
Plombé par son pasteur, Obama peut-il remporter le vote blanc ?

Une élection marquée de lignes noires et blanches, c'est exactement ce que le candidat Barack Obama souhaitait éviter dans sa course à l'investiture du Parti démocrate. Quinze mois après son entrée en campagne, c'est ce à quoi les primaires démocrates ressemblent de plus en plus.
La première étiquette de candidat noir, le sénateur d'Illinois la doit à Bill Clinton. A l'époque des primaires de Caroline du sud le 26 janvier, le mari de sa rivale minimise sa victoire d'un » Jesse Jackson (l'activiste noir) aussi avait gagné la Caroline du sud en 1984 et 1988 » . Sous entendu : un candidat noir a des bons résultats là où l'électorat démocrate est noir, quoi de neuf ? (Bizarrement, Bill Clinton accuse maintenant Obama d'avoir utilisé » la carte raciale » contre lui)
Plusieurs figures de l'Hillariland -comme Bob Johnson, le fondateur de la chaîne BET ou l'ancienne candidate à la vice-présidence Geraldine Ferraro- ont aussi suggéré qu'Obama ne serait pas là où il en est en politique s'il n'était pas noir (ça peut sembler assez curieux d'avoir réussi à en faire un avantage).
L'ancien pasteur d'Obama pèse sur la campagne
Deuxième grand coup de canif, les remous provoqués par les propos de Jeremiah Wright, l'ancien pasteur de Barack Obama. Les vidéos de ses sermons enflammés ont fait le tour de YouTube.
On l'y entend dénoncer les crimes de l'Amérique, accuser les Etats-Unis de soutenir le terrorisme d'Etat, Bill Clinton de s'être tapé l'Amérique noire » comme Monica Lewisnky » . Le révérend est aussi connu pour avoir répété que le gouvernement américain avait concocté le virus du sida pour se débarrasser des minorités. « Le gouvernement […] voudrait que nous chantions “que Dieu bénisse l'Amérique'.” Vu ce qu'a vécu et vit la communauté noire, “Non, non et non. Que Dieu maudisse l'Amérique.” (Voir la vidéo, en anglais)
L'ancrage noir d'Obama
En Illinois, Barack Obama a effectivement fréquenté la Trinity Church du révérend Wright. Le pasteur l'a même marié et a baptisé ses deux filles. Quand il est arrivé à Chicago pour y être travailleur social, puis quand il s'est lancé en politique, l'Eglise de Wright a été un des lieux où lui, fils d'une blanche du Kansas et d'un Kenyan, a pu renforcer ses liens à la communauté noire américaine.
“Difficile d'être noir en politique”, écrit Obama dans ses mémoires, “on ne sait pas si on est trop ou pas assez en colère”. Poursuivant son ascension politique, passant de l'électorat essentiellement constitué de minorités de son district du sud de Chicago à celui de l'Etat d'Illinois, Barack Obama s'est targué d'incarner une nouvelle
génération d'homme politique noir centriste et porteur de promesses de réconciliation. C'était encore le thème de son discours de juillet 2004 à la Convention du Parti démocrate. En se présentant aux primaires, il était un candidat d'une Amérique post-raciale.
Le pasteur Wright “travaille-t-il pour Hillary ? ‘
Retour forcé à la case noire depuis vendredi, alors que les vagues de YouTube semblaient passées, le pasteur Wright a entrepris une tournée de trois jours (interview sur la chaîne publique PBS, discours devant laNAACP, et au National Press Club de Washington) pour se défendre selon lui (’ou travaille-t-il pour Hillary ? ” s'interroge ironiquement la chroniqueuse Michelle Malkin).
Lundi, Wright a justifié les attentats du 11 septembre en se référant aux principes bibliques :
“Vous ne pouvez pas faire commettre des actes terroristes sur d'autres et espérer que ça ne revienne pas chez vous.”
De Louis Farrakhan, le leader radical du groupe Nation of Islam, il dit qu'il est » une des voix les plus importantes du XXème et du XXIème siècle » .
Wright ne dit pas parler en son nom mais se présente en figure de l'Eglise noire (donc celle d'Obama). Il rappelle que la communauté noire attend toujours des excuses pour les années d'esclavage, en contradiction donc avec le discours de réconciliation d'Obama, pour qui la colère noire, comme le racisme de sa grand-mère blanche, sont des plaies du passé que l'Amérique cicatrise.
Obama tente de minimiser
Barack Obama, dans une interview sur Fox News dimanche, a réagi :
« Qu'il soit mon ancien pasteur en fait un sujet politique légitime, mais c'est aussi vrai que de diffuser des extraits de 30 secondes choisis dans une carrière de trente ans l'a simplifié et caricaturé, et a caricaturé l'Eglise. »
Peu importe. Les recours aux extraits du discours » du pasteur d'Obama » continuent, perpétuant l'idée d'un candidat radical aux antipodes de l'image centriste qu'Obama cultivait prudemment.
