17/05/2009 à 11h50

« Roadside Romeo » sur Croisette humide et zakouskis

François Da Silva | Producteur

Y’a personne à Cannes cette année. C’est ma copine Vera qui m’a mis la puce à l’oreille. Vera est une experte. Malaysienne vivant à Hong kong, elle connait tout le monde en Asie mais elle est aussi chez elle à Rotterdam, à Paris ou à Cannes. C’est au déjeuner qu’elle est revenue sur le dossier. Vraiment c’est la crise sur la Croisette.

Il pleut sur Cannes

Elle n’était pas la première : Caroline, française, elle installée à Pékin, avait déjà abordé le sujet hier soir. Peut être cette pluie depuis le début du festival les rendaient maussades ou alors elles ne faisaient que répéter ce que d’autres leur avaient souflé sur la croisette. Je penche pour cette explication.

Chaque année c’est pareil en début de festival après le ballet des stars venus à la cérémonie d’ouverture du mercredi il y a un creux puis l’arrivée massive des badauds, Chtis ou/et Marseillais venus le samedi/dimanche en famille et en tongs pour voir quelques gloires. Les organisateurs sont des orfèvres, le premier week end doit avoir sont lot de stars plutot nationales.

Ils ont été servis ce samedi avec la montée des marches de Monica Belluci et Sophie Marceau. Et dimanche, c’est deux Johnny pour le prix d’un, To et Hallyday. Rencontre improbable filmé au pays du premier, Hong Kong, avec deux acteurs locaux impeccables Anthony Wong et Simon Yam.

Si ces jours ont été pluvieux, c’est finalement tant mieux car l’invitation à faire trainer les rendez-vous aux terrasses est moins forte donc on enfile les rencontres préparées de longue date mais aussi complétement hasardeuses. En deux jours, les bases sont prises, j’ai repéré mes amis et les ennemis, l’info peut circuler : untel veut en savoir plus sur les possibilité de trouver de l’argent en Inde pour un gros projet américain, appelle les. Une productrice brésilienne me parle d’un projet qu’elle aimerait développer pour le marché international, je lui réponds que les comédies, ça circule mal. Des allers-retours sur la croisette rajoutent les kilomètres de salut lorsque par malheur on n’a pas réussi a se cacher derrière son portable.

« Roadside Romeo », premier film indien distribué avec envergure

C’est l’heure du diner dédié au lourds dossiers ce vendredi soir c’était un distributeur brésilien, un partenaire même. Je viens de lui faire acheter plusieurs films. Il a l’air content donc je peux choisir le restaurant. Il était ravi effectivement, il vient de voir et acheter le film de Park Can Wook en compétition, trouve que c’est un peu cher, je crois qu’il n’a jamais vu de film coréen.

Le marché brésilien est assez simple : d’un côté les films nationaux qui font autour de 15% des entrées, de l’autre les américains qui dominent et écrasent. Au milieu, quelques films français se glissent avec succès mais cela reste marginal. Evidemment, mon ami de dîner se plaint que cela va être dur de lancer ce film, moment idéal pour lui préciser ma théories maintes fois vérifiée : les spectateurs sont plus curieux et intelligents que les distributeurs de films, surtout dans ces pays où l’offre est restrainte.

Il est content de l’autre acquisition récente, « Roadside Romeo », film d’animation indien qu’il va distribuer dans les salles le mois prochain, ce qui en fera la première distribution importante d’un film indien au Brésil. (Voir la vidéo)

Il hoche de la tête, paie l’addition. Je fonce prendre un dessert avec un autre partenaire tout frais, nous devons d’ailleurs signer le contrat ici. Leonel est un des réalisateurs portugais en vue. Son cinéma est éloigné des film locaux qui arrivent en France. Loin donc de Costa, Oliveira, Monteiro. Il fait des films très visuels a la manière d’un Besson.

Son dernier, « Arte de Roubar », est assez étonnant. Notre collaboration est destinée a developper son entreprise à l’international. Il tournera son prochain film au Brésil avec un acteur américain et produira ensuite une histoire qui m’intéresse beaucoup et qui devrait ressembler à un « Little Odessa » dans la comunauté portugaise de New york, réaliser par un jeune cinéaste luso-américain.

Leonel est à Cannes pour la deuxième fois, essayons de trouver des partenaires sur ces projets et vendre son film à d’autres territoires. Bonne nouvelle le festival de Shanghai viens de confirmer la sélection du film pour le mois prochain. Il est très tard, au lit.

  • 4423 visites
  • 4 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • ecor1
    ecor1
    sur le fil
    • Posté à 13h14 le 17/05/2009
    • Internaute 25388
      sur le fil

    Bin ma fois...

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 13h26 le 17/05/2009
    • Internaute 12542
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    C’est vraiment la crise, comme en témoigne le remake du « jour le plus long », en court métrage de 7 mn projeté dans l’arrière salle du kebab « La Palme ».
    Les acteurs principaux, Monique Deneuve, et Patrick Depardieu, ont laissé seul le réalisateur Maurice Coppola défendre son film super 8.

  • freakfeatherfall
    freakfeatherfall
    moonchild
    • Posté à 16h53 le 17/05/2009
    • Internaute 21024
      moonchild

    « Il fait des films très visuels a la manière d’un Besson. “

    euh... luc ?
    vous voulez vraiment le couler avant même la sortie de son film ?

  • edved
    edved
    spectateur du coin
    • Posté à 13h34 le 18/05/2009
    • Internaute 70664
      spectateur du coin

    pour anecdotique qu’elle soit dans le festival d’avanies qu’est le quotidien du riverain ces temps-ci, cette chronique cannoise trouve néanmoins son intérêt dans le fait que l’auteur (si c’est bien celui que je soupçonne) est un ancien sélectionneur de la quinzaine des réalisateurs, la sélection parallèle qui est régulièrement plus folichonne que l’officielle...
    un commentaire judicieux suscite la curiosité du cinéphile (professionnel ou amateur) : « les spectateurs sont plus curieux et intelligents que les distributeurs de films ». depuis que les acteurs du cinéma vivent sous la dictature des télévisions, les films « publics » sont tous peu ou prou construits sur le même modèle : un scénario raboté, lisse, souvent consensuel sur le fond et l’inévitable casting « bankable ». hors ce sentier rebattu, point de salut... et les cinéastes et producteurs un peu plus aventureux se voient privés des circuits publics de distribution et de diffusion. leur caractère aventureux n’est gage ni de qualité, ni de vertu, mais l’inverse ne l’est pas plus...
    le commentaire de l’auteur est tempéré par la suite de sa proposition : « surtout dans ces pays où l’offre est restrainte » (petite faute sur « restreinte », au passage). la France ne fait pas partie de ces pays puisque l’offre de cinéma y est sur-abondante. est-ce à dire que nous produisons et sortons « trop » de films ? des petites pépites comme « les inséparables » de Christine Dory ou « stella » de Sylvie Verheyde en 2008 auraient-elles passé le « cut » dans le cadre d’une production française plus restreinte ? faut-il assécher la source pour voir émerger un cinéma indépendant de qualité ?
    avis aux spectateurs « plus intelligents que les distributeurs » : allez voir « le roi de l’évasion », nouveau film du sémillant Alain Guiraudie, projeté ce soir dans le cadre de la quinzaine et qui sortira cet été sur un petit nombre de copies dans nos salles... puisse-t-il faire de nombreux petits !