
Victoire de l'opposition à Taiwan, en dépit du Tibet

Les événements du Tibet ont un impact imprévu à des milliers de kilomètres de là : à Taiwan où se déroulait samedi une élection présidentielle qui, jusqu'au soulèvement de Lhassa, semblait jouée d'avance. Les images du Tibet ont pesé sur le climat électoral. Mais pas assez pour empêcher l'élection du candidat d'opposition Ma Ying-yeou, qui pouvait sembler le plus « soft » vis-à-vis de Pékin.
Ma Ying-jeou, le candidat du Kuomintang, l'ancien parti nationaliste de Tchang Kai-chek, semblait assuré de l'emporter, à la fois en raison du discrédit du Parti démocratique progressiste (DPP) et du Président sortant Chen Shui-bian, mais aussi d'une attitude plus « constructive » sur la question des rapports avec la Chine continentale, la question-clé de l'avenir de l'île. Mais l'impact négatif des événements du Tibet auprès des 18 millions d'électeurs taiwanais a suscité une méfiance accrue de la population vis-à-vis de Pékin, dont le candidat du DPP, Frank Hsieh, a tenté de profiter.
Cet impact est logique : l'autonomie que refuse dans la pratique Pékin au Tibet, c'est ce qui est promis aux Taiwanais dans le cadre d'un rapprochement, voire d'une réunification, entre l'île et le continent. Taiwan vit séparée de la Chine depuis que Tchang Kai-chek y a trouvé refuge après avoir perdu la guerre civile chinoise face aux troupes de Mao Zedong en 1949. Le DPP, plus indépendantiste, a tenté en vain ces huit dernières années au pouvoir, de favoriser l'émancipation de Taiwan. Son échec et l'hostilité entre Taipei et Pékin ont permis un retour en force du Kuomintang, grand vainqueur des élections législatives de janvier dernier.
Les événements du Tibet ont contraint Ma Ying-jeou, le candidat du Kuomintang, à hausser le ton vis-à-vis de la Chine, fustigeant une « répression brutale et stupide » des autorités chinoises, et menaçant même de boycotter les JO de Pékin cet été (auxquels Taiwan participe de manière autonome mais également sous le nom de « Chine »). Il s'est soudain retrouvé sur la défensive face à son rival du DPP, plus en phase avec les craintes de la population en agitant la crainte qu'après le Tibet, ce soit le tour de Taiwan, qui vit sous la menace militaire chinoise permanente…
L'écart entre les deux candidats, qui était de 20 points il y a encore deux semaines, s'est légèrement réduit. Cela n'a pas été suffisant pour priver le Kuomintang d'une victoire largement assurée par l'échec de la gestion du DPP ces dernières années, et d'affaires de corruption touchant la propre famille du président sortant.
Reste la question-clé : avec la victoire Ma Ying-jeou, souhaitée par Pékin, quelles seront les relations entre les deux rives du détroit de Formose ? La réalité économique pousse à une intégration de plus en plus grande, les grandes entreprises taiwanaises ne pouvant survivre aujourd'hui sans investir sur le continent. Mais la logique politique est plus complexe, l'absence d'évolution du régime de Pékin sur la question démocratique empêchant de véritables progrès sur la voie d'une réunification qui divise profondément les Taiwanais.
L'autonomie version tibétaine est à juste titre un véritable repoussoir pour les Taiwanais ; la version plus moderne inaugurée avec Hongkong (« un pays, deux systèmes »), est plus présentable, mais jugée insuffisante dans un territoire qui a démocratisé ses institutions, dispose de son armée et d'une identité forte. L'issue du scrutin de samedi aura décidé de la tonalité, plus apaisée, des relations Taipei-Pékin, mais ne suffira pas à régler le problème, vieux de près de 60 ans (voire plus ancien encore si on compte les années de colonisation japonaise), de la séparation entre les deux rives du détroit de Formose.
► Mis à jour le 22/03/2008 à 13h00, avec la victoire de Ma Ying-jeou, le candidat du Kuomintang, à l'élection présidentielle, selon les premières projections de la télévision taiwanaise.
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De daniel
08H27 | 22/03/2008 |
Imprévu ?
amha, vu de Pékin, tout cela est savamment orchestré ! …
Le drame c'est que cela ne fait pas du tout rire les Chinois.
