Pillages et vengeances dans la débandade de l'armée congolaise

Des soldats gouvernementaux congolais à Kayna (Finbarr O'Reilly/Reuters)

(De Kanyabayonga) Les rebelles du CNDP se trouvent toujours à quelques kilomètres de la ville de Kanyabayonga, à 140 kilomètres au nord de Goma, dans le Nord Kivu.

L'armée congolaise (les FARDC), en fuite, pille tout ce qu'elle peut sur son passage, entraînant des règlements de compte avec ses alliés traditionnels, les Mai Mai, issus de la région, qui refusent d'abandonner la ville, et les Pareco (Patriotes résistants congolais), une milice anti-tutsis créée en 2007 et alliée aux FDLR, les extrémistes hutus, qui ont fui au Congo après le génocide rwandais de 1994.

Dans la rage de la défaite, face à l'avancée des rebelles du CNDP, les soldats de l'armée congolaise ravissent tout dans leur fuite, brûlant des maisons de civils après les avoir vidées de tout, nourriture, argent, téléphones portables.

Rafales de mitrailleuses

A Kayna, à une dizaine de kilomètres au nord de Kanyabayonga, des Mai Mai, des adolescents, coiffés de couronnes de feuilles de palmier, portant différents grigris, hurlent et se dirigent en courant pour attaquer les FARDC vers l'hôpital du village.

Soudain, des rafales de mitrailleuses retentissent. Deux grenades sont successivement jetées vers l'hôpital et durant plus d'une heure, les deux camps s'affrontent dans la plus grande confusion, faisant fuir les civils qui se jettent, paniqués, dans les fossés, les caniveaux ou se dissimulent derrière des maisons en banco.

Les soldats tirent dans tous les sens, la plupart des balles n'atteignant pas leur cible. Sur une route en contrebas, une vingtaine de Pareco, RPG ou kalachnikov sur l'épaule, marchent à vive allure en direction des affrontements pour venir en renfort des Mai Mai. Pour le commandant des Mai Mai de Kanyabayonga, posté à l'entrée de la ville :

« L'armée pille nos gens, nous ne pouvons pas laisser faire ça. Ils nous ont dit de quitter ici, qu'ils nous feraient partir par la force, mais nous resterons quoi qu'il arrive et nous nous battrons contre les CNDP ! »

A ces mots, un enfant d'une dizaine d'années, portant un collier auquel sont accrochées deux cartouches de balles en guise de médaillon, et vêtu d'un treillis râpe, brandit son arme pour approuver son chef.

Vengeance aveugle

Ce groupe a fui de Kiwanja, à 70 km plus au sud, après la reprise de la ville par le CNDP, qui a opéré des représailles contre tous les hommes, surtout les jeunes, considérés comme alliés ou membres des Mai Mai.

« Il y a quinze Fardc qui ont été faits prisonniers par les rebelles, là-haut hier », poursuit le commandant Mai Mai en montrant du doigt le sommet arboré de la montagne. Si le nombre de prisonniers et de morts militaires reste inconnu, résister au front semble désormais un pari impossible à tenir pour les FARDC, sous équipés, dont l'amertume semble les pousser à se venger sur n'importe qui, agressant des civils et violant des femmes.

Certains, atteints de paludisme ou de dysenterie, ne trouvent même pas de véhicules pour se faire rapatrier. Comme ce soldat, qui gît sur la route, en gémissant et en se tenant le ventre. Quelques hommes de sa compagnie sont parvenus à lui trouver une bicyclette, mais il n'a pas pu marcher.

« Nous n'avons rien pour nous faire soigner »

A l'hôpital de Kayna, le médecin a fui, seuls deux infirmiers sont restés, mais il n'y a plus aucun médicament, ni d'eau. « Nous avons un homme qui est mort hier, il avait la diarrhée. Nous n'avons rien pour nous faire soigner », soupire un FARDC, accoudé sur la rambarde à l'entrée de l'hôpital.

