De Woody Allen à Charlie Hebdo, drôle de parenthèse cannoise

L'actrice Scarlett Johansson et le journaliste Philippe Val (Reuters).

D'un côté, deux actrices résolument glamour (Scarlett Johansson et Penélope Cruz) batifolent de concert sous l'oeil complice de Woody Allen. De l'autre, un documentaire (sur « l'affaire » des caricatures de Mahomet et le procès contre « Charlie Hebdo ») regarde son époque et se fâche. Avec « Vicky Cristina Barcelona » et le bien nommé « C'est dur d'être aimé par des cons », le festival donne l'occasion de rire. Entre autres…

Pause dans la compétition qui arbore jusqu'à présent fière allure (« Waltz with Bashir », de Ari Folman ; « Conte de noël », d'Arnaud Desplechin ; « Les Trois singes », de Nuri Bilge Ceylan) et place aux événements parallèles qui proposent des films susceptibles (enfin) de dérider les zygomatiques.

Certes, le Woody Allen annuel, « Vicky Cristina Barcelona » (hors compétition) ne constitue pas un titre majeur dans l'opulente filmographie du cinéaste new-yorkais.

Ballet des mensonges et petits arrangements avec la vie conjugale

N'empêche, cette comédie sciemment futile autour de deux américaines en villégiature européenne découvrant, à leur corps plus ou mois défendant, des perspectives non puritaines réserve son lot de saynètes truculentes, évidemment moins innocentes qu'il n'y paraît…

Marivaudage malin, précipité un poil cruel, le film met en scène avec une légèreté factice les hypocrisies d'une poignée de personnages empêtrés dans leur mauvaise conscience. Allen ne joue plus dans ses films. Il préfère orchestrer les hésitations de ses jeunes protagonistes.

Dans « Vicky Cristina Barcelona », on contemple ainsi la nouvelle égérie allenienne, Scarlett Johansson (présentement cinéaste débutante et sensuelle), en pâmoison devant un bellâtre arty et ridicule (Javier Bardem, impeccable), lui-même écartelé entre son ex hystérique (Penélope Cruz) et une demoiselle timide (Rebecca Hall).

Le film déroule les malentendus, les hypocrisies, les poncifs romanesques et met en scène, avec un sourire amer, le ballet des mensonges et des petits arrangements avec la vie conjugale.

Un « petit » Woody Allen ? Soit. Mais le film ne sert pas seulement de prétexte à une fausse scène hot (Scarlett et Penélope se roulent un patin, oui) et à une très « glamoureuse » montée des marches. Il confirme, s'il en était besoin, que Woody Allen, même dans ses films les plus frivoles, n'est jamais anodin. Ce qui n'est pas exactement à la portée de tout le monde…

Daniel Leconte reconstitue le puzzle juridique de l'affaire des caricatures

Changement radical de registre avec le documentaire de Daniel Leconte, « C'est dur d'être aimé par des cons » (titre manifeste qui convient dans toutes les occasions de la vie). Le film, présenté lui aussi hors compétition, revient par le menu sur le procès intenté par une poignée d'institutions islamiques à « Charlie Hebdo ».

Motif : l'an passé, nos confrères avaient reproduit dans leurs colonnes intempestives les caricatures de Mahomet publiées initialement au Danemark, et qui avaient suscité le courroux des religieux fanatiques et de leurs fans partout sur la planète.

Pourquoi uniquement « Charlie » dans le viseur des censeurs et pas « L'Express » ou « France soir », également incriminés dans ladite reproduction ? Peut-on rire de tout, à défaut d'avoir envie de pouffer avec tout le monde ? Quelles questions relatives à la liberté de la presse, et à la démocratie tout court, posait ce procès ? Quel fut le rôle des hommes politiques et des médias dans cette affaire embarrassante ? Daniel Leconte reconstitue patiemment le puzzle juridique. Recueille les témoignages de ses principaux acteurs : Philippe Val, de « Charlie », Denis Jeambar, à l'époque patron de « L'Express », les avocats des deux camps, etc. Trousse un documentaire efficace, pertinent, impertinent et, surtout, révélateur d'un certain état des choses, en France aujourd'hui.

Parmi ses multiples motifs de réjouissance, « C'est dur d'être aimé par des cons » rappelle le remarquable effacement des politiques dans une polémique pourtant essentielle. Quelques notables exceptions toutefois : Bayrou, Hollande, témoins au procès côté « Charlie », et un certain Sarkozy, pas fâché sur ce coup, à quelques mois des présidentielles, de contrer Chirac, alors résolument muet.

