
Mian Mian de Shanghaï, atteinte du virus de « Panda Sex »
On avait connu Mian Mian à Shanghaï, reine des nuits de la métropole de la côte Est chinoise, chez elle dans les galeries d'art contemporain, les cantines populaires ou les bars luxueux. On la retrouve à Paris, devenue bouddhiste, ayant troqué l'alcool et le tabac contre du chocolat aux noisettes, et atteinte par le terrible virus de « Panda Sex », le titre de son dernier roman.
Le panda, qui donne son nom à ce « virus » inventé par Mian Mian, est ce gros nounours blanc et noir de l'ouest de la Chine, qui a un handicap majeur : il n'a d'appétit sexuel que deux fois par an en moyenne, ce qui pose problème quand on est une espèce menacée.
Les vétérinaires dans le Sichuan ont tout tenté, viagra, films porno… Rien n'y fait, le panda et la libido, ça fait deux (je sens que je quitte Chinatown pour entrer chez Camille…).
Mian Mian en fait la métaphore de sa vie amoureuse, de sa vie tout court. Dans son premier roman, « Les bonbons chinois » (L'Olivier, 2001), interdit en Chine, Mian Mian était apparue comme l'égérie d'une frange de la jeunesse chinoise post-maoïste qui s'est engouffrée dans la brèche des réformes économiques pour explorer les terrains plus aventureux du sexe, des drogues, de l'alcool, de la marge de la société.
Huit ans plus tard, ces jeunes de la première génération de l'ère néocapitaliste se sont brûlés les doigts. « Panda Sex », le deuxième roman de Mian Mian, considérablement révisé par rapport à sa première édition chinoise, est le récit chaotique de l'échec, de la désillusion, de l'impasse. D'abord celle du couple, de l'amour, du sexe. Mian Mian s'explique :
« Plus il y a d'amour, moins il y a de désir. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a plus de désir, mais on ne peut plus faire l'amour si on s'aime vraiment. Moi, j'aimais faire l'amour avec des touristes, avec des visiteurs étrangers, sans lendemain.
“Je ne peux pas dire que je me suis brûlée. J'ai touché aux drogues, j'ai été sauvage. C'était ma manière de chercher la vérité. J'ai changé de méthode. C'est dans le bouddhisme que je la cherche aujourd'hui, non pas en tant que religion, mais comme un moyen spirituel de chercher la vérité en moi. Nous vivions à court terme, sans savoir ce que nous voulions. Maintenant je sais… un peu.”
Un discours pas totalement surprenant dans cette Chine en transition accélérée, qui sait qu'elle vise à marche forcée la richesse et la puissance, mais sans trop savoir avec quel modèle de société, quels repères, quelles valeurs entre discours communiste et réalité matérialiste.
Le bouddhisme et le confucianisme ont ainsi fait un retour en force, mais pas seulement : les religions chrétiennes aussi, offrant un cadre rassurant à des pans de société désemparés par les changements trop brutaux.
La génération montante, celle de l'enfant unique
Assagie, moins pressée, Mian Mian reste un personnage qui n'entre dans aucune case préétablie dans ce Shanghaï du XXIe siècle, en plein chantier pour préparer son expo universelle de 2010, et qui finit par se prendre trop au sérieux. Elle est elle-même en passe d'être dépassée par la génération montante, celle d'Internet, de l'enfant unique, de la solitude.
Lorsque “bonbons chinois” était sorti, en 2001, un excellent marketing avait vendu l'idée d'une génération de jeunes et belles écrivaines shanghaïennes. La bulle s'est vite dégonflée, et Mian Mian attire finalement plus comme personnage emblématique d'une frange marginale de la société chinoise, que pour un talent littéraire hésitant. Comme dans “bonbons chinois”, Mian Mian témoigne, à sa manière, d'une Chine déboussolée.
