ADN : les biohackers créent des monstres dans leur garage

Structure 3D de la molécule d'ADN (Wikipédia).

Biopunk, DIYbio, biologie de garage, biohacking… Peu importe le nom qu'on lui donne, l'ADN pour tous arrive demain et pourrait bien nous faire connaître l'équivalent de la révolution micro-informatique. Mais pour contrer l'hégémonie de grands groupes industriels en la matière, des apprentis docteurs Frankenstein développent déjà en parallèle un nouvel underground libertaire, comme le montre une enquête du site internetactu.net , signée Rémi Sussan.

Il se murmure que dans un futur proche, un amateur pourrait s'offrir tous les outils nécessaires au séquençage et à la synthèse de l'ADN. L'astrophysicien Freeman Dyson pense même que la création d'organismes vivants inédits pourrait devenir le loisir des enfants de demain. Nous n'en sommes pas encore là. Mais au vu du coût du séquençage d'un génome complet, qui valait quelques centaines de millions d'euros il y a deux ans contre 3700€ aujourd'hui, certains se mettent à rêver. The 6th Day, eXistenZ, Robocop, Jurassic Park… Les films d'anticipations ont déjà débattu des diverses possibilités d'application de la biologie synthétique.

Comment extraire l'ADN à base de jus d'ananas

Le biohacking ne s'oppose pas à cette nouvelle ère biotechnologique. Bien au contraire, il lutte contre une potentielle dérive consumériste à la Monsanto. Pour se faire, les biopunks (ou biohackers) divulguent leurs connaissances de l'ADN sur la Toile et au grand public, afin que ce savoir ne fasse plus l'objet d'un monopole des grandes entreprises pharmaceutiques. Une sorte de Robin des Bois scientifique, en somme.

Mais les biopunks ne s'arrêtent pas là et vont jusqu'à expliquer comment réaliser à bas prix l'extraction d'ADN à base d'eau, d'alcool, de savon et de jus d'ananas, ou comment remplacer un four laborantin par un microcontrôleur disponible sur eBay pour 165€.

Ces actions pourraient presque être rebaptisées « Opération MacGyver ». Le héro eigthies a d'ailleurs prêté son nom à l'un des projets explicatifs du site web The Science Creative Quarterly.

Une imprimante 3D pour biobricks

Mais qui sont ces biohackers ? Pour le dictionnaire, ce sont des amateurs en génie génétique qui engendrent des espèces inconnues au fond de leur garage. Une définition restrictive qui sous-estime l'anticonformiste militant et libertaire qui se dégage de la démarche. Une majorité de ces membres proviennent en effet de grandes écoles comme Harvard.

Le biohacking est ainsi envisagé comme un « Think tank » (laboratoire d'idée), sorte de Homebrew Computer Club - façon biologie synthétique - pour futurs cadres dirigeants. Preuve de l'absence d'amateurisme et de cette volonté de démocratisation, ce sont également de grands noms du milieu de la recherche qui ont cosigné le numéro spécial de la revue scientifique Make sur le DIYbio (« Do it Yourself bio »).

Epicentre du biohacking, l'Institut Technologique du Massachusetts (MIT) a lancé le projet OpenWetWare, dont les résultats sont en libre accès. Au sein de ce projet, les participants créent et assemblent des « biobricks », des portions d'ADN prédéfinies dont on connaît les fonctions précises. A la manière des Lego, chaque nouvel assemblage offre un puzzle plausible et transposable à la réalité.

Autour de ces biobricks, l'IGEM (International Genetically Engineered Machine) ou encore la revue io9, organisent même des concours pour créer de nouvelles espèces vivantes ou bactériologiques, jusque-là inédites. Quant à la start-up Ginkgo Bioworks, l'une des premières du genre, elle rêve de concrétiser ces approches théoriques en créant une imprimante 3D pour biobricks.

100000 personnes capables de créer de l'anthrax

Les OGM ou le clonage à la Raël, dont les débats suscités n'étaient finalement qu'un préambule, ont bien évidemment soulevé des questions éthiques, dont les répercutions sont encore perceptibles.