De julesnadeau
09H22 | 22/03/2008 |
J'attends les résultats devant nous parvenir dans quelques heures avec impatience. J'ai vécu six ans à Taiwan, le sujet m'intéresse, et il serait très surprenant que les événements du Tibet n'aient pas un impact direct sur les résultats du scrutin à Taiwan. Les deux territoires n'ont pas beaucoup en commun sur plusieurs plans mais tous les deux font face au même gouvernement « central ».Je note avec intérêt que le candidat Ma Ying-jeou a déjà pris ses distances de Pékin dans toute cette affaire du Tibet. Un dossier à suivre de très près. (Jules Nadeau à Montréal)
à julesnadeau
De TARPON
16H21 | 23/03/2008 |
Que peut il y avoir de commun entre une ILe qui a toujours été chinoise et un pays souverain annexé par la CHINE ?
De cywd
11H01 | 22/03/2008 |
Au moment où je rédige ce commentaire, Ma Jing-yeou a déjà récolté 6 480 000 votes contre 4 570 000 votes pour son adversaire. Le rapport de force n'a pas du tout été impacté par les événements du Tibet et MA Jing-yeou va sans doute remporter haut la main l'élection.
Cependant je partage l'avis de Pierre HASKI sur un point ; l'absence d'évolution démocratique en Chine continentale empêcherait toute perspective de réunification dans un avenir proche. Les Taiwanais souhaitent évidemment profiter du boom économique du continent chinois ; mais sans pour autant renoncer à leurs droits fondamentaux difficilement acquis après de longues années de lutte ardente.
De cywd
11H12 | 22/03/2008 |
Je crois qu'il y a lieu d'informer les lecteurs de cet article que dans la photo utilisée par Pierre HASKI, ces individus portant des bandeaux verts sont supporteurs du parti indépendatiste DDP. A Taiwan, on les appel ¨« le Camp des Vert ». Ceux qui soutiennent le Parti Nationaliste Kuomingdang sont dans le « Camp des bleu ».
à cywd
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 12H35 | 22/03/2008 |
c'est dit dans la légende qu'ils sont indépendantistes (légende qui apparait quand vous posez la souris sur la photo).
à Pierre Haski
De cywd
14H46 | 22/03/2008 |
Mais je pense q'il est toujours utilie de donner suffisamment d'informations sur l'image utilisé pour ne pas prêter aux confusions ; car il s'agit là bien de militants du DDP et pas de simples électeurs lambdas taiwanais. Sans cette précision, le message que véhicule votre photo pourrait être très ambigu auprès de vos lecteurs.
De Haina
13H05 | 22/03/2008 |
En effet, et la Chine se preparait activement a voir le DPP passer : enfin le conflit aurait ete permis. Le Guomingtang semblant vouloir l'emporter, 58 % a la moitie du depouillage, la guerre sera peut-etre evitee. Ce n'est pas forcement du gout de tous, a Pekin (pour les naifs qui croient encore a l'etincelle interne au tibet, il serait temps de se renseigner, ce monde me fait de plus en plus peur).
à Haina
De Yannick
15H32 | 22/03/2008 |
> la Chine se preparait activement a voir le DPP passer
Comment saviez-vous ce genre de choses ?
à Yannick
De awen
18H34 | 24/03/2008 |
Sans pouvoir préciser les sources exactes, on m'a appris que les journalistes chinois qui devaient couvrir l'évènement se sont finalement vu refuser les autorisations de sortie du territoire. Un petit nombre de journalistes a tout de même pu se rendre sur place, mais en conséquence, les articles sur les élections taïwannaises n'occupaient que quelques lignes insignifiantes dans les journaux chinois.
Il est clair que le grabuge qu'aurait pu créer une nouvelle victoire du DDP servait beaucoup plus leur propagande nationaliste à l'intérieur du pays.
De Aartus
13H05 | 22/03/2008 |
MA Jing-yeou étant élu, s'ouvre maintenant une période de grande incertitude, contrairement à la situation de statut quo qui prévalait jusqu'alors.
Lorsqu'il y a 8 ans le KMT perdait le pouvoir présidentiel (mais en concervant une majorité à l'assemblée) la Chine n'était pas encore la puissance économique qu'elle est devenue et l'économie de Taiwan n'avait pas encore mis tous ses oeufs dans le même panier continental. Et la Chine n'avait pas non plus encore acquis le statut de super puissance régionale qu'elle a désormais. En un mot, à l'époque, le KMT favorable à une réunification avait encore les moyens de dammer le pion à la Chine pour faire valoir ses exigences, évidemment innacceptables pour Pékin. D'où le statut quo qui en découlait, repris de fait par le DPP qui s'est très pragmatiquent abstenu de toute velléité indépendantiste malgré son objectif politique contraire.
Quelles sont aujourd'hui les marges de manoeuvre d'un KMT revenu au pouvoir et prônant un rapprochement avec la Chine ? Celle-ci ne va t'elle pas être tentée de profiter de sa position de force pour imposer une solution négociée ? Quelle sera alors la réaction du KMT et de son électorat dont il n'est pas sûr que dans son ensemble il soit prêt à se faire manger tout cru par Pékin ?
