
Pourquoi n'existe-t-il pas d'Obama français?
Il y a quelque chose d’hypocrite dans l’"Obamania" qui souffle sur la France : Obama, noir, jeune et non roublard, est l’archétype de ce que ne produit jamais la classe politique française. Un grand classique en France, où l’on se plaît à vanter les mérites de recettes venues de l’étranger sans rien faire pour qu’elles soient concoctées "sur place".
La portée de la candidature du sénateur noir, vue de France, est peu discutée voire passée sous silence. Comment expliquer qu’un tel "phénomène" ne se soit toujours pas produit dans notre pays ? Cela fait 160 ans que la France a aboli définitivement l’esclavage, et force est de constater que l’intégration réelle des "minorités" dans la sphère économique et politique est infinitésimale. A l’Assemblée nationale, la très grande majorité des députés noirs sont les représentants des DOM-TOM ; avec une seule exception sur 577 élus, la députée George Pau-Langevin.
Où est l’Obama français ? La courageuse Christiane Taubira eut du mérite en son temps. Malheureusement, l’engouement suscité par sa candidature ne dépassa pas le premier tour de la présidentielle de 2002. Il faut remonter à l’époque coloniale pour retrouver les traces d’hommes politiques noirs talentueux et situés à de hauts niveaux de responsabilité : Gaston Monnerville, ancien président du Sénat, a failli devenir président de la République par intérim en 1969 s’il n’avait renoncé à son poste quelques mois auparavant ; Félix Houphouët-Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire, eut le rang de ministre d’Etat à plusieurs reprises. Comment comprendre que des personnalités issues des colonies françaises dans les années 1950 et 1960 étaient associées à la gestion du pays des Lumières, et qu’aujourd’hui nous n’ayons pas d’Obama français ? Le rôle des partis
Le parcours d’Obama n’a été possible que dans la mesure où les structures du Parti démocrate lui ont permis d’émerger, au-delà de ses attributs indéniables : charisme et talent. Tout comme le Parti républicain a permis à Condoleezza Rice et Colin Powell d’émerger à des hauts niveaux de responsabilité et de visibilité.
A ceux qui répliquent qu’il faut un début à tout, que la présence de Rachida Dati et Rama Yade au gouvernement en est un, et que cela devrait nous réjouir, je réponds qu’il n’y a rien de nouveau. La pratique qui consiste à confier des postes ministériels à des Noirs (Antillais ou Africains) ou des personnalités d’origine maghrébine n’est pas nouvelle : que l’on songe à Léon Bertrand, à Roger Bambuck, à Kofi Yamgnane…
Aux dernières années de l’époque coloniale, des personnalités comme Léopold Sédar Senghor en 1955-56, Hammadoun Dicko en 1957, Modibo Keïta en 1956-57 furent aussi titulaires de portefeuilles ministériels. Le dernier d’entre eux sera même vice-président de l’Assemblée nationale. On peut encore citer entre autre Gabriel Lisette entre 1959 et 1961 ou une femme, Nafissa Cid Sara, entre 1957 et 1962.
Le Cran silencieux
Il est donc plus qu’urgent et nécessaire de redoubler de pédagogie sur la portée de la candidature d’Obama. A ce sujet, j’avoue mon étonnement devant le relatif silence du Cran (Conseil Représentatif des Associations Noires), j’aurais aimé entendre cette organisation expliquer le sens de la candidature Obama pour les Noirs de France. En tous cas, j’en attends plus qu’un communiqué.
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Tout ce que dit Guy Numa est vrai, mais on peut se demander également pourquoi nous n’avons jamais eu à ce jour de femmes présidentes (la moitié des habitants, malgré tout, sont des femmes)… et pourquoi la dernière en date à s’être présentée n’en finit pas de « se faire traiter » comme disent les gosses dans les cours de récréation, du 9-3 notamment ;-)
Nous avons bien-sûr la réponse à la question de Guy Numa et à la mienne. Voyons, mais c’est bien sûr! « Parce qu’il se trouve qu’aucun(e) noir(e) et qu’aucune femme n’ont eu la réelle "carrure" pour jouer ce rôle ». Il n’y a pas de ségrégation, mais non, c’est dans notre imagination, Guy Numa…
PS) C’est vraiment du second degré, hein !
D’accord avec vous l’essentiel de l’analyse sauf sur le CRAN. Si le CRAN avait mis en avant la candidature d’OBAMA on lui aurait vite rappelé qu’on est France et que la France ce n’est pas l’Amérique et qui le lui aurait rappelé : les supporters français d’OBAMA.
Donc c’est assez délicat. je suis noir et j’ai été candidat aux élections municipales, en position éligible et présenté par un parti politique.
Nous étions 4 noirs sur la liste de 33 candidats, sur les 4 (2 docteurs, et deux enseignants) mais certains commentaires étaient tout simplement il y a trop de noirs sur cette liste. Ce n’est pas pour cette raison que nous avons perdu. Je rends hommage à ceux qui ont eu le COURAGE de nous présenter.
J’aime la France et je suis triste de constater que la majorité des français ont encore une peur des noirs ou les assimilent à des gens qui ne peuvent pas faire partie de la France.
Je conseille à l’auteur de cet article une petite visite du côté du blog de Patrick Lozès qui est le président du CRAN. Il y constatera que la candidature de Barack Obama aux Etats-Unis y est très souvent abordée et mis en perspective avec la situation des Noirs en France.
Preuve en est cet article notamment :
http://patricklozes.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/06/04/succes-de-bar…
« Pourquoi n’existe-t-il pas d’Obama français? » Réponse: parce que simplement en France, un noir, même français et ayant toujours vécu en France, n’est pas encore considéré comme « vraiment » français par la majorité de la population. Pour en rajouter, je signale que même les partis politiques y vont de leur coup de pouce à cette situation en ne proposant des noirs (ou des beurs) que lorsqu’ils savent ‘ils ne peuvent gagner ou alors ils les cachent au fin fond d’une liste (n’en déplaise à Toulagui).
Je suis noir et je suis français. Je me suis inscrit au PS il y a un an…et j’en suis parti, écœuré. Je sais que je suis noir, mais, à force de fuir le problème de l’intégration réelle des noirs dans toutes les strates de la société (y compris politique), les partis n’arrangent rien à l’affaire. Et ce ne sont pas les nominations de Yade et Dati au gouvernement qui vont changer la perception des électeurs: on n’entend guère la première et la deuxième ne marque pas grand monde, si ce n’est le système judiciaire qu’elle s’est mis à dos.
Je comprends votre position sur le Cran. Mais il me semble qu’il faut faire comprendre à tous en France qu’il n’y a aucune honte à être noir, ambitieux et porteur d’espoir pour son pays, notamment sur les plans politique et économique. Dans cette optique, il m’a semblé que le Cran était bien placé pour transmettre ce message, à travers la personnalité d’Obama, son parcours.
Il n’y a aucune honte à se raccrocher à des personnalités extérieures pour mieux se regarder soi-même. Pourquoi, n’utilise-t-on pas votre argument lorsque des français se réclament de Martin Luther King, de Gandhi ou de Kennedy ou autre ? Il n’y a rien de délicat dans ces cas. Et subitement, ce serait délicat lorsqu’il s’agit d’Obama ?
Bien à vous.
Peut-etre (et il ne s’agit là que d’une idée) justement parce qu’il y a eu Luther King et Malcom X. L’impact qu’on eu ces 2 hommes a certes dépassé les frontières des etats-unis mais il a trouvé un écho bien plus important là-bas qu’ici (je crois meme que Malcom X s’est vu refusé une visite en france)
40-50 ans ont du s’écouler entre ces 2 hommes et l’arrivée d’Obama. Ce dernier n’est d’ailleurs pas arrivé là du jour au lendemain, de meme que Sarkozy n’a pas été propulsé président en 1 seul jour.
L’obama français est donc peut-etre a rechercher là ou se trouvait Obama il y a 10 ans?
Dans le meme ordre d’idée, ou se trouve le Powell français? Je crois que dans l’armée française, le retard est peut-etre encore plus grand
Cet article m’a fait prendre conscience d’une chose par contre. On connait assez précisemment la situation des noirs américains dans les années 50-60 (nombreux reportages, films, biographies,…) mais ce qu’il en était en France a cette époque est bien plus flou, on suppose que celà n’était guère mieux…mais au delà? existe-t-il des documentaires sur ce sujet?
Comme je l’entendais récemment sur BFM, « L’opinion publique française souhaite que les Américains prennent une décision qu’eux-même ne sauraient prendre ». De la bonne conscience par procuration en somme ! Je ne pense pas qu’il faille chercher plus loin. Ou plutôt si ! l’opinion publique, en matière d’élection américaine, est forcément très influencé par les observateurs privilégiés que sont les médias. Avez-vous remarqué la place que prend Obama dans les colonnes de nos média ? A vrai dire, moi qui suis un newsovore, je ne vois ni ne lis quasiment jamais rien sur McCain
Mon opinion, là-dessus, est que cet article a le mérite de soulever le problème de la représentativité des « minorités visibles » au sein de nos institutions.
Enseignant en ZEP de la région parisienne, j’ai l’occasion de fréquemment parler de la « chose publique » à mes élèves - 95% d’entre eux ne sont pas de souche gauloise, comme on entend dire depuis quelques temps…
Le fait est, après pas mal d’années passées à enseigner ici et là, dans une autre académie moins mélangée, que je ne peux m’empêcher d’être surpris, dans le Nord parisien, de ce sentiment de fossé TRÈS FORT entre ces (futurs) jeunes citoyens et les institutions. Déjà, se sentir français - alors que beaucoup le sont - ce n’est pas gagné…
Lorsque nous organisons des visites de monuments historiques, de lieux fondateurs de la République (Assemblée Nationale, Sénat), que voient nos jeunes ?
Des hommes
Des hommes âgés
Des hommes blancs (je fais rapide)
En gros : « c’est pas pour nous, ça, m’sieur ! »
Je ne vous cache pas le boulot qu’il faut abattre pour convaincre nos jeunes qu’ils ont AUSSI leur place dans ces lieux-là…
Guy Numa, merci pour votre article, car au-delà de la question d’Obama, je réussis à y lire le nécessaire besoin de modèles, desquels nos jeunes noirs-asiatiques-métis pourront s’inspirer et se détacher à un moment ou à un autre.
Le temps des héros des compagnons de la libération est (Dieu merci !!!) révolu et les personnalités fortes qu’étaient Césaire, Boigny et Sédar-Senghor sont à présent des modèles trop lointains.
Il existe cependant des gens brillants (et colorés !) dans notre société - des gens qui auraient des choses à dire et de quoi bouger la vieille garde des têtes chenues du palais Bourbon… Pourquoi ne s’investissent-ils pas plus en politique ?
C’est un peu anecdotique, comme exemple final (et j’espère qu’on ne dira pas : « ah la la !!! on prend encore le sport comme modèle d’ascension sociale ») - Mais un gars comme Thuram, de par ses prises de position, me fait l’effet d’un type tout à fait sensé, intelligent et capable d’être écouté au-delà de sa couleur de peau.
Que manque-t-il à des gens comme lui (hommes et femmes) pour franchir le Rubicon et se lancer dans la chose publique ?
« Demandez à ceux qui y vivent, lisez les journaux, les éditorialistes de couleur »
On aurait du mal à faire la même chose ici, car on se heurterait tout de suite à un problème : il n’y a pas d’éditorialiste « de couleur » en France ! Etonnant, non ?
Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour les goujats…
Parce que les Français sont plus racistes que les américains , point.Quand un français voit un noir , il lui demande d’où il vient, sous-entendu tu peux pas être français , t’es noir. La preuve, écoutez les commentateurs de football qui sont plus antiracistes que le roi : parlant de Thuram , ils vous diront le guadeloupéen, j’attends toujours qu’on dise Barthez l’ariegois etc.
Ce débat ne sert à rien, les français ont toujours préféré les noirs outre-atlantique à leurs noirs, ce n’est pas nouveau.