Barthes, barbé par la Chine de Mao mais muet sur ses doutes

Le musée de la Révolution culturelle à Chengdu (Pierre Haski/Rue89)

Couverture du magazine littéraire (DR) C'est l'histoire d'un des voyages les plus extravagants de l'intelligentsia française de l'après-guerre : une plongée complaisante dans la Chine maoïste des années 70 par les animateurs de la revue Tel Quel.

Un pan des coulisses de ce voyage est levé avec la publication posthume des carnets de voyage de l'un des participants, Roland Barthes, dans lequel on découvre à quel point le célèbre écrivain et sémiologue s'était … ennuyé !

Le Magazine littéraire de janvier publie les bonnes feuilles de ces Carnets -montrés au public dans la grande expo Barthes au Centre Pompidou en 2003, et à paraître le mois prochain chez Christian Bourgois.

Les textes sont accompagnés d'une interview du principal « acteur » de ce voyage initiatique en Chine maoïste de 1974, Philippe Sollers, l'animateur de la revue Tel Quel.

Ce voyage organisé à l'initiative de l'équipe de Tel Quel, marqua la rupture de cette revue intellectuelle avec le Parti communiste français, et son choix de l'option maoïste embrassé avec enthousiasme et messianisme.

L'expédition entraîna donc Philippe Sollers et son épouse Julia Kristeva, Roland Barthes, le poète et romancier Marcelin Pleynet, et le philosophe François Wahl. Le psychanalyste Jacques Lacan devait être du voyage, mais se désista pour ne pas avoir à en disputer la vedette à Sollers…

Couverture de 'Au pays de l'avenir radieux' (DR) S'ils peuvent sembler dérisoires et pathétiques vus aujourd'hui, les échos des clameurs de l'époque sont à replacer dans un contexte dans lequel la « question communiste » était encore au coeur de la vie politique française, où la parole des intellectuels recueillait un écho qu'elle n'a plus guère.

Un temps où, enfin, le voyage en terre révolutionnaire était un genre littéraire maintes fois éprouvé, d'André Gide en URSS à Simone de Beauvoir en Chine… . On lira à ce sujet « Au pays de l'avenir radieux, voyage des intellectuels français en URSS, à Cuba et en Chine populaire » de François Hourmant (éd. Aubier, 2000à.

Le thé vert plutôt que l'idéologie

Quatre jours après son arrivée en Chine, Roland Barthes note ses états d'âme dans son journal, alors qu'un officiel maoïste leur assène un discours stéréotypé :

« Speech mortel, comparaison passé/présent. Je regarde mon verre de thé : les feuilles vertes se sont largement épanouies et forment toute une épaisseur au fond du verre. Mais le thé est très léger, insipide, à peine une tisane, c'est de l'eau chaude. »

Aller jusqu'en Chine pour ça ! La suite ne s'arrange pas. Après deux semaines à sillonner la Chine, de commune populaire en usine modèle, il note :

« Le soir : très fatigué et découragé. Sentiment : j'en ai plein le dos y compris des conversations entre nous ».

Roland Barthes n'est pas dupe de ce qui se déroule autour de lui, et surtout, en pleine révolution culturelle et campagne anti-Confucius et anti Lin Piao (« Pi Lin, Pi Kong »), sur son incapacité à dépasser la façade policée qu'on veut bien lui présenter :

« Le fait incontestable : le verrouillage complet de l'information, de toute l'information, de la politique au sexe. Le plus étonnant est que ce verrouillage soit réussi, c'est-à-dire que personne, quelles que soient la durée et les conditions de son séjour, ne réussit à le forcer sur aucun point.

“Dimension spécifique aux conséquences incalculables, et que je ne vois pas très bien. Tout livre sur la Chine ne peut être qu'exoscopique. Vitre sélective, kaléidoscopique.”

Un 1er mai déprimant

Il assiste au défilé du 1er mai à Pékin (ces défilés ont depuis été suprimés, et le 1er mai est aujourd'hui un jour de repos sans la moindre activité politique), et en sort “épuisé et déprimé” :

“Ce 1er mai donne paradoxalement l'imagination terrifique d'une humanité luttant politiquement à mort pour … s'infantiliser. L'enfant serait-il l'avenir de l'homme ? 10h30. Nous sortons de cette séance interminable épuisés et déprimés.”

