
L'obstination des Dardenne, en route vers une troisième palme ?

Clint Eastwood (« L'Echange ») et Steven Soderbergh (« Che ») arrivent bientôt à Cannes et font figure de favoris logiques de la compétition. Mais, attention aux outsiders ! Et surtout aux outsiders belges. Les frères Dardenne ont déjà remporté deux palmes d'or. « Le Silence de Lorna », présenté aujourd'hui, pourrait bien être la troisième.
Son regard noir et volontaire, son énergie butée, témoignent de ses capacités de résistance. Elle va en avoir besoin… Elle s'appelle Lorna. C'est une fille d'aujourd'hui, vivant quelque part en Belgique. On la suit d'un guichet de banque (où elle dépose quelques dizaines d'euros), à un centre de téléphonie (où elle appelle fébrilement son petit ami).
Sa course obstinée l'entraîne ensuite vers un pressing (où elle bosse pour pas grand chose), puis à son domicile (où elle cohabite avec son époux Claudy, un junkie en manque de tout et surtout d'amour). Lorna doit toujours cavaler plus vite, sinon, c'est la chute.
Lorna, la petite Albanaise, est rentrée dans une combine louche
Bientôt, on comprend dans quel piège s'est enfermée cette héroïne qui n'a rien d'héroïque. Pour obtenir la nationalité belge, ce sésame, Lorna, la petite Albanaise, est rentrée dans une combine louche. Son complice : un malfrat, chauffeur de taxi de profession, faisant son beurre de la misère ambiante.
Le mariage avec Claudy n'a servi qu'à obtenir des papiers en règle, histoire de convoler prochainement en secondes noces avec un mafieux russe prêt à payer cher, très cher, pour à son tour devenir Belge. Mais que faire de Claudy ? Divorcer ? Trop long. L'éliminer ? Pourquoi pas. Que vaut la vie d'une épave en sursis quand il s'agit de faire tourner l'économie clandestine ? Et quels sont les rouages de cette dernière dans un univers si libéral qu'il justifie tout et n'importe quoi ? Les frères Dardenne sont des cinéastes obstinés. Depuis « La Promesse » (1996), ils filment des histoires simples et désolantes qui, sans un gramme de pathos, enregistrent la réalité de l'époque dans ses aspects les moins reluisants. Leur premier sacre cannois en 1999 (« Rosetta »), puis le second en 2005 (« L'Enfant ») n'ont pas calmé leurs ardeurs, leur exigence.
Arta Dobroshi, parfaite inconnue, habite chaque plan du film
« Le Silence de Lorna » est un nouveau coup de maître qui confirme l'absolue nécessité des frères dans le cinéma contemporain. Un film d'une rigueur et d'une intransigeance rares. Dans un style qui n'appartient qu'à eux -alliance de réalisme brut et de construction exemplaire-, les Dardenne suivent leur héroïne, contrainte par les contingences de céder à l'abjection, avant, peut-être, de résister avec les moyens du bord, qui sont faibles.
A travers le parcours affligeant de ses personnages, le film observe l'horreur sociale contemporaine. Sa minutie glaciale ne s'accompagne d'aucune leçon de choses, d'aucun discours surplombant. La mise en scène palpite avec Lorna. Epouse ses soubresauts nerveux, ses efforts désespérés pour gagner sa parcelle de bonheur. Souffre avec elle quand la folie guette.
D'une sobriété à toute épreuve, « Le Silence de Lorna » n'en est bien sûr que plus bouleversant. A l'image de l'actrice principale, une parfaite inconnue, qui habite chaque plan du film avec une conviction et une pudeur déchirantes. Cette jeune femme s'appelle Arta Dobroshi. La voir consacrée par un prix d'interprétation, dimanche, ne serait que justice.
Garrone enregistre la réalité de la Camorra, la mafia napolitaine
Et en Italie, quoi de neuf ? Qui pour redonner des couleurs à une cinématographie qui, à quelques exceptions près (en premier lieu, l'indispensable Nanni Moretti), ne donne plus guère de raisons de s'enthousiasmer ? Cette année, à Cannes, deux films figurent en compétition.