Que faire si cette connaissance de l'ADN, dorénavant accessible, est détournée au profit d'armes bactériologiques ou d'épidémies dévastatrices ? Roger Brent, le directeur du Molecular Science Institute de Berkeley, estime par exemple à 100000 le nombre de personnes capables de créer de l'anthrax. Et la phobie qui en découle est déjà sous-jacente.

Certains amateurs (comme Victor Deeb, retraité) ont vu dernièrement leur matériel confisqué par les autorités, alors que les produits saisis n'étaient a priori pas plus dangereux que ceux que l'on peut trouver dans une remise ou une cuisine.

Reste que, sous couvert de contrecarrer les éventuelles répercutions négatives de ces révélations, il ne faudrait pas pour autant stopper la recherche, en particulier concernant les maladies génétiques.

Le risque de détournements existe, mais un veto du gouvernement (ou d'une religion ? ) causerait ainsi peut-être plus de mal que le risque lui-même. Peine perdue. Il reste malheureusement dans l'inconscient collectif et celui des médias, l'idée d'un groupuscule malfaisant (et crédible) digne des meilleurs James Bond. Un sentiment renforcé par la sémantique du mot biohacker, pas si éloigné du bioterroriste.

De quoi alimenter, pour encore quelques temps, les scénarios hollywoodiens…

Photo : structure 3D de la molécule d'ADN (Wikipédia).
Sources : InternetActu, LeMonde, TechAgora, io9.

&#5896 Mise à jour 6 novembre 2008 , mention de l'article d'internetactu.net.

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de Numerosix

De Numerosix 14499

Prisonnier dans le village global | 20H30 | 03/11/2008 | Permalien

La Science Fiction , oui . Et bien sur K. Dick

Dans « le problème des bulles » (nouvelle de 1953) , l'Homme, en quête de sensations nouvelles, a finalement mis la main sur la clé de l'atome. Désormais, il lui est possible de créer des mondes miniatures de la taille d'un ballon de foot, des « bulles », dont il peut maîtriser les éléments naturels, qu'il peut peupler d'êtres pensants et intelligents, et qu'il peut même faire évoluer…
Mais qui sait si nous ne sommes pas nous-mêmes dans la bulle d'un autre ?

Et ça se termine très très mal ..

Portrait de jjhb

De jjhb

cosmonaute | 20H57 | 03/11/2008 | Permalien

« Les films d'anticipations ont déjà débattu des diverses possibilités d'application de la biologie synthétique »… je ne suis pas d'accord, ils se sont contenter, dans la grande majorité, à faire du sensationnel qui cherche à apeurer voire à écœurer.

Y a plein de peacefuls applications possibles et il serait vraiment navrant (quand est-ce que l'être humain va apprendre à ne pas chercher à jouer avec des pétards ? ) pour ne pas dire consternant que l'on fonce encore et encore dans la répétition d'un modèle fondé sur des richesses que certains(es) s'accaparent et qui rendent névrosés(es) jusqu'à la paranoïa psychotique hallucinatoire… irréversibles ? sont-ils irréversibles ?

S'il vous plaît, utilisez les combinaisons des génomes de ce que vous voulez à la condition express sans équivoque : fabriquez du bonheur, de la générosité, de la joie, de la complicité, sans brevets ! ! ! Le code appartient à tout le monde et à personne, il n'y a aucune création, simplement des mises en évidence, rangez votre fierté, votre vénalité, votre cupidité, votre orgueil aux placards, tapis rouge pour la diffusion libre et gratuite des prototypes amicaux : )

Une dernière chose, jouer à l'apprenti sorcier n'est pas chose facile, et il me semble que toutes celles et tous ceux qui voudraient se lancer dans l'aventure doivent avoir lus au moins deux ouvrages parmi tant d'autres :

I Robot, les robots, Isaac Asimov, se trouve facilement en poche d'occasion

do androids dream of electric sheep, blade runner, philip k. dick, se troc

Arrivée d'air chaud : )

