15/05/2008 à 13h17

Alors que la Croisette s'amuse, l'Amérique du Sud déguste

Olivier De Bruyn | Journaliste


Elli Medeiros et Martina Gusman à Cannes (J.-P. Pelissier /Reuters).

Après « Blindness » (le film d'ouverture signé par le Brésilien Fernando Meirelles), « Leonera », de l'Argentin Pablo Trapero, sur les prisons pour femmes et le destin foudroyé d'une héroïne ordinaire, prouve que le cinéma local a des choses (dures) à raconter et à filmer. Ainsi va la vie à Cannes : pendant que les célébrités s'essuient les pieds sur les tapis rouges, l'actualité du festival, dans les salles, ne rime pas avec futilité.

Cannes, terre de contrastes. Les autochtones, en bas des marches du bien nommé « palais » du festival, s'interrogent avec des mines de conspirateurs sur l'éventuelle présence de Carla S. en ces lieux bénis du people.

Dans le même palais, à la grande séance de presse du matin (8h30), les journalistes, visage pas encore (trop) fripé, commencent à s'insulter (« Cette place est la mienne, connard ! “).

Bref, alors que le festival entame son folklore annuel, les films, eux, racontent comment ils voient le monde. Et la frivolité n'est pas exactement la tenue de rigueur.

Une héroïne paumée et le quotidien glauque d'une prison pour femmes

Cette année, l'Amérique du Sud ouvre les débats. ‘Leonera’, de Pablo Trapero, chef de file du nouveau cinéma argentin, confirme le talent sobrement réaliste et l'humanisme non-démago de ce metteur en scène discret et modeste, déjà remarqué avec ‘Mundo Grua’ et ‘El Bonaerense’.

Dans son nouveau film, Trapero suit au plus près le destin contrarié de Julia, une jeune femme enceinte, emprisonnée suite au meurtre énigmatique du père de son enfant. Le réalisateur, évitant la plupart du temps les ornières misérabilistes, filme l'itinéraire de son héroïne paumée, le quotidien oppressant et glauque d'une prison pour femmes.

En creux : les aberrations du système judiciaire et un certain état délétère du machisme local. Remarquablement interprété par la jeune Martina Gusman, ‘Leonera’ souffre d'un rythme un rien répétitif, mais témoigne à chaque instant d'une dignité formelle et d'un refus du pathos bienvenus. Une oeuvre simple, économe de ses effets et qui touche juste.

Quand l'homme est un loup pour l'homme et l'aveugle un chien pour l'aveugle.

On n'en dira pas autant de ‘Blindness’, le film d'ouverture présenté hier au soir aux ouailles en smoking. Dans sa nouvelle fiction, Fernando Meirelles (‘La Cité de Dieu’) se risque à la métaphore poids lourd avec la description esthétisante d'une mégalopole anonyme affligée par un mal mystérieux : une violente épidémie de cécité.

Face au péril, la communauté se protège en envoyant en quarantaine les néo-aveugles dans des camps sinistres. Les exilés ne tardent pas à y être confrontés à leurs plus vils instincts : pouvoir exercé sur plus faible que soi, oppression sexuelle, etc.

Bientôt (une heure de pellicule, quand même), tout le monde devient aveugle, sauf, ça va de soi, le spectateur et l'héroïne (Julianne Moore, que l'on a connue plus clairvoyante). Le film décrit alors l'anarchie et le chaos. Un monde où, suivez le regard du cinéaste, l'homme est un loup pour l'homme et l'aveugle un chien pour l'aveugle.

L'occasion de bien belles images spectaculaires qui se rincent l'œil sur la déréliction ambiante et épousent parfois le point de vue des personnages. Ce qui, dans la grammaire sommaire de ‘Blindness’, revient à user et abuser du fondu au blanc...

La leçon de morale est un rien basique et, surtout, la mise en scène, ultra-complaisante, contredit l'appel au calme et à l'amour de son prochain asséné par le cinéaste. Gageons que le jury a gardé l'oeil ouvert, et le bon, devant ce spectacle borgne.