Premier concurrent : « Gomorra », de Matteo Garrone, consacré à la Camorra napolitaine ou, plus précisément, aux conséquences terrifiantes de son inscription dans le tissu local. Un tissu déchiré de partout, imbibé d'hémoglobine…
Adaptation du best-seller sulfureux de Roberto Savianio (depuis la publication du livre, l'auteur vit sous la menace permanente de la mafia), le film ne fait pas mystère de ses visées polémiques.
Fidèle à son modèle littéraire, le cinéaste enregistre la réalité de la Camorra en restant collé aux basques de quelques personnages ordinaires, habitant dans une cité anonyme et sinistre. Le trafic de came, la circulation des armes et l'exploitation dans les ateliers clandestins y dessinent un quotidien uniformément noir.
Après un prologue prometteur, le film s'enlise et tombe dans la complaisance
« Gomorra » épouse le destin morose de ses principaux protagonistes : un gamin perdu, des ados simulant le geste de Scarface, de pseudo-caïds faisant régner la loi du sang. Garrone montre avec un certain talent formel comment la pieuvre étend ses tentacules partout dans la communauté et même (façon Francesco Rosi) comment les acteurs les moins fréquentables de la sphère économique favorisent le système trouble. Notamment en s'adonnant à un business terriblement lucratif grâce aux déchets toxiques venus de toute l'Europe.
Et puis ? Et puis, rien, ou presque. Après un prologue prometteur, « Gomorra » se satisfait de son dispositif polyphonique. S'enlise. Paraît chercher ce qu'il veut raconter. Pire : le film s'abîme plus d'une fois dans la complaisance. Le cinéaste enchaîne les plans chocs, les cadrages esthétisants et au final fait œuvre maniériste sur un sujet qui, de toute évidence, méritait mieux.
On se souvient alors du premier plan. Ou comment une poignée de mafieux, en pleine séance d'UV, sont canardés par des confrères armés jusqu'aux dents, le tout déroulant sa violence abjecte sur fond de variété italienne tonitruante. Et l'on se dit que le problème de « Gomorra » est niché quelque part dans son point de vue, peut-être inconsciemment séduit par ce qu'il entend dénoncer avec rage. Dommage…
► Le Silence de Lorna de Jean-Pierre et Luc Dardenne, avec Arta Dobroshi, Jérémie Renier…
► Gomorra de Matteo Garrone, avec Toni Servillo, Maria Nazionale…
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De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 18H35 | 19/05/2008 |
Ou comment une poignée de mafieux, en pleine séance d'UV, sont canardés par des confrères armés jusqu'aux dents, le tout déroulant sa violence abjecte sur fond de variété italienne tonitruante.
La couleur de l » hémoglobine est bleu, avec les UV , comme pour un massacre de Schtroumpfs ?
Ils ont pas l » air géniaux géniaux , ces films a Cannes , cette année , à part la super interprète de lorna , la pauvre petite albanaise .. ( ce que je veux bien croire ..)
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 19H03 | 19/05/2008 |
Parenthèse :
Paraît que ce soir il y a un film des frères Cohen sur Arte « The barber »
à Les Chats
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 19H13 | 19/05/2008 |
Ouais c'est pas le meilleur , mais pas mal . C'est les frères Cohen , quand même ..
C'est l » histoire d » un mec qui fume des cigarettes en noir et blanc .
Bonne soirée
à Numerosix
De déluge
menuisier | 20H52 | 19/05/2008 |
DVD ! ! ! ! PAS TV ! ! ! ! !
à déluge
De Thomas Cadène
Dessinateur | 22H14 | 19/05/2008 |
oui ! Vive le DVD. On zappe la télé, on zappe la dépendance au programme et on se ruine en videoclub (on peut pas tout avoir)
d'ailleurs à ce propos pourquoi le VOD est il si cher ?
