Hu Jia, prix Sakharov : piqure de rappel sur les droits de l'homme
Peut-on encore parler des droits de l'homme quand l'économie mondiale va mal ? Le parlement européen a répondu à cette question en attribuant le prix Sakharov des droits de l'homme au dissident chinois emprisonné Hu Jia - au moment précis où s'ouvrait à Pékin le sommet Asie-Europe, en marge duquel Nicolas Sarkozy comptait demander à la Chine de s'impliquer plus dans le sauvetage de l'économie mondiale. Ce prix sert assurément de piqure de rappel sur l'état des droits de l'homme en Chine, passés au second plan avec la montée en puissance de l'économie chinoise.
Le pouvoir chinois, qui avait fait pression de manière indécente pour empêcher Hu Jia d'obtenir ce prix symbolique, a fait part, de manière prévisible, de son « fort mécontentement », ce qui, en langage diplomatique, signifie grande colère...
Pour Hu Jia, c'est évidemment un lot de consolation après le prix Nobel de la paix qu'il n'a pas eu, mais c'est un beau réconfort pour un homme condamné à trois ans et demi de prison au printemps dernier pour subversion à l'issue d'un simulacre de procès.
Le paradoxe est qu'avec ce prix, Hu Jia obtient une reconnaissance et une notoriété internationales qu'il n'a pas dans son propre pays. Interdit d'accès aux médias, régulièrement détenu ou assigné à résidence avant sa dernière condamnation, Hu Jia a beaucoup utilisé internet pour faire passer ses messages, mais reste un inconnu pour l'immense majorité de ses concitoyens (voir le micro-trottoir vidéo réalisé à Pékin par Aujourd'hui la Chine.com).
Lors de sa condamnation, les gouvernements occidentaux avaient protesté, mais le rapport de force instauré par la Chine lui a permis de balayer d'un revers de la main les critiques. Le parlement européen, malgré ses divisions, a compensé le manque de courage des Etats en résistant aux mises en garde chinoises.
Pour beaucoup d'eurodéputés, il était important, après le succès chinois en organisant ses Jeux olympiques, et le poids croissant pris par la Chine sur la scène internationale, on n'oublie pas ceux qui payent pour avoir défendu leur droit à la liberté de penser et d'agir.
Hu Jia est de ce point de vue hautement symbolique. Ce militant professionnel n'a jamais eu recours à la violence : il n'a fait que braquer le projecteur là où le système chinois ne veut pas qu'on regarde, le scandale du sida parmi les paysans du Henan, l'absence d'état de droit, le souvenir du massacre de Tiananmen en 1989...
Je l'ai rencontré lors de mes enquêtes sur l'affaire du sida, au début des anées 2000, et il m'avait laissé l'impression d'un éternel adolescent, rebelle de toutes les causes, parfaitement conscient des risques encourus et du fait qu'un jour le couperet de l'Etat lui tomberait dessus.
Paradoxalement, Hu Jia n'a jamais été un homme d'appareil ou d'organisation, il a toujours été un électron libre, incontrôlable même par ses amis. C'est la répression qui en a fait un symbole de l'absence de liberté, et donc un récipiendaire de choix pour un prix portant le nom d'un autre grand dissident, Andreï Sakharov.
La Chine, évidemment, ne libèrera pas Hu Jia simplement parce que le parlement européen en a fait un héros des droits de l'homme, au contraire, il apparaîtrait trop faible. Mais ce prix fait assurément de lui le prisonnier politique chinois le plus « voyant » : parions qu'il ne terminera pas sa peine, et que Pékin le libèrera lorsqu'il pourra tirer profit de cet élargissement, par exemple pour faire un geste en direction du nouveau président américain si celui-ci s'appelle Barack Obama...
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daniel
daniel
Ce prix aura pour effet de creuser l'incompréhension des Chinois à notre égard, et je parle là des Chinois qui ont accès aux informations étrangères.
Car comme le souligne PH, Hu Jia est plus un symbole médiatique occidental qu'une personne ayant eu une influence ou un impact réel en Chine.
Je ne suis pas sur qu'un tel prix l'aide également pour sortir rapidement de prison (question de face).
Sur le long terme maintenant, peut on croire seulement que Hu Jia est destiné à jouer un grand rôle en Chine tel Nelson Mandela, Andrei Sakharov, Lech Walesa ?
Sur le fond nous présentons ce prix comme un devoir que nous aurions par rapport à nos grands principes : les droits de l'homme. Ce prix, n'est en fait comme le rappelle PH, qu'une piqure de rappel aux Chinois : nous méprisons votre gouvernement, même si nous espérons qu'il nous sauvera du marasme de la crise financière.




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