Ivry-sur-Seine : 1968-2012, un lycée rouge qui bouge toujours
Sur l’aile sud-est du périphérique parisien, Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) tient bon après la mue d’autres banlieues rouges.
Chantal Bourvic, élue PCF, est un pur produit du lycée Romain-Rolland. Prof depuis 33 ans et ex-lycéenne. A l’époque, le bahut vient d’ouvrir, c’est une annexe du lycée Henri-IV, « une victoire » arrachée à l’Education nationale par le conseil municipal communiste.

Chantal Bourvic le 31 août 2011 dans sa permanence à la mairie d’Ivry-sur-Seine (Chloé Leprince/Rue89).
Le père de Chantal Bourvic, ouvrier métallo plus investi au patronage catholique qu’à coller des affiches communistes, vient d’être licencié et donc exproprié, puisqu’à l’époque l’employeur loge souvent le personnel.
La famille s’installe dans les premières cités HLM de la ville, Chantal entre au lycée mais on l’a prévenue : seul son frère pourra faire des études.
Elle découvre « l’injustice » et le militantisme en même temps, s’accroche aussi pour faire ses études et devient prof de physique-chimie à mi-temps dans son ancien bahut. Romain-Rolland, gros lycée sur les hauteurs de la ville, est un choix pour elle comme pour nombre de ses collègues.
Le communisme au lycée, « la capacité de réfléchir »
Parcours intellectuel et politique sont intimement imbriqués dans le souvenir de ce lycée « qui n’était pas clos comme aujourd’hui » :
« La présence des idées communistes au lycée, c’est la capacité de réfléchir. L’ouverture d’esprit. A la maison, il fallait que je me contente d’une réflexion faible. » (Ecouter le témoignage)
Début de militantisme entre cité HLM et lycée, par Chantal Bouvric
Aux cantonales de 2011, conseillère générale sortante, elle a été reconduite avec 63% des voix contre une candidate écologiste.
Quand on lui demande les raisons de son appartenance aujourd’hui au PCF, elle inscrit sa fibre communiste dans l’héritage « très concret, matérialiste » d’une ville dirigée par le PCF qui lui a offert son premier dictionnaire.
Chantal a fait partie des 8% de fils et filles d’ouvriers à l’université :
« J’ai eu beaucoup de mal à trouver ma place à l’université. Les trotskistes n’étaient pas mon monde. Leurs loisirs, pas les miens. » (Ecouter le témoignage)
Pourquoi je ne suis pas devenue socialiste ou trotskiste, par Chantal Bouvric
Chantal Bourvic n’est pas la seule à évoquer ses années de jeunesse et de militantisme comme une incubation intellectuelle épanouissante. Elle n’a pas connu Jean-Louis Giordani durant sa jeunesse mais le côtoie aujourd’hui en salle des profs à Romain-Rolland. Lui aussi est passé par ce lycée. Il y dirigeait un cercle trotskiste.
« 80% de mon temps était pris par l’action politique »
Le cercle en question a atteint 200 élèves, Jean-Louis n’a pas passé son bac mais a trouvé dans le militantisme « une culture » :
« A 14, 15 ans, on se battait pour l’hégémonie de notre cercle. 80% de mon temps était pris par l’action politique, mais on avait un beau cercle. Je suis devenu permanent chez les trotskystes parce que je n’aurais pas pu être communiste à cause de l’Union soviétique. On ne pouvait pas dire qu’on ne savait pas. » (Ecouter le témoignage)
Le cercle trotskiste de Romain Rolland après-68
« Le NPA est tombé dans le court terme »
Jean-Louis a milité à l’OCI jusqu’à 22 ans, puis enchaîné des petits boulots, gravi les échelons dans le monde de la pub, avant de reprendre des études pour faire un cursus en philosophie et passer le Capes d’économie-gestion.
Il dit aujourd’hui qu’il est « un pur produit de l’université des travailleurs à Paris-VIII ». Il y a retrouvé Daniel Bensaïd, tête penseuse de la LCR. Bensaïd est mort en 2010, Jean-Louis ne milite plus depuis longtemps :
« Le NPA est tombé dans le court terme, dans le problème de l’élection, dans le problème de la vie des médias. C’est autre chose. C’est du folklore. » (Ecouter le témoignage)
Jean-Louis Giordani : « Le NPA, du folklore »
Aujourd’hui, Jean-Louis vote « utile » – comprenez : PS. Romain-Rolland reste un bastion lors des mobilisations dans l’Education nationale. Bernard Galin, qui y enseigne les maths depuis dix ans, se souvient d’une journée de grève où un seul prof avait fait cours... sur une équipe pédagogique d’environ 80 profs. Ces jours-là, même les plus jeunes « se bougent », témoigne Laurence Grivot.