à Thomas Cadène
De oursonne
22H46 | 19/05/2008 |
Donc nouvelle dépendance aux dvd…..
à déluge
De parti
punishment park | 22H33 | 19/05/2008 |
et d'abord ce sont les frères coen…bon je me suis enfin remis de « there will be blood »…les frères coen en ontcommis de bien bons…des films…« fargo », « blood simple », « arizona junior », « barton fink »…les foireux restent à « camping »
à parti
De déluge
menuisier | 08H08 | 20/05/2008 |
Mes deux préférés restent « Big Lebowsky » et surtout « O'Brother.. ».
Bonjour !
à déluge
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 10H16 | 20/05/2008 |
Ha, Big Lebowsky !
C'est pourtant pas si vieux, comme film . Quoi de comparable , aujourd » hui ?
à déluge
De parti
punishment park | 19H52 | 20/05/2008 |
aah le coup de l'urne près de la falaise…du pur chaplin…
salutations déluge
à parti
De Gudule
09H04 | 20/05/2008 |
euh, lamorille, « there will be blood », c'est pas un film des deux frangins.
Si tu es comme moi tu confonds avec « no country for old men », impossible à se rappeler ce titre.
Je suis allée au ciné voir « there will… » en pensant voir l'autre ^^
Mais contente quand même parce que je voulais le voir et wouaouh !
re-waouhouh
Sinon, VU « the barber », vachement bien quand même.
à Gudule
De parti
punishment park | 19H56 | 20/05/2008 |
je me suis mal fait comprendre…je signalais juste une p'tite erreur sur l'orthographe des frères coen…
une seule bouse selon moi, le film avec clooney et une pulpeuse dont je neme souviens plus le nom…comme je ne me fie qu'à ma mémoire en évitant d'avaler du wikipédia…ça fait deux trous…et ça me vexe…
yes pour the barber
De otto didakt
citoyen en colère | 19H11 | 19/05/2008 |
je me souviens de la « baffe » que j'avais reçu en découvrant le Rosetta des frères Dardenne :
l'impression que le cinéma renaissait à travers de nouvelles formes cinématographiques (ou plutôt une nouvelle façon de raconter, sans le pathos habituel pour ce genre d'histoire)
j'ai eu plus de mal avec L'enfant, dans un premier temps presque insupportable, mais la deuxième vision m'a fait complètement adhérer
j'espère que Le Silence de Lorna sera du même tonneau !
allez les Dardenne, c'est bientôt la fin du championnat, et que la force soit avec vous - ah non, c'est pas Indiana, j'ai du me tromper de blockbuster…
à otto didakt
De Thomas Cadène
Dessinateur | 22H13 | 19/05/2008 |
la force c'est star wars si je peux me permettre. Certes il y a quelques passerelles entre les deux (lucas et Ford) mais bon rendons à Luke ce qui est à Luke.
Je me souviens de l'enfant. Un choc mais aussi une vraie difficulté de spectateur. Je n'ai jamais trop su qu'en penser. ce qui est déjà une manière d'en dire du bien j'imagine.
(et c'est bien aussi les blockbusters… enfin certains…)
à Thomas Cadène
De otto didakt
citoyen en colère | 08H10 | 20/05/2008 |
c'était un vanne, si je peux me permettre, en mélangeant les blockbuster : Indiana Jones à Cannes en promo réalisé par Spielberg et produit par Lucas je crois, et la force « symbole » de puissance et de réussite (évidemment Star Wars de Lucas)…
that'all !
à otto didakt
De parti
punishment park | 22H40 | 19/05/2008 |
certes..une grosse baffe avec « la promesse »…mais le méga bourre-pif…c'est « freaks » et « vertigo »…que des morts qui nous parlent de la vie…
De dalun
19H22 | 19/05/2008 |
hate de voir « le silence de lorna “ ; ce que je lis ici ,et ce que j'ai pu en entendre ailleurs, donne envie !
