18h, jusqu'à 22h mer et ven - 6€/9€ - catalogue Yan Pei-Ming, 64 pages, éd. Louvre/Beaux-Arts de Paris.

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Le site officiel de Yan Pei-Ming, sur yanpeiming.com/
Yan Pei-Ming ou l'anti-portrait. Par Jean-Paul Gavard-Perret, sur arts-up.info

Photos : La Joconde de Ming dans son atelier d'Ivry, la même accrochée au Louvre, Ming posant devant sa Monna Lisa dans son atelier, le mêle devant son autoportrait mortuaire, son Goya toujours dans son atelier (Pierre Haski/Rue89).

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  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 17h29 le 15/02/2009
    • Internaute
      actif et militant ?

    D'autres lui ont déjà fait une jeunesse

    Lien

  • pikasso02
    • Posté à 19h03 le 15/02/2009

    Imiter une oeuvre du passé jusqu'à l'obtention d'une copie presque parfaite, réduite ou agrandie n'est pas se comporter en artiste.Les oeuvres de Yan Pei-Ming ne sont pas des interprétations comme chez Picasso, mais de simples copies. Quel dommage que nous manquions de critiques d'art en peinture. Nous entendrions au moins deux sons de cloche. Il est vrai qu'aujourd'hui tout peut devenir le support d'une pensée. Pourquoi pas des copies ! Apparemment ce peintre a réussi son coup. Quand les peintres imitatifs comprendront-ils qu'ils perdent leur temps et pendant ce temps là Picasso reste inconnu. Le confronter à Bacon ! ! Nous savons par Bacon comment l'art lui a été révélé. Par les oeuvres de Picasso à la fin des années 20. En confrontant les oeuvres de Bacon à celles de Picasso, la source est indéniable. Triste époque que la nôtre

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 19h28 le 15/02/2009
    • Internaute
      D'actualité, de dessin surtout

    On peut faire ce qu'on veut de la Joconde parce que c'est un chef d'oeuvre absolu.

  • Hippopotable
    Hippopotable répond à pikasso02
    Honnête homme
    • Posté à 22h22 le 15/02/2009
    • Internaute
      Honnête homme

    Mais si, c'est une interprétation !
    Et puis, Picasso inconnu, c'est une remarque plutôt cocasse.

  • virginie78
    • Posté à 23h45 le 15/02/2009

    cela dit, çà me fait mal au cœur de voir la Joconde ainsi. Suis-je trop conservatrice ?

  • aimable
    aimable
    plasticien
    • Posté à 07h15 le 16/02/2009
    • Internaute
      plasticien

    Gonfler Ming, dans le genre sujet casse gueule il n'y avait pas mieux ..., mais s'en tire plutot bien.
    Pour les grincheux, les gnans gnans, vieille france loden et chignon... heureux que Ming soit au Louvre ( comme avant lui Jan Fabre et d'autres), c'est un peu vite oublié que les collections du Louvre furent à l'origine constituées d'oeuvres contemporaines !
    Et Vlan ! ! Oui... une sorte de FNAC ( Fonds national d'art contamporain)
    Belle Journée à tous et particulièrement à Ming

  • Fluo
    • Posté à 13h18 le 16/02/2009
    • Internaute

    Depuis lascaux l'art n'est que copie ou reproduction
    mutatis mutandis : -) ...
    Ming à du talent voilà tout

  • gweilo
    gweilo
    (Autre)
    • Posté à 13h28 le 16/02/2009
    • Internaute
      (Autre)

    Dire que Ming est un peintre imitatif est une erreur.
    Il est avant tout un portraitiste de génie, avec une technique bien à lui (il lacère littéralement ses toiles).

    Cette œuvre est plutôt à contre courant de son travail habituel. Bien qu'utilisant sa technique de lacération pour la majeure partie du tableau, certaines partie de la Joconde son peintes finement (visages et main).

    Le plus impressionnant des tableaux est le portrait de son père (qui est l'un des modèles récurrent de Ming, avec Mao), dont le regard est impressionnant (voire énigmatique pour rester dans le thème Joconde)