La France occupée, nouveau décor de l'audacieux Tarantino

(De Cannes) « Inglourious Basterds », un des films les plus attendus du festival, vient d'être montré en exclusivité mondiale à Cannes. Quentin Tarantino y filme la France sous l'occupation nazie. Ses héros : une bande de résistants juifs et de cinéphiles qui finiront peut-être par zigouiller… Hitler. Une fiction casse-gueule, fantaisiste et convaincante.

C'était en tout cas le film que tout le monde attendait… Les fans de Tarantino, émoustillés par la moindre gesticulation de l'auteur de « Pulp Fiction » et « Kill Bill ». Les autres, avec une vague inquiétude.

Et pour cause : dans « Inglourious Basterds », pour la première fois, le metteur en scène officiel de la pop culture survitaminée ne fait pas mumuse avec un matériau de pure fiction, mais situe son film durant la Seconde Guerre mondiale.

Ses personnages ? Des figures sorties de son imaginaire débridé, mais aussi des personnages « secondaires », répondant quand même aux patronymes de Goebbels ou de Hitler.

Des scalpeurs de nazis et une orpheline proprio d'un cinéma

Qu'allait-il advenir de l'alliance entre les galipettes formelles sous amphétamines de Tarantino et le contexte historique guère frivole de la chose ?

On se le demandait avec d'autant plus de scepticisme que le double argument du script (primo : une bande de soldats américains juifs scalpent tous les nazis à portée de couteau ; secundo : une jeune orpheline, proprio d'un cinéma parisien, mitonne un attentat contre Hitler et ses sbires) n'inspirait pas forcément confiance. (Voir la bande annonce)


Resnais,
juvénile vétéran

Alain Resnais, vétéran du cinéma hexagonal (87 piges en juin) vient de présenter ses « Herbes folles » en compétition. Et le film confirme qu'il est bien le plus jeune et le plus inventif metteur en scène français en activité….

La mise en scène multiplie les artifices, les subterfuges, les trompe-l'œil. Resnais joue avec les clichés du cinéma, les genres, fait le grand écart entre le dérisoire apparent de son script et l'ampleur majestueuse de sa mise en scène.

La simplicité des « Herbes folles » camoufle des zones d'ombres qui déstabilisent en profondeur. Au final, un film vertigineux qui donne à rire, à réfléchir et laisse juste pantois. Palme du cœur, au moins…

► Les Herbes folles de Alain Resnais, avec Sabine Azéma, André Dussollier… - sortie à l'automne.

Excellente surprise : malgré quelques scènes de scalps un rien éprouvantes (et inutiles), la fiction ne joue que pour l'anecdote la carte de la sauvagerie. Très loin du film historique ou du film de guerre, « Inglourious Basterds », contrairement à ce peut laisser croire la bande annonce, relève d'abord et essentiellement de la comédie.

Un genre noble et casse-gueule s'il en est. Et si la mise en scène de Tarantino doit ce qu'elle doit à Sergio Leone (référence assumée), le script, lui, rappelle surtout l'indépassable « To be or not to be » de Lubitsch (1942). Un classique épatant où une bande de théâtreux polonais au chômage luttaient contre l'oppression nazie avec, entre autres, le pouvoir de l'art et celui du rire.

Tarantino fait profil bas concernant la grande histoire

Tarantino n'a pas la subtilité et l'élégance de son modèle (sur le « fond », il est plus proche de Mel Brooks, expert en la matière), mais son film lorgne néanmoins de ce côté-là et la comparaison, au final, n'est pas déshonorante pour lui.

Tarantino réécrit l'histoire au gré de sa fantaisie. Il cite Pabst, Clouzot, et imagine que le cinéma aurait accidentellement pu démolir le IIIe Reich. Ce qui confirme la prégnance de ses obsessions fétichistes (le cinéma, encore et toujours), mais indique qu'il adopte aussi un profil bas concernant la grande histoire, ce qui, en l'occurrence et le concernant, ne tombe pas plus mal.

Une audace rare dans le cinéma américain

Trop long (2 h 30 ! ), déséquilibré, s'abîmant parfois dans la complaisance (verbeuse et, malgré tout, hémoglobineuse), le film enchaîne néanmoins plus de morceaux de bravoure qu'une année entière de production standards.

Surtout, avec son script étrangement construit et son humour noir, « Inglourious Basterds » fait preuve d'une rare audace dans le contexte du cinéma américain.

L'une des principales consistant à entremêler plusieurs langues (anglais, français, allemand, italien), ce qui contribue à l'aspect composite et excitant de la chose.

Brad Pitt, accompagné d'acteurs venus de partout (dont l'épatante Mélanie Laurent), en profite pour signer une prestation parodique de haute volée. Dans son viseur : les innombrables archétypes du film de guerre. Une interprétation à la hauteur de cette farce remuante, cosmopolite et très singulière.

Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, avec Brad Pitt, Mélanie Laurent, Diane Kruger… - sortie 19 août.

3 commentaires sélectionnés

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 21H31 | 20/05/2009 | Permalien

Portrait de Ben85

De Ben85

ramoneur | 22H03 | 20/05/2009 | Permalien

Tarantino est un bon réalisateur, mais à force de truffer ses oeuvres de références à ses films cultes, on a parfois l'impression d'assister à une rétrospective cinématographique…

ça peut devenir limite indigeste.

Portrait de Béatrice1

De Béatrice1

| 22H45 | 20/05/2009 | Permalien

« Au passage, ce serait bien de parlé aussi de ceux dont personnes ne parlent jamais (à part Aragon), un peu d'audace bon sang de bonsoir ! »

C'est tellement bien de parlER d'eux qu'on ne vous a pas attendu pour le faire : le poème d'Aragon a été chanté et rechanté par exemple par Jean Ferrat et Léo Ferré (excusez du peu), un film intitulé « L'Affiche rouge », de Frank Cassenti est sorti en 1976 (prix Jean Vigo, excusez du peu), un autre film intitulé « L'Armée du crime », de Robert Guédiguian, est prêt et sort en septembre 2009.

Je ne vois vraiment pas ce que l'« audace » vient faire là dedans, l'histoire du groupe Manoukian est bien connue - et à juste raison.

Ne généralisez pas : tout le monde n'est pas aussi ignare que vous.

« C'est à croire qu'il n'y avait que des juifs qui portaient le sens du sacrifice et de la bravoure. »

C'est à croire que vous ne supportez pas qu'il soit question de Juifs portant le sens du sacrifice et de la bravoure : qu'est-ce que c'est que cette réflexion affligeante ? Quand le film « Indigènes » est sorti, vous avez aussi tenu à rappeler que les bataillons africains n'avaient pas le monopole du sacrifice et de la bravoure ? Qu'est-ce que ça peut vous foutre que Tarantino ait choisi ce sujet et pas un autre ? Il faut solliciter l'autorisation de votre Kommandantur personnelle pour faire un film ?

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