A son retour, Roland Barthes publie un article dans Le Monde, intitulé “Alors, la Chine ? ”, question cent mille fois entendue par tout visiteur dans l'empire du Milieu, encore aujourd'hui… Mais le sémiologue semble répondre “rien”, c'est-à-dire le vide, ni l'enthousiasme post-68 de Philippe Sollers, ni la critique du totalitarisme que pourraient suggérer aujourd'hui certaines de ses notes privées.

Cette neutralité lui vaut, à l'époque, une répartie violente de Simon Leys, le pourfendeur belge du maoïsme, bête noire des intellectuels français de l'époque, dont chacun reconnaît aujourd'hui qu'il a vu juste le premier sur le vent de folie de la Révolution culturelle.

Le robinet d'eau tiède de Roland Barthes

Couverture de 'Essais sur la Chine' (DR)Ce dernier, de son vrai nom Pierre Ryckmans, écrit (dans “Images brisées”, 1976), à l'occasion de la parution en livre, chez Christian Bourgois (déjà), du texte “Alors, la Chine”, un pamphlet cinglant dans lequel il qualifie la contribution de Roland Barthes de “tout petit robinet d'eau tiède”.

A Roland Barthes qui explique qu'il avait voulu, dans Le Monde, faire “un commentaire sur mode du no-comment”, Simon Leys réplique ironiquement :

“Par cette découverte dont toute la portée ne se révèle pas d'emblée, il vient en fait -vous en rendez-vous compte ? - d'investir d'une dignité entièrement neuve, la vieille activité, si injustement décriée, du parler-pour-ne-rien-dire. Au nom des légions de vieilles dames qui, tous les jours de cinq à six, papotent dans les salons de thé, on veut lui dire un vibrant merci.”

Dans Le Magazine littéraire, Philippe Sollers explique plus de trente ans après l'attitude de Roland Barthes :

“Ce voyage a été pour Roland Barthes une épreuve. Il s'ennuyait. Il n'avait pas tellement envie de voyager à l'époque. Ses notes et ses carnets le disent bien. Pour moi, au contraire, c'était exaltant, ce périple déclenchait une émotion très vive, moins sur le plan de la ritournelle politique que pour la découverte intense des paysages, du lieu même chinois.”

Il reconnait aussi que Barthes avait pu être agacé par le zèle maoiste de certains voyageurs, à commencer par celui de Sollers lui-même :

“Cela ne l'empêche pas d'avoir une vue critique sur ses amis, y compris sur moi d'ailleurs (on le voit dans les ‘Carnets du voyage en Chine’, il trouve que j'en fais un peu trop et que je finis par l'agacer)”.

Ces carnets apportent une pierre de plus à la compréhension de la fascination d'une partie de l'intelligentsia française pour le maoïsme (précision personnelle : lycéen à l'époque, je fus un temps attiré par le tourbillon maoïste français…), qui ne prit fin que tardivement, à la mort de Mao en 1976.

Et l'attitude de Roland Barthes montre à quel point on pouvait être lucide, sans pour autant réussir à prendre ses distances avec ce qu'il qualifiait lui-même d'“infantilisation”… A méditer.

Roland Barthes, Carnets du Voyage en Chine, texte établi, annoté et présenté par Anne Herschberg Pierrot - ed. Christian Bourgois/imec - 248 p. (en librairie le 5 février).

Photo : Le musée de la Révolution culturelle à Chengdu (Pierre Haski/Rue89).

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Portrait de DBL8

De DBL8

Retraité | 19H53 | 04/01/2009 | Permalien

Le pire de tout ça ?
Il y a encore des personnes qui croient encore à ses affabulations et essayent de nous les assener !

Au fait, combien de mort à causé, & cause encore) cet idéologie ?

Portrait de Un compte supprime

à DBL8 Portrait de DBL8 De Un compte supprime

nc | 08H00 | 06/01/2009 | Permalien

pour beaucoup, le communisme consistait essentiellement en cette idee tellement anachronique aujourd'hui que les hommes pouvaient s'organiser afin de partager les richesses et d'etre solidaires les uns des autres, par dela les differences et les frontieres. Un avenir meilleur, est-ce tellement honteux d'en rever ?

Pour ma part, je ne renie rien de cela, et je continue a croire que c'est la seule voie de progres qu'il reste a l'espece. Sans faire de l'archeo communisme, s'entend : Staline et Mao ne sont pas mes idoles, loin s'en faut.

Staline, Mao ? soit. Mais plus pres de nous : Bush.

Portrait de cdh

De cdh

20H10 | 04/01/2009 | Permalien

Ah ! si même Barthes s'échine…

Portrait de ericj

à cdh Portrait de cdh De ericj

20H37 | 04/01/2009 | Permalien

Il est arrivé à pied par la Chine ?