« Le PCF n’est pas un parti d’hier »
A 48 ans, elle n’a jamais pris de responsabilités dans un parti, ni même de carte. Elle a choisi l’action syndicale mais parle de son militantisme au Snes comme d’un « fait politique ».
Cette prof d’italien vote depuis longtemps communiste. Un vote qui est aussi pragmatique :
« Les gens et les médias connaissent mal ce parti, ils sont sur des clichés. Ils font toujours référence au passé mais le Parti communiste se vit aussi au présent. Pas beaucoup se bougent comme le Parti communiste. » (Ecouter le témoignage)
Pourquoi je vote PCF, par Laurence Grivot
Ancrage local... pour combien de temps (encore) ?
Chantal Bourvic, dans sa permanence à la mairie d’Ivry, refuse d’enterrer son parti. Elle qui se dit « communiste par besoin de terrain, de concret », assure qu’elle « ne quittera pas le navire », se bat pour conserver le nom :
« Je suis très intéressée par le Front de Gauche mais pas par le Front de Gauche si c’est pour en faire un parti unique. Un nouveau parti, ça n’a aucun intérêt. [...]
Je ne sais pas combien le candidat, Mélenchon, va faire aux élections. Ça ne m’intéresse pas, en soi. Ce qui m’intéresse, c’est combien d’idées progressistes et de changement de société sur le fond on va pouvoir faire progresser dans la tête des gens. Est-ce que ça se mesurera dans le score électoral ? Je n’en suis même pas convaincue. J’ai déjà des copains qui me disent qu’ils voteront socialiste. »
« On perd nos batailles mais les gens soutiennent nos valeurs »
Pas angélique, l’enseignante ne nie pas que le regard sur son parti a changé depuis ses années aux Jeunesses communistes. Même à Ivry-sur-Seine, ou pourtant elle jouit d’une implantation très solide :
« Quelle crédibilité peut avoir mon parti lorsqu’il perd beaucoup de ses batailles ? Je ne suis pas contestée sur mes combats, je suis contestée parce qu’on perd. » (Ecouter le témoignage)
Longtemps, militants communistes et trotskistes se sont écharpés, à Ivry comme ailleurs. Militant LCR puis NPA depuis quarante ans, Bernard Galin a conservé des années 80 des souvenirs « cuisants » à la porte de ce qui est désormais l’usine Sanofi. Il dit qu’aujourd’hui tout a changé, qu’on se parle sur le flanc gauche de l’échiquier politique. Notamment parce que les temps sont durs.
- Sur Rue89Fallait-il révéler que Daniel Bensaïd était malade du sida ?
- Sur linternaute.comLes résultats à Ivry aux dernières élections
- Sur ac-creteil.frLe site du lycée Romain Rolland
- Sur free.frLes Anciens de Roman Rolland
- Sur cnrs.frLes travaux universitaires de David Gouard sur la cité Youri Gagarine à Ivry-sur-Seine
- Sur rue89.comDans les coulisses du NPA d'Olivier Besancenot
- Sur rue89.comMélenchon, candidat à l'absence de Front de gauche
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être humain
être humain
Ce qu’on oublie quand on parle du PCF, c’est que c’est le seul parti inféodé à l’URSS à l’époque qui n’a pas clairement que ce qui s’est passé durant la période Staline en particuliers, mais durant ces 80 années de dictature... avait eu des côtés sombres et en désaccord avec les principes mêmes des militants communistes dans bon nombres de pays occidentaux.
Souvent les valeurs et le fait de s’occuper du bien-être humain font des militants communistes des humains sympathiques...
Mais que serait-il devenu sous la dictature du prolétariats ? Auraient-ils marchés comme un seul homme derrière le pouvoir russe et réduit les libertés de mouvements, de parole, détruit les intellectuels de leur pays, organisé des goulags, mis en place des plans de productions intenables et poussé leur pays à la faillite...
C’est bien là le problème : la plupart des socialistes d’obédience révolutionnaire et dictatoriale qui sévissent encore France ne veulent pas parler de ça... Et quand ils en parlent, on sent vite revenir le vieux discours (pseudo ?)marxiste sur la dictature du prolétariat, seule vraie démocratie.




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