05/08/2011 à 13h02

Bouc, restaurateur : « Voter FN, je peux pas dire que j'y pense pas »


« Ici, on n’est pas dans un bureau... les 35 heures, je les fais en deux jours ! » Gérant d’une paillotte en bord de plage dans les Côtes-d’Armor, Christophe Bouquin est capable d’alpaguer le chaland en tongs pour causer politique en lui servant une galette complète au soleil couchant. Surtout quand il s’agit d’étriller « l’absurdité » du droit du travail dans la petite restauration saisonnière.

« Bouc », pour les habitués, loue la souplesse de ses employés, « déclarés en bonne et due forme mais capables de prendre un jour de congé au pied levé si le temps est mauvais ». Comme de « ne pas prendre de pause si ça booste ». La loi, elle, impose un planning à quinze jours et des horaires plus orthodoxes.


« Lolly papaye », une paillotte sur une plage des Côtes-d’Armor

Grands-parents communistes, parents « socialos » et bulletin Mitterrand à 18 ans en 1981, Bouc avait « le cœur à gauche ». Depuis qu’il a repris le « Lolly papaye » sur la plage de Lancieux, il trouve surtout qu’on déprécie le travail en France :

« Demander aux chômeurs qui reçoivent les allocations de donner quelques heures à la collectivité, je ne vois pas ce que ça a de choquant. Au SMIC à 1 200 euros en revanche, j’aimerais bien qu’on m’explique comment un travailleur motivé peut vivre correctement. » (Ecouter la suite du témoignage de Christophe Bouquin sur son métier depuis 2003)

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Les 35 heures et le travail saisonnier par Bouc, petit restaurateur dans les Côtes-d’Armor

Ouvert d’avril à octobre, il n’a pris que deux saisonniers cette année, au lieu de quatre l’an dernier. Vue la météo désastreuse et l’affluence maigrichonne de juillet (les campings du coin annoncent 40% de touristes en moins par exemple), il estime à mi-saison qu’il a été bien inspiré.

Entre 1500 et 2000 euros de loyer annuel

Moyennant un loyer « entre 1 500 et 2 000 euros l’année » versé à la mairie pour occupation du domaine public maritime, il anime durant sept mois sa paillotte, seul commerce à même la plage, hormis la cabane de location de bateaux et un glacier au bout de la rue. Chemise hawaïenne, boissons, galettes de blé noir, et deux concerts gratuits par semaine.


Christophe Bouquin aka Bouc, 49 ans

En dépit de variations du chiffre d’affaires « de un à dix parfois d’un jour sur l’autre », la devise du « Lolly Papaye » barde les t-shirts maison décorés d’une fleur de Tiaré : « Si t’as pas d’humour, fais demi-tour ». Ca ne vaut pas pour les politiques, « des comiques » qui tendent à le navrer.

A 49 ans, Bouc est de plus en plus sceptique sur la politique. Sa reconversion dans la restauration version micro-entreprise après un court passage dans la fonction publique et vingt années sur les routes comme commercial, n’y est pas pour rien : plus le temps passe et plus il fait grief aux politiques d’avoir « perdu le sens des réalités ».

« Petit patron, je ne me retrouve pas dans la politique »

Bouc a fini de rembourser le prêt sur cinq ans qui lui a permis de racheter aux précédents gérants le fond de commerce. C’était en 2003, au sortir de la canicule, année faste pour les buvettes côtières, même en Bretagne. Le prix (qui restera discret parce que, dit-il, un tel emplacement avec pignon sur baie « ça vaut un prix et ça ne vaut rien ») s’en était ressenti. L’année suivante avait été désastreuse, il a failli boire la tasse, a « fait bosser les amis », et s’en est remis finalement.

Aujourd’hui, malgré un attachement historique à la gauche, il juge que la classe politique ne fait rien pour lui « que ce soit la gauche ou la droite ».

A la dernière élection présidentielle, il était déjà à son compte depuis plus de trois ans. Un peu provoc, il dit pourtant qu’il avait « tiré à pile ou face » pour qui voter. Certes, il penche plus à droite aujourd’hui qu’autrefois. Mais il n’avait voté « ni Chirac ni Le Pen » en 2002 pour « ne pas choisir entre un comique et quelqu’un dont je me sens très loin des valeurs ».


Claude, saisonnier six mois dans l’année au « Lolly Papaye »

Et cinq ans plus tard, Nicolas Sarzkoy ne l’avait pas convaincu plus spontanément que « Ségolène » « pas crédible même si c’est sûrement une femme charmante ». L’UMP ne séduit pas nécessairement le petit patron qu’il est.