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De jfko

Infosophe | 20H31 | 04/01/2009 | Permalien

« …même dans sa phase structuraliste, où la tâche essentielle était de décrire l'intelligible humain, il a toujours associé l'activité intellectuelle à une jouissance. » (Roland Barthes par Roland Barthes).
Lorsque l'on sait que l'activité intellectuelle en Chine dans les années 70 n'était pas la priorité, nul ne peut s'étonner du manque de « jouissance » de Barthes lors de son voyage.

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 20H46 | 04/01/2009 | Permalien

Tiens, tiens, j'ai ça dans mes archives pour illustrer :

see ya !

http://kprodukt.blogspot.com

Portrait de kawouede

à skalpa Portrait de skalpa De kawouede

19H00 | 05/01/2009 | Permalien

pas mal le Mao vert !
En tant qu'ayatollah de l'écologie, je prends : -)

Portrait de jac le rat

De jac le rat

aventurier | 20H51 | 04/01/2009 | Permalien

Et après l'année du rat….
celle du buffle…

Dommage que Barthes ait loupé
cette peinture du moine Citrouille amère,
le peintre Shitao lui-même représenté,
monté sur son buffle
au trou du cul apparent,
remontant la pente
après une nuit d'ivresse….

Portrait de vol19

De vol19

awash | 20H51 | 04/01/2009 | Permalien

Ce qui semble intéressant, c'est qu'il ne décrit pas objectivement la révolution culturelle, la Chine, mais ce que cette mise en scène, ce masque, ce discours produit sur son corps, sur ses sens (l'analogie avec ce thé qui prend de la place mais qui n'a pas de goût est éloquante), le mal de dos, la fatigue, la déprime. Qu'est-ce qui produit celà habituellement ? Un discours, un spectacle sans vitalité, obscessionnel, c'est à dire de l'ordre la « pulsion de mort », qui amène là, à la régression infantile, la dépendance d'une figure charismatique… cette pression qui modèle l'individu à l'identique (les mêmes vêtements, vélos, livre rouge…). Ca ne peut-être que sans vie et donc forcément désespérant pour les intellectuels qui y ont adhéré, désespérant pour le statut des idées, désespérant de cette méprise, de faire face à la pulsion de mort là ou ils pensaient avoir affaire à de la vie. Dire « avoir rien à dire », « rien/vide » en est une métaphore. Un « trou noir » qui vampirise.
De nos jours, il y a bien d'autres « dimensions “, ‘secteurs’ dans lesquels on peut se méprendre : être face à la pulsion de mort, là ou l'on croyait avoir affaire à de la vie…

Le voyageur du XXI siècle en Chine hypercapitaliste peut-il en s'y promenant ressentir… davantage toujours quoi ? La pulsion de mort ou de vie ? (je fais un lien avec cet article sur les bâtisses avec le caractère ‘détruire’…)

Portrait de ysengrimus

De ysengrimus

22H19 | 04/01/2009 | Permalien

Moi, je pense du bien des chinois.

http://ysengrimus.wordpress.com/2008/05/13/d%E2%80%99un-souper-avec-des-…

et je le dis.
Paul Laurendeau

Portrait de Pierre Haski

à ysengrimus Portrait de ysengrimus De Pierre Haski (auteur)

Rue89 | 01H43 | 05/01/2009 | Permalien

Vous évoquez dans votre texte la polémique entre Mao et Li Lisan : il faut que vous lisiez, si ce n'est déjà fait, un livre formidable, « L'Empire rouge » de Patrick Lescot (Belfond 1999), qui raconte la saga de Li Lisan et d'un autre cadre communiste chinois, qui ont tous deux épousé des Russes. Li Lisan est mort mais sa veuve russe vit toujours à Pékin où je l'ai rencontrée. C'est un complément indispensable à votre repas pékinois !

