
Congo : au Kivu, « il y a des listes de personnes à tuer »
Rebelles et armée nient la responsabilité des massacres, alors que la situation reste très volatile. Récit de notre envoyée spéciale.

(De Goma) Au bout d'un sentier qui ondule entre les champs de maïs et de haricots, une vallée parsemée de petites forêts dévoile des dizaines de huttes en paille, abri bien précaire contre les trombes d'eau qui s'abattent chaque jour dans la région de Goma.
Assis à l'ombre, sur des sacs en plastique déchirés, Bazirutue et Pascaline nourrissent leur enfant de 2 ans d'un simple plat de foufou (boule de manioc). Ils ont fabriqué cet abri de fortune après avoir fui les exactions qui ont eu lieu à Kiwanja, situé à une douzaine de kilomètres de là, lorsque les milices Mai Mai ont pris la ville pendant 24 heures et se sont enfuies à l'approche des rebelles du CNDP.
« Les rebelles pensent que nous sommes complices avec les Mai Mai »
Depuis une dizaine de jours, le mouvement contrôle toute la route du nord allant de Goma vers Rutshuru et au-delà. A 800 mètres du premier barrage tenu par les rebelles (à seulement 4 kilomètres de Goma), quelques soldats des FARDC se promènent nonchalamment le long de la route défoncée, illustration de la proximité des deux belligérants. Pour Pascaline :
« Les rebelles pensent que nous sommes complices avec les Mai Mai, parce que nous appartenons à l'ethnie Nande. Vous savez les Mai Mai sont arrivés en habits de civils, et lorsqu'ils sont partis, les rebelles s'en sont pris à la population. »
Gabriel, leur voisin d'une quarantaine d'années, travaille sur son champ. Le visage en sueur, alors que le soleil est à son zénith, il explique :
« Les FARDC et les milices ont pris tous les hommes qu'ils trouvaient pour les embrigader avec eux, moi je ne voulais pas, et si je restais de toute façon, je signais mon arrêt de mort car les rebelles m'auraient tiré une balle dans la tête. »
Certains ont choisi de rester à Kiwanja, mais attendent de pouvoir rassembler suffisamment d'argent pour payer les 10 dollars par passager pour prendre le bus jusqu'à Goma. Non loin d'un hôtel dont les murs sont percés de tirs de mortier, dans le quartier de Buhunga, Faustin et sa famille tentent de vivre au jour le jour.
Les femmes nettoient le linge dans de larges bassines en plastique, les enfants jouent dans la concession, au fond de laquelle une tombe a été creusée il y a quelques jours :
« Ils ont pris mon grand-frère et l'ont frappé, déclare Faustin. Puis le militaire a enfoncé le canon dans son nez. Il a tiré une deuxième fois dans la poitrine et il disait aux gens d'arrêter de crier. Vous savez, j'étais sur la liste des personnes à abattre dans la région. J'ai échappé plusieurs fois à la mort.
“Il y a une guerre interethnique qui se joue ici. On pense qu'elle est terminée, mais je sais qu'on est jaloux de moi, parce que j'ai une petite concession ici. Il y a des gens de ce village qui collaborent avec le CNDP et qui leur donnent des noms. Les militaires voulaient tuer toute la famille, lorsqu'un officier a vu l'enfant de ma fille aînée qui a épousé un Tutsi. Et il a dit : ‘Laissez les, ils sont avec nous.'’
L'envoyé de l'ONU recontre Nkunda
A ces allégations de massacres et d'exactions, le chef rebelle Laurent Nkunda répondait aux journalistes samedi qu'une enquête avait été lancée pour déterminer les responsabilités de ses troupes : ‘Mais nous sommes arrivés à Kiwanja alors que les Mai mai avaient déjà tué. Nous n'avons jamais touché aux civils.’
Plus au Nord, à Kanyabayonga, des affrontements se poursuivent depuis plusieurs jours. Cette fois, c'est l'armée congolaise qui a été accusée de massacres. Ce à quoi le régime de Kinshasa répond que les coupables seront transférés devant une cour militaire.
Alors que les deux camps se renvoient la responsabilité des atrocités qui se poursuivent, une rencontre a eu lieu dimanche entre le médiateur nommé par l'ONU, Olesegun Obasanjo, l'ancien président nigérian et Laurent Nkunda. Les deux hommes se sont chaleureusement serrés la main et Laurent Nkunda a réaffirmé sa volonté de respecter le cessez le feu qui, depuis le 29 octobre, a été rompu à de maintes reprises.
Photos : soldats de l'armée congolaise au Kivu (Finbarr O'Reilly/Reuters)
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De Le flou stoique
Cf fiche n°15673B | 20H02 | 16/11/2008 |
J'ai même pas besoin de demander si la France a une quelconque responsabilité mais il aurait été interessant de savoir combien a rapporté et rapporte encore la vente d'armes à la RDC. Heureusement, cet argent va servir à sauver le monde de la crise financière en réapprovisionnant les banques qui depuis des décennies abritent l'argent des dictateurs africains… Aaaah vivement que ces dangereux ultra-gochos soient condamnés à mort !
De bifteack
pierreux | 21H35 | 16/11/2008 |
Ces incroyable que les richesse d'un pays face son malheur. Le Rwanda lorgne les matières du sol congolais, les sociétés occidental font des profit énorme avec ces matières premières avec désormais en bonus l'écoulement de stocks d'armes. Le gouvernement congolais ne peut ce structuré pour imposer sa volonté en matière d'autonomie, elle la essayer bien forcé en concluant un accord commercial avec la Chine plus juste que ceux qu « elle avait avec l'occident ,le résultat et un focalisation médiatique sur ce conflit qui date de 10 ans pour maintenir ce pays stratégique dans le chaos . La France chercherait elle à reprendre le control qu “elle à perdus en 1997 suite au renversement de Mobutu Sese Seko face au Usa qui soutien le Rwanda ? Comment 17000 casque bleu ne peuvent-ils venir à bout des hommes de Nkunda ?
De Antonin Sabot
Journaliste | 10H45 | 17/11/2008 |
A lire pour comprendre (un peu) le Congo, et le sous-sol des Kivus, dont la richesse fait encore une fois le malheur des populations : Le Chant de la mission, par John Le Carré.
Un brin manichéen (et encore faut voir), mais or, diamants, pétrole, coltan et uranium valent bien ça.
Comment, finalement rien n'a changé depuis que Lumumba voulait faire stopper l'exploitation étrangère des ressources du Haut Katanga. Et il lui est arrivé quoi à Lumumba ?
Aujourd'hui c'est plus compliqué car il n'y a personne qui veule faire cesser l'exploitation. Le débat a plutôt lieu sur la route de sortie des richesses. Par l'Ouest et la capitale, Kinshasa, la branche plutôt francophone du pays ou par la route de l'Est, vers le Rwanda et donc l'Ouganda la branche plutôt anglophone. Vous avez dit néocolonialisme ?