
Squattez un ancien commissariat ou une chapelle en toute légalité

On peut désormais habiter dans un commissariat, un pub ou une chapelle. Conséquence d'un assouplissement de la loi ? Non. Depuis quinze ans, Camelot Property se charge de repérer des lieux inoccupés en attente de rénovation ou de destruction en échange d'un contrat de gardiennage. En France, c'est Lancelot qui assure depuis cette année le relais du groupe européen.
« Cherche locataire pour ancien hôtel désaffecté : 159€/mois. » L'annonce pourrait être une blague de mauvais goût, si la formule n'avait pas séduit plusieurs pays européens. Il faut avouer qu'habiter un lieu hors du commun en guise de logement temporaire a de quoi rendre jaloux tout amateur d'émissions de décoration.
L'initiative vient de spécialistes de la prévention d'occupation illégale. Le premier bureau s'est ouvert aux Pays-Bas en 1992. La société s'est par la suite développée au Royaume-Uni, en Belgique, en Irlande et désormais en France. Le panel d'habitations va de l'usine désaffectée au centre commercial en cours de réhabilitation, en passant à l'école en démolition ou le château bientôt mis en vente.
Des gardiens improvisés, qui évitent l'arrivée de « vrais » squatteurs
La solution est idéale pour ceux qui déménagent souvent ou ceux qui ne peuvent payer les prix du marché immobilier local. En échange d'un prix dérisoire, les gardiens improvisés -pour la plupart de vrais candidats au logement ou des bobos en mal de sensations- préviennent de tout acte de vandalisme, de problèmes de tuyauterie ou de toiture, et de la présence de squatters non autorisés.
Aux Pays-Bas, 8 000 personnes vivent ainsi, confirmant le potentiel européen autour de plus de 35 000 logements de ce type. En France, ce serait entre 50 000 et 60 000 personnes qui seraient intéressées, avec une quinzaine de bâtiments qui seraient disponibles fin 2008.
Pour postuler, il faut justifier d'un emploi fixe et de fiches de salaires des derniers douze mois. Attention enfin, les enfants et les animaux ne sont pas acceptés, seules l'eau courante et l'électricité sont assurées et une inspection mensuelle est effectuée par l'agence.
Etymologiquement, le terme même de « squat » est intéressant. Venant de l'anglais « s'accroupir », il définissait l'action d'occuper un lieu inhabité. L'emploi est intervenu lors de la conquête de l'Ouest américain, au XIXe siècle. Par extension, le squat a connu un essor contemporain sans précédent en Europe, comme en témoigne la centaine de squats barcelonais, leur légalisation aux Pays-Bas et en Italie ou ceux abritant des artistes à Paris.
Cependant, si l'on connaissait le squat par nécessité (précarité), à vocation culturelle (ateliers/workshops), libéral (zone de gratuité/free shops) ou politique (anarchisme, mouvement autonome), l« action de Camelot Property s'intègre dans la tendance des “vacances horizontales”.
Un dépaysement social, pour redécouvrir la ville
Le principe, initialement new-yorkais, consiste à prendre un congé non loin de son habitation usuelle, afin d'investir notamment l'hôtellerie de luxe ou le logement humanitaire. Ainsi, les initiés accèdent à un dépaysement social, découvrant leur ville sous un autre jour.
Le squat réitère également la notion de propriété d'usage, revendiquant par ce mode une maigre dépendance à l'argent au profit de son temps de vie. Il peut donc autant se révéler être un espace de résistance qu'un lieu d'expérimentation de l'autonomie (sociale et économique).
Lancelot France propose donc une forme de lutte contre le mal par le mal. L'occasion également de mettre un peu de piment dans son quotidien et se rassurer sur son refus de l'uniformisation sociétale. Preuve une fois encore que, hors de sa valeur fiduciaire, l'originalité a tout de même un prix.
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De Bardamu
difficile | 21H41 | 06/04/2008 |
A part ça, j'ai toujours rêvé de célébrer des messes noires dans une église désaffectée…
Si quelqu'un a une adresse !
De JRCW
06H33 | 07/04/2008 |
C'est le moyen qu'ils ont trouvé pour empêcher le DAL d'occuper les lieux inocccupés et à moindres frais.
C'est un scandale.
Cordialement vôtre
De Akron
09H06 | 07/04/2008 |
comment aider les gens sans ressource ou qui ont des soucis de logement ?
bas en les invitant a allez coucher dehors !
c'est comment déja la phrase francaise ?
rah je me souviens plus
ah mais si ! !
Liberté EGALITE Fraternité
De von-p
13H40 | 07/04/2008 |
Bonjour,
ayant étudié deux ans aux pays-bas et vivant depuis deux ans également dans des occupations de 30 à 60 personnes, je souhaiterai témoigner de deux-trois trucs :
En hollande il est admis depuis longtemps de pouvoir occuper un bâtiment lorsque celui-ci est désaffecté depuis plus d'un an et un jour. Si vous pouvez le prouver, la police vient constater votre présence dans les lieux et le fait que vous y habitez (table, chaise, lit…). Rien n'empêche le propriétaire de vous mettre dehors, mais il me semble qu'une fois votre domiciliation acquise, quelques droits minimes vous protègent (a vérifier) d'une expulsion trop rapide. La hollande a donc été une sorte de paradis du squat pendant longtemps, et le deal était correct : logement précaire mais pas de contrat à respecter ni de loyer, hormis les charges.
J'ai pu constater lors de mes études là-bas qu'une bonne partie des étudiants se logent maintenant en anti-squat (lancelot etc…), et que très peu vivent encore dans des occupations réelles. Les conditions de vie sont très bonnes : grand espaces, sanitaires, que des gens propres sur eux etc… Pour pas cher. Seulement, quand on vous demande partir, vous devez honorer le contrat que vous avez signé, et déguerpir sous trois semaines. Pas de recours ni arrangement possible, vous avez signé contre vous même, en votre âme et conscience.
A petite échelle, je trouve qu'un tel fonctionnement est encore acceptable ; chacun est libre de ses choix. Par contre, lorsque le phénomène prend de l'ampleur et devient quasiment une norme du logement bon marché, sa principale conséquence est de réduire considérablement les droits des locataires, tout en garantissant la liberté de spéculation au propriétaire du bien…
De plus j'ai vu régulièrement des bâtiment géré par Lancelot pouvant loger décemment 15 personnes, investit par seulement 4 gugus dispatchés aux quatre coins du lieu..
A mon avis, en terme de lutte contre la précarité, c'est s'enlever les doigts du c… pour mieux se les mettre dans l'oeil (pardonnez la vulgarité)
Je pense que d'autres modèles peuvent voir le jour, principalement à l'échelle locale. Je prendrai pour exemple ce que je vis de l'occupation (corporatisme ? ? mheuu non ! ).
Nous sommes organisés en association d'habitants, et lorsque nous occupons un bâtiment, le dialogue (parfois houleux, évidement) s'ouvre entre le propriétaire, les pouvoirs publics et notre asso. Nous cherchons dès le début à trouver un terrain d'entente et à établir une convention entre les parties, afin d'établir des garanties pour les habitants et pour le propriétaire.
Dans le cadre d'une convention asso/propriétaire, les engagements de l'asso sont répercutés sur chaque habitant via une convention asso/habitant.
Notre volonté est de pouvoir utiliser le bâtiment tant qu'il n'est pas réellement réaffecté. Comme ce sont généralement des bâtisses de grande taille, ces procédures de réaffectation (location, travaux, etc…) prennent du temps et permettent ainsi de définir une période de renom raisonnable pour les habitants (3 mois minimum).
L'organisation en association d'habitants place les occupants aux commandes de leur logement ; c'est au groupe d'occupants de gérer les finances à travers les cotisations et une participation aux frais et charges du bâtiment, avec tout ce qui s'ensuit (économie d'énergie, dialogue avec les personnes en difficulté financière, gestion des impayés etc…).
A charge pour nous de réussir à nous organiser en interne (vaste programme lorsque l'on est 50.. on y apprend beaucoup de choses ! ).
Ce type de structure peut ensuite s'articuler avec d'autres, suivant les besoins et envies (travailleurs sociaux, asso culturelles, prévention des risques, collectifs d'auto-formation etc…)
Etant donné que l'occupation commence au forcing, la situation est très précaire dans un premier temps, mais lorsqu'un dialogue avec le propriétaire est possible, nous créons réellement du logement, dans des conditions décentes, et intégré au tissu associatif local ; et non pas du gardiennage payant ultra-précaire.
Ca demande par contre de ne pas être un simple consommateur d'habitat, mais bien de positionner sa situation d'habitant dans une perspective militante et constructive.
Voilà… le post est un peu long, mais je tenais à l'ouvrir sur cette question : )
De dexter
11H47 | 07/04/2008 |
Ici, le système est un peu rigide et très élitiste : il faut avoir des fiches de paie régulières… Pendant qu'ils y sont, ils devraient exiger des garants ! En plus du loyer (59€ pour un logement précaire me semble cher), ça fait beaucoup pour des gens qui vont garder l'immeuble en état !
En Suisse, il existait (à mon époque) des squatts qui étaient organisés ainsi :
Un contrat était passé entre l'association des squatteurs et le propriétaire via le maire. On se mettait d'accord sur la longueur de l'occupation de l'immeuble (à prolonger à la fin du « bail » si le propriétaire était d'accord). Les propriétaires étaient, pour la plupart contents que leur immeuble soient gardés gratuitement.
Les squatteurs payaient 100 francs suisses (65€) à l'association de squatteurs pour les frais généraux (eau, électricté). Mais les squatteurs n'avaient pas de travail fixe. Dans ces conditions, il était possible d'avoir « une maigre dépendance à l'argent au profit de son temps de vie ». Une amie a vécu ainsi pendant 10 ans dans un magnifique squatt au bord du lac.
De solene
vagabonde | 16H49 | 07/04/2008 |
bonjour !
si je peux me permettre, je voudrais preciser…
attention, ceci n est pas un squatt ! squatter, c est s'installer illegalement dans un lieu inoccupé, et les motivations sont multiples ; en tout cas la plupart du temps collectives.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Squat_%28lieu%29
cette demarche-ci porte a juste titre le nom d anti-squatt, et n a rien a voir a mon sens.
on peut ensuite avoir une opinion differente sur la demarche, mais pour moi c est, comme il a ete dit, juste un moyen de precariser la location.
je ne connais le systeme que par un ami hollandais qui, apres avoir longtemps vecu en anti-squatt, vit maintenant en squatt. pour un loyer quand meme non negligeable, il vivait dans des logements mal entretenus et en mauvais etat, dont les proprietaires ne s occupaient pas, et dont il etait vite expulsé sans menagement.
il s est rendu compte que le systeme anti-squatt etait contre productif : l un des buts du squatt est de pousser les proprietaires a s occuper de leurs logements et a les remettre dans le circuit, pas a legaliser l habitat precaire et a le rendre payant !
…
voila. desolee aussi pour ce post un peu long !
solene
P.S. : et pour celleux que ca pourrait interesser, le week end prochain 11 et 12 AVRIL c est justement la journee decentralisee d action pour les squatts :
http://april2008.squat.net : 8080/
bon moment pour en discuter !
De guerzit
Incomprenant majeur | 10H59 | 08/04/2008 |
C'est du gardiennage quoi, qui participe au phénomène de rétention immobilière, illégal mais si pratique pour maintenir les prix élevés.
Perso, j'irai pas chez Lancelot…