Portrait de iconoclaste07

à ysengrimus Portrait de ysengrimus De iconoclaste07

chargé d'etudes stats | 17H46 | 07/01/2009 | Permalien

Je suis allé sur votre Blog
Que vous soyez fasciné par la Chine, je le conçois. Je le suis aussi. Que vous soyez indulgent avec la chine d'aujourd'hui, je le conçois. Je le suis aussi. Le passage d'un monde à une autre ne se fait pas aussi facilement que cela. Des centaines de millions de chinois sont sortis de la famine en quelques années. Petit à petit le pays s'ouvre, et, je ne suis pas pessimiste je crois que le mouvement continuera. Cette montée en puissance se fait un peu à nos dépens. Il y a une certaine logique à cela. A nous de nous défendre.
Que vous soyez fasciné par la pensée du Grand Timonier m'étonne un peu . Je ne l'ai pas lu, ni en version française, ni en version originale. Peut-être pourrez vous m'éclairer sur les apports de ce grand philosophe à la pensée universelle. Il est peu enseigné en occident.
Il me semble qu'il est plus connu comme homme de pouvoir, Là son bilan est vraiment sans ambiguïté. Il est terrifiant. Le personnage est également terrifiant.
On peut penser du bien des chinois sans être maoîste.

Portrait de PhiPoePsy

De PhiPoePsy

Etudiant à Strasbourg | 23H24 | 04/01/2009 | Permalien

« Mais le sémiologue semble répondre “rien”, c'est-à-dire le vide (…) » : en quoi il aurait complètement raison car c'est la notion la plus importante -nodale- de la pensée chinoise. Elle a l'importance que l'on accorde -en Occident- à la substance (notion incompréhensible là-bas).

Portrait de GanLanShu

à PhiPoePsy Portrait de PhiPoePsy De GanLanShu

shodavid.blog.lemonde.fr | 02H15 | 05/01/2009 | Permalien

On façonne l'argile pour faire des vases,
mais c'est du vide interne
que dépend son usage.
Tao-tö king, XI

Portrait de FdT

De FdT

En pleine décroissance | 02H44 | 05/01/2009 | Permalien

Cette naïve fascination pour la Chine maoïste était dans l'air du temps en ces années là. Même un David Rockfeller qui a priori incarnerait à lui seul le capitalisme (en réalité il en est tout autre mais c'est un autre sujet…) éprouvait une grande admiration pour ce qui était vu comme des accomplissements de la révolution chinoise. Comment pouvait-il en être autrement pour bon nombre d'individus de sensibilité de gauche qui plus est bien souvent désinformés… ?

« Whatever the price of the Chinese Revolution, it has obviously succeeded not only in producing more efficient and dedicated administration, but also in fostering high morale and community of purpose. The social experiment in China under Chairman Mao's leadership is one of the most important and successful in human history. »

-David Rockefeller, statement about Mao Tse-tung in The New York Times, August 10, 1973

Portrait de HappyPeng

De HappyPeng

Élève ingénieur à Paris | 09H23 | 05/01/2009 | Permalien

A propos de la remarque sur le thé vert, je signale pour ceux qui n'auraient pas lu les Mythologies, et surtout le magnifique Empire des Signes, que la principale activité de Barthes dans ces livres est bien d'analyser la culture dans tous ces aspects dont l'observateur occidental ordinaire dit qu'ils sont parfaitement anodins…

Portrait de johanjohan

De johanjohan

johan | 10H07 | 05/01/2009 | Permalien

Vu d'aujourd'hui, la fascination des intellectuels pour la révolution culturelle semble toujours stupéfiante, incongrue ou ignoble si on pense à la réalité.
Mais tout ça n'ouvre pas une compréhension à cet engouement qui a tout de même touché bien du monde. Je crois que c'est l'extrême logique avec la pensé révolutionnaire qui mène « naturellement » vers la révolution CULTURELLE. Elle semble bien être le seul moyen de changer brusquement la nature de l'Homme, pour bâtir celui de demain, le Nouveau de Guevara (dont je comprend sa théorie comme une adaptation tout aussi répressive, ou un versant, latino de la rev cul chinoise).

Si c'est logique, on comprend mieux que ça n'est pratiquement que séduit les intélos. Reste à savoir pourquoi ils étaient si pressés de nous changer TOUS, ne pouvaient-ils pas se contenter d'une évolution lente comme celle des autres générations. 68 reste un mystère, malgré tous ces bouquins d'anciens combattants qui nous ennuient.

Portrait de indfrisable

De indfrisable

10H24 | 05/01/2009 | Permalien

« Ce 1er mai donne paradoxalement l'imagination terrifique d'une humanité luttant politiquement à mort pour … s'infantiliser. L'enfant serait-il l'avenir de l'homme ? »

Barthes semble reprendre le rapport ambivalent de la notion d'idéologie que donnait à cette époque Louis Althusser. Pour ce dernier comme pour Barthes, l'idéologie augure un caractère régressif semble-t-il, car elle doit prendre en compte la dimension inconsciente de l'individu, et pas seulement sa conscience. L'idéologie est « la forme d'inconscience et de conscience (reconnaissance et de méconnaissance) dans laquelle les individus vivent imaginairement leur rapport à leur conditions d'existence » (cf. Louis Althusser, Pour Marx, Avant-propos d'Etienne Balibar, La découverte, 1996).