Leonera de Pablo Trapero - avec Martina Gusman, Eli Medeiros…
Blindness de Fernando Meirelles - avec Julianne Moore, Mark Ruffalo…

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  • Beeks
    • Posté à 13h59 le 15/05/2008

    le festival de cannes est le seul festival dédié à un objet dont on ne voit pas la couleur ,la canne .vous me direz avec toutes ces marches à monter (28 exactement) elle n'est pas la bienvenue, il faut bien reconnaitre qu'un plan incliné c'est moins glamour .alors encore une fois la canne laisse sa place aux films .

    • Schrödinger
      Schrödinger répond à Beeks
      Poli et gentil. Très rue89.
      • Posté à 15h06 le 16/05/2008
      • Internaute
        Poli et gentil. Très rue89.

      D'ici à ce qu'on l'appelle le Genghis festival...

  • patrick du 14-
    • Posté à 14h32 le 15/05/2008

    mike tyson serat logé seul au hilton
    clara morgan au albion grey
    bon festival

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 14h35 le 15/05/2008
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Tiré du livre « L'Aveuglement » du Prix Nobel portugais José Saramago, « Blindness » relate une mystérieuse épidémie de cécité qui se répand à une vitesse foudroyante dans une mégalopole non identifiée

    Seule une femme (Julianne Moore) épargnée par l'épidémie conserve son sens moral dans un univers qui s'effondre : les liens sociaux se défont, la lutte pour la nourriture se généralise, les femmes deviennent une marchandise.

    Ou le contraire, moins politiquement correcte, mais plus adapté aux marchés du Maghreb ( scenario refusé a Cannes) :

    Tous aveugles et enfin libérés du pouvoir maléfique des images : Télé, Affiches de Pub ignoble, jeux vidéos violents, films stupides .., les habitants redeviennent enfin civilisés et s'entraident tous. Seule une connasse voyante libérée devenue ivre de pouvoir parmi les aveugles sème encore la terreur et la peur sur la ville..

    Hi ! hi !

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 14h41 le 15/05/2008
    • Internaute
      Retraite invalidité

    Sean Penn (président du jury) a déclaré qu'il aurait toujours en tête les désastres de Birmanie et de Chine en tête quand il visionnera les films...

    Le premier prix sera un désastre cinématographique... ? !

    Lien

  • nada
    • Posté à 17h09 le 15/05/2008

    Sean Penn est un artiste, c'est vrai qu'il a de la gueule ! mais pas celle du désastre plutôt celle du respect, de la liberté et même de l'amour !
    Quant aux désastres subis par la Birmanie et la Chine, c'est à chacun de nous d'en prendre la douleur et refuser l'immoralité de certains gouvernements, bien plus cruelle qu'aucun réalisateur ne pourra filmer sous peine d'affabulation.

  • Louis Lepron
    Louis Lepron
    Journaliste
    • Posté à 19h24 le 15/05/2008
      rédacteur
    • Journaliste
      Journaliste

    L'Amérique du Sud oui.
    Le festival de Cannes oui.

    Mais la comparaison s'arrête là.

  • alonzanfan
    • Posté à 05h26 le 16/05/2008
    • Internaute

    dans un monde qui va de plus en plus mal le festival de connes est la somme de tout ce qui est le plus detestable et je sait de quoi je parle car je suis cannois.

  • mick69
    • Posté à 11h43 le 16/05/2008
    • Internaute

    qui sont les 3 personnes sur la photo ?

    • Schrödinger
      Schrödinger répond à mick69
      Poli et gentil. Très rue89.
      • Posté à 15h08 le 16/05/2008
      • Internaute
        Poli et gentil. Très rue89.

      Alors on peut trouver Ginette sur la gauche qui embrasse sa petite soeur Marie-maude. Au centre c'est l'oncle Ernesto, tu le reconnais pas ?

  • supprimé à la deande du riverain 14.01.10
    • Posté à 14h18 le 16/05/2008

    Je n'aime pas du tt ce titre qui fleure bon la démago a plein poumon : sous entendu on a pas le droit de s'amuser, les artistes sont des branks, seul le politique est important, le reste ne compte pas.............Cannes c'est la coke les orgies....