Primaires: faut-il que Clinton perde pour qu'Obama gagne?

Mardi, après les primaires d’Oregon et du Kentucky, les e-mails de victoire des candidats à leurs fans arrivent presque en même temps. Barack Obama, le premier, se flatte d’avoir maintenant atteint le seuil de la majorité des délégués en jeu dans ces primaires démocrates. Hillary Clinton, juste après, s’enorgueillit d’avoir rallié la majorité des suffrages exprimés depuis le début des primaires.
Certes, sa cuisine mathématique demande de ne pas prendre en compte les Etats qui se sont exprimés par caucus, d’inclure les suffrages de Floride (qui n’était pas supposé compter dans les primaires) et du Michigan (même chose, au point que le nom d’Obama ne figurait pas sur le bulletin). Certes, le vote populaire n’est de toutes façons pas le critère de désignation du candidat du parti démocrate. Mais pour la candidate, c’est le signe qu’elle est la plus à même à gagner l’élection de novembre.
Le camp Clinton divisé quant à son retrait de la course
Ce mardi, Barack Obama a, comme prévu, gagné les primaires d’Oregon par 58% des voix contre 42% (au passage, le comté d’Oregon qui s’appelle Malheur county a été gagné par Hillary). Comme prévu aussi, Hillary Clinton a triomphé dans le Kentucky, par 65% à 30% des scrutins.
Le point d’interrogation de la soirée concernait surtout l’interprétation qu’Hillary Clinton ferait de ses résultats. On dit son entourage divisé entre ceux qui craignent qu’elle grille son avenir au sein du parti en restant en course coûte que coûte, et ceux qui souhaitent qu’elle reste en course. Dans ce dernier camp, deux poids lourds: son mari Bill et Mark Penn, son stratège.
Le discours d’Hillary Clinton après sa victoire dans le Kentucky semble d’abord s’adresser à ceux dont on attend le plus les suffrages dans la course à l’investiture: les super délégués.
Pour Hillary, ce sont en effet ces les derniers qui devront décider de qui peut "battre McCain dans les Etats clés". 221 super délégués ne se sont pas encore prononcés. Barack Obama, selon les calculs, doit encore en gagner une centaine de pour atteindre les 2026 nécessaires à la nomination. Mais Hillary Clinton devrait quasiment avoir tous leurs votes pour rattraper son retard en délégués élus,une gageüre.
Depuis quelques jours, elle invoque le poids, en terme de grands électeurs, des Etats qu’elle a gagnés dans l’élection générale de novembre: "Les Etats que j’ai gagnés représentent 300 grands électeurs. Ceux gagnés par mon adversaire en représentent 217". On l’a aussi entendu dire que "si on avait les mêmes règles que les Républicains, je serais la nominée".
Les poches pleines, Obama salue une "formidable" candidate
Les super délégués, ces officiels du parti qui doivent aussi voter, seront-ils sensibles à ces arguments? Jusqu’à présent, Barack Obama compte encore la majorité de ceux qui ont exprimé leurs intentions. L’état-major du sénateur d’Illinois fait mousser son trésor de guerre: ses supporters lui ont versé 31 millions de dollars en avril, portant la totalité des dons qu’il a reçus depuis son entrée en campagne à 167 millions de dollars.
Au delà du cap stratégique de la majorité des délégués, Barack Obama a forcé l’impression de primaires bouclées en prononçant son discours à Des Moines en Iowa, le premier Etat à s’être exprimé dans les primaires, le premier Etat à l’avoir fait gagner.
Il a félicité Hillary Clinton, "formidable" candidate, complimentant "son courage, son engagement et sa persévérance". Le camp Clinton s’est plaint ces derniers jours du sexisme dont la candidate aurait été victime? "Quelle que soit la façon dont cette primaire se termine, dit encore Barack Obama dans son discours, la sénatrice Clinton a secoué des mythes, brisé des barrières, changé l’Amérique dans laquelle ma fille, les vôtres vont grandir."
Une fracture sociale dans l'électorat démocrate, préoccupante pour Obama
Barack Obama n’est pas allé aussi loin qu’initialement prévu dans l’organisation de sa quasi soirée de victoire en Iowa, sans doute pour ne pas forcer l’amertume des supporters d’Hillary Clinton.
S’il est le candidat désigné des démocrates en novembre, il aura besoin de leur soutien: les sondages de sortie des urnes du Kentucky indiquent que seulement la moitié des électeurs démocrates seraient prêts à voter pour lui aux élections de novembre s'il était le candidat de leur parti. Les résultats du Kentucky et d’Oregon ont confirmé une fracture sociale de l’électorat préoccupante pour le sénateur d'Illinois.
Il a triomphé en Oregon, un Etat où les électeurs diplômés du supérieur (qui lui ont accordé 20 points d’avance) forment la majorité de l’électorat et où les électeurs "sans religion" traditionnelle forment 38% de l’électorat…
Tandis que dans le Kentucky, les électeurs ruraux ou vivant dans des petites villes ont voté pour Hillary Clinton à 75%, les blancs sans études supérieures à 69%, et ceux qui vivent dans des foyers où l’on gagne moins de 50 000 dollars (environ 30 000 euros) par an à 75%.
Obama devra prendre en compte la méfiance de l'Amérique d'en bas s'il veut gagner durablement la confiance des superdélégués, et mettre Clinton définitivement hors jeu à l'issue des trois dernières étapes du marathon des primaires (dans le Montana, le Dakota du Sud et à Porto Rico).
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le triomphe d'Hillary a été éclipsé par la tragédie Ted Kennedy. le discours de la candidate n'a pas eu beaucoup de visibilité dans les media pour lesquels la cause est déjà entendue.
Hillary a parlé d'un vote de confiance de la part de sa base, Obama s'est adressé aux Démocrates fatigués de la division, aux Républicains qui ne se reconnaissent plus dans le Washington d'aujourd'hui et aux Indépendants qui veulent du changement. Si tout reste à faire sur le terrain et dans chaque Etat, Obama a fait le break sur sa rivale au niveau des sondages nationaux (cf sondage quotidien Gallup).
En attendant le prochain triomphe d'HRC au Porto Rico, je vous propose de profiter de cette pause pour découvrir le charmant comté de Floyd, dans le Kentucky : 42.441 habitants, à 97.73% des blancs - revenu moyen des foyers $21,168 par an - 26.9% des familles et 30.3% de la population sous la ligne de pauvreté - 92% à 5% pour Clinton face à Obama. Capitale : Prestonsburg, KY. Son église, son Middle Creek National Battlefield et sa statue d'Hillary Rodham Clinton.
Le ralliement de J. Edwards à Obama balaie en toute logique les derniers doutes quant au candidat qui sera désigné. Or:
Si H. Clinton voulait la victoire de son parti elle concèderait l'élection et se rallierait à la candidature de B. Obama, lui apportant son soutien, encourageant ses partisans à le soutenir...
Si H. Clinton était plus motivée par son ambition personnelle (simple hypothèse...) elle aurait tout interêt à ce que Obama soit affaibli et son parti divisé, car une victoire de Obama en novembre signerait la fin de son rêve de présidence, pour 2012...
Heureusement qu'Hillary n'est pas tradeuse. Elle m'a tout l'air d'avoir le fameux syndrome du "trop misé/travaillé pour me retirer maintenant". Bien dommage pour les démocrates tout ceci.