La mise en spectacle un « 1er mai » d'une idée a pour effet de révéler le rapport de la vie inconsciente générale à la signification donnée consciemment du sens officiel de l'événement. Ce qui est du ressort de l'inconscient, c'est le kitsch qui passe par la régression de masse. Mais de quel événement parle Barthes ? Du statut du kitsch dans la société occidentale, ou bien de la Chine et de son kitsch local ? La forme kitsch serait donc l'idée générale mise en scène par la commémoration dont parle Barthes, et peut-être le principe général de toute commémoration ? Le kitsch a tous les atours de l'universel.

Faut-il être à l'extérieur pour le détecter, sans y participer pour autant, en spectateur incongru, comme un martien qui viendrait dans un nouveau monde. Le contre sens fatal du dispositif montre sa propre funesterie, car il est bien contradictoire que l'inconscient soit une forme collectivisée du psychisme. La mise en scène et le caractère généralement kitsch du spectacle de la commémoration est plutôt le signifiant de la régression générale, comme le constate Roland Barthes. Il renvoie à notre époque au kitsch technologique et au kitsch esthétique que la Chine a dû déployer lors des dernier JO : fausse chanteuse mignonne, décors poussés au paroxysme de la fausse présence. L'ouverture d'un spectacle sportif politiquement nul permet au kitsch le soin de pousser la régression au niveau de la présence de tous les chefs d'Etats présents lors de l'événement, infantilisés à leur tour, comme des enfant sauvages, avides de cruauté légitime…

Portrait de vol19

à indfrisable Portrait de indfrisable De vol19

awash | 14H53 | 05/01/2009 | Permalien

« L'enfant serait-il l'avenir de l'homme ? » est une intéressante question du milieu des années 70… pour le sujet à venir en occident grand consommateur d'objets, de plaisirs et d'images, assurément.
Une idéologie, c'est avant tout, un système de représentations passives, ou mieux « un imaginaire leurant ». Les idéologies font fis de l'existant, de l'inconscient des population, des peuples auxquelles elles s'adresse et c'est pourquoi le leurre finit par tomber après un temps.
L'inconscient n'est, il semble, (et c'est discuté) jamais totalement connaissable, quelques éleménts se dévoilent, et … quelquepart heureusement… Donc l'incapacité des idéologies à capter l'inconscient c'est forcé… et tant mieux.

Personnellement, ce qui me frappe, et cet épisode de la révolution culturelle donne un autre exemple que celui d'un autre article de Pierre Haski sur cette fièvre de démolition de l'urbain pour faire du métal/verre, quelquepart d'aller dans les excès du masque d'apparence de l'idéologie du moment (style stalinien, style downtown Us…) ou dans les excès du système infligeant une violence, autant qu'une infantilisation au peuple… D'homme nouveau en Homme nouveau, mais ou est cet « existant » avec lequel on fait avec…

Portrait de Bertrand Mialaret

De Bertrand Mialaret

Consultant à Paris | 10H41 | 05/01/2009 | Permalien

A l'époque, la seule lecture rafraichissante était celle de Simon Leys que l'intelligenstia française parvint à priver d'enseignement à Paris…vous n'y pensez pas, il est Belge…pour le plus grand bonheur des étudiants de Melbourne.
Je ne résiste pas au plaisir de citer « La forêt en feu » (1983 ; page 169) : « Alors que toute notre intelligentsia a versé des flots d'encre à propos de la Chine, il est significatif de noter que deux hommes seulement - Etiemble…et Claude Roy - peuvent fièrement remettre aujourd'hui sous les yeux du public ce qu'ils écrivaient hier sur ce sujet.Quant aux autres, l'idée de réimprimer leurs essais chinois ne pourrait venir qu'à leurs ennemis - si cruelle que puisse être une telle initiative, il faudra que quelqu'un se charge un jour de compiler ces tristes anthologies là ! (Mais, si tant de personnalités ont pu s'adonner à toutes les pitreries maoïstes sans dommage majeur pour leur réputation, n'est- ce pas en premier lieu parceque l'amnésie du public leur assurait l'impunité ? “

Portrait de eskimo

De eskimo

10H45 | 05/01/2009 | Permalien

cette phrase sur le thé apparaît au contraire comme une réminiscence de celle qui lance la Révolution Culturelle tout entier.