L'avenir immédiat de Taiwan est ainsi rempli d'incertitudes… Une seule certitude, le statut quo vient de voler en éclats.
De Haina
13H53 | 22/03/2008 |
La marge de manoeuvre sera celle accordee par oncle sam, qui a de quoi peser dans ses tours de manche, ca va etre TERRIBLE (hein, sarko ! )
De jumpas
6 | 15H37 | 22/03/2008 |
Vive la democratie taiwanaise ! ! ! ils ont montres un exemple excellent a leurs confreres continentaux ! !
à jumpas
De cywd
16H38 | 22/03/2008 |
La démocratie taiwanaise est sans doute un exemple voire un expoir pour les Chinois du continent.
Cependant les bagarres, les menances, les coups bas et les insultes quotidiens entre des parlementaires taiwanais (un vrai régal pour les téléspectateurs tw) nous invitent à montrer plus de prudence quant à qualifier cette jeune démocratie d'excellence. Encore une fois, la politique n'est ni noir ni blanc.
à cywd
De Meilidao
18H47 | 22/03/2008 |
« les bagarres, les menances, les coups bas et les insultes » …
… n'ont pas vraiment d'importance, et c'est ainsi que la politique taiwanaise est, teintée du tempérament des taiwanais. Ce n'est pas pour ça que la démocratie taiwanaise n'est pas exemplaire. La politique de la si grande puissance américaine n'est elle pas un spectacle parfois ? et pourtant c'est un très grande démocratie
De Yannick
15H37 | 22/03/2008 |
Je me souviens vaguement de la visite d'une délégation du KMT qui rendait visite à Pékin au grand dam des pro-DPP. Je ne me souviens plus de la période (2006, 2007 ? ) et je n'arrive pas à retrouver cette info. Quelqu'un aurait une idée plus précise ? À l'époque cela avait paru très mystérieux, est-ce que depuis l'on en sait un peu plus sur cette visite ?
à Yannick
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 17H02 | 22/03/2008 |
Vous devez faire allusion à la visite de Lian Chan, le prédécesseur de Ma Ying-jeou à la tête du KMT, qui s'était rendu en Chine en 2005. Ca avait fait pas mal de bruit en effet, car c'était une sorte de pélerinage sur ses traces familiales, avec grosse pub des médias chinois, une manière de maintenir le cordon entre l'île et le continent. Ma est assurément plus malin que Lian.
à Pierre Haski
De Yannick
17H08 | 22/03/2008 |
Merci !
à Pierre Haski
De Catherine GUIBERT
20H13 | 22/03/2008 |
Je viens de visionner votre intervention sur Arrêt sur images où vous faites parler d'un anglais qui a écrit sur son séjour au Tibet et en Chine. Pouvez-vous me transmettre des informations complémentaires et ce livre a-t-il été traduit en français.
Merci par avance
Catherine
De ziyouwudao
16H03 | 22/03/2008 |
Comme le rappelle P.Haski, les élections de cette année, et contrairement à 2004, se sont surtout jouées sur le terrain économique (le pouvoir d'achat comme on dirait ailleurs ! ) et l'image plutôt négative laissée par Chen, le président sortant.
Toutefois, concernant le rapprochement avec la Chine, et là intervient la question identitaire, je crois qu'il ne faut pas aller trop vite en besogne. Ce sentiment Taiwanais remonte effectivement bien avant 1949 (même s'il a évolué depuis) et a été assez fort pour faire changer, malgré tout, les positions du KMT. On n'est plus au temps où le parti de Tchang Kai-chek se sentait plus continental que taiwanais.
De alexio56
étudiant | 17H24 | 22/03/2008 |
la chine a interêt à ce que le Tawain reste en alliance avec elle. la contribution des compagnies taiwanaises dans le PIB chinois est énorme. je crois que la chine est cencé garder toujours des bonnes relations démocratiques avec la Fermose pour qu'elle puisse en quelque sorte préserver son statut de « dragon ». les évenements du tibet vont certainement impacter les éléctions présidentielles au Taiwan. la Chine devra finalement revoir sa politique étrangère envers ces pays (Tibet, Hong kong, Tawain) si elle veut réussir économiquement.
à alexio56
De cywd
18H00 | 22/03/2008 |
Votre commentaire manifeste très maleureusement une incompréhension totale de la Chine ; car tout est faux :
1, Tibet et Hong Kong sont entre les mains de la Chine, ce qui relève, au risque de vous déplaire, d'une politique INTERIEURE.