« Je ne veux pas dire de mal de notre cher Président, mais je me sens quand même décalé. Sarko, c’est peut-être bien pour les gros patrons mais je me sens loin de tout ça. »

« Tout sauf facho »

Bouc ne sait pas encore s’il ira voter en mai 2012. Ni surtout s’il aura le cran de se frotter au vote contestataire. Car il ne l’exclut plus tout à fait, même s’il précise aussitôt qu’il est « tout sauf raciste et facho » et s’est toujours senti « très loin de Jean-Marie Le Pen ». « Marine » pourrait bien être « plus maligne pour comprendre les préoccupations des gens ».

Le restaurateur gage en tous cas qu’il ne faudra pas s’étonner si elle se retrouve au second tour « parce que les gens en ont ras le bol » :

« Je crois qu’on est allé très loin dans la bétise. Je suis quelqu’un qui aime les gens, je ne suis pas raciste, mais je crois qu’il serait temps que les politiques s’occupent enfin des Français qui sont travailleurs. Qu’ils se réveillent une bonne fois s’ils ne veulent pas que les Français fassent n’importe quoi. » (Ecouter la suite du témoignage de Bouc sur son évolution politique personnelle)

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Du coeur à gauche au ras le bol : Bouc, ex-« génération Mitterrand

Voter FN au second tour lui semble à peu près impensable. Même s’il avait voté “non” au traité constitutionnel européen en 2005 ce n’était “pas le même ‘non’ que les souverainistes”. Il n’est “pas d’accord sur tout” et égraine ses divergences avec l’extrême-droite :

“Revenir au franc, fermer les frontières de manière extrême, dire que l’équipe de France n’est pas une équipe de France... ne disons pas n’importe quoi !” (Ecouter ce que dit Bouc des leaders frontistes père et fille)

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Le vote FN contestataire vu par Bouc, petit restaurateur saisonnier

Cependant, le coup de gueule le chatouille. Il l’a dit récemment à ses parents qui votent socialistes. Il assure qu’il est loin d’être isolé et qu’il entend de plus en plus de gens qui épousent son cheminement. Dans une région - assez - peu acquise au vote contestataire traditionnellement (7% pour Jean-Marie Le Pen et 2,94% pour Olivier Besancenot en 2007 à Lancieux), on sent qu’il n’est pas loin d’en être le premier étonné.


Le “Loly papaye” à Lancieux, dans les Côtes-d’Armor

Photos : “Lolly papaye”, paillotte sur une plage des Côtes-d’Armor ; Christophe Bouquin aka Bouc, 49 ans ; Claude, saisonnier six mois dans l’année au “Lolly Papaye” ; “Lolly papaye”, paillotte sur une plage des Côtes-d’Armor (Chloé Leprince).

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  • moonriver
    moonriver
    postier
    • Posté à 13h32 le 05/08/2011
    • Internaute 90593
      postier

    Encore un oisif , les trente cinq heures , je les fais en une journée .

  • Flowtche
    Flowtche répond à jyeden
    Etudiant
    • Posté à 13h50 le 05/08/2011
    • Internaute 123972
      Etudiant

    Les petits commerçants dynamisent une ville, font prospérer un lien social indispensable aux personnes âgées esseulées et font parfois office de psy.

    Le petit commerce est et restera le poumon des villes de provinces.

  • myosotis_lys
    myosotis_lys répond à jyeden
    Précaire
    • Posté à 13h57 le 05/08/2011
    • Internaute 89449
      Précaire

    Personne n’a dit qu’avoir son affaire, monter son entreprise était facile... Mon acien patron partait bosser à 6h du matin et revenait vers 22h chez lui.
    C’est ça, on veut être indépendant, donc ça a un prix. Indépendant d’un patron, oui, mais il reste l’Etat et autres organismes, qu’il faut payer : TVA, URSSAF, assurances professionnelles... Et oui, c’est un stress. Mon patron ne m’a jamais reproché de bosser moins que lui et ne s’est jamais plaint. Il connait les règles du jeu.

    Il faut compter sur le fait que l’entreprise passe les années, et ensuite on peut enfin engager des gens pour nous aider, seconder, remplacer.

  • guyome
    • Posté à 14h01 le 05/08/2011
    • Internaute 11884

    Marre du vote FN contestataire. Vraiment.

    C’est toujours pareil : les gens ne se sentent pas « écouté », ne se retrouve pas en politique, mais faudra-t-ils qu’ils aient quelque choses à dire ou qu’ils connaissent un minimum la politique !

    Bon, « Bouc » a un problème avec les 35 heures qui, selon lui, ne correspondent au travail de restaurateur. Ok. Mais que sait-il des propositions des parti/syndicats/association dans ce domaine ? Quels sont les choix politiques possibles ? Que va-t-il choisir ? On ne sais rien il ne fait que se plaindre.