Sur le thé Barthes écrit :
« Speech mortel, comparaison passé/présent. Je regarde mon verre de thé : les feuilles vertes se sont largement épanouies et forment toute une épaisseur au fond du verre. Mais le thé est très léger, insipide, à peine une tisane, c'est de l'eau chaude. »

La campagne des 100 Fleurs est lancée par Mao en 1957 :
« Que cent fleurs s'épanouissent, que cent écoles rivalisent ! »

Barthes ne peut pas ne pas avoir cette phrase en tête, et l'ennui devient un symptôme microscopique d'une politique macro.

Portrait de Furfande

De Furfande

citoyen | 14H24 | 05/01/2009 | Permalien

J'ai visité la Chine pour la première fois en 1972., à une époque où les visas étaient particulièrement rares.
Les inconditionnels, qu'ils soient antimaoïstes ou à plus forte raison promaoïstes, étaient étroitement surveillés, et n'avaient droit quà des visites conditionnées et controlées et des discours insipides. SI l'on démontrait un sens critique constructif, on pouvait jouir en revanche d'une liberté d'aller et venir et de discussion qui étaient étonnantes.
Le maoïsme politique a été une catastrophe antilibertaire avec la révolution culturelle. En revanche sur le plan économique Mao Tse Tung a résolu le problème de l'irrigation et donc de la faim, il a tenté une industrialisation légère venant compléter l'agriculture pour essayer d'éviter l'urbanisation et la désertification des campagnes. En 1972 la Chine commençait à s'éveiller. Il est clair que les idéologues comme Roland Barthes n'ont rien vu de la réalité de la Chine. Le commentaire suivant lequel Barthès était lucide me parait totalement incongru : il ne voyait que des choses insipides car il n'était pas jugé digne de voir autre chose.

Portrait de Sexus Empiricus

De Sexus Empiricus

15H46 | 05/01/2009 | Permalien

Le doux Roland Barthes peut-il être soupçonné, pour s'être tapé un voyage en Chine au milieu des années 1970, d'avoir donné tête la première dans la maophilie du groupe Tel Quel ?

L'ennui ressenti à l'écoute du speech mortel des officiels est un indice bien maigre mais tout de même suffisant pour ne pas faire de Barthes un maolâtre au pays des merveilles. Indice plutôt d'une distance immédiate.
Désenchanté aussi par la fadeur du thé ? Possible synecdoque, par laquelle la tisane insipide, montrée du doigt, dit la fadeur de la Chine, Révolution Culturelle ou pas. Question de sens.

On pourrait aussi rappeler que Roland Barthes accepta l'invitation à déjeuner de… Giscard. Un chasseur de mythes, disait-il après sa visite, ça doit aller partout.

Curieux de voir, pour ma part, si ces Carnets du Voyage en Chine témoignent en faveur de cet « aveuglement volontaire » dont parle Claude Roy dans Les Chercheurs de dieux

Portrait de Ecolonomicus

De Ecolonomicus

Touriste | 16H32 | 05/01/2009 | Permalien

A la lecture de l'article, on ne voit pas que Barthes ait été particulièrement « lucide ». L'intérêt de son oeuvre écrit ne l'exonère pas d'avoir été au mieux naïf ou pusillanime, au pire opportuniste et cynique.
Dans tous les cas, il n'en sort pas grandi.

Portrait de MichelK

De MichelK

sans paroisse | 17H58 | 05/01/2009 | Permalien

A l'aggiornamento des conneries qui reste à faire, Barthes n'est certainement pas le plus menacé. Malheureusement la gauche traine encore les scories de ces années où nos maîtres à penser se sont égarés (et nous ont égarés) du côté de la Chine de Mao, du Cambodge, de l'Iran… Je repense toujours à ce passage de Nani Moretti où on torture un vieillard en lui relisant ses anciens écrits. Tout le monde peut se tromper, mais il est irritant de voir que certains sont aussi péremptoires dans la bien-pensance d'aujourd'hui qu'ils le furent jadis dans le stalinisme, la pédophilie ou les appels à la guerre civile.

Portrait de Mokarider

De Mokarider

21H05 | 05/01/2009 | Permalien

Lin Biao, avec un B !