2, Relire bien l'artcile de Pierre HASKI « les grandes entreprises taiwanaises ne pouvant survivre aujourd'hui sans investir sur le continent » et pas l'inverse.
3, Seuls les USA et parfois les pays de l'UE peuvent encore exercer des pressions sur la Chine.
à cywd
De alexio56
étudiant | 23H36 | 22/03/2008 |
peut etre que tu as raison, mais le twain et le tibet peuvent en tous moment revendiquer leurs indépendances. un mouvement d'indépendance est en train de se manifester sur le plan mondial : je fait allusion bien sur a Kosovo, et mle basque espagnol.
De Akaz
Malfini | 20H01 | 22/03/2008 |
« 2, Relire bien l'artcile de Pierre HASKI “les grandes entreprises taiwanaises ne pouvant survivre aujourd'hui sans investir sur le continent” et pas l'inverse. »
Etant donné qu'un certain nombre de grandes entreprises chinoises sont taiwanaises…Et l'inverse n'a pas de sens : qu'est ce qu'une entreprise chinoise peut apporter à Taiwan ? Enfin, je ne sais pas si tu réalises…
Autre chose, qui, je crois, est largement oublié, c'est que c'est avant tout un vote sanction contre Chen Shui-bian. Qui a déçu dès le départ à la fois sur des questions institutionnelles, sur sa gestion économique, puis sur sa politique étrangère qui cherchait à cacher son inaction à l'intérieur, enfin et ça a été la touche finale, les révélations sur la la corruption de son entourage ont particulièremet choqué, vu qu'il avait été élu comme un nettoyeur, un incorruptible, un juste.
Enfin, une petite information (et oui, le monde est complexe en dehors de l'Occident) il y a beaucoup d'indépendantistes au KMT, si si.
à Akaz
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 20H35 | 22/03/2008 |
Un certain nombre de grandes entreprises chinoises sont taiwanaises ? Ah bon ? Lesquelles ?
Sinon d'accord avec vous sur le vote sanction contre Chen Shui-bian qui n'a que lui-même à blâmer. Un beau gâchis.
à Pierre Haski
De cywd
21H51 | 22/03/2008 |
« Un beau gâchis »
ahahaha, les mots en disent longue…
à cywd
De Pierre Haski
(auteur)
Rue89 | 22H15 | 23/03/2008 |
ce rire est formidable ! même par écrit.
à Pierre Haski
De cywd
22H13 | 22/03/2008 |
« Etant donné qu'un certain nombre de grandes entreprises chinoises sont taiwanaises…Et l'inverse n'a pas de sens : qu'est ce qu'une entreprise chinoise peut apporter à Taiwan ? Enfin, je ne sais pas si tu réalises… »
« Un certain nombre de grandes entreprises chinoises sont taiwanaises ? Ah bon ? Lesquelles ? »
Il veut dire par là que les investisseurs taiwanais ont massivement investi dans certaines entreprises chinoises de très grande taille (le secteur chimie pétrole par ex), notamment dans les provinces du Fujian, Zhejiang et Jiangshu. Les rendements de ces investissements sont si importants pour que comme Pierre HASKI l'a dit, presque toutes les grandes entreprises taiwanaises ne puissent survivre sans le marché du continent, l'économie taiwanaise est bien dépendante de celle du continent ; mais pas l'inverse et ce, à l'unanimité de tous les économistes de Taiwan.
Je lui accord des crédits sur le fait qu'il y a effectivement des indépendantistes au KMT.
à Pierre Haski
De l écrevisse
08H13 | 23/03/2008 |
« Lesquelles ? »
Je crois que Acer est Taiwanais.
Sinon, je propose ici un lien à Wikipedia qui donne la liste des entreprises Taiwanaises, mais je n'y ai pas accès ici…
fr.wikipedia.org/wiki/Liste_d'entreprises_de_Taïwan - 19k
Mr Haski, vous semblez pour l'indépendance de Taiwan, vous montrez une photo des manifestation du DDP pour illustrer l'article, vous parlez de « beau gâchis » pour définir l'échec de Chen Shui-bian, ou encore vous assurez que « Ma est plus malin que Lian » car (sous entendu) Lian Chan a fait une visite « back to the roots » à Beijing en 2005.
Mais peu être que je me trompe.
Pourriez vous éclaircir vos positions et si vous êtes pour l'indépendance Taiwanaise, expliquer la raison ?
à l écrevisse
De cywd
15H44 | 23/03/2008 |
Une Chine idéale est une Chine divisée en 7 morceaux ; Xing jiang, Xi zhang, Mongolie,Yun Nan, Dongbei,Taiwan, et le reste. Comme quoi, vous pourriez voir dans la presse occidentale que la Chine est un pays aussi magnifique que l'Inde. : -)))