03/08/2008 à 11h39

Loin des JO, une balade littéraire dans les ruelles de Pékin

Bertrand Mialaret | Mychinesebooks.com

(De Pékin)

Si vous avez malgré tout décidé d’aller cet été à Pékin, sans craindre la chaleur, l’invasion de touristes et de sportifs, ainsi que l’augmentation « olympique » des prix, vous pourrez vous échapper en allant sur les traces des grands écrivains chinois du XXe siècle, qui ont marqué l’histoire de la capitale.

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Dans cette ville fleurie de centaines de kilomètres de rosiers, où les principaux monuments ont été « rafraîchis » ou rénovés, la moitié environ du patrimoine urbain des hutongs, les ruelles historiques de la capitale, a disparu. Les ruelles populaires ont laissé la place aux grands immeubles, aux centres commerciaux ; une partie de ce qui reste est soit en cours de destruction soit de rénovation/reconstruction pour en faire des résidences de luxe. Il est vrai que ces habitations, malgré leur charme, ont souvent été très dégradées par une occupation très dense et le plus souvent ne bénéficient pas d’eau courante ou de sanitaires privés.

Visiter les résidences des écrivains et artistes célèbres de l’histoire chinoise n’est guère compliqué : il vous faudra un guide comprenant les caractères en mandarin, le site à visiter ET son adresse, ce qui élimine la plupart des guides publiés. J’ai eu recours à « Pékin en poche » (Ed. You-Feng, Paris, 2008) publié et régulièrement mis à jour par Stéphanie Ollivier [que l’on retrouvera sur Rue89 pendant la durée des JO, ndlr].

Le musée Lu Xun (1881-1936)


maison de Lu Xun (B.Mialaret)

La maison du fondateur de la littérature chinoise moderne jouxte un musée moderne un peu solennel, parfois envahi par les enfants des écoles. Ce musée, comme les autres sites, comporte peu d’explications en anglais mais les jeunes visiteurs se feront un plaisir de traduire et vous de faire semblant de comprendre leur anglais très approximatif. Tous les taxis connaissent, c’est incontournable, car Lu Xun, pour les Chinois, Lu Xun est de la taille du Victor Hugo romancier, créateur de héros que chacun connaît (le célèbre Ah Q).

Lu Xun est né à Shaoxing, au sud est de Shanghaï, dans une maison magnifique du clan Zhou (son vrai nom est Zhou Shuren) parsemée de jardins intérieurs et de meubles splendides recréant l’ambiance du début du XXe siècle.

Mort en 1936, il fut annexé par le pouvoir maoïste. Son talent de polémiste est spectaculaire. Vous trouverez ses livres à la Librairie des langues étrangères à Pékin en haut de la partie piétonne de l’avenue Wangfujin, tout près de la maison de Lao She.

La maison de Lao She (1899-1966)


maison de Lao She (B.Mialaret)

Un jolie maison dans un hutong intéressant. Demandez à l’entrée la brochure en français fort bien faite sur le grand écrivain Lao She. De plus vous pouvez prendre dans vos bagages quelques livres de poche (« Le pousse-pousse » ; « Gens de Pékin », et surtout un roman inachevé et autobiographique « L’enfant du nouvel an »).

Un joli endroit avec une atmosphère empreinte de sérénité. D’origine mandchoue, c’est un très grand romancier, Pékinois et fier de l’être, mais qui a séjourné à l’étranger (en Grande-Bretagne et aux Etats Unis) et beaucoup voyagé. Sa grande ouverture d’esprit lui a valu d’être battu par les gardes rouges pendant la Révolution culturelle, et d’être découvert « suicidé » en 1966 dans le lac Taiping.


hutong de Lao She (B.Mialaret)

La maison de Guo Moruo (1892-1978)

Facile à trouver, au nord du lac Beihai, à la jonction avec le lac Hou Hai. Une belle maison avec un bien beau jardin mais un mobilier de type officiel sans grâce, un peu à l’image du propriétaire.

Après des études au Japon, Guo Moruo rejoint le PCC en 1927, puis doit s’échapper au Japon. Président de l’Académie des sciences de 1949 à 1978, il sait naviguer avec le vent et survit à la Révolution culturelle. Ses poèmes et pièces de théâtre ne sont plus réédités mais si vous tombez sur « Mes années d’enfance » dans la collection Connaissance de l’Orient (1970) chez Gallimard, cela vaut la peine de s’y arrêter.


jardin de Guo Moruo (B.Mialaret)

La résidence de Mei Lanfang (1986-1961)


maison de Mei Lanfang (B.Mialaret)

Mei Lanfang naît dans une famille d’acteurs et est très vite connu pour son interprétation de rôles féminins. Cette « star » fut le promoteur au Japon et aux Etats-Unis de l’Opéra de Pékin ; on découvre ses photos en compagnie de Charlie Chaplin ou de Mary Pickford. Une très belle maison avec un jardin superbe, mais aussi quelques groupes de visiteurs chinois avec guides, fanions et haut parleur !