Dans un commentaire laissé sous l'annonce de la rencontre de Mian Mian et du public parisien, un Riverain de Rue89, Mokarider, se souvient de “bonbons chinois” et de l'effet de mode qui avait entouré sa sortie :
“Une trace documentaire intéressante, mais une écriture mièvre et pompeuse à mon avis. (…) Mian Mian s'en sort très bien dans son rôle d'icône de l'underground chinois, inutile de plâtrer l'image en en faisant quelque chose qu'elle n'est pas…”
Et de conclure :
“Je vais de ce pas finir mon Mo Yan, un des rares auteurs chinois qui ne me donne pas envie de dormir après cinq minutes.”
On ne le démentira pas sur ce point. Mo Yan ou Yu Hua, dont Rue89, grâce aux articles de Bertrand Mialaret, a longuement évoqué les derniers romans, restent inégalés en Chine.
Mais à côté de ces monstres sacrés de la littérature chinoise, Mian Mian a sa place, comme témoin des errances, des expériences, des tourments d'une partie de la jeunesse urbaine encore très mal connue à l'extérieur de la Chine.
► “Panda Sex” de Mian Mian, traduit du chinois par Sylvie Gentil (ed. Au Diable Vauvert, jan. 2009. 183pp., 17€)
Photos : Mian Mian à Paris, janvier 2009 (P.Haski/Rue89) ; sculpture sur une façade de Shanghaï (P.Haski/Rue89)
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De Camille
Mauvais genre | 16H28 | 18/01/2009 |
Effectivement, le jour où vous sortez du panda sex passez donc rue69… mais l'abstinence ou ces sexualités « ponctuelles » existent aussi en Europe (sans le terme de panda sex que j'aime beaucoup) et je compte interviewer prochainement des chercheurs qui travaillent sur le sujet… Si ça se trouve, il n'y a pas qu'en Chine que les modèles se transforment…
De april
étudiante | 16H52 | 18/01/2009 |
Son premier roman, « Les bonbons chinois » (L'Olivier, 2001), interdit en Chine.
Vous êtes sûr ?
Elle a publié en 2000 son premier roman en Chine, « 糖“(=candy).
Interdit ?
Elle en a écrit une autre version, ‘中国糖(=chinese candy), pour être interdit en Chine puis sorti en France ?
De jyeden
khmer vert ( age des caverne, pierr... | 18H19 | 18/01/2009 |
compte tenu des avortements selectifs pratiqués en Chine, son prochain roman pourra s'appeler « la veuve poignée »
la démographie est une bombe à retardement ultra rapide
on a peine le temps de se retourner que vingt ans sont déjà passé et que les petites filles qui ne sont pas nées il y a vingt ans (et plus) sont les jeunes filles qui ne sont pas là pour les chinois en age de former des couples
dramatique retour à la realité
les chinois seront vieux avant d'etre riches ! ! ! !
la 3ème « puissance “ economique n'est qu'un tigre de papier (ou un colosse aux pieds d'argile, je vous laisse chosir l'image)
au revoir la Chine, au revoir la Chine , au revoir
à jyeden
De anini
enseignante | 19H25 | 18/01/2009 |
C » est sûr , les politiques sélectives chinoises et hindoues vont poser des problèmes d'ici peu aux populations !
De Bobenko
Musicien compositeur | 18H47 | 18/01/2009 |
Vous n'avez rien d'autre à faire que de parler de cette naze ?
Franchement la presse ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
Heureusement, nous reste le Sarkophage, Siné Hebdo et le Canard.
Faites preuve d'imagination, parlez de ce qui est important à défendre pour une démocratie.
Vous faites de la fausse presse.
Fallait rester à Libé les gars.
à Bobenko
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 19H45 | 18/01/2009 |
Si on ne vous parlait que de Mian Mian, je comprendrais votre critique. Mais vous admettrez que ce n'est pas le cas, même sur un sujet aussi pointu que la littérature chinoise. Alors acceptez un peu de diversité, ça aide aussi à comprendre le monde.
