Télé belge agressée en Chine : pas d'enquête sur le sida

Orphelins du sida au Henan (P.Haski/Rue89)

Pour avoir écrit en 2001 les premiers articles dans la presse française sur le scandale du sida dans la province du Henan, et consacré un livre à ce sujet (« Le Sang de la Chine, Quand le silence tue ». éd. Grasset, 2005), j'ai été révolté par cette information diffusée samedi :

Une équipe de la télévision belge VRT a été violemment attaquée dans la province du Henan (centre de la Chine), où elle effectuait un reportage sur les malades du sida.

Le journaliste belge de la radio-télévision publique flamande VRT Tom Van de Weghe, un caméraman australien et un assistant belge ont été frappés jeudi par huit hommes qui les avaient fait descendre de leur véhicule, a raconté à l'AFP M. Van de Weghe.

« Il faisait nuit, nous avons reçu beaucoup de coups, certains violents, ils se comportaient comme des animaux ».

Cela fait donc sept ans, depuis que l'affaire de la contamination de centaines de milliers de paysans du Henan par le VIH lors de la vente de leur sang organisée par les autorités sanitaires de la province, que des nervis font régner l'omerta sur ce sujet.

La dernière fois que je m'y suis rendu, en 2004, en compagnie du photographe Bertrand Meunier, nous allions dans les villages entre minuit et 4h du matin interviewer des paysans qui avaient été prévenus, afin d'échapper aux miliciens employés par les structures locales du parti communiste chinois. Nous avons vécu dans cette semi-clandestinité pendant une semaine, dormant dans la journée dans une grande ville voisine, et allant chaque soir dans un village différent.

L'été dernier, en marge des JO de Pékin, j'ai rencontré un ami qui a eu l'occasion d'aller cette année dans certains de ces villages. Je lui ai demandé si la situation avait changé depuis ma dernière visite, quatre ans plus tôt, où ce que j'avais pu voir s'apparentait à un immense chaos médical doublé d'un quadrillage policier. Sa réponse :

« Rien n'a fondamentalement changé ».

C'est ce qu'il fallait empêcher cette équipe de télé belge de constater par elle-même, à la veille de la journée mondiale contre le sida, le 1er décembre. C'est triste et d'autant plus scandaleux qu'il ne s'agit que de protéger les intérêts d'un clan qui porte une lourde responsabilité dans ce scandale, alors que beaucoup, au sein du gouvernement central chinois, auraient préféré apporter des soins décents et traiter humainement des hommes et des femmes victimes du sida après avoir été victimes de la misère.

photo : Orphelins du sida dans un village du Henan en 2001 (P.Haski/Rue89)

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de Les Chats

De Les Chats 24526

23H50 | 29/11/2008 | Permalien

« C'est triste et d'autant plus scandaleux qu'il ne s'agit que de protéger les intérêts d'un clan qui porte une lourde responsabilité dans ce scandale »

C'est qui ce clan ? Et pourquoi le gouvernement le protège ? Quels sont les intérêts pour le gouvernement, car je suppose que cette protection a un prix.

Portrait de chengyang

De chengyang

10H39 | 30/11/2008 | Permalien

On se fait de fausses idées du gouvernement central en Chine. On imagine un Etat omnipotent qui contrôle les faits et gestes de chacun.

La réalité est toute autre ! Qui a vécu en Chine a parfois été sidéré par le bordel général qui règne dans ce pays à tous les niveaux. Sait-on par exemple que le rendement de l'impôt dans ce pays est un des plus faibles au monde ?

En fait, le gouvernement central à Pékin est à moitié impuissant et le véritable niveau de décision pour le Chinois moyen se situe à l'échelon local. D'où l'influence des clans qui dominent la scène locale comme ici au Henan !

D'ailleurs, être un « Henanren » (un habitant du henan) est aujourd'hui devenu une véritable insulte en Chine …

Les montagnes sont hautes et l'empereur est loin. Proverbe chinois.

Portrait de Pierre Haski

De Pierre Haski (auteur) 9

Rue89 | 12H32 | 30/11/2008 | Permalien

@Les Chats : le parti communiste est aujourd'hui un équilibre entre clans d'intérêt. Lors du passage de témoin entre Jiang Zemin et Hu Jintao, en 2002, un bras de fer a opposé ces clans avant de se conclure sur un compromis. L'un des bénéficiaires de ce compromis est Li Changchun, membre du Comité permanent du Bureau Politique du Parti communiste chinois en charge de la propagande, et … ancien chef du PCC dans le Henan lorsqu'a été décidé le lancement du commerce du sang parmi les paysans pauvres, puis la découverte du sida dans le circuit et la décision et ne pas en parler, pas même d'en informer les intéressés qu'ils étaient porteurs d'une maladie transmissible et mortelle. Li Changchun a conservé son poste au 17è congrès du PCC, alors qu'on disait que Hu Jintao voulait sa peau.

Portrait de GuyB

De GuyB

Sinisant | 16H01 | 30/11/2008 | Permalien

« Rien n'a changé », ce constat désolé et désolant est indéniable. Mais pas besoin de se référer au « Livre des mutations » pour penser que cela changera forcément. La question n'est pas si cela va changer ou pas, mais quand. Ceci dit, nous sommes, nous occidentaux devant de grandes difficultés : pouvons-nous favoriser ce changement, et comment ?
A ce titre l'article de Pierre Haski et le travail de nos amis belges vont dans le bon sens : tout ce qui met en lumière, tout ce qui fait savoir est un danger pour les vrais responsables, leur réaction le montre bien.Il est vrai aussi qu'il faut doser les critiques contre le gouv chinois : ces critiques doivent être suffisantes pour le motiver à changer ces scandales, mais pas trop fortes pour ne pas le fragiliser devant les vrais responsables locaux. Si la Chine revenait à la triste époque des seigneurs de la guerre, on ne serait pas plus avancés.
Il faut enfin se garder de critiquer « les chinois » en général, d'abord parce que nous n'avons aucune leçon à leur donner : on peut aussi trouver chez nous beaucoup de turpitudes. Et aussi parce qu'ils ont, à juste titre, un peuple fier, que nous occidentaux avons trop longtemps méprisé et humilié. De plus, le réflexe nationaliste sert beaucoup les gens au pouvoir.
Au total, la voie est étroite, le germe est fragile. Il faudra pour que cette voie aboutisse, pour que ce germe pousse, une réunion, un effort commun, patient, ferme et respectueux, de tous ceux, chinois et occidentaux, qui veulent que l'humanité progresse, que le bien commun dépasse les égoïsmes, que toutes les maffias de Chine et d'ailleurs soient mise hors d'état de nuire.
En résumé, unissons-nous pour que tout change.

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