Portrait de Jean-Jacques Louis

De Jean-Jacques Louis

23H19 | 03/11/2008 | Permalien

En 1999, dans le seul but d'entretenir les arbres de la propriété que je venais d'acheter, je me suis inscrit à un cours de WE donné par un institut d'horticulture. Cette formation comprenait, entre autres, en option, une dizaine de cours théoriques et pratiques consacrés à la préparation et à la sélection d'OGM. J'avais été surpris par la facilité relative avec laquelle un individu de formation moyenne pouvait s'adonner à cette activité que je supposais nettement moins abordable. De plus, l'investissement nécessaire était à la portée d'un amateur motivé. Seule une hotte à flux laminaire était un peu chère tout en restant très abordable. Il en était de même des produits et équipements pour laboratoire nécessaires qui étaient, de plus, faciles à se procurer chez les fournisseurs traditionnels (Merck, Aldrich, Janssen et autres).

Cet article n'est donc pas du tout de la science fiction. Pour rappel, soixante ans après avoir fabriqué leur premier oscilloscope dans le garage de leurs parents, Hewlett et Packard détenaient une entreprise gigantesque et prospère. En sera-t-il de même des généticiens amateurs ? Joueront-ils à modifier de l'Ebola pour le rendre résistant à l'arsenal classique ? Et dans ce cas, qui seront leurs clients ? Le président qui sera élu demain va devoir bombarder non seulement l'Iran mais pratiquement tous les pays de la planète. Bon courage, Barack.

Portrait de Shibby

De Shibby

étudiant en Génétique | 00H55 | 04/11/2008 | Permalien

Cet article est volontairement tapageur, et cache la pauvreté de son contenu par un excès de sensationnalisme :

« l'ADN pour tous arrive demain et pourrait bien nous faire connaître l'équivalent de la révolution micro-informatique »

très bien, dis moi donc en quoi l'ADN pourrait nous faire connaître une révolution comparable à celle de la microinformatique, facilite t'il les calculs complexes, est il un formidable moyen de communication à la portée des masses, un outil de création graphique et sonore ?

« les biopunks (ou biohackers) divulguent leurs connaissances de l'ADN sur la Toile et au grand public, afin que ce savoir ne fasse plus l'objet d'un monopole des grandes entreprises pharmaceutiques »

Qui peut se targuer de posséder des connaissances sur l'ADN : les étudiants et les chercheurs en Biochimie, Biologie Moléculaire, Génétique etc…certains travaillent pour des labos privés, d'autres dans le public mais jamais le savoir n'a été l'apanage des labo pharmaceutiques ! ! !

« Mais les biopunks ne s'arrêtent pas là et vont jusqu'à expliquer comment réaliser à bas prix l'extraction d'ADN à base d'eau, d'alcool, de savon et de jus d'ananas »

Tu parles d'un secret… c'est au programme de 1ère S, autant dire à la portée de tous et de toutes !

Je crois que je vais devenir un cyberbiotrouduc ! Je vous donne le secret de la somme des connaissance en génétique( en très large)

http://www.amazon.com/Genes-IX-Lewin-XI/dp/0763740632

Si vous avez besoin d'un avis génétique avant de publier des âneries Rue89, vous savez ou me trouver (poil au nez)

Portrait de ecor1

De ecor1

sur le fil | 12H08 | 04/11/2008 | Permalien

Juste pour signaler que la divulgation des connaissance scientifiques en quasi libre accès se fait depuis le début d'internet, via un portail appelé PUBMED produit par NCBI en ce qui concerne la biologie et la medecine. Ici sont compilées tout les publications, ce site est utilisé par les professionnels mais n'importe qui peut y avoir accès. Pas besoin donc d'etre un biohacker pour divulguer les infos, les scientifiques s'en occupe déjà tout seul.

Autre chose, les chances de créer une nouvelle espèce avec un micro-ondes et pelle a tarte restent minces. AU plus certains pourront produire des bactéries « transgeniques » mais guère plus. Un labo sur équipé en matos et en scientifiques de pointe a du mal a cloner une brebis, alors n'imaginez pas qu'un gars, meme futé, fera éclore un monstre dans son garage.

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