Pourquoi une telle pusillanimité ? Crainte d'effaroucher les terroristes barbus susceptibles de nuire aux intérêts français partout dans le monde ? Certes. Mais aussi (surtout) souci de ne point compromettre de mirobolantes affaires avec quelques pays influents. De quoi jeter aux orties une poignée de principes fondamentaux, on en conviendra…

« C'est dur d'être aimé par des cons » rafraîchit opportunément la mémoire

Rayon médias, rappelle le film, régna également une dose non-homéopathique d'hypocrisie, voire pire. Ainsi les tentatives de censure « curieusement » passées sous silence (Dassault, propriétaire de « L'Express » à l'époque, intimant à Jeambar de renoncer à la publication des caricatures, pour cause d'un voyage prochain de Chirac dans les pays du Golfe). Ainsi, plus redoutable encore, l'autocensure imposant ses tristes lois dans les (nombreux) organes de presse détenus par les grands groupes industriels.

« C'est dur d'être aimé par des cons » rafraîchit opportunément la mémoire tout en amusant, même si le rire est jaune. Avocat chiraquien de presque toujours, Maître Szpiner (présent à Cannes pour la promo ! ) assure le spectacle en taxant Val et son équipe d'irresponsables, mettant en péril l'intégration en France des populations musulmanes venues d'ailleurs.

Cabu se remémore en se tordant de rire (jaune encore) la protection policière dont il fut l'objet. On en passe… Le film enfin, ressort des tiroirs des images d'archives montrant le forum permanent et le grand bordel qu'était devenu, l'espace de quelques jours, le Palais de Justice de Paris.

Au final, un film instructif et important qui rappelle, dixit Leconte, « combien l'humour est une arme de destruction massive de la bêtise ». Espérons qu'il le reste longtemps. Et ajoutons que « C'est dur d'être aimé par des cons » a été produit sans aucun soutien financier des chaînes de télévision. Qui s'en étonnera ? ► Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen - avec Scarlett Johansson, Penélope Cruz, Javier Bardem…
C'est dur d'être aimé par des cons documentaire de Daniel Leconte.

4 commentaires sélectionnés

Portrait de jerome-g

De jerome-g

15H38 | 17/05/2008 | Permalien

Ces quelques critiques sur Val m'amusent. Manifestement certains - plutôt à l'extrême-gauche - ne supportent pas que l'on critique les dérives extrémistes de l'islam. Val le fait pourtant avec lucidité, comme il critique les dérives de toutes les religions lorsqu'elles sont synonyme de privation de liberté, oppression, dictature…

Quand je pense que la gauche s'est battue pour nous libérer du poids du catholicisme… Maintenant, une partie de cette gauche tolère, en France, un retour à l'obscurantisme dès lors qu'il s'agit de l'islam, et taxe toute critique d'islamophobe.

Franchement, si quelqu'un pouvait m'expliquer la logique de l'extrême-gauche sur cette question, ça m'intéresse…

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 16H35 | 17/05/2008 | Permalien

Scarlett Johansson , non seulement elle est très belle , mais c'est la seule qui ressemble pas aux autres qui semblent toutes rafistolées par le même chirurgien esthéfric et photoshopée de la même manière dans les magazines que je ne lis pas .Woddy s » y connait en femmes, y a pas de doutes.

d » autre part , Charlie Hebdo , que je lis , qui défend de nullissimes caricaturistes danois de droite alors qu » il a dans sa redaction de géniaux dessinateurs de gauche , ça fait gag , même si c'est nécessaire ..

Portrait de freestyler

De freestyler

16H37 | 17/05/2008 | Permalien

En faisant des amalgames grossiers sur lantenne de France inter par exemple où il taxait Noam Chomsky d'antisémite et le rapprochait des idées de Ben laden par ce que ce dernier l'aurait citer dans un discours ; Mr Val spécialiste de l'indigantion sait que le quidam moyen ne s'attache pas aux détails et que ses diatribes ne reposent souvent que sur du vent et dans le cas présent ne vise qu'a décridibiliser Mermet et le monde diplo.

Il est présent sur de nombreux plateaux télé et n'hésitent pas à s'exprimer sur des sujets qu'il ne maîtrise visiblement pas ou peu ; quelle légitimité a-t-il pour s'exprimer sur Noam Chomsky et ses travaux : aucune, place aux historiens, sociologues, et autres érudits qui ne se contentent pas de traiter les sujets qui recèlent d'hypothétiques parfums de scandale au risque de devenir au journalisme ce que BHL est à la philosophie : un imposteur.

Portrait de bubu

De bubu

07H39 | 18/05/2008 | Permalien

Faut bien vivre…

Je constate que le Canard Enchaîné qui combat la connerie et tous les intégrismes depuis bien avant Hara Kiri - Charlie n'a jamais envoyé un quidam monter les marches à Cannes. Qui connait d'ailleurs la tête du patron du Canard ? Même pas moi qui le lis toutes les semaines.
Mais question chiffre d'affaires : qui a raison ?

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