    Bon, « Bouc » se trouve délaissé par les politique ? Mais est-ce que la restauration ou les 35 heures est une priorité politique ? Qu’elles sont les priorité des candidats ? Etc... Toujours aucun réponse de « Bouc »

    Avant de plaindre, cela serai bien que les gens s’occupe un peu plus de politique et un peu moins d’eux...

  • Rouxel
    Rouxel
    Chercheur
    • Posté à 14h03 le 05/08/2011
    • Expert 164957
      Chercheur

    C’est en écoutant un peu plus ce genre de témoignages qu’on comprendra, si c’est encore nécessaire, comment le FN, en se positionnement simplement comme « anti-système », a pu siphonner avec autant d’aisance une énorme part de l’électorat PC. Ce type bien sympatique et courageux, qui correspond parfaitement à l’image de l’ « auto-entrepreneur » cher à Sarkozy, et pourtant qu’on laisse dans sa merde, est le cœur de cible actuel du FN. C’est à la fois rassurant et triste de constater qu’il est bien lucide sur l’intérêt réel qu’on lui porte.

  • guyome
    guyome répond à Rouxel
    • Posté à 14h18 le 05/08/2011
    • Internaute 11884

    Arrêter les poncifs.

    > « siphonner avec autant d’aisance une énorme part de l’électorat PC »
    Ce sont ses grand parents qui votaient PC, ses parent PS et lui a voté Mitterrand en 81 comme la majorité des Français... Je vois pas ce qui laisse entendre que les voix du PC est été siphonnées par le FN.

    > « sa merde »
    Quel merde ? Je veux dire quels sont ses problèmes : il possède sont resto, bosse bcp mais sur 7 mois, son boulot lui plai...

    > « le cœur de cible actuel du FN »
    Je doute que les mesures nationalistes ou sécuritaires du FN aient une quelconque influence sur lui : il ne risque pas la délocalisation et ne parle ni de sécurité ni d’immigration.

    > « l’intérêt réel qu’on lui porte »
    Pour rappel, notre gouvernement actuel a baissé la TVA pour la restauration et cela coûte 3 Milliard € par an. Si ça c’est pas de la considération...

  • fred2vienne
    fred2vienne
    'tectuel
    • Posté à 14h26 le 05/08/2011
    • Internaute 143034
      'tectuel

    je comprend pas pourquoi les contestataires ne se tournent pas plutôt vers l’extrême gauche, le NPA, les anarchistes, anti-capitalistes ? ?

    tout le monde critique la financiarisation de l’économie et par la même, la main mise sur les politiques et donc l’état alors quoi de mieux que les anti-capitalistes qui EUX ne SONT PAS RACISTES ! ! ! !

    Merde, c’est quand même aberrant quoi,
    entre 2 partis/candidats « soit-disant » pas sérieux, si on doit voter pour montrer son hostilité envers les politiques actuelles, je préfère voter « pour faire peur ou passer un message » pour des anti-capitalistes plutôt que pour le FN car même sans parler de racisme ou autres extrémisme, rien que le vide de leurs propositions économiques est fait peur.

    Réveillez-vous ! ! ! ! c’est pas parce que des sirènes vous appellent par de douces musiques, que leur chants n’en sont pas moins nuisibles.

  • tofbouc
    tofbouc
    commerçant
    • Posté à 10h08 le 07/08/2011
    • Internaute 166234
      commerçant

    Je tiens à réagir sur ce qui est dit et sur les réactions, non, je ne suis pas d’accord avec le titre TRèS RéDUCTEUR , ! ! , et éxagéré, je ne suis pas tenté par le vote Frontiste, non, je dis simplement et confirme, qu’avec toutes les conneries subies depuis longtemps et causées par nos gouvernants, il ne faudra pas s’étonner de ce qui arrivera au 2émé tour, et oui, si il y a un vote sanction dès le premier tour de 2012, il sera le résultat de tout ça ! . Qui peut me dire que sa vie à changé que ce soit la gauche ou la droite « classiques » ? ? ? .
    oui je suis heureux de mon travail,même si c’est dur, et je ne m’en plains pas, restaurateur saisonnier c’est usant, mais quand on aime le contact, c’est un pied. Pour la température, ceux qui ne comprennent pas 40° parfois dans cette paillotte, cela arrive ! , bien sûr vu que la canicule n’est pas arrivée, alors svp, pas de mauvaise foi ! , et oui on travaille dans une ambiance que seuls ceux qui y sont peuvent comprendre, la politique m’interesse, mais je ne peux valider des critiques de gens qui ne connaissent pas ce métier ! .
    Voilà, juste pour clarifier les choses.

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