
A Cannes cette année, la fête sera moins folle

Un quart de réceptions en moins, des chambres à partager, des paparazzi qui cassent les prix… Moins de strass et de paillettes cette année sur la Croisette ? Le Festival de Cannes, rendez-vous le plus couru de l'année sur la planète du 7e art, semble aussi ressentir la crise. C'est le cas pour de nombreux acteurs de l'industrie.
Parmi les milliers de personnes de dizaines de sociétés qui débarquent ces jours-ci sur la Côte-d'Azur, certaines n'ont pas modifié leurs habitudes. Canal+, le principal partenaire média du festival, annonce le même budget que l'an dernier (6 millions d'euros) et les mêmes effectifs (500 personnes). « Mais pourquoi tout le monde me demande si on a réduit la voilure ? », s'étonne un cadre de la chaîne cryptée. Sans doute parce d'autres l'ont fait.
La Paramount n'est pas venue. Les frères Weinstein, découvreurs de Tarantino, sont entourés de rumeurs de fermeture de leur compagnie. Hollywood se remet doucement de la grève des scénaristes.
Tout le superflu, on ne le fait pas
Chez un des principaux distributeurs de films en France, on témoigne en « off » d'un changement :
« L'an dernier, on a fait une soirée à 80 000 euros. Aucune cette année. En ce moment à Cannes, tout ce qui est considéré comme superflu, on ne le fait pas. On préfère faire venir le comédien d'un de nos films, ce qui suscitera des interviews dans la presse, plutôt que d'organiser des soirées, surtout utiles pour les relations d'affaires et pour la presse people, qui ne cite pas toujours les films. »
Agent d'une centaine de comédiens, dont Emilie Dequenne et Bernard Giraudeau, et ex-attachée de presse pendant le festival, Danielle Gain s'étonne de ne pas avoir reçu autant de cartons d'invitations que les années précédentes, « environ un quart en moins ». Autre signe :
« D'habitude, on ne trouve plus de chambres d'hôtel quelques jours avant. Mais là, on en trouve. Il y a quelque chose de morose. »
Dans les cancans cannois, la décision d'Europacorp de ne pas faire de soirée cette année est emblématique de cette impression de morosité. La société de production de Luc Besson est connue pour des fêtes folles animées par 2ManyDJs ou David Guetta, qu'elle ait un film à promouvoir ou non. Celle de « Mesrine », l'an dernier, reconstituait un commissariat des années 70, pour un budget de 80 000 euros.
Il y a deux ans, une fête pour le dernier Almodovar aurait même coûté entre 200 000 et 400 000 euros, pour 800 « happy few ».
Des médias se serrent aussi la ceinture
Cette profusion de champagne et de glamour vise les retombées médiatiques. Cannes est l'événement qui attire le plus de journalistes après la coupe du monde de foot.
Mais même parmi les médias qui couvrent l'événement, certains se serrent la ceinture en raison de la crise. « Les journaux ont moins de publicité, donc ils achètent nos photos moins cher », constate un paparazzi en vue sur la Côte. Il note que « quelques agences cassent les prix en vendant leurs images cinq ou dix euros pièce ».
Aux Cahiers du Cinéma, le nouveau propriétaire, Phaïdon, a refusé de défrayer les journalistes pour leur hébergement sur place. A l'inverse, le magazine Première, qui a invité la présidente du jury Isabelle Huppert comme rédactrice en chef de son dernier numéro, en distribue gratuitement un tiré à part en anglais sur la Croisette.
Sur Facebook comme dans les journaux et réseaux professionnels, les annonces d'appartements non loués se multiplient. Du jamais vu. Dans des équipes venues de Paris, des collègues se voient obligés de partager une chambre…
On murmure même que certaines plages et villas seraient prêtées, et non louées à prix d'or, aux organisateurs de fêtes. « Cannes sera moins bling-bling cette année », résume le cadre d'un réseau de distribution. « D'ailleurs, il se dit que la direction du festival a demandé aux gens, en “off”, de faire preuve de mesure. »
Ce qui serait une question de « décence » vis-à-vis du public, en ces temps pas très « glamour ».
Photo : la palme, devant la coisette à Cannes le 12 mai 2009 (Christian Hartmann/Reuters).
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
Ailleurs sur le Web
- 13864 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque


























3
De A.V.
tamagotchi89 | 23H39 | 12/05/2009 |
6000 autographes au lieu de 10 000, une olive dans le martini au lieu de deux. Tain, il en faut une sacrée paire pour monter les marches cette année.
De PIT LE CHIEN
08H31 | 13/05/2009 |
Les fêtes, il y a des années qu'elles ne sont plus « somptuaires » à Cannes. Fini depuis plus de 10 ans le temps où les compagnies américaines débarquaient avec des staff de trente personnes et invitaient sur des bateaux et des iles avec langoustes et champagne à volonté. Depuis longtemps, dans les cocktails, c'est vin blanc chaud et petits fours à la tapenade saumâtre. La faute en grande partie aux prix prohibitifs instaurés pendant le Festival et à tout le réseau de commerçants-escrocs (du taxi à l'épicier en passant par les restaurateurs et les hôteliers) dont même les cannois se plaignent.
Mais cette année, pour la première fois depuis longtemps, la sélection officielle est d'un grand intérêt et les sélections parallèles encore plus. Et ça, c'est l'essentiel !
J'y serai demain pour y travailler ET voir des films en espèrant que, grâce à la crise…on se fasse un peu moins arnaquer. Quoique…
De eXistenZ
Arracheur de dents | 08H50 | 13/05/2009 |
Si je comprends bien, cette année nous n'aurons plus droit à tout ce cinéma ?