Portrait de Pierre Haski

à Mokarider Portrait de Mokarider De Pierre Haski (auteur)

Rue89 | 21H59 | 05/01/2009 | Permalien

J'ai gardé l'ancienne orthographe avec un « P », comme on l'écrivait quand j'étais lycéen… C'est comme pour Mao, il y a tolérance pour Mao Tse Toung, même si l'orthographe actuelle est Mao Zedong.

Portrait de sissa

De sissa

21H52 | 05/01/2009 | Permalien

Que dire ?
Quel désastre.
Que des gens intelligents aient pu cautionner de tels régimes est tout simplement incompréhensible.
Aujourd'hui, les survivants sont de venus pour la plupart de bons petits conservateurs.
C'est leur droit. Mais on pourrait espérer de leur part un peu de discrétion, ce n'est malheureusement pas le cas.

Portrait de egide

De egide

Littéral | 09H28 | 06/01/2009 | Permalien

Le problème au cœur de la politique pendant les années 70, non seulement en Europe mais aussi dans le monde, c'est l'anti-communisme.

La Chine s'est opposé politiquement et militairement au Viet Nam.
Le pays du seul parti communiste qui ait affronté militairement et vaincu les USA pendant la prise de pouvoir même.

A l'ouest, le déclin de l'influence des partis communistes a déjà commencé. S'il représentent encore une force électorale conséquente, aucun n'est à même de remporter une seule élection nationale, ni même de figurer en tête, au nombre de voix, dans les élections locales.

A l'est, sauf en URSS aucun parti communiste n'est parvenu à rallier les populations malgré le monopole de la représentation qui est imposé par le régime politique dictatorial et l'obligation de s'y inscrire pour exercer certaines professions.

Dans les années 60 en Pologne, un représentant du parti avait trouvé un bon moyen pour attirer du monde au meeting du parti dans sa région. Il faisait après les discours, un vrai numéro de musi-hall, c'était un merveilleux magicien amateur mais très doué.
(Rapporté par une journaliste polonaise issu de ce courant du reportage narratif très prisé par les lecteurs à l'époque communiste). Son spectacle était très populaire et certains spectateurs venaient de loin pour se divertir du spectacle.

Quand à l'influence politique de l'intellectuel, ce symptôme si français car, en général, l'intellectuel est plutôt un écrivain, il commence vraiment à dater.
Toute les figures symbolique de l'artiste en révolutionnaire ont été épuisées pendant le XIX ème siècle. Et Mallarmé a constaté l'échec du poète à influencer la société.

Si André Breton et Guillaume Apollinaire ré-affirment que la révolution est d'abord et avant tout affaire de langage, du moins commence-t-elle par le langage et s'y clôt.
Il n'y a plus les lecteurs. Et les avant-gardes littéraires et artistiques s'éteignent faute d'adhésion et d'enthousiasme en dehors des petits cercles d'amateurs éclairés.

Si la consécration survient, l'élan, lui, n'est qu'esthétisme, formes, concepts, un savoir précieux sur le monde mais qui n'a pas d'emploi.

Les élites politiques et économiques se livrent aux délices de l'expertise technologique qui assure le pouvoir et l'argent.

Depuis 1913, la figure de l'intellectuel qui opère encore comme faiseur de mythes, c'est l'aventurier. Paradoxalement, au moment même ou un modèle politique atteint son apogée, c'est à dire à la fin de son extension par la force, apparait la figure de l'intellectuel qui tire sa légitimité d'être dans l'action.

Prises de vertige au contact de l'altérité, pressées d'affirmer leur supériorité, les foules ont besoin de médiateurs, incapables qu'elles sont de penser par elles-mêmes les promesses de la domination.

Le spectacle peut commencer. Marcel Duchamp est passé par là qui fournit les outils conceptuels de la création de l'artiste comme œuvre par lui-même. Cela marche aussi pour l'écrivain. André Malraux et Ernst Junger l'ont compris qui s'érigent en acteurs dans la modernité, qui terrassent l'aporie historique. Avec eux, les lignes sont claires de l'à venir.

Déjà, les petites mains contemptrices de l'Équipe, le nouvel eldorado de l'action solidaire fourbissent les récits des conquêtes commerciales, techniques, sportives, politiques par la grâce du récit de l'épopée écrite par avance des projets collectifs.

On ne peut les citer tous, n'en prenons qu'un seul qui parle encore au cœur des foules, Antoine St-Exupéry.

La réalité se nourrit des délires pour que les changements qui maintenant la caractérise, ces mouvements des masses elles-mêmes par elles-mêmes, ne prend sens que si on la métaphorise. Ainsi la société est-elle devenue spectaculaire.