Pour certains, l'ultime protection consiste à se mêler à la population qui s'est réfugiée tout autour du camp de la Monuc, dans des abris de fortune :

« Nous essayons depuis plusieurs jours de négocier avec les hommes de la Monuc pour qu'ils demandent aux militaires de s'éloigner, raconte un déplacé. Nous avons peur des représailles des groupes armés, qui n'hésiteront pas à nous tuer s'ils nous voient avec eux. »

Photo : des soldats gouvernementaux congolais à Kayna (Finbarr O'Reilly/Reuters)

38 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Topmoumoute

De Topmoumoute

que si l'on s'en sert | 11H55 | 20/11/2008 | Permalien

Alors yaurait plein de mechants pays et autres industriels derriére tout ça ? Et comment ky font en ce moment pour exploiter ces richesses minières avec tout ce bordel ? Et qui comprend qlq chose entre toutes les différentes factions présentes ? Même les belligérants en place ne s'y retouvent plus entre eux. Pourquoi tjrs chercher des responsabilités autres que celles des propres locaux ? Houiiiin les pauvres africains c'est jamais de leur faute, il y a tjrs une responsabilité externe. Cette région du monde est coupée de tout, pourtant il est plus facile d'y vivre que bcp d'ailleurs avec une nature plus que généreuse (j'y ai vécu). Ce que je crois c'est qu'il est plus facile pour bcp de se servir d'une kalach pour se nourrir en menaçant un paysan, plus que de lui piquer sa houe (ou d'en acheter une) et de s'en servir pour gratter la terre et de s'en nourrir.

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 12H42 | 20/11/2008 | Permalien

Ca y est, on retrouvé le Père Noël Noir de Renaud !

S'est barré vers cinq plombes du mat'
Avec mes bottes et mon blouson
M'a chouravé aussi ma gratte
Y m'a juste laissé le boxon
Heureusement qu'ma femme était pas là
Parc'que y s's'rait barré avec
J'veux plus jamais le voir chez moi
Le Père Noël c'est un pauv » mec

Portrait de Courageux anonyme

De l´axe du bien

17H41 | 20/11/2008 | Permalien

« Excusez moi si je suis un peu abrupte, mais vous faites quoi vous à part critiquer tranquille dans votre salon ? “

je n´ai pas de salon et je critique ce que je trouve critiquable.

‘Votre commentaire n'est pas digne. Je ne sais d'ailleurs pas ce qui me retient de le supprimer pour que Lucie ne le lise pas.’
ce qui vous retient, c´est la charte ! les causes profondes du conflit ne sont pas évoquées, cela me paraît être un argument de poids.

Portrait de zorbek

De zorbek

21H57 | 20/11/2008 | Permalien

Causes profondes, cause toujours !

A défaut d'en dire plus, elles sont très superficielles, vos causes profondes…

Portrait de Topmoumoute

De Topmoumoute

que si l'on s'en sert | 15H51 | 25/11/2008 | Permalien

A qui répondez vous ? Si c'est à moi j'ai passé 7 ans en dehors de mon salon avec les UN et autres MSF sur place. Alors c'est bon, les commentaires à deux balles des soit disant défendeur des faibles qui n'ont que le courage d'ouvrir leur bouche pour parler de ce qu'ils ne connaissent pas, yen a marre à force.

Portrait de Topmoumoute

De Topmoumoute

que si l'on s'en sert | 18H09 | 25/11/2008 | Permalien

Ah oui j'avais pas vu c'est le SM qui parle du Coltan, il a du lire ça dans Sciences et Vie alors il raméne sa fraise. Pppfff ! ! ! C'est encore les mechantes multinationales qui arment les guerriers vaudous ! Ah ah ah va pas te promener la bas cause ils risquent plus de te mordre dans les fesses et de partir avec un bout que de te les botter, ce que tu mériterais.

Portrait de Saba

De Saba

18H37 | 20/11/2008 | Permalien

Il est vrai que si des grandes puissances , des multinationales sont derrière les combats assez incompréhensibles qui se déroulent là bas , il serait intéressant de savoir lesquelles et comment elles instrumentalisent les factions en présence ( si tant est qu'elles le fassent )
J'ai lu Le chant de la mission de John Le Carré qui évoquait ce sujet , c'est un roman bien sûr mais en général John Le Carré est assez bien documenté .

Portrait de Charles Mouloud

De Charles Mouloud

Bras gauche de la Vénus de Millau | 00H15 | 21/11/2008 | Permalien

Il me semble que c'est la mm journaliste que j'ai entendu ce soir sur France Inter.Déjà son texte est édifiant , mais les tirs d'armes automatiques, aux mains de gamins , en « son » de son reportage me faisait froid dans le dos.
10 ans de guerre…et ce n'est pas fini.

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