à Pierre Haski
De Chansommairus
bipède | 18H11 | 19/01/2009 |
Bonsoir, je partage votre point de vue. je profite de l'occasion pour vous demander deux choses :
la première de mettre si possible les noms d'auteurs et les titres des articles en chinois simplifié, cela fait gagné du temps quand on veut aller sur un site chinois.
La seconde, vous avez parlé de la charte des « j'ai oublié le numéro » des protestataires chinois, pouvez-vous me donner un moyen d'obtenir ce document en chinois.
merci beaucoup.
De anini
enseignante | 19H20 | 18/01/2009 |
Notre Françoise Sagan à nous version chinoise ?
De puresonic
Contempteur irascible | 01H44 | 19/01/2009 |
C'est quoi l'image d'illustration d'inspiration christique ? ? ?
Rue 89 essaie encore de nous vendre du « bon dieu » ? ?
à puresonic
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 09H28 | 19/01/2009 |
Un bon dieu féminin, ça serait nouveau et intéressant ! Non, c'est une fresque mural plus ou moins art deco sur une façade d'immeuble de Shanghaï, la ville dont Mian Mian dit qu'elle est « une femme ». Kitsch à souhait.
De latypik
01H55 | 19/01/2009 |
Pas d'accord ! Je me souviens de ma lecture des Bonbons comme d'une vraie expérience littéraire. Le thème est classique mais son environnement chinois le rend ethnographiquement très intéressant. Dans la veine de Millenium Mambo (le film de Hou Hsiao Hsien), il est un cliché juste de la jeunesse chinoise des années 2000.
Et puis surtout il y a le style ! Quel style ! Un vrai sens des mots, qui rend l'exploration des sentiments de cette génération désenchantée encore plus intense et captivante.
Comme ces artistes de rock qui ont un jour écrit une chanson culte, le livre de Mian Mian, les bonbons, deviendra avec le temps le symbole de toute une époque.
à latypik
De Addie
21H52 | 19/01/2009 |
symbole d'une époque ? aïe !
j'espère que ni le cul-cul la praline bonbons ni le poseur millenium mambo ne seront ce qui restera des années 2000 !
pour ma part, je ne retrouve pas la jeunesse chinoise dans ces films/livres en mal d'occident (ni dans « jeunesse chinoise », d'ailleurs).
peut-être suis-je trop à la recherche d'une chine politique, millénaire, paysanne, mais vraiment moi aussi, je suis plus passionnée par mo yan ou au ciné jia zhang ke.
pour l'instant, la voix des jeunes me parlent moins, au cinéma, dans les livres, que celle des plus vieux. j'aimerais bien découvrir de jeunes auteurs et cinéastes étonnants. Pas mian mian la sucrette.
De vol19
awash | 13H34 | 19/01/2009 |
La teneur de mon post ne plaira pas sur rue89 mais c'est pourtant que cet article m'évoque et me donne envie d'écrire… Il semble que sur ce sujet, la sexualité ou l'asexualité et partir du cas et de l'histoire très particulière de la Chine (que François Jullien a caractérisé de L'Autre de l'occident)… on observe des convergences avec des mouvements qui se passent ailleurs.
Il y a trois quatre ans différentes articles de presse ont relayé un mouvement qui prennait corps, se structurait celui du mouvement « asexuel », qui revendique de vivre sans pratiques sexuelles.
Finalement, c'est intéressant, tous ces mouvements des quarantes dernières années qui ont visé à libérer la sexualité de la procréation, du couple, des normes sociales, des fantasmes etc… l'exaltation du plaisir pour oublier la souffrance et certains disent… pour accéder à la puissance (donc la richesse, la production), semble se heurter, certes tout le monde n'est pas d'accord, au fait que le principe du plaisir ne fait pas le désir qui, lui inconscient, échappe à tout ce que l'on voudrait formater.
