
Che Guevara-Sean Penn : même combat ?

Rester indépendant au sein de la machinerie hollywoodienne. Se préoccuper de la chose politique et ne pas brosser l'Amérique dans le sens du poil. A priori Steven Soderbergh et Sean Penn partagent beaucoup. Ça tombe bien, le premier a présenté son « Che » mercredi soir. Un film atypique et déconcertant. Et le second, spectateur particulièrement attentif, est président du jury.
Sean Penn a annoncé la couleur dès la conférence de presse du jury, il y a une semaine, alors que le festival inaugurait ses fastes annuels. Il ouvrirait l'œil, et le bon, face aux films qui se préoccupent en premier lieu de la chose politique. Ses confrères Rachid Bouchareb (« Indigènes ») et Marjane Satrapi (« Persépolis »), membres du jury que l'on devine influents, ne songent probablement pas à le contredire.
La présentation, mercredi soir, du « Che » de Steven Soderbergh était donc attendue avec une impatience extrême. Fresque au (très) long cours de 4h30, divisée en deux parties, le film, comme son nom l'indique, retrace le parcours en son temps révolutionnaire de Che Guevara. Un projet atypique, a priori sulfureux, dont la mise en chantier, aux Etats-Unis, ne fut pas simple (trois années ont été nécessaires pour le mener à bien). Oui mais voilà : Steven Soderbergh est un garçon subtil, très subtil même. Pour lui, d'ailleurs, tout a commencé à Cannes…
Un Soderbergh fidèle à lui-même, donc surprenant
Flash-back : en 1989, un parfait inconnu débarque en compétition avec un petit film indépendant : « Sexe, mensonges et vidéo ». À la surprise générale, le président d'alors, Wim Wenders, lui décerne la palme d'or. Sur scène, à l'heure de recevoir son prix, Soderbergh, à peine trente ans, déclare que pour lui le plus dur commence. Diagnostic lucide. Ses films suivants (« Kafka », « King of the Hill »), pourtant épatants, essuient des flops au box-office. Le metteur en scène, du coup, hésite entre abandon du métier (il évoque sérieusement cette possibilité) et tournant professionnel radical en se consacrant à des fictions expérimentales (« Schizopolis »). Il opte finalement pour une troisième voie, plus singulière, plus fructueuse, plus intelligente surtout.
Amoureux du cinéma de genre, copain avec quelques personnalités alors relativement dans l'ombre du cinéma (en tête, un certain George Clooney), Soderbergh relance sa carrière en alternant films hollywoodiens malins et inspirés (« Erin Brockovich », « Ocean's Eleven ») et fictions ultrapersonnelles (« Traffic », « Solaris »…), que les bénéfices engrangés au box-office par les opus de la première catégorie permettent de financer. Sur sa lancée, il monte même, avec Clooney, sa propre boîte de production (« Section Eight ») et initie le tournage de quelques objets atypiques et politiquement percutants, dont le remarquable « Syriana » de Steven Gaghan. Un pied dans le système, l'autre en dehors, Soderbergh aime pratiquer le grand écart. Il se prend parfois les pieds dans le tapis (« Ocean's thirteen », « The Good German »), mais globalement sa filmo inspire le respect.
Sean Penn, son exact contemporain, n'a jamais tourné sous sa direction. Son parcours témoigne pourtant de préoccupations communes. Même souci de l'indépendance, d'une certaine probité, d'affirmer des choix radicaux. Son dernier film en tant que réalisateur, « Into the Wild », d'après le bouquin de John Krakauer, a remporté un important succès un peu partout dans le monde, alors qu'il ne cède rien, vraiment rien, aux académismes hollywoodiens. Bref, l'époque est loin où Sean alimentait la chronique en multipliant coups d'éclats people et coups de poing dans la tronche de ceux qui lui cherchaient des noises.
Alors, le « Che », film politique, œuvre, sur le papier, furieusement provoc, susceptible de séduire Penn ? C'est bien possible, même s'il ne faut jamais oublier que les présidents du jury, quand ils sont cinéastes, prennent souvent soin de célébrer des confrères avec lesquels ils ne partagent esthétiquement rien ou pas grand-chose.
Aux antipodes de la reconstitution fastueuse et académique
Avec son nouvel opus, Soderbergh reste fidèle à lui-même et donc surprend. Très loin des conventions du film biographique ; aux antipodes de la reconstitution fastueuse et académique, il fonctionne à l'épure, à l'économie et peut légitimement éveiller la déception tant il refuse avec une obstination de chaque plan les lois du spectaculaire, de la psychologie et de l'explication de texte.
La première partie évoque la prise de pouvoir à Cuba et fragmente à dessein la chronologie du récit. Discours du Che à l'ONU et interview donnée à une journaliste des années après la victoire. Rencontre avec Castro des années plus tôt. Combat dans les campagnes cubaines les plus reculées. Victoire militaire à Santa-Clara et route vers La Havane. Soderbergh agite son shaker temporel et dessine, en creux, un portrait kaléidoscopique de son personnage.
La seconde retrace le dernier combat du Che, en Bolivie et respecte, par contre, scrupuleusement la chronologie des faits. Comme une sorte de compte-à-rebours vers la déroute, la défaite, la mort. Dans les deux « blocs » (le film, lors de sa diffusion en salles, sera distribué en deux parties distinctes), Soderbergh privilégie les mêmes motifs (minimalisme de la reconstitution, prédilection pour les scènes ordinaires) et met en scène le Che non pas à hauteur de mythe, mais résolument à hauteur d'homme. Un choix qui dynamite les poncifs, mais, curieusement, rend le personnage (très) principal on ne peut plus aimable.
Car Soderbergh aime le Che et ses obsessions idéologiques, cela se sent au détour de chaque plan. Pour le cinéaste, pourtant, l'essentiel est ailleurs. En filmant, grosso modo avec les mêmes procédés, une ascension irrésistible, puis un lent cheminement vers la débâcle, le cinéaste, à sa manière, enregistre les deux facettes d'un idéalisme d'abord conquérant, puis réduit en miettes. La beauté de la fiction, réelle, réside dans sa simplicité factuelle. Son souci de toujours filmer au plus près les rapports et les conflits humains. Son obstination à filmer la guerre (car « Che » est avant tout un film de guerre) avec une radicale absence d'effets.
En quelque sorte, le nouveau Soderbergh -plus qu'intéressant mais, il faut le reconnaître, parfois monotone- raconte la même histoire que… « Into the wild », le dernier Sean Penn. Celle d'un homme épris de liberté totale, absolutiste jusqu'au bout de la barbe et achevant inévitablement de façon tragique sa course aveugle vers l'émancipation. Dans les deux cas, même désir de ne pas céder aux lois ordinaires du spectacle. Même fascination pour les temps morts, la contemplation anxieuse.
Il serait pourtant risqué de se hasarder à un pronostic concernant la présence du « Che » au palmarès. Et encore plus d'anticiper sur sa réception lors de sa sortie sur le territoire américain. Une chose est sûre : « Che » est un film qui ne ressemble à pas grand-chose de connu. A Cannes comme ailleurs.
► Che De Steven Soderbergh - Avec Benicio Del Toro, Carlos Bardem, Demian Bichir… Sortie en octobre 2008.
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De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 11H28 | 22/05/2008 |
Et a la fin , le Che meure et il se transforme en poster de Marilyn Monroe !
à Numerosix
De boissonzyskind
12H02 | 22/05/2008 |
Excellent !
Mais je l'ai eu tellement longtemps ce poster ; -)
à Numerosix
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 14H07 | 22/05/2008 |
où en broderie sur jean, accompagné sur l'autre jambe du pantalon d'un portrait de ben Laden….
Vue à la Paz en dessous du marché au sorcière…
De Cyprien35
11H55 | 22/05/2008 |
Je cherchais justement une biographie du che… Quelqu'un en connait une qui est bien ?
Merci d'avance…
à Cyprien35
De jack burton
12H23 | 22/05/2008 |
celle ci :
Ernesto Guevara connu aussi comme le Che, par Paco Ignacio Taibo II
à jack burton
De jmal
13H00 | 22/05/2008 |
Je suis d'accord, pour qui a le temps (car c'est un sacré pavé), la bio de Paco Ignacio Taibo II est incontournable.
A venir, du même auteur, Pancho Villa déjà publié en espagnol.
http://actu-du-noir.over-blog.com/
à Cyprien35
De JP_JP
12H24 | 22/05/2008 |
loin d'être une biblio complète, mais déjà un site intéressant :
http://www.kayakif.on-web.fr/che/#
à Cyprien35
De Sarkastik
18H26 | 22/05/2008 |
che une légende du siècle de Pierre Kalfon
portrait sans concession sur toutes les facettes du personnages
à Sarkastik
De Cyprien35
07H57 | 23/05/2008 |
OK, merci à tous pour vos réponses ! ! !
De Ryze
La Jeune Garde Rouge | 11H56 | 22/05/2008 |
J'ai vraiment hate de voir ce film.
J'espere qu'il n'aura pas de souci pour le faire diffuser en salle^^
De Ryze
La Jeune Garde Rouge | 12H20 | 22/05/2008 |
A Cyprien
Ce n'est pas vraiment une bio mais le dernier livre de Besancenot et Lowie (pas sur du 2eme co ecrivain) sur la reflexion du Che, son cheminement interne vers sa conception tres particuliere du communisme et de la révolution est tres bien.
C'est « CHE GUEVARA - Une braise qui brule encore »
à Ryze
De léo solo
16H44 | 22/05/2008 |
Che serait-il passé à l'émission de Drucker le dimanche après-midi ?
De Ald
étudiant | 12H11 | 22/05/2008 |
Allez parler du Che aux cubains vous verrez ce qu'ils vous diront.
à Ald
De Ryze
La Jeune Garde Rouge | 12H25 | 22/05/2008 |
Bah justement vous qui semblez si au courant dites nous.
Que certains cubains en veulent a Castro possible car au fil du temps il a un peu perdu de vue l'ideal pour lequel il se battait mais le Che qui a participé a la liberation de Cuba du joug de la dictature, a la revolution culturelle qui a permis une « liberation » du peuple (et oui c'etait pire avant) et qui est mort lachement assassiné par les soldats boliviens et la CIA peu de temps apres, oui je voudrait bien savoir ce qu'ils en pensent les cubains…
à Ryze
De JP_JP
12H28 | 22/05/2008 |
Pour info, la « mode » à Cuba ces dernières années pour les jeunes était de se faire tatouer le visage de Fidel Castro sur le bras … (sans révolver sur la tempe ! )
J'imagine mal le jeune français se tatouant un Nicolas Sarokozy …
à JP_JP
De Pierrrrre
19H05 | 22/05/2008 |
»…la « mode » à Cuba ces dernières années pour les jeunes était de se faire tatouer le visage de Fidel Castro sur le bras … »
==> celle en allemagne Nazie était de se faire tatouer un portrait d'Hitler
à Pierrrrre
De JP_JP
12H04 | 23/05/2008 |
C'est ce que l'on appelle la masturbation intellectuelle.
pauvre type !
à Ryze
De mechante langue
00H22 | 23/05/2008 |
Et toi que penses tu d'un type (le che ) qui a fait fusiller un gamin de 12 ans pour un vol ?
à mechante langue
De Timteam
06H44 | 23/05/2008 |
Ta trop lu BHL ma petite !
De plus le Che était un chef de guerre en guerre et comme tout chef militaire sa vie était combat, trahison, sanction. Mais tu doit être plus choqué par le fait qu'il n'y ait pas de tribunal militaire. C'est vrai que simplement en 1914 on a fusillé des jeunes gens simplement parce qu'ils faisaient preuve de lâcheté.
Entre légalité et illégalité la guerre est toujours aussi brutal, le Che l'était aussi mais pas plus que les autres…
à Timteam
De mechante langue
14H13 | 23/05/2008 |
« C'est vrai que simplement en 1914 on a fusillé des jeunes gens simplement parce qu'ils faisaient preuve de lâcheté. »
Donc si je vous suis bien Che Guevara pour vous est a mettre au meme rangs que les généraux qui fusillaient les soldat en 1916.
Comme dizingage du Che je n'aurai pas révé mieux : -)
« Entre légalité et illégalité la guerre est toujours aussi brutal, le Che l'était aussi mais pas plus que les autres… »
C'est tout ce que je voulais entendre . Le Che ne vaut pas mieux que les autres
à Ald
De JP_JP
12H26 | 22/05/2008 |
j'ai de la famille en Amérique du Sud (Bolivie principalement) et là bas, le Che est une véritable idole. Je ne comprends donc pas trop le sens de votre question …
à Ald
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 16H09 | 22/05/2008 |
Les Cubains peuvent être très critique contre Fidel Castro, par contre ils considèrent les deux grands morts, Cienfuegos et le Che comme des héros…
Aucun cubain, en tout cas ceux que j'ai rencontré dans ma petite expérience du pays (1 mois et demi par les moyens du bords sur l'île), ne renie la révolution et donc ses icônes.
Castro c'est un autre problème.
à dulconte
De Pierrrrre
19H50 | 22/05/2008 |
»…Aucun cubain, ….ne renie la révolution et donc ses icônes… »
==> c'est comme en Palestine, aucun ne critique le Hamas,
ou en Sicile, aucun ne critique la Mafia…
..question de bon sens, si on tient à sa tranquilité et à celle de sa famille.
à Pierrrrre
De NuklearCocroach
21H22 | 22/05/2008 |
Ou comme en France sous Vichy,critiquer tes idoles pouvait couter la vie…Au fait,t'es pas encore blacklisté toi raclure ?
à NuklearCocroach
De Radadalamechantesorciere
Ensemble tout devient beurk | 08H57 | 23/05/2008 |
Vouloir blacklister des gens qui disent ce qu'ils pensent ça fait très « Cuba dictateur » je trouve. Pourquoi pas les fusiller tant qu'on y est ?
Franchement les pauvres cubains qui ont fait la révolution pour détrôner un dictateur pourri ont eu à sa place un autre dictateur de merde (mais au moins celui-là il nouus fait rigoler).
Je les plains.
Le combat du che contre les dictatures d'extrême droite était noble, mais je ne sais pas si le résultat aurait été mieux qu'à Cuba s'il avait gagné.
à Pierrrrre
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 21H55 | 22/05/2008 |
en Palestine de très nombreux palestiniens critiquent le Hamas, je parle aussi d'expérience là : )
un jour vous parlerez de ce que vous connaissez qui sait.
à Pierrrrre
De Grégory
00H40 | 23/05/2008 |
Ou chez moi, personne ne critique ma mère.
La logique c'est rigolo. Mais bon, un peu d'honnêteté intellectuelle et de subtilité en plus sont indispensables si vous souhaitez un jour extraire votre pensée du vide…
à dulconte
De Grégory
00H43 | 23/05/2008 |
En outre ils peuvent être critique contre Fidel… mais j'ai le sentiment (en l'absence de source viable, je me contente de grapiller ce que je lis à droite à gauche) que dans l'ensemble il a toujours été un dirigeant plutot populaire, que les cubains n'aspiraient pas vraiment à remplacer.
Comme toujours des opinions informées sont les bienvenues !
à Grégory
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 02H48 | 23/05/2008 |
en 2004, les critiques contre Castro, même discrètes étaient fréquentes (les CDR veillent), déjà parce que la situation économique s'est fortement dégradé depuis la fin de la manne soviétique et qu'en plus ben ça fait 50 ans qu'il est dans la place, ça fait vraiment beaucoup trop ….
Par contre pas de remise en cause de la révolution ou de manière vraiment très marginale.
à dulconte
De mechante langue
10H41 | 23/05/2008 |
« Par contre pas de remise en cause de la révolution ou de manière vraiment très marginale. »
C'est pour cela que dés que la porte cubaine s'entrouve , tout les cubains qui le peuvent se font la male .
Cela s'appelle voter avec ses pieds .