On peut s'en faire une idée avec cette publicité politique dans laquelle un élu du Mississippi attaque son adversaire. » Quand le pasteur d'Obama a maudit l'amérique, nous blâmant pour le 11 septembre, Childers n'a rien dit. » (Voir la vidéo, en anglais)
Ou cette autre publicité du Parti républicain de Caroline du Nord (dont les primaires ont lieu le 6 mai) qui se conclue par » Obama trop extrême pour la Caroline du Nord » . (Voir la vidéo, en anglais)
Les brûlots de Wright sont du pain béni pour la campagne d'Hillary Clinton. Après les dernières primaires de Pennsylvanie, où Barack Obama a recueilli 92% des suffrages noirs et 37% du vote blanc, sa campagne la présente comme la seule candidate capable de gagner le vote des petits blancs indispensable aux élections générales.
Les partisans d'Obama rétorquent que le candidat de novembre aura besoin de la participation (plus forte que d'habitude aux primaires) de l'électorat noir et ne peut pas le marginaliser comme le font les Clinton. Mais l'argument là encore contribue aux étiquetages noir et blanc qu'Obama avait tant voulu éviter.
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De Hououji_Fuu
Racaille Syndicale (oh yeah !) | 13H03 | 29/04/2008 |
Il y a bien des choses à reprocher à Barack Obama : la vacuité de ses discours et de ses slogans « Yes we can ! » ou encore le sublime « We're the ones we've been waiting for », sommets d'une communication basée sur un vide intersidéral affolant, mais qui plaît aux foules (après tout, « travailler plus pour gagner plus » ça a eu du succès aussi).
Au départ, reprocher à Obama les excès du pasteur Wright est idiot. Obama a raison quand il dit qu'on tire de toute une carrière du pasteur les quelques minutes polémiques qui vont faire bondir. Ceci dit, là où il a tort c'est quand il en reste bouche bée, et incapable de tirer un trait clairement avec ces histoires qui ne le concernent pas.
Qu'Obama s'étonne que ces paroles (qui ont bien été prononcées et qui sont de nature à faire se hérisser tous les bons WASP des USA) soient apparues dans la campagne, franchement ça dénote soit un manque de préparation incroyable, soit une naïveté incroyable, soit un sentiment de supériorité (je suis intouchable, et au-dessus de tout ce que mon entourage peut avoir dit) qui n'est pas de bon aloi.
L'incapacité d'Obama à réagir de manière décisive, cette tendance répétée à jouer à la victime qui ne comprend pas pourquoi tout le monde ne le trouve pas sublimement génial n'augurent rien de bon s'il est le candidat choisi par les démocrates.
Je vois mal Obama tenir le choc une fois que la machine Républicaine sera lâchée.
Et pendant ce temps là, on ne parle pas de l'essentiel : du plan d'établissement des droits aux soins de santé, le prix du pétrole pour des familles qui ont subi de plein fouet la crise financières, etc.
Mais bon, de toute façon, il y a fort à parier qu'au début de l'automne, un soudain regain de tension avec l'Iran rappellera aux bons citoyens américains que leur seule sauvegarde c'est…John Mc Cain.
De Gringo
| 13H07 | 29/04/2008 |
Mais, à s'entredéchirer comme ça sur des questions de racisme, les 2 camps ne risquent ils pas de passer tous deux pour des racistes ?
De Gringo
| 14H05 | 29/04/2008 |
Tout dépend également du poids que vous accordez au mot « racisme ». S'agit il de haine raciale ou de préférence ethnique, de discrimination ou de violence etc. ?
Dans le contexte social des Etats-Unis, ou les noirs, les mexicains etc. restent certes des minorités, mais sont quand même présents en grand nombre et accèdent à des postes importants (tel que gouverneur, ou sénateur, par exemple), il me parait impensable qu'on puisse se présenter à la Présidence et être crédible en prônant la supériorité d'une race sur l'autre. Un mec comme Le Pen (ou un parti), là-bas, se ferait rire au nez s'il disait que tout ceux qui ne sont roses doivent dégager.
Certes, il reste des avancées à faire pour parvenir à une vraie égalité des chances. Je pense que c'est ce pour quoi Obama milite, pas pour la hiérarchisation des noirs au dessus des blancs. D'un autre côté, le camp Clinton ne semble pas non plus opposé à une égalité des chances (ni ouvertement, ni en « off').
Mon idée de départ, c'est qu'avec des “phrases choc” comme “bah c'était facile de gagner là-bas en étant noir” et des réponses comme “tous les blancs sont responsables de tout depuis le commerce triangulaire”, on donne, dans les deux camps, dans la simplification de bas étage, la démagogie de campagne et que ça finit par se retourner contre eux dans les deux cas. Ce qui, du reste, me parait normal, tant ces affirmations sont ridicules et “légères” pour des personnes qui prétendent accéder à la Présidence.
De ljos
photographe / géologue | 14H49 | 29/04/2008 |
c'est vrai que le beau discours d'Hillary Clinton sur l'Iran « Je n'hésiterai pas à totalement réduire à néant l'Iran » ….
c'est beaucoup plus rassurant ! !