Le surmoi « jouissant » de notre société de ces dernières années en est exemple. Qui ne jouit pas est un crétin, un emmerdeur, un « égoiste », et a tôt fait de se faire jetter… Au travail, c'est quand même ennuyeux…
Mais de quelle jouissance parle t-on ? Celle du « sexe sans relation », dans laquelle (pou l'avoir lu) il y aurait davantage d'intimité à aller au cinéma avec quelqu'un que dans d'une pratique sexuelle. Sans doute est-ce révélateur sur l'altérité de notre époque entre… dépendance/peur de la dépendance, fusion/ peur de la fusion, abandon /peur de l'abandon, humiliation/peur de humiliation, domination/soumission, absences de limites/ obscessions normatives, intimité/ mise dans l'espace public de l'intime, séduction/rejet, coprs/psyché, soi/autrui…
La levé du refoulement, la mise dans l'espace public de l'intime, l'injonction de jouissance ont-ils mené l'homme post moderne plus sociable, plus heureux, plus… (dans quoi d'ailleurs ? ) dans le mouvement de la société ?
Pour l'homme postmoderne placé sous antidépresseurs, pour certains produits, le problème est résolu, de libido, il n'y aura plus.
A une époque ou l'on commence par se questionner sur la manière dont le capitalisme capte la libido « pour consommer », on pourait aussi se questionner si cette « société du spectacle » et médias ou « l'information est devenu un spectacle » si au fond la jouissance, la sexualité n'était pas devenu aussi « imaginaire leurrant », même « spectacle »… Et c'est forcément mieux que les drames familiaux qui ont eu court dans les siècles précédents et il n'y a pas si longtemps… mais a t-on pour autant trouvé la bonne formule si tenté qu'il y en ait une ?
Qui questionne aussi comment « être dans le monde » avec autrui ? explorations de limites, ou inventions de liens et cadres ? ….
Ou je sens que çà ne va pas plaire ?
Intéressant le film sur Libé à Rennes hier, sur ce sujet…
à vol19
De Etoile polaire
Bipolaire | 10H47 | 20/01/2009 |
Au contraire, je trouve votre diagnostique en forme d'hypothèse fort intéressant et complètement dans le sujet de l'article.
Vous semblez particulièrement méfiant vis-à-vis des « imaginaires leurrants » et c'est ce qui vous donne ce recul que j'apprécie beaucoup. Cela dit, vos propos qui « valent pour les autres », et toujours sous forme de questions heureusement, peuvent être posées de façon plus personnelle. Je veux dire, quand vous tombez amoureux ou éprouvez du désir, vous posez-vous encore la question de l'imaginaire leurrant ou fermez-vous les volets (imaginaires ! ) ? Je pense que pour les autres, c'est pareil.
Les personnes qui pratiquent le no-sex, ou qui ne s'obligent pas à des relations de mauvaise qualité, ne sont-elles pas en fin de compte plus libres que celles qui redoutent les critiques des proches sur la normalité ou l'anormalité de leur conduite ?
Serait-ce la nouvelle donne libertaire, la rebellion cachée sous un nouveau visage, un 68 à l'envers ? ! ! 89 dites-vous ?
Oui 69 a vécu… il est sans doute à réinventer.
De Mokarider
12H53 | 20/01/2009 |
Hé hé, je me sens flatté de voir mon commentaire cité…
Si vous voulez entrer un peu plus dans la vie de Mian Mian, vous pouvez écouter la musique de Zu Xiao Zuzhou http://www.zuoxiaozuzhou.com/
un espèce de Tom Waits chinois, c'est lui l'amant qui est décrit dans le premier roman.
Je pense que Coco Zhao, un chanteur travesti à ses heures a aussi fait des apparitions dans les bouquins de Mian Mian :
http://www.myspace.com/cocozhao
L'héroïne a cassé la voix de Mian Mian, l'écriture a pris le relais…