Alors, qu'en est-il de la mascarade de 1974 ?
La comedia e finita !

Nos littérateurs très encadrés visitent ce qui est déjà le montage du décor de la pièce suivante dans laquelle ils n'ont pas de rôles. Du moins, ce n'est pas prévu.

L'effroyable révolution culturelle a abouti à l'un des plus grand saccage d'une civilisation par les peuples même qui en sont issus. Non seulement, on a détruit les reliques, y compris les plus antiques, mais surtout on détruit la pensée même et la langue qui va avec. Et un discours, fabriqué de toutes pièces et regroupés dans des fascicules des écrits soi-disants de Mao font les doxa et les gloses que chacun se doit de connaitre et de mettre en pratique. Des exemples, tout droits sortis des vestiges d'anciens textes dont on recycle les figures stéréotypes trouvent à s'incarner grâce aux propagandistes qui recherchent les individus qui presque spontanément sont déjà dans le rôle qu'ils vont désormais jouer de figure emblématique de la Nouvelle Chine débarrassée des séquelles pernicieuses des cultures de la Chine d'avant, celle qui occidentalisé dans les quartiers réservés commençaient à découvrir une dynamique de l'échange des pensées.

Car ce qui était visé par Mao Tsé Toung, c'était la fin de la littérature dont les métaphores équivoques disaient les critiques du pouvoir du moment.

Ainsi l'histoire de Li San Tsai, personnage mi-fictif mi-historique peut-être un invention pour le besoin de rédiger une histoire un peu confuse mais dont les péripéties peuvent s'interpréter comme une critique du pouvoir de Mao visant à sauvegarder l'influence des modérés droitiers.
Mais on réplique en fabriquant un avatar vivant de Li San Tsai et le compromettre pour mettre fin aux agissement de ses protecteurs.
La politique maoïste, c'est la révolution plus la littérature vivante dont les personnages prennent corps dans la réalité.

Barthes est dans le périple qui lui fait parcourir l'immense « parc d'attraction de la Révolution », en train de se faire, grandeur réelle.

Mais quelle langue parlent-ils ces chinois qui les encadrent et avec laquelle écrivent-ils ?

Sans doute de moins en moins la langue et classique et de plus plus des formes modernes dont on peut se demander quelles pensées relient ce qu'il faut bien appeler un patchwork linguistique dont l'écriture la plus traditionnelle fait les frais.

Enfin, il reste aux jésuites de terminer ce travail de plus de deux cent ans du dictionnaire de tous les idéogrammes du chinois classique.
L'écriture traditionnelle chinoise est devenu un trésor des catholiques.

Dans ces langues simplifiées que restent-il de la culture chinoise ?

J'aime énormément l'œuvre de Barthes et je lui dois beaucoup. Son journal de voyage chinois dont la lecture des extraits m'a attristé par leur vacuité :
Journal de la marionnette Gepetto.
Étranger dans le ventre du Léviathan qu'il ne reconnait pas, stupéfait par le spectacle.

Acculturation forcée de tout une nation en vingt ans, ça refroidie les ardeurs de révolution ultra-radicale.

Mais le Droit ? Dissout dans les ardeurs iconoclastes de la révolution culturelle rouge du sang des derniers porteurs de mémoire.
Mao Tsé Toung a fait de la Chine un État nationaliste, militariste, capitaliste, industriel et sans Droit.
Un rêve d'ultra-libéral.
Un cauchemar de démocrate.
Le désespoir du réformiste.

L'espoir réside-t-il à TaiWan.
Les héritiers de Tshang Kai Chek sont-ils les derniers démocrates chinois ?

Portrait de Yvon

De Yvon

23H14 | 05/01/2009 | Permalien

Je lis « Les habits neufs du président Mao » de Simon Leys et je découvre tant de choses au sujet de la révolution culturelle, mouvement immense qui permit à Mao de reprendre le pouvoir. Simon Leys , comme vous le dites, a été honni par nos intellectuels français de l'époque.
Et ces mêmes intellectuels comme Sollers, Kristeva et tant d'autres qui ont vanté la Chine et sa révolution culturelle, ne se sont jamais expliqués, n'ont jamais dit leurs erreurs. Ils ont répandu en France leur idéologie et ont trompé ainsi des milliers de jeunes . Roland Barthes, comme Gide, ont au moins le mérite d'avoir eu une seconde de lucidité. Chose que n'a jamais eue Sollers ! Alors avant de baver sur Barthes….commençons par interpeller Sollers , non ?

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