La maison de Mao Dun (1896-1981)


maison de Mao Dun (B.Mialaret)

Là c’est beaucoup plus calme et vous serez probablement seul dans ce beau jardin. Journaliste, romancier, Mao Dun fut ministre de la Culture de 1949 à 1965 et président de l’Association des écrivains de 1949 à 1981. Avant cette période « officielle », il fut un bon écrivain et son roman « Minuit » est une forte évocation du Shanghaï du capitalisme triomphant de l’avant guerre. Il a donné son nom au prix littéraire chinois le plus important.

Le Musée National de la littérature chinoise moderne

Vous ne le trouverez pas dans les guides : il est situé au sud-est des installations olympiques, (Wenxue guan lu ; tel : 84619071 ou 84615522). Réservé aux inconditionnels, ce musée expose une documentation importante sur les écrivains du XXe siècle et recrée les cabinets de travail de plusieurs grands écrivains. Quasiment pas de textes en anglais, mais à l’accueil on peut trouver de jeunes guides qui parlent bien anglais mais ne connaissent que peu la littérature ! Une section minuscule est consacrée à la très intéressante littérature de Taiwan, ce qui vaut des réponses gênés à des questions mal intentionnées.

La notion même de « musée de la littérature » est quelque chose de quasiment unique dans le monde et qui montre l’importance politique attachée en Chine à la littérature.

Vous voilà revenu près des installations olympiques...

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  • solstice
    solstice
    pigiste
    • Posté à 18h04 le 03/08/2008
    • Internaute 38451
      pigiste

    Ah, rien que pour Lao She, je me suis régalé. Accessoirement, c’est marrant que le « suicidé » de la révolution culturelle aie droit aux honneurs... Bon, pas encore prête à tout avaler (J.O.) mais merci pour cet angle intéressant.

  • daniel
    daniel
    daniel
    • Posté à 09h23 le 04/08/2008
    • Internaute 5273
      daniel

    Merci pour ce parcours hors des sentiers battus.
    La prochaine fois que j’irais en Chine, grâce à vous, j’irais rendre hommage à Lao She que j’adore.

  • virginie78
    virginie78
    Éteignez votre TV et apprenez à (...)
    • Posté à 13h31 le 04/08/2008
    • Internaute 25883
      Éteignez votre TV et apprenez à (...)

    De Pékin à Paris

    AU café des Poètes, rue de Bourgogne à Paris, il y avait un soir, un bon poète chinois, qui était en Europe à défaut de pouvoir rester dans son pays natale.

    Il y a clamé quelques uns de ses poèmes. Vraiment surprenantes les sonorités de sa langue natale !
    Heureusement que c’était traduit après :)Très émouvants les textes, profonds et plein de sencibilité.

    Il s’appelle MA DESHENG
    Une p’te bio ici Lien

    un bouquin : Vingt-quatre heures avant la rencontre avec le dieu de la mort

  • San De-
    San De- répond à Addie
    • Posté à 15h15 le 04/08/2008
    • Internaute 19339

    Ah ! Apprenant la polemique d’un sinologue allemand disant « la litterature chinoise d’aujourd’hui, c’est de la merde », j’ai taté le terrain auprès d’amis.. ; ils ont ete unanime sur la question : « c’est nul », « c’est pourrie », « c’est merdique ».

    La censure et le lavage de cerveau permanent n’aide pas à être créatif. Ajoutez à celà le « businessisation » de toute la culture...

    Question : les auteurs ayant vecu les deux premieres decennis de la rpc, comment s’est fait ressentir la « reforme de la pensée » sur eux ? j’ai besoin de savoir qu’un auteur est libre pour apprecier. Et, je n’aime pas Lu Xun...

  • Xiaolin
    Xiaolin répond à San De-
    • Posté à 16h02 le 04/08/2008
    • Internaute 1264

    Il ne faut pas croire tout ce que les sinologues racontent. Et si vous essayiez de lire par vous même ? Il a pourtant assez d’auteurs traduits en français. Chez Picquier, chez Bleu de Chine, chez Actes Sud, et aussi à l’Olivier, au Seuil, etc. Lisez Yu Hua, Ge Fei, Mo Yan, Bi Feiyu, Yan Lianke, Xu Xing, Wang Chang, Dai Lai, Murong Xuecun... pardon à tous ceux que j’oublie ou que je saute, la liste serait trop longue. Après vous pourrez dire que c’est nul, si vous avez toujours le coeur à ça, mais vous ne pourrez pas dire ce n’est pas riche et varié. Comme disait un ami chinois : justement,si, du fait qu’ils n’ont pas de liberté d’expression, les Chinois réfléchissent beaucoup, ils n’ont pas le choix. Plongez vous dans ce qu’ils disent, vous serez sans doute surpris par la liberté de ton adopté par certains, et par l’acuité de leur critique sociale.
    Plus, en réponse à votre question : pour les auteurs ayant vécu les deux premières décennies de la Rpc, je recommande les souvenirs de Ba Jin, ancien anarchiste ayant résidé et travaillé en France. Vous verrez que les persécutions subies pendant la Révolution culturelle ne lui ont coupé ni son envie de s’exprimer, ni sa liberté de pensée. Au contraire !

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