De zénon denon 84
Bonne | 19H28 | 19/05/2008 |
C'est vrai je me souviens de Rosetta,
C'etait il y a bien longtemps…
J'ai comme l'impression que s'il repassait sur
ARTE par exemple ,il ferait un tabac ;
Oui,à l'époque ce fut une « baffe “ mais une bonne !
De marmotte64
Super héros | 19H36 | 19/05/2008 |
Je n'aime pas le festival de Cannes.
Je ne peux plus supporter le festival de cannes, toujours les mêmes personnes, les mêmes metteurs en scène, les mêmes acteurs, les mêmes palmes. Comme s'il fallait obligatoirement saluer les mêmes idoles encore et toujours. Comme si on était là devant l'oméga du cinéma, un brin élitiste, et tellement tourné sur lui même qu'il ne sait plus se renouveler.
Encore supporter les sourires de connivences de ces acteurs trop heureux d'être parmi les happy few, mais trop égocentriques pour en profiter autrement qu'en ayant l'air blasé.
Le comble du chic étant bien sur de dénigrer ce petit monde quand on est pourtant si ouvertement et manifestement fier d'en être.
Je n'aime pas le festival de Cannes.
à marmotte64
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 19H50 | 19/05/2008 |
C'est pas un truc pour les marmottes , Cannes .
Mais je suis d » accord avec vous , ça sent le vieux ,on dirait ( je n » y suis pas) vivement la révolution ..
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 19H55 | 19/05/2008 |
Rien , walou, keutchi sur les merveilleux films des frères Goasguen !
La trilogie néo-Barthienne sur les errances métaphysiques de deux kangourous japonais dans les Monts d'Arrées, ne font pas une ligne dans les médias.
Les fondues enchainées savoyardes alliées aux travelling post Marker, les lumières et la photographie de ce génial Mich Le Duff, sous le soleil crépusculaire des Abers, semblent laisser de marbre les happy fews des journalistes loréalisés.
Je suis désespéré et déçu de voir rue89 s'aligner de la sorte sur la pensée pélliculaire unique.
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 19H56 | 19/05/2008 |
sniffff !
De la rousse de poche
20H37 | 19/05/2008 |
je reviens du ciné ou j'ai vu « ciao stefano » un très bon film italien, allez y vite avant qu'il ne soit trop tard..
à la rousse de poche
De yan
loin | 21H29 | 19/05/2008 |
Yep, les citronniers et ciao stephano, mes 2 dernières belles séances cinoche
De tarim
20H40 | 19/05/2008 |
VIVA GARREL
à tarim
De parti
punishment park | 22H42 | 19/05/2008 |
lequel ?
De azerty69
ExecutieveBranleur | 09H38 | 20/05/2008 |
Cannes c'est des riches cinéastes/producteurs de bonne droite ultra consommateur aux 4 divorces et aux 3 amant(e)s, roulant en caisse a 1m€, qui élisent comme films des oeuvres intellectuelles de gauches, humanistes, écologiques que personne n'auraient été voir si ils n'avaient pas eu le label « cannes ».
Les frères dardenne ne font pas du cinéma, ils font de la propagande humaniste visuel.
à azerty69
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 10H20 | 20/05/2008 |
Ils « exploitent » de la propagande humaniste visuelle ?
Ca fait plaisir de se lâcher sur Rue89, même quand c'est un peu injuste ..
De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 10H40 | 20/05/2008 |
le silence de lorna , ça me parle je verrais en attendant çe soir bin arte , un mec qui fume en noir et blanc me parles itou et j'lais pas vu
De Galletas
11H13 | 20/05/2008 |
C'est vrai, pourquoi nous parler des films « palmables » ?
J'espère que vous ne ferez un bel article sur le 3e maillon de la trilogie « Profils paysans » de Depardon : la vie moderne.
Une œuvre du photographe qui depuis 2000 pourrait bien prétendre à la Palme si on avait bien voulu la laisser concourir.