« La gauche misérabiliste est insupportable pour les prostitué(e)s »
Il n’existe pas de sondage politique auprès des prostitué(e)s. Pas même de reportages pour approcher leur envie d’aller voter, ou pas. Ils-elles ne représentent ni une identité socioprofessionnelle définie, ni un groupe homogène.
Lilian Mathieu, sociologue et directeur de recherches au CNRS, travaille depuis vingt ans sur la prostitution. Dans « La Condition prostituée », il insiste sur l’extrême diversité du monde de la prostitution, qu’on parle de positionnement politique ou, plus immédiatement, de précarité économique.
Lilian Mathieu était l’invité du plateau de Carte d’électeur ce vendredi 23 septembre. Il réagissait au témoignage de Simon, Parisien de 20 ans, qui se prostitue depuis cinq ans. Pas sur le trottoir ou au bois, mais sur des sites internet. Pas avec un sentiment de honte ou d’isolement, mais porté par un discours politique et collectif.
Simon est membre du Strass, le syndicat du travail sexuel, qui réclame notamment la reconnaissance d’une profession à part entière. Son discours politique est charpenté, son vote régulier : « Un geste fondamental », dit Simon.
En cela, Lilian Mathieu le trouve « atypique ». Ou plutôt représentatif d’un certain milieu, limité numériquement, qui se structure autour de réseaux militants qui façonnent aussi le regard que porte Simon sur la classe politique.
Lilian Mathieu ne consacre pas l’ensemble de son travail de terrain à la sociologie électorale stricto senso, mais a eu régulièrement l’occasion de prendre le pouls des prostitué(e)s sur ce sujet. Extrait de l’entretien.
Simon explique que le discours de la droite lui donne le sentiment, lui, homosexuel et prostitué, d’être un « sous-homme ». Qu’il lui serait « impensable » de voter de ce côté-là de l’échiquier...
« Depuis 2003, la droite telle qu’elle est au pouvoir et telle qu’elle est incarnée par le président de la République actuel est très largement rejetée par une majorité de prostitué(e)s, parce qu’il y a les effets très concrets de la loi de sécurité intérieure qui a fait d’elle des délinquantes, des coupables de racolage passif, qui leur a coûté très cher en PV...
Mais cela mis à part, je ne suis pas sûr qu’il y a un rejet global de la droite parmi les prostituées. Bien que ce soit une activité disqualifiée, illégitime, stigmatisée, on est aussi dans un esprit petit commerçant, [...] de concurrence.
C’est d’une certaine manière le rêve des néolibéraux, une rencontre de l’offre et la demande. On est d’une certaine manière dans une affinité avec un certain nombre de valeurs de droite. »
Simon, très en colère contre les abolitionnistes à gauche, attaque avec vigueur le Parti socialiste, « misérabiliste », « méprisant », qui ferait, dit-il, de tou(te)s les prostitué(e)s « de pauvres filles qui se seraient nécessairement fait violer dans leur enfance et qu’on aurait besoin de sortir de là »...
« Cette approche extrêmement misérabiliste et finalement condescendante avec les prostitué(e)s est insupportable pour les gens. [Ce n’est pas spécifique au PS] même si le PS est un des porte-paroles de tout un mouvement à la fois social et d’opinion qui est porteur de cette représentation misérabiliste de la prostitution. Qui se retrouve au sein de larges fractions du féminisme français, dans tout le secteur abolitionniste.
Ça se retrouve aussi dans bien d’autres partis politiques de gauche que le Parti socialiste : au sein du NPA, au sein du parti communiste, on a des positions extrêmement proches. »
En 2012, Simon votera Europe Ecologie - Les Verts au premier tour. Au second, il pourrait ne pas voter PS, son bulletin Royal de 2007 lui étant resté en travers de la gorge (« La honte »).
Pourquoi Verts ? Pas tant par sensibilité écolo, qui s’affirme plutôt mezzo vocce chez le jeune homme, mais pour ce que le parti d’Eva Joly incarne en termes de choix de société. Et leur discours « plus ouvert » sur la prostitution...
« C’est vrai que les Verts dans le champ politique français et plus particulièrement à gauche est le seul parti où il y ait débat. Certains seraient plutôt favorables à envisager la reconnaissance de la prostitution comme un métier, alors que d’autres sont sur des positions féministes plus favorables à une définition de la prostitution comme une violence contre les femmes.
En tous cas, ça réfléchit, à la différence d’autre partis de gauche où le débat est clos, parfois même avant d’avoir été ouvert. »
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Sur Rue89Simon, homo et prostitué : « Les Verts, eux, me respectent » - Sur strass-syndicat.orgLe site du STRASS
- Sur revues.orgA propos de "La condition prostituée"
- Sur dailymotion.comL'interview vidéo en intégralité
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Informaticien parisien
Informaticien parisien
Peut-être, finalement, que c’est ça qu’il faudrait : un parti neutre, sans parti pris, ou chaque question pourrait être l’objet d’un débat et ou aucun « homme/femme providentiel(e) » n’imposerait de solution impossible à contester (par exemple : cannabis, prostitution, politique energétique, etc...). Et surtout, un parti qui n’aurait pas peur de tester de nouvelles solutions, en annonçant clairement qu’elles ne sont peut-être pas parfaites et invoquant le droit à l’erreur...
Mais bien évidemment, un tel parti n’aurait pas de vision claire de l’avenir et n’emporterait donc aucun suffrage...




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