« réduire à NEANT » ! ! ! en gros exterminer 70 millions de personnes ? c'est ça qu'elle veut vraiment ?
sous prétexte qu'un fou mégalo et démagogiste à mort lance une phrase à la con (rappelons que ce cher dirigeant est moins en moins suivi par son peuple et par l'autorité religieuse … donc ce fou ne représente pas la pensée générale Iranienne), une autre folle se permet de dire qu'elle a les moyens de rayer de la carte un pays tout entier ….
personnellement, les discours de certains pasteurs noirs ne m'effraient pas plus que le discours de évangélistes qui suivent Bush … par contre, cette petite phrase incisive de Clinton, ça me fait carrément froid dans le dos.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 16H04 | 29/04/2008 |
Il n'y a aucune haine, bien au contraire, mais peut-être du dépit amoureux ? !
Le racisme est consubstantiel au MODE d'existence actuel des USA, je le répèterai jusqu'à l'emphase, pas aux citoyens eux-mêmes (en tout cas une minorité d'entre eux).
J'ai parlé de communautarisme, ce n'était pas pour les chiens (mes clients ! ), ainsi que de l'impossibilité dans laquelle tout citoyen américain est mis de pouvoir parler au nom de la collectivité ou de tout groupe, sous-groupe, ethnie, église, etc., dont il ne fait pas partie.
Obama a voulu dépasser ce cadre, il a commis le crime de vouloir parler en tant que Noir ET en tant que Blanc. Il a dit la vérité, il sera exécuté, comme disait Guy Béard. Il aurait dû se contenter d'un petit point de vue partiel qu'on ne lui aurait de toute manière pas pardonné.
Il ne faut quand même pas avoir cassé trois pattes à un canard pour comprendre que communautarisme et politique intégrationniste sont antinomiques.
Le communautarisme crée et subventionne les ghettos de toute sorte, y compris ceux de la bourgeoisie noire qui essaie de quitter les Harlem de ses origines, mais sans vraiment y parvenir. Il y a maintenant des ghettos bourgeois. En fait, ils ont toujours existé, mais en plus petit nombre (ex. St. Alban's, un quartier du borough de Queens à New York). Les bourgeois noirs ont des revenus satisfaisants, mais ils vivent encore en ghetto, à quuelquues exceptions près. Ce n''est pas par choix, croyez moi.
Est-ce si difficile pour un « robespierriste » de le comprendre ? Obama dans le paysage américain, c'était un peu la négritude, le désir de cohésion avec l'humanisme blanc. C'était inacceptable, on le lui fait bien sentir.
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 21H10 | 29/04/2008 |
Encore une fois, Obama a fermement rompu avec son pasteur :
http://www.youtube.com/watch ? v=pWe7wTVbLUU
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 01H26 | 30/04/2008 |
Obama vient de se désolidariser fermement de Wright en déclarant que leurs liens sont désormais altérés.
Fallait-il le faire dès le départ ? Les derniers sondages semblent donner raison au camp Clinton de forcer le trait sur la dimension raciale de façon plus sournoise (cf le « Bradley effect ») que Bill il y a quelques semaines.
Une fois de plus, si Hillary gagne l'investiture, ce ne sera pas une victoire élégante.
De bilou.
Prajñāpāramitā देवौ ऋषी तापसौ | 02H55 | 30/04/2008 |
NY avait prédit une confrontation classique :
http://politics.nytimes.com/election-guide/2008/results/states/NY.html
Le problème est de savoir dans quels états il faut gagner pour remporter l'élection, sachant que d'autres sont gagnés ou perdus d'avance. IL apparait qu'Obama et Clinton sont très complémentaires géographiquement , Clinton emporte les gros états en termes de délégués et Obama les petits, et dans différentes catégories de personnes, Clinton avec les femmes de plus de 50 ans qui sont les plus nombreuses à voter et Obama avec les jeunes qui ne votent pas habituellement mais qui peuvent faire la différence, le gagnant aura besoin de ces deux catégories pour l'emporter.
Deux états sont à surveiller tout particulièrement, la Floride et l'Ohio, et de nombreux états comme le texas, oklahoma, colorado, kansas peuvent est gagnés
Ici, on peut voir l'évolution du vote démocrate entre 2004 et 2008 :
http://www.princeton.edu/~rvdb/JAVA/primaries2008/
Il faut analyer ces cartes, l'évolution géographique des votes entre les deux mandats de Bill Clinton, et voir quels états sont récupérables sur la dernière élection :
http://www.nytimes.com/packages/html/politics/2004_ELECTIONRESULTS_GRAPH…
http://politics.nytimes.com/election-guide/2008/results/demmap/
http://fisher.lib.virginia.edu/collections/stats/elections/maps/1992ec.g…
http://fisher.lib.virginia.edu/collections/stats/elections/maps/1996ec.g…
De Louis Gohier
Robespierriste | 08H51 | 30/04/2008 |
sa rupture ne date que de cette nuit :
http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/04/30/le-